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samedi 8 mai 2021

Investir sous le coronavirus, épisode 5

Un des plus beaux détails de la vue de Marrakech peinte par Churchill en 1943.

Le Journal des Arts.fr - L’ŒIL, comparant la production artistique des trois plus célèbres peintres politiciens, George W. Bush, Adolf Hitler et Winston Churchill, affirmait en 2014 que les tableaux du dernier sont « moins naïfs » que ceux du premier et « moins amateurs » que ceux du deuxième. Nous ne contesterons pas ce jugement de valeur qui relève de l’expertise d’une revue spécialisée, et qui est si difficile à prononcer lorsqu’il s’agit de départager trois styles si proches des sommets de la médiocrité.

D’aucuns diront que le bilan humain (ou inhumain) de ces politiciens peut altérer la neutralité du jugement artistique sur leur peinture. Indiscutablement, les 60 à 80 millions de morts causés directement par la folie du deuxième ou les croisades mercantiles militaires et mortifères du premier, en Irak notamment, ne peuvent être comparés aux quelques déclarations publiques excessives du dernier, dues à l’emportement dans l’action et certainement regrettées ensuite. 
En effet Churchill, dont certaines effigies de bronze ont été outragées pour ce motif, n’était probablement pas fondamentalement raciste. Mais derrière le peintre il y avait un politicien, et qui pouvait parfois laisser aller ses propos, par électoralisme, ou simplement pour le plaisir d’un bon mot accompagné d’un cigare et d’un verre de bourbon. Héros, il n’en était pas moins homme.

Et ce n’est pas dénigrer la préférence esthétique du Journal des Arts que de soupçonner qu’elle était peut-être biaisée par les succès déjà croissants des œuvres de Sir Winston auprès des investisseurs en peinture, préférence couronnée par la vente record, le 1er mars dernier chez Christie’s, d’une vue de Marrakech peinte à l’huile et au pédigrée attendrissant. 
 
En janvier 1943, en pleine guerre mondiale, le président américain Roosevelt et Churchill alors premier ministre anglais se rencontrent au Maroc pour décider du sort des pays ennemis. Ils font un petit détour touristique par Marrakech. Churchill y peint un paysage qu’il enverra peu après, une fois sec, à Roosevelt en cadeau d'anniversaire. Touchant, non ?
 
Et ça n’est pas fini. Ledit tableau, sur le marché de l’art en 2011, était alors offert par un acteur américain célèbre à une starlette très populaire, qui, une fois le couple divorcé, le mettait en vente chez Christie’s le 1er mars.
Bel investissement ! Acquis sans doute à l'époque pour 1 à 2 millions de dollars, il vient de dépasser les 10 millions 10 ans après.

vendredi 8 mai 2015

Gruyaert (et Roy Andersson)

Un point de vue sur la rétrospective Harry Gruyaert à la Maison européenne de la photographie. On aperçoit au fond la photo « Maroc Ouarzazate 1985 ».

Si vous goutez le monde de Roy Andersson, ce rare cinéaste suédois dont les personnages mènent avec application une vie quotidienne douloureuse et sans but et ne font que passer lentement devant des décors fades et épurés, alors vous jugerez certainement belles les photographies de Harry Gruyaert.

Sans se connaitre probablement, ils errent dans un même monde, un monde où les humains sont des ombres aux occupations obscures, ou dérisoires. Andersson le récrée entièrement en studio et le baigne de teintes délavées, Gruyaert le trouve en voyageant dans la réalité, avec ses couleurs terreuses ou acidulées, mais c’est finalement le même monde, gris et sans intention.

Le dernier film de Roy Andersson (un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence) passe dans les salles de cinéma depuis deux semaines, après avoir obtenu en septembre 2014 le prestigieux Lion d’or du festival international de Venise.

La Maison européenne de la photographie (Paris 4ème) présente en rétrospective une cinquantaine des plus beaux clichés de Gruyaert. C’est l’un des grands photographes contemporains (regardez en priorité, sur le site de l'agence Magnum, ses séries sur le Maroc).
Et le superbe petit volume bon marché que lui consacre la collection Photo poche chez Actes Sud vient d’être réédité.

Le printemps est décidément florissant cette année. Il fermera le soir du 14 juin, au 7 rue de Fourcy.
   

dimanche 7 septembre 2014

Le détroit


Quand il atteint l’extrémité du continent européen à Gibraltar, le touriste émerveillé découvre face à lui, sur l’impétueuse surface marine, une ile vaste et montagneuse ; c'est l'Afrique.
15 kilomètres de courants marins séparent ici les deux continents, du rocher de Gibraltar à la montagne Musa (djebel Moussa).

Depuis 2001, au pied de cette montagne, dans une grotte et un abri appelés Cabililla, près de la petite ville de Benzu (dans l'enclave espagnole de Ceuta revendiquée par le Maroc), une équipe d'archéologues de Cadix gratte, fouille et inventorie. Des ancêtres des lointaines époques paléolithiques et néolithiques y auraient laissé trainer, voilà 10 000 à 200 000 ans, des milliers d'outils variés et des déchets domestiques. Les outils seraient de style moustérien et similaires aux vestiges découverts en face, dans les grottes de Gibraltar et de l’Andalousie.

Alors les archéologues de Cadix en déduisent que le détroit aurait été franchi, longtemps avant les Phéniciens et les carthaginois, dès la préhistoire. La presse marocaine s'emporte et, dans un splendide raccourci chronologique, s’exclame « l’homme de Neandertal a peuplé l’Espagne en partant du Maroc ».
Pourquoi pas ? L'idée n'est pas choquante. Il y a 50 000 et jusqu'à 20 000 ans, les glaces avaient envahi le continent européen, le niveau des mers était plus bas de 100 à 150 mètres et de nombreuses iles parsemaient le détroit (en Asie l’Homme aurait même profité de ce rafraichissement pour aller embêter le kangourou jusqu'en Australie).
Et les saisons étaient tellement glaciales que c'est peut-être plutôt l'andalou moustérien qui le premier a choisi de passer ses vacances au Maroc.

Cependant les manuels officiels disent aujourd'hui qu'au lieu de tendre le bras pour gouter les oranges qu'il voyait presque de son balcon, sa fibre aventurière l’aurait plutôt incité à faire le tour de la Méditerranée en passant par les pays du Levant, ce qui lui aurait encore pris quelques dizaines de millénaires.

Notre connaissance de la préhistoire est encore si capricieuse…

Au pied du rocher de Gibraltar, une mosquée éclatante regarde l'horizon africain depuis 1997.