mardi 5 mai 2026

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Cette image vous évoque quelque chose ? 
Les actualités peut-être, au Congo, à Cuba, en Iranau Liban, au Mali, en Palestine, au Soudan, en Ukraine, bientôt en Europe ? En réalité ce sont les actualités de 1560, la chronique - ici un petit détail seulement - du peintre Pieter Brueghel père, qui vivait une époque formidable, sur les terres de la Belgique d'aujourd'hui. 

La Flandre était sous domination espagnole, la Terre appartenait aux plus violents, on faisait une guerre pour régler une querelle d’héritage, un différend familial, Charles Quint jouait aux petits chevaux ou au Monopoly sur la carte de l’Europe du nord, c’étaient bandes de mercenaires, cruautés et pillages, extorsions fiscales par le colonisateur, et aussi les premiers hivers rigoureux du petit âge glaciaire, récoltes désastreuses, flambée du prix des céréales, famine, et pour épicer le tout la répression de la réforme protestante par les catholiques, dénonciations pour hérésie et exécutions publiques, supplices, pendaisons, buchers… Par chance, la peste, qui n’avait pas fini de décimer Londres, restait pour l’instant au-delà de la Manche.

On comprend l’amertume de Pieter l’Ancien, il imaginait qu’était venue alors la fin prédite de l'Humanité.

Le monde a bien changé depuis ces temps d’ignorance et de brutalité.

On avait parlé de ce tableau de Brueghel lors de sa restauration par le Prado en 2018. La qualité était moyenne et comme la photo est interdite dans le musée, on trouvait peu de reproductions correctes de ses délicieux détails sur internet ; il était même oublié des sites en gigapixels consacrés au peintre. Or notre récente visite virtuelle au Prado a déniché le Triomphe de la mort parmi les trésors reproduits en gigapixels. Vous pouvez bien entendu le consulter en suivant le mode d’emploi laborieux décrit dans notre chronique précitée, ou simplement télécharger ici directement, selon les capacités de votre équipement informatique, l'ensemble de la capture assemblée à cette occasion (l'affichage se fera dans un nouvel onglet et pourra prendre quelques secondes) : 
● 6000 pixels, 13 mégaoctets, cette reproduction vue sur un écran standard d’ordinateur correspond approximativement aux dimensions réelles du tableau (162 cm de large)
●● 10 000 px, 24 Mo, version intermédiaire  
●●● 17 000 px, 45 Mo, on distingue dans cette reproduction de plus de 3 fois la taille réelle chaque coup de pinceau déposé par le peintre.  


"Eh bien merci, mais quel est le rapport avec le titre de votre chronique ?" direz-vous.

Bonne question. Alors voilà : les pointures de la neurobiologie, les Changeux, Dehaene, Ripoll, Moukheiber, Chater, nous confirment tous - il y a belle lurette qu’on l’avait constaté - que le cerveau, pour faire des économies d’énergie, bat continuellement des records de fainéantise, de parcimonie disent les plus bienveillants ; il ne s’occupe naturellement que des activités qui lui demandent le moins d’efforts ; il a déjà assez de mal à organiser l’entretien de l’ensemble du système. Ainsi, dans son inclination à tout simplifier, il donne la priorité aux nombres ronds qui sont les plus faciles à calculer, comparer, mémoriser.

C’est tout. Qu'importe de savoir que vous venez de lire la millième chronique de Ce Blog est Plat ? Vous ne l’auriez pas remarqué.

mercredi 29 avril 2026

La grande loterie du Prado

Vous n’avez pu manquer cette nouvelle d’un quidam qui a dépensé 100€ dans une loterie de bienfaisance, et gagné un croquis à la gouache de Picasso, ce fameux peintre espagnol. Il faut dire qu’il y en a tellement sur le marché, des milliers dit-on, qu’on ne sait plus comment s’en débarrasser, alors on les fait acheter, à un prix délirant fixé d'avance, dans une tombola de luxe chez Christie’s par des dindons qui ne gagneront rien qu’un peu de tranquillité d’esprit, convaincus de leur bonne action. Et on se demande maintenant comment le pauvre gagnant va bazarder discrètement son gros lot.

On pourra trouver loterie plus enrichissante, à Madrid, au Prado par exemple. On sait que le musée interdit toujours au visiteur, qui a payé son entrée, de photographier les œuvres exposées, et que pour faire avaler cette privation de liberté il effectue quelques louables tentatives d’exhibition du catalogue de sa collection sur internet, notamment avec des reproductions, bien que de taille moyenne et d’une accessibilité déplorable, d’une meilleure qualité que celles du Louvre.
Et il a également mis en place une attrayante visite virtuelle de ses salles d’exposition.

Si on se souvient de l’extraordinaire épopée qu’était en 2020 la visite virtuelle, toujours active, du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, on sera tenté de se lancer dans l’aventure de celle du Prado, d’autant qu’une légende raconte qu’elle contient, comme dans une loterie, des reproductions en gigapixels de très haute qualité de 90 des 9000 œuvres exposées. C’est déjà en soi une aventure car leur existence n’est pas signalée dans le catalogue de la collection, car il n’y a aucune fonction de recherche dans cette visite virtuelle, et qu’on devra donc, pour les découvrir, errer dans un dédale de salles indéterminées à la recherche d’une icône d’appareil photo.
Mais après tout la visite d’un musée peut aussi se vivre comme un jeu, et cela vous rappellera avec émotion la recherche d’un tableau dans le labyrinthe du musée du Louvre réel.

Alors tentons l’expérience.

On sait le Prado richissime en tableaux de Jérôme Bosch, on connait déjà depuis 2009 chaque atome du fameux Jardin des délices, alors recherchons des détails d’une œuvre méconnue, son triptyque de l’Adoration des mages.
On cherchera d’abord l’œuvre dans le catalogue de la collection pour connaitre la salle où elle est exposée, seul moyen de la localiser dans la visite virtuelle. C’est la salle 056A.
Aucun lien n’y conduisant instantanément, on aura pris soin de conserver dans le navigateur un onglet ouvert sur le seul point d’entrée de cette promenade numérique, dont la recherche au sein du site du Prado fait déjà l’objet d’une autre expédition intrépide qu’on contera un autre jour. 

L’aventure peut alors commencer. Entrons.

Premier constat, l’image est superbe, la définition remarquable. Devant un tableau, on peut s’approcher jusqu’à agrandir les plus petits détails, lire le titre, parfois le contenu des cartels. Mais les techniciens de l’entreprise qui a créé cette visite virtuelle, Second Canvas (nous en reparlerons) sont des êtres humains, et les endroits précis où ils se sont arrêtés pour photographier, indiqués par des cibles sur le sol, limitent d’autant le nombre de points de vue. Ainsi beaucoup de tableaux seront déformés par les lois de la perspective, et les cartels des œuvres qu’on aimerait voir de plus près ou redressées sont souvent illisibles, compliquant la recherche dans le catalogue des collections (cependant le filtre "localisation dans le musée" y est disponible).  

Une fois remis de notre émerveillement, cherchons la salle 056A.
On l’aura compris, la visite débute obligatoirement au point d'entrée, la salle 27, à l’étage " I ", dans la grande galerie, devant l’entrée de la salle 12, avec ses Vélasquez (ou Velázquez), fierté du musée avec Goya, El Greco, Zurbaran et Bosch (ou Bosco)On ne peut pas directement aller par exemple à la salle 67, la célèbre salle des Peintures noires de Goya, que réclame pourtant tout amateur d’art un peu dépressif, ni à la salle 056A, donc. Il faut les chercher sur un plan, en bas à gauche de l’écran.
 
Hélas Second Canvas, qui se glorifie de fournir les plus grands musées de la planète, et qui n’a visiblement pas entendu parler du mot utilisabilité, n’a pas jugé utile de renseigner le plan avec des numéros de salle, mais avec 200 gros points noirs identiques et anonymes, si bien qu’il faut, sur un ordinateur, déplacer minutieusement la souris au-dessus de chaque point pour que s’affiche un numéro de salle (qui ne sont pas ordonnées numériquement). Sur tablette ou téléphone, le jeu est encore plus énervant puisque les numéros ne s’affichent jamais et qu’appuyer sur un point vous y transporte illico sans prévenir où vous alunirez.

Petit point positif que les concepteurs ont imité de la visite virtuelle de l'Ermitage : un point noir devient blanc sur le plan si la salle a été visitée lors de la séance en cours. 

Et nous ne parlerons pas du choix de l’étage dans le bâtiment (0, I ou 2), qui relève du pur hasard quand on appuie à peu près n’importe où sous le plan, mais exige toutefois une certaine dextérité.

Enfin sachez que certaines salles sont conçues comme des souricières, vous y entrez pour ne jamais en sortir ; ainsi en quittant Rembrandt en salle 76, si vous prenez vers le hall Goya, ne choisissez pas le couloir à gauche qui indique trompeusement salle 76, vous tomberiez dans une boucle temporelle par un long vestibule qui vous mènerait éternellement au même vestibule, vous abandonnant avec les bustes moroses et muets des muses de la comédie, et de la tragédie.

Épilogue

En bref tout finira bien, on trouvera la salle 056A après un temps indéterminé, on y constatera que 5 tableaux de Bosch, dont l’Adoration, sont reproduits en Gigapixels - ce qui est exceptionnel, les merveilles de Patinir dans la salle contigüe mériteraient la même attention et sont néanmoins à peine lisibles - et on découvrira que les deux voyeurs cachés derrière la Vierge de l’Adoration avaient été originellement dessinés par Bosch dans des positions très différentes, révélées par la détection des rayonnements infrarouges dans la vision en gigapixels,  ce qui n’a pas en soi un grand intérêt, reconnaissons-le (voir notre illustration plus haut en Gif animé).

Le revers des panneaux de l’Adoration, le triptyque fermé, extraordinaire quasi grisaille avec trois étonnantes taches rouges, a été oublié en mode gigapixels, comme les faces cachées des autres triptyques de Bosch. On le retrouvera par chance sur le site du projet Bosch. 

Nonobstant quelques défauts inhérents à toute activité humaine, et les moqueries corollaires, la visite du Prado virtuel est une promenade immobile à conseiller, pleine de surprises et de gigapixels.
Une visite virtuelle est une attitude de vie, presque une éthique. Il est bon de ne rien en attendre, de ne pas ronchonner quand la perspective distord un visage ou quand le nom du peintre n’est pas reconnaissable, et on se réjouira d’avoir passé des heures sans s’ennuyer, comme sur un réseau social addictif ou un poste de télévision avec un seul programme.
En y déambulant tôt le matin, avant l'ouverture, dans les premiers jours du mois de mai, vous y croiserez sans doute encore l'auteur de ces lignes.  

mardi 21 avril 2026

La vie des cimetières (120)

Présentée avec Niklaus Manuel Deutsch dans la chronique précédente publiée simultanément (La vie des cimetières 119), voici l’intégrale de la fameuse Danse macabre qu’il avait peinte sur le mur du cimetière du monastère des dominicains de Berne autour de 1520, dans un montage en 6 panneaux des copies à l’aquarelle du musée historique de Berne, réalisées par Albrecht Kauw en 1649.


Les liens renvoient vers chaque scène de la Danse macabre dans le Catalogue raisonné des œuvres de Manuel Deutsch, où elle est accompagnée d’une analyse détaillée et des quatrains associés, le tout en langue allemande (souffrez d’éventuels contresens, la traduction automatique de l’allemand par les navigateurs n’est pas parfaite).


La vie des cimetières (119)


Peintre, Niklaus Manuel Deutsch - "Deutsch" était la traduction du nom de son père "Allemann" qu’il s’attribuait en signant NMD - est de nos jours moins connu que ses confrères suisses et allemands des débuts de la réforme protestante des années 1520, les Dürer, Holbein, Altdorfer, Grunewald, Cranach, Baldung, Graf… Moins talentueux peut-être, mais surtout moins productif, car une bonne partie de sa vie fut consacrée au mercenariat au service de la confédération des cantons suisses dans les guerres d’Italie, à la politique cantonale au parlement, à l’administration municipale de Berne, et à la composition de poésies et pièces pour la promotion de la Réforme. 
On conserve tout de même de lui quelques tableaux inventifs et réjouissants, comme cette Tentation de saint Antoine ou cette Décapitation de Jean-Baptiste, au musée de Berne.  

Entre 1517 et 1522 - les dates sont très incertaines - il réalisait une monumentale et fantastique Danse des morts, images et textes, sur le mur sud du cimetière du monastère des dominicains de Berne, aujourd'hui disparu. 

Les danses macabres, longues fresques où la mort sous la forme de squelettes plus ou moins décomposés taquine toutes les classes sociales, sont nées au milieu du 14ème siècle, après les grandes pestes, quand avait disparu la moitié de la population en Europe. Elles étaient censées faire croire à l’égalité de tous devant une mort inévitable, et incidemment pour les indigents la fin tant espérée de leurs souffrances et pour les riches la vanité de leur fortune qu’il serait bienvenu de confier au clergé. Les premières danses des morts inventoriées furent peintes en 1424 sous les arcades du mur sud de clôture du défunt cimetière des Innocents (une copie subsiste dans l’église de La Ferté-Loupière), et sur le mur du cimetière du couvent des dominicains à Bâle vers 1440.
La littérature sur le sujet est immense, la page de Wikipedia est riche, et le premier site à visiter en introduction peut être La mort dans l’art de P. Pollefeys, petite encyclopédie illustrée de la danse macabre, prévoyez quelques heures de visite et copiez-y ce que vous pouvez car il a déjà perdu des liens vitaux et ce genre de site personnel est mortel également.

Il faut imaginer la fresque de Deutsch, ses 47 squelettes décharnés grandeur nature (env. 160 cm) jouant de la musique et dansant sur 80 mètres le long du mur d’enceinte du cimetière - on ne sait pas si elle était peinte à l’intérieur ou sur la rue Zeughausgasse - ridiculisant d’abord le Christ, cas unique dans les danses macabres (ill. plus haut), puis la papauté, les prélats, tous les représentants du clergé catholique, ce qui n’était pas nouveau mais prenait une valeur particulière au moment et dans les lieux mêmes de la grande révolte protestante contre la corruption de l'institution par le système des indulgences, enfin les empereurs, rois, reines, la noblesse, l’aristocratie, et tous les métiers, genres, statuts sociaux, âges, religions, pour finir par le peintre lui-même qui s'est représenté terminant un personnage de sa propre fresque, la mort tentant de retenir son pinceau, sous la figuration de son blason "NMD" (ill. plus bas).  

En effet au dessus des arcades peintes qui encadrent la danse macabre, Deutsch avait représenté les blasons, armoiries et initiales de la cinquantaine de grands bourgeois de la ville, probablement tous convertis à la Réforme, qui avaient financé la réalisation de l’œuvre. On pense que certains commanditaires morts récents ou même vivants étaient également portraiturés parmi les personnages moqués, à l’instar du peintre lui-même.
Sous les scènes étaient inscrits des quatrains, le plus souvent dialogues entre le personnage et la mort, écrits par Deutsch, parfois virulents à l’égard des religieux, par exemple quand l’abbé est emporté (scène 5) : "Seigneur Abbé, vous êtes grand et fort, Venez avec moi dans le cercle, Comme vous transpirez, l’abbé, quelle sueur froide ! Plouf, plouf, l’abbé lâche une énorme merde."
 
Le monastère des dominicains a disparu depuis, avec son cimetière, sous les prétentions de l’urbanisme ; il n’en reste au cœur de Berne que l’Église française réformée. Entre 1650 et 1660, la ville avait besoin d’une grande avenue. Le mur du cimetière fut détruit. La fresque était alors certainement en très mauvais état. Elle avait été restaurée au moins partiellement en 1554, puis 1583, et reproduite sur commande par Albrecht Kauw en 1649 en une série de 24 peintures de 50 centimètres à l’aquarelle et la gouache, d’après les restes de la fresque originale et des dessins de 1638 de Conrad Meyer. Elles sont présumées relativement fidèles malgré quelques adaptations au gout du 17ème siècle. L’ensemble est conservé au musée d'histoire de Berne.

Vous trouverez dans la chronique suivante à paraitre simultanément (La vie des cimetières 120) les reproductions de bonne qualité, en 6 panneaux montés dans l’ordre original, de l’intégralité des 24 scènes, avec un index descriptif enrichi des liens vers des commentaires savants détaillés et les quatrains-dialogues, dans le catalogue raisonné des œuvres de Manuel Deutsch (en allemand).

À Berne aujourd'hui, si on a oublié l’histoire de Manuel Deutsch, chacun passant sur la Place fédérale devant la banque cantonale, levant les yeux, peut saluer son effigie géante de 3 mètres, la 2ème à gauche parmi 8 personnalités oubliées de la ville, sculpture remplacée en 1924 par une copie.


mercredi 15 avril 2026

Un Piero lunaire

Piero della Francesca - Flagellation, Tempera sur tilleul 81,5cm vers 1444-1472, Galerie Nationale des Marches, Urbino.


Apparu sur internet on ne sait trop quand ni comment dans ses dimensions réelles, 81,5 centimètres (en réalité la reproduction est plus grande que l’original d’environ 33% sur un écran standard), ce tableau est une bénédiction pour les métiers d’expert et d’historien : on ne sait quasiment rien de lui, mais suffisamment pour soulever un nombre incalculable d’hypothèses. Nous ne détaillerons pas les controverses qui emplissent cartels et histoires de l’art à son sujet, elles ont peu d’intérêt et l’Encyclopédie s'en charge.

  

Le peintre a signé son œuvre, ce qu’il faisait très rarement (sur 3 tableaux seulement), en imitant soigneusement la gravure, sur le piédestal de l’homme assis : Opus Petri de Burgo Sancti Sepulcri (œuvre de Pierre de Borgo Sansepolcro), autrement dit Piero della Francesca. L’originalité de son style aurait suffi à révéler le nom de l’auteur ; cette atmosphère étrange, ces personnages figés dans plusieurs époques, au premier plan la conversation interrompue de trois hommes qui semblent ne pas se rencontrer, au fond les gestes suspendus d’une sorte de flagellation idéale, onirique, évoquent 500 ans avant lui l’ambiance des tableaux de Paul Delvaux (1,2,3).


L’œuvre n’est pas datée, et donne toute latitude aux experts, qui le situent pour certains en 1444, année de l’assassinat des trois personnages hypothétiques à droite, et à diverses dates allant jusqu’à 1472 pour d’autres, qui extrapolent que le tableau aurait été un cadeau luxueux - Piero était alors un érudit et géomètre renommé - fait à un duc d’Urbino pour l’inciter à organiser une croisade vers Constantinople !


Car le panneau, jusqu’à la fin du 19ème siècle, était oublié depuis 450 ans dans la sacristie de la cathédrale d’Urbino. Urbino était, du temps de Piero, un centre culturel influent. Raphaël Sanzio y naitra bientôt, et deviendra à Florence le plus grand peintre de tous les temps disent les gens d’Urbino, et derrière eux une grande part de l’Europe culturelle jusqu’à la fin du 19ème siècle. On visite encore sa maison natale qui expose des copies de ses tableaux et de son crâne (sala dei cimeli). 

Pillée pour enrichir les collections du Vatican et des Médicis à Florence, et aujourd'hui oubliée des circuits touristiques surpeuplés de la Toscane, il ne reste à Urbino, dans l’ancien palais ducal, qu’un petit nombre de chefs-d’œuvre miraculeusement épargnés, dont l’un des plus beaux portraits de Raphaël, et ce tableau lunaire de Piero della Francesca.


Soyons juste, il lui reste aussi, près de la cathédrale, inamovible depuis 326 ans, arbre remarquable, le plus grand platane séculaire à feuilles d’érable d’Europe ; enfin c’est ce que dit la carte, car en réalité il est loin des records de circonférence, de hauteur et d’ancienneté d’Europe (10m, 51m, et plus de 400 ans *), et même d’Italie.


* Ce lien vers le site des arbres monumentaux (MonumentalTrees.com) fonctionne très mal, et prend parfois plusieurs minutes pour répondre. Peut-être est-ce temporaire, mais sa vétusté était déjà préoccupante. Hélas il est encyclopédique et sans concurrent sérieux.