samedi 20 juin 2026

Cremonini

Leonardo Cremonini, "Les sens et les choses", 1968 (Milan, collection privée)

Bon an, mal an, meurt le "dernier géant de l’art contemporain". C’est une loi de la nature. Hier c’était David Hockney, le "peintre de la joie de vivre", parait-il, mais dont il faut reconnaitre qu’il avait bien décliné et ne faisait plus que des dessins d’enfant malhabile, avec les doigts sur une tablette électronique.


En avril 2010, à la mort à Paris de Leonardo Cremonini, les hommages avaient été plus retenus. Il est vrai que ses meilleurs tableaux s’achetaient alors moins de 100 000$, 1000 fois moins que ceux de Hockney aujourd’hui, et qu’il n’avait jamais bénéficié d’une gigantesque rétrospective in extremis chez les vendeurs de sacs à main ni dans les institutions officielles en France. 

Il avait pourtant été admiré, de collectionneurs très fidèles depuis les années 1950-1960, et par la légendaire galerie Claude Bernard de Paris, qui l’exposait régulièrement à partir des années 1970-1980, aux côtés de Gilles Aillaud, Andrew Wyeth, et Francis Bacon avec qui il partageait une amitié et une évidente fraternité de style, loin des grands courants artistiques à la mode.  


On attendait donc depuis des décennies une véritable rétrospective en France, par exemple dans la ville qui l’avait reconnu et hébergé, Paris, comme l’avaient honoré les grandes villes italiennes, et Prague et Tokyo. 

 

Eh bien le prodige arrive aujourd'hui, pas à Paris mais à Versailles, en partie au musée Lambinet jusqu’au 20 septembre 2026, et surtout à l’Espace Richaud, jusqu’au 4 octobre, dans le cadre monumental de l’ancien hôpital royal (illustration ci-contre) où sont magnifiquement présentées près de 80 grandes toiles resplendissantes.
Le musée montre de son côté une trentaine d’œuvres plus petites, 250 mètres plus loin sur le boulevard.

Bien qu’annoncé, le catalogue de l’exposition n’étant toujours pas disponible, vous n’aurez pas plus d’informations, ni de chiffres, par exemple les dimensions des œuvres, qui ne sont pas sur les cartels.

Vous constaterez néanmoins que, comme pour tant de peintres non reconnus par la république des Arts ou les arts de la République, peu des tableaux exposés proviennent de musées, 95% sont des prêts de bienheureux collectionneurs privés, dont la moitié d’une mystérieuse "collection particulière Paris-Bologne" (le peintre était né à Bologne).

C’est pourquoi vous ignoriez probablement Leonardo Cremonini, ses souvenirs de vacances au bord de la mer, ses gamins fantomatiques, ses jaunes, ses orange, et ses violets.
 


Cremonini, "Rêves et bonbons", 1997 (Paris-Bologne, collection privée)

Cremonini, "Les horizons du comptoir", 2000 (Belgique, collection privée)

Cremonini, "Les refrains du belvédère", 1978 (New York, Mount Kisco)

Cremonini, "Silences indiscrets", 1996 (Paris-Bologne, collection privée)

Cremonini, "Cache-cache", 1956 (Paris-Bologne, collection privée)

Toutes les photos ont été prises à l'Espace Richaud le 11 juin 2026.

samedi 13 juin 2026

Investir dans l'art ?

Otto Dix - La guerre, tryptique et prédelle 1928-1932, technique mixte sur panneaux de bois, 420cm (Dresde Neue galerie - Albertinum)



Le Journal de l’art (Ilgiornaledellarte) présentait récemment une étude sur le rendement moyen des œuvres d’art sur le marché secondaire des ventes aux enchères (écart entre prix d'achat et prix de vente), sur la période des 25 dernières années, avec les données de 45 000 ventes dans les principales maisons d’enchères (Christie’s, Sotheby’s, Phillips). 

Le rendement moyen aurait été de 6,8% entre deux reventes inférieures à 10 000$, 3,7% entre 10 000 et 50 000$, 1,9% entre 50 000 et 1 000 000$, et -1,3% (négatif) au-delà du million de dollars.
Ces résultats grossiers varient selon de nombreux critères comme le délai entre deux reventes, la taille du marché de l'artiste, le pourcentage d'œuvres vendues et de ventes à perte, l’énigmatique "risque par unité de rendement"… 

Les chiffres de cette étude sont fournis par deux économistes américains expérimentés qui mettent à disposition gratuitement sur leur site des outils d’évaluation du rendement par artiste. Ils prennent la précaution dans les conditions générales de ne garantir ni les données collectées ni les outils - néanmoins brevetés - d'analyse et dénient toute responsabilité sur leur utilisation.
Leur ferez-vous confiance ?

Et s'il s'agit de confiance, investissez plutôt dans les armements et les drones, les rendements sont bien meilleurs. Mais n’attendez pas, si vous souhaitez en profiter un peu, car ces bulles financières peuvent exploser sans prévenir.

mardi 2 juin 2026

Ce monde est disparu (29)

Maurizio Cattelan - Sans titre (alias Good Versus Evil), 2003 [vue sous d’autres angles]. L'identification des personnages est à la fin de cette chronique.



On l’aura compris au succès mitigé des ventes marathon de la mi-mai chez Sotheby’s à New York, pour faire dire aux médias myopes qu’on a doublé le chiffre d’affaires de l’année précédente, il suffit de doubler le nombre d’œuvres en vente. 
Un autre moyen est de garder de bonnes relations avec un milliardaire mort et d’obtenir l’exclusivité de la vente de sa collection, qui est toujours un triomphe même quand le marché est flasque, car les milliardaires, et les millionnaires impatients, s’y ruent. C’est ce que vient de faire la maison Christie’s le 18 mai, à New York également (rappelons qu’elle appartient, comme Sotheby’s, à un milliardaire français, lui aussi charognard d’entreprises, magouilleur fiscal, grand luxe, dentelle et bling-bling). 

Les 16 lots de la vente étaient garantis, c’est à dire déjà achetés par Christie’s ou un tiers, à un prix minimum accepté par le vendeur, les surplus d’enchères étant alors partagés. Ça s’appelle la financiarisation du marché. La vente de prestige était accompagnée, du 18 au 21 mai, de morceaux choisis d’autres collections fameuses chez les collectionneurs.
Les milliardaires s’y précipitèrent donc - n’oublions pas qu’ils prospèrent et se reproduisent actuellement plus vite que la plupart des espèces animales, plutôt en voie d’extinction. Ce fut la curée ; on ne se connaissait plus ; on ne regardait pas ce qu’on achetait ; on ne comptait même plus les zéros ; les records tombèrent ; 1,5 milliard de dollars en quatre jours, 250 à 300 millions de dollars de commissions pour la maison de ventes, sans compter le bénéfice des garanties.

Quelques records soulignés par les médias
(rappel : M$ = millions de dollars, k$ = milliers)

Une toile d’égouttage (traduction automatique) de Jackson Pollock, spécialiste des fuites de peinture, intitulée Number 7A, de 1948, 334cm, a été adjugée 157M$, plus 24M$ pour Christie’s, soit 181M$ sans compter les diverses taxes étatiques, 4ème tableau le plus cher en vente publique. L’argument de vente n’avait pu retenir le flot de son admiration, en substance :

Son talent quasi surnaturel pour contrôler la nature incontrôlable du pigment liquide, la progression sophistiquée des coulures, des écoulements, des volutes et des flaques de peinture noire aboutissent à l'une des œuvres les plus extraordinaires du canon de l'histoire de l'art moderne. L'absence totale d'éléments narratifs ou fictifs qui avaient soutenu les efforts artistiques de l'humanité pendant des millénaires ouvre la voie à une forme d'expression pure, adaptée au monde moderne de l'après-guerre, d'une poésie majestueuse et hypnotique qui évoque le défilé des nymphes dans le printemps de Botticelli.  

N’est-ce pas  exactement ce que vous aviez ressenti en le voyant ?  
Il est vrai qu’en matière de poésie, on pouvait hésiter avec le tableau de 1961 et 145cm de Twombly, intitulé "Sans titre", qui n’est parti que contre 45M$.

À noter également un nouveau record en vente publique pour Rothko, avec cette bande rouge, contre 98M$, et pour Gerhard Richter (toujours vivant) avec une de ses énormes bougies floues d’un mètre et de 1982, contre 35M$, et pour Brancusi avec une belle tête de Danaïde de 1913 et 27cm, en bronze à la feuille d’or, record pour une sculpture déjà en 2002 avec 18M$, et aujourd’hui, 24 ans après, avec 107M$.

Plus sérieusement, ce qui aura retenu notre attention est encore une facétie de Maurizio Cattelan, jamais à court d’idées, qui faisait en 2003 réaliser 11 exemplaires d’un jeu d’échecs avec 32 personnages historiques ou mythologiques en porcelaine, représentant d’un côté le bien et de l’autre le mal (ou inversement). Estimé 150k$, cet exemplaire a disparu contre 584k$ (nos illustration).
Christie’s par son absence de commentaire ne se risque pas à décrire les pièces et préciser où sont le bien et le mal. Sotheby’s qui en a vendu un exemplaire en 2009 (458k$) en détaillait alors l’historique et la composition (et c’est bien plus drôle que la liste des 125 personnalités immortelles de Jeff Koons). Chacun y reconnaitra peut-être ses idoles, pas nécessairement du bon côté, mais pourra en permuter certaines, promettant des parties polémiques animées.


Les personnages de Good Versus Evil de Maurizio Cattelan (de gauche à droite) :
Reines : Marie Madeleine / Cruella d’Enfer 
Rois : Martin Luther King / Hitler
Fous : Gandhi & Che Guevara / Chronos (le Temps) & la Mort (chez Bergman
Cavaliers : Cicciolina & Jeanne d’Arc / Freud avec valise & Salomé et tête Jean-Baptiste
Tours : François d’Assise & Freud avec pipe / Dracula & le serpent de la connaissance
Pions : pompier américain, Superman, Sitting Bull, loup, Mère Teresa, Sophia Loren, Dalaï Lama, Pinocchio / Al Capone, Raspoutine, Donatella Versace, Pol Pot, Mata Hari, Général Custer, Néron, Staline


mardi 26 mai 2026

Ce monde est disparu (28)

         

Rien de folichon dans cette suite et fin du marathon des 1000 enchères de Sotheby’s ; peu d’invendus [6%], pas de réelle surprise, des prix très moyens même pour les grands noms, comme ce Picabia monstrueux, rien qui ne dépasse beaucoup l’estimation sauf peut-être un Mondrian non euclidien et un Mary Cassatt très laid. Alors les médias, de dépit, s’extasient sur les prix de consolation et les poncifs, une chaise aux trois pêches de Matisse, peu tentante même pour s’asseoir, à 48M$ et un arlequin de Picasso à 42M$ (oui, encore un, on arrive à plusieurs centaines avec les pierrots et les clowns).


Heureusement quelques œuvres peu remarquées méritaient, plus que le détour, l’illustration dans nos pages :


Illustration d’entête :

Anna Güntner - Błąd (L'erreur, en polonais), 109cm, estimé 60k$, adjugé 115k$. Peintre polonaise surréaliste très tardive (morte en 2013) et très mineure, Güntner a parfois une idée plaisante, et c’était le cas dans cet amusant tableau sans prétention de 1968.  


Illustrations ci-dessous :

Bonnard - Déjeuner gris, 1908, huile sur papier marouflé sur toile, 65cm, estimé 300k$, adjugé 410k$. Le numéro 515 du catalogue raisonné de Bonnard. Même avec peu de couleurs, l’insaisissable charme de Bonnard fonctionne. 

Le Sidaner - Le banc, Gerberoy, 1903, 65cm, estimé 125k$, adjugé 205k$. Une des plus belles images de Le Sidaner, une perfection.

Grant Wood - Village Slums (bidonvilles), 1937, crayon conté et gouache sur papier, 52cm, estimé 125k$, adjugé 282k$. Profitez de cette reproduction, car Grant Wood, mort en 1942, fameux auteur de l’icône de l’Amérique qu’est "American Gothic", est toujours soumis aux interdictions de reproduction des droits d’auteur (sauf pour quelques icônes qui incarnent tant l’Amérique qu’elle ne peuvent pas décemment être affichées au format du timbre-poste).


Achille Laugé - Roses dans un verre d'eau, 1893, 45cm, estimé 250k$, adjugé 141k$. Que dire de plus que ce que nous avions écrit en 2010 sur Laugé, peintre un peu blafard et bien oublié. Le musée d’Orsay s'est tout de même résigné depuis à en exposer un en public, dit son catalogue.


mardi 19 mai 2026

Ce monde est disparu (27)

         
Est-ce pour fêter un millésime ou pour relancer une saison d’enchères morose que la maison Sotheby’s tente aujourd'hui d’éblouir le chaland avec une hyper exposition, 1000 œuvres de tous les grands noms couvrant l’époque moderne de 1875 à 2025, en 6 dates du 14 au 20 mai 2026 (pré-visite sur réservation horaire, le nombre d’entrées est limité) ? 
Il n’y manquent que deux ou trois noms qu’on ne citera pas pour ne pas remuer leurs cendres ou leur vanité, et tous ne sont pas représentés par leur meilleure inspiration, car il n’est pas si facile d’exposer simultanément 1000 œuvres graphiques dans cette espèce de coffre-fort sans fenêtre, au 945 Madison Avenue, à New York, que Sotheby’s vient d’acheter, au prix d’un beau Rothko dit-on ; une affaire. C’est sa première exposition dans les lieux.   

Pour l’instant, sur les premières dates - en 3 ventes les 14 et 15 mai - le client a globalement respecté les prix estimés fixés par le marchand ; rappelons que l’estimation est une sorte d’ordre de grandeur qui insinue un biais d’ancrage et une attraction involontaire dans l’esprit de l’enchérisseur. 
Deux exemples frappants, sans doute décevants pour Sotheby’s qui ne le dira pas, les prix du Rothko (illustré plus bas), dont l’estimation moyenne était de 85M$ (millions de dollars), parti à 86M$ (commission incluse mais hors taxes), et le tableau de Basquiat à 53M$, tous deux dans la moyenne des prix de leurs meilleures œuvres, mais loin - moins de la moitié - de leurs records respectifs.  

Sur les 378 lots des 3 ventes, 9% [32] sont invendus et 20% [70] ont dépassé de 2 à 4 fois l’estimation moyenne. 4 surenchères inattendues ont dépassé 8 fois l’estimation, dont la Salle de bain d’Antonio López, estimée 250k$ et partie contre 1,984M$ (illustrée plus bas). 

Aujourd’hui, 5 tableaux des 3 premières ventes ont été retenus par le mauvais gout du blog, qui a concocté ci-joint quelques belles reproductions dont le téléchargement est conseillé, car la maison de vente ne l’autorise plus (quand on vous dit que la civilisation s’effondre, depuis que Sotheby’s appartient à un français endetté jusqu’au plafond, et qui n’est devenu un milliardaire virtuel qu’au prix d’innombrables licenciements et délocalisations d’entreprises).

Dans quelques jours paraitra un choix parmi les 3 dernières ventes, après publication des résultats du 20 mai.

Illustration d’entête :
Mark Tansey, Continental Divide (ligne continentale de partage des eaux), 1994, 216cm, estimation 3,5M$, adjugé 4M$. Tansey est un peintre spirituel (ici et ) et son ennuyeuse monomanie monochrome ne l’empêche pas d’être très coté. 

Illustrations ci-dessous :
Mark Rothko, Brun et noir sur rouges, 1957, 230cm, estimation 85M$, adjugé 86M$. Un des plus beaux Rothko, pour qui aime le peintre, mais des enchères nonchalantes. 

Tomás Sanchéz, Deux eaux, 1989, 100cm, estimation 150k$, adjugé 243kM$. Peut-on ne pas aimer un peintre qui de sa vie n’aura peint, encore aujourd'hui, que des arbres, par millions (ici, ici, et ) ?                         

Antonio López (García), La salle de bain, 1966, 229cm, estimation 250k$, adjugé 2M$. Une belle culbute de la cote pour ce peintre et sculpteur qu’on dit hyperréaliste encore aujourd'hui à 90 ans. 

Joan Miró, Dormeurs réveillés par un oiseau, gouache et aquarelle, 1939, 41cm, estimation 4Mk$, adjugé 6,5M$. Il a été prouvé que Miro ne pouvait pas connaitre les Shadoks de Jacques Rouxel 30 ans avant leur création.


mercredi 13 mai 2026

Améliorons les chefs-d’œuvre (34)


Peut-être verrez vous bientôt ce tableau décapité dans un musée, parce qu’il faudra bien que l’acheteur profite de la vogue de l’artiste pour rentabiliser sa folie d’un million de dollars (1 000 000$). C’était il y a quelques jours. La maison d’enchères, Dorotheum, n’en ambitionnait que 150 000$. Et n’imaginez pas qu’on sache où se trouve la tête. Elle aurait été découpée dans les pillages de Berlin à la fin de la guerre en 1945. Qui la retrouvera aura entre les mains de quoi négocier sérieusement, si la cote de l’artiste, qui ne cesse d’enfler de nos jours, ne se dégonfle entretemps.

Ça n’est pas une découverte. Il existe une version très proche, non amputée et signée, du même tableau et on connait assez précisément la vie de l'artiste, sa renommée à Florence, puis à Rome, son atelier à Naples après 1630, son succès auprès des Médicis et de la cour d’Angleterre. Une rétrospective au musée Maillol en 2012, et une exposition présomptueuse et mercantile comme toujours au musée Jacquemart en 2025, l’ont fait découvrir au moins aux parisiens.
Avant cette vogue on lui attribuait une petite trentaine de tableaux, certains clairement signés et d’autres plus ou moins pressentis, mais il n’y avait pas d’enthousiasme à constituer un catalogue raisonné. Il faut reconnaitre que sa peinture n’a pas beaucoup de grâce, son style est lourd, ses visages un peu épais et son inspiration, conforme aux thèmes religieux de l’époque, ne se distingue pas de celle de nombreux peintres alors imitateurs des thèmes et du style de Caravage.  
Aujourd'hui le nombre de nouvelles attributions imite la courbe de la flambée des prix, son catalogue est passé à une soixantaine d'œuvres, dont certaines attribuées naguère avec hésitation à son père, qui lui avait appris le métier ; ces migrations ne sont pas rares, l’attribution n’est pas une science toujours exacte.

En art tout est autorisé, un objet peut légitimement se voir attribuer une grande valeur pour des motifs autres qu’esthétiques, un engouement passager par exemple. On peut lire dans les commentaires sur le tableau qu’il rappelle ainsi incomplet l’inspiration de quelques artistes contemporains conceptuels dont l’idée prime sur l’objet réalisé, celui-ci pouvant même ne pas exister ; on parle d'espace négatif, de force du vide, de muer l'absence en sens... 
Ainsi il pourrait être exposé dans un musée d’art contemporain, en attendant une hypothétique découverte de la tête, et alors rejoindre un jour, après "recollation", les galeries d’un musée d’histoire de l’art, dont le catalogue ne le rangerait peut-être pas à la lettre G, comme Gentileschi, mais dans l’ordre alphabétique honorifique réservé aux artistes les plus respectés, celui de leur prénom, comme Raphaël ou Michel-Ange, donc à la lettre A, comme Artemisia. 

Quelques liens et illustrations (temporaires comme toujours sur internet, à consommer de préférence avant 2028 ou 2029) :
 
▶︎ La page de promotion, vente et résultat chez Dorotheum du tableau incomplet, avec l’argumentaire qui vante la partie absente (en anglais).

▶︎ L'autre version de Marie Madeleine, cette fois entière, conservée à Florence au palais Pitti et signée sans équivoque Artemisia.

▶︎ Deux autoportraits d'Artemisia en joueuse de luth et haute définition, à comparer à la Joueuse de luth peinte par son père Orazio, aussi en haute définition.

▶︎ Un autre curieux autoportrait d’Artemisia, et quelques tableaux du papa Gentileschi : Sainte Cécile et une autre sainte Cécile.

▶︎ L’historique des expositions du musée Maillol (l’expo Artemisia de 2012 en est curieusement absente, mais elle est attestée au moins encore ici).

▶︎ Un article d’Étienne Dumont, toujours plaisant, sur l’exhibition Artemisia du musée Jacquemart en 2025.