samedi 29 septembre 2007

Repeindre la Joconde

Encore elle, et encore Léonard de Vinci !

Dans le cadre de son inoubliable série "aime la vie, peins la en rose!", Ce Glob Est Plat ne pouvait pas ignorer les récents travaux sur la Joconde de Pascal Cotte et ses appareils magiques.
Le musée du Louvre n'osait pas prendre le risque de nettoyer le tableau tellement le vernis à retirer et les pigments de la peinture d'origine sont étroitement liés.
Pascal Cotte décida de le faire virtuellement.

Il réalisa en 2004 une photographie numérique "multispectrale" de 240 millions de pixels, c'est dire sa détermination, puis une analyse chimique des pigments utilisés et de leur dégradation avec le temps. Et après un nombre incalculable de calculs, il aboutit au résultat qu'il présente sur le site de sa société Lumière Technology, également dans un document PDF, et même sur une vidéo soporifique.
On y voit comment il part de la Joconde actuelle (à gauche sur l'illustration), la nettoie de son vernis jauni comme le font les musées sur des œuvres moins fragiles ou moins célèbres (au centre), et enfin reconstitue les pigments colorés comme si le tableau venait d'être peint, en éliminant les dérives dues au vieillissement (à droite).

Finie la Mona Lisa maladive qui baignait dans un aquarium glauque aux eaux douteuses. Saluons la Mona Lisa que léonard a probablement vue et gardons bien ses octets au frais parce que les eaux de la véritable ne feront que se troubler avec le temps.

vendredi 14 septembre 2007

Crucifixus

Et voilà!
On ironise, on s'amuse de la religion, on blasphème.
Et un jour ça vous arrive. Un peu comme Gregor Samsa dans la Métamorphose de Franz Kafka. Un monstre hideux venu du fond des enfers vous empêche de sortir de chez vous, prêt à vous paralyser et vous faire fondre à l'acide pour vous boire à la paille, comme un jus de tomate.
Nettement dessinée sur son abdomen, une croix lumineuse vous rappelle douloureusement votre hérésie.

Hergé l'avait déjà prophétisé dans l'Étoile mystérieuse en 1942, l'épeire diadème n'annonce que des catastrophes, quelquefois des apocalypses.

On peut heureusement s'en sortir.
D'un coup de pantoufle bien ajusté.

samedi 8 septembre 2007

La vérité sur Léonard

En la matière, il y a les interminables biographies romancées *, et les véritables investigations historiques. C'est dans la dernière catégorie que se déclarait la troisième émission du magazine «Babylone» diffusée le 21.08.2007 par France 2. L'épisode s'intitulait «Les secrets de Léonard de Vinci». Après «Le tombeau du christ» et avant «Jacques l'éventreur», on pouvait s'attendre à de la dentelle.



Un résumé serait impossible, tant on y trouve foison de perles. Quelques exemples:
  • À propos de la Joconde : une œuvre presque irréelle tant elle est unique.
  • Devant une radiographie grisâtre, uniforme et floue : sous nos yeux éclate la matérialisation du sfumato.
  • En parlant de «la cène» de Milan : des milliers d'admirateurs devant ce tableau... (ça n'est pas un tableau mais une peinture directe sur un mur).
  • Ou encore : Léonard était un véritable autodidacte élevé dans les ateliers de la renaissance.
  • Et cette merveille : la vérité historique oblige à dire qu'il n'a pas inventé la bicyclette.


Mais ce sont là d'anodines anecdotes. Le vrai point fort de l'émission, qu'elle revendique à juste titre, est l'investigation historique. Et là c'est un festival scientifique.
L'auteur fait lourdement affirmer par de sentencieux pseudo-spécialistes d'absurdes élucubrations anachroniques sur un Léonard rose-croix, franc-maçon ou alchimiste, pour conclure habilement ses longues démonstrations par «mais la théorie est probablement fausse» ou «mais là encore rien ne permet de l'affirmer». Procédé hypocrite connu.
On n'échappera pas non plus à la présentation grandiloquente de l'interprétation faite par Freud du rêve du milan raconté par Léonard, commentaire unanimement reconnu comme erroné car dû à une erreur de traduction.




Enfin, il ne faut pas s'attendre à y admirer des œuvres de Léonard. C'est à dire trouver des images arrêtées de plus d'une seconde. Après tout, si on nous dit que c'est un génie, croyons le sur parole. Ça laisse du temps pour la mégalomanie. On y voit en effet l'auteur sous tous les angles, côtoyant les plus grands experts dans des paysages florentins repeints par des filtres agressifs, ou avançant avec détermination vers des murs sans issue, errant seul dans Paris la nuit et affirmant «l'énigme de Léonard n'existe pas!». Il vient de nous en servir une heure truffée de mystifications.

On a beau le voir tout le long film, j'ai oublié le nom du type, mais on dit qu'il est le fils d'un célèbre présentateur de journal télévisé.
Après un sournois «Il est temps de faire tomber les dernières idées reçues», l'auteur se ménage adroitement un argumentaire, en faisant témoigner Serge Bramly «Notre époque a totalement déformé la réalité du peintre. Léonard a eu tous les visages, on verra bien à quelle sauce va l'accommoder le 21ème siècle». Et bien on vient de le voir. Une fausse enquête sans autre objet que le narcissisme de l'auteur. Mais à voir ** néanmoins pour son aspect exemplaire: poncifs, clichés, lieux communs, stéréotypes, nombrilisme, sensationnalisme, dramatisation des riens, tout y est.
Prévoyez un anti-vomitif tout de même.

***
* Ce Glob Est Plat, toujours au fait de l'actualité la plus brûlante, consacrera très prochainement une chronique au film de 1971 (en 5 parties et presque 6 heures) de Renato castellani, «La vita di Leonardo da Vinci».

** Actuellement visible sur le site de France2 (le spectateur inconscient cliquera sur le lien "la vidéo intégrale") et également sur le réseau indicible.