samedi 31 mars 2007

La vie des cimetières (2)

Le sens commun voudrait qu'on protège un cimetière contre les intrusions nocturnes de profanateurs. Ici, au Père Lachaise, à Paris, on a plutôt cherché à défendre l'extérieur du cimetière, les vivants, contre les invasions de diverses espèces de revenants, zombies et ectoplasmes. Saluons l'initiative. Pour le bienheureux qui croit, tout est possible.


mercredi 28 mars 2007

La vie des cimetières (1)


Septembre. Dans le petit cimetière de San Miniato al Monte, les derniers rayons du soleil couchant viennent rebondir sur les plis d'une cape et irradier un visage de marbre.

mardi 27 mars 2007

Le pont-canal

Quand l'homme s'ennuie, il met au point des inventions extravagantes. Un jour de l'année 1890, il pensa qu'il serait amusant de faire se croiser les bateaux comme le font les avions, sur des plans différents, dans un espace à 3 dimensions, et même de les faire naviguer au dessus d'une route de campagne normalement sèche. Alors il demanda à Eiffel et quelques autres savants de construire, pour enjamber la Loire, le pont-canal de Briare.
Il l'orna de lampadaires ouvragés, le détruisit pour des raisons stratégiques en 1940 pour le reconstruire en 1941. Depuis, ce canal qui traverse un fleuve "à pieds secs" éblouit le touriste de passage, par cette grandeur un peu oiseuse qu'ont les réalisations prestigieuses d'un autre temps.


mercredi 21 mars 2007

Vers l'infini, et au-delà

Le plus beau tableau, et probablement le plus célèbre, d'un des principaux paysagistes russes de la fin du 19ème siècle était exposé au musée d'Orsay l'an dernier, avec quelques autres chefs d'œuvre de la peinture russe. C'est un grand tableau (206 x 150 cm.) qui demande un certain recul pour être admiré dans son ensemble.
Hélas, l'organisateur particulièrement inspiré avait trouvé intelligent de l'accrocher dans un angle à l'entrée de l'exposition, exactement en regard, perpendiculairement, d'un texte certainement très instructif puisque tous les visiteurs s'y arrêtaient un bon moment, masquant ainsi systématiquement et en permanence une grande partie du tableau.

Alors, à l'intention de tous les frustrés qui n'ont vu que des bribes, voici le tableau entier, dans une magnifique reproduction due à un site russe
* riche en images de qualité.
Intitulé "Au dessus du repos éternel", il a été peint par Isaac Levitan en 1894.

* Dans l'index alphabétique sélectionnez la lettre L (Русская живопись. Л.) et dans la page qui s'affiche, parmi les peintres en L, tous les liens commençant par "Исаак ЛЕВИТАН (1860-1900)" mènent vers un tableau de Lévitan.

dimanche 18 mars 2007

Priapus et Galipette (féerie)

C'était il n'y a pas très longtemps. L'affreux gnome Priapus...

...poursuivait la gentille fée Galipette de ses assiduités.

Un triste matin d'hiver, on retrouva la malheureuse dans un ravin, démembrée et exsangue.

Depuis, la police mène une surveillance discrète au pays des fées.

dimanche 11 mars 2007

Quand la grande roue s'arrêta

Au début de l'année 2002, un petit typhon futile remuait les autorités parisiennes. Elles avaient permis depuis quelques années, pour fêter somptueusement le changement de millénaire, que le propriétaire de la grande roue (60 mètres) exerce son commerce sur la célèbre place de la Concorde, à l'entrée du jardin des Tuileries. Une fois le millénaire passé, le commerçant imaginant que son attraction était là pour un millénaire encore, refusait de quitter la place.

Pour éviter que ces situations se répètent, et à l'intention des négociants qui souhaiteraient engager un investissement totalement garanti, Ce Glob Est Plat conseillera la grande roue du parc d'attraction de Pripyat, en Ukraine. Située à moins de 3700 mètres du grand sarcophage de Tchernobyl. Aucune autorité ne viendra jamais la démonter, au moins pendant quelques millénaires. En voici les coordonnées précises: 51°24'30.57"N & 30° 3'20.21"E.

Finalement, après quelques péripéties très médiatisées, la grande roue était démontée fin janvier 2002.

jeudi 8 mars 2007

Frère, biographie

Théodore Frère, peintre de paysages d'orient.

24 juin 1814, Paris, France,
24 mars 1888, ...

De son vivant, Théodore Frère était estimé et honoré, en France, et en Égypte où on lui décerna le titre de "Bey" et où il participa au cortège officiel de l'inauguration du canal de Suez en 1869.
De nos jours, s'il ne fait plus partie du panthéon des grands peintres honorés par les institutions ou par les éditions d'art , il est resté très apprécié des amateurs et le moyen le plus sûr de voir ses œuvres est de fréquenter les salles de ventes qui en ont vu passer 400 pendant les 20 dernières années.
Son frère Édouard, cadet de 2 ans, peintre à succès également, représentait des scènes de la vie du peuple, édifiantes et sentimentales, dignes du calendrier des postes.

Théodore ne s'intéressait qu'au paysage.

Après 1830, afin de populariser sa politique de conquêtes, le gouvernement français incitait et aidait les artistes à partir pour l'Algérie. C'était le début de l'orientalisme.
Théodore passera sa vie à voyager en Afrique du nord, au moyen-orient et à peindre des paysages désertiques. Sans se soucier d'histoire ou d'anecdotes. Ses personnages sont des silhouettes anonymes passant dans des décors abstraits, sans détails, presque vides. Le seul être vivant semble y être le soleil.
Ses tableaux illustrent ce que disait Vialatte du désert "c'est l'éternité, le pur espace des géomètres".

On ne trouve pas de monographie, ni de catalogue d'exposition sur Théodore Frère.

dimanche 4 mars 2007

Aristote m'a déçu !

Un grand événement astronomique doit toujours être accompagné de son explication scientifique si on veut éviter de tomber dans les aberrations de l'irrationnel et les affres de la croyance. Alors, cette nuit, pour comprendre le fonctionnement de l'éclipse totale de lune (qui promettait d'être elle-même éclipsée par la couverture nuageuse) je me suis décidé à lire ce que le grand Aristote en disait.

22h40 - un commencement difficile derrière les nuages

Je passe pudiquement sur l'épisode où il affirme que l'éclipse est causée par la terre, sphérique, qui s'interpose entre le soleil et la lune. Je laisse à de plus compétents le soin de discuter ce point.

01h18 - les nuages sont partis. mais trop tard pour l'éclipse totale

J'en arrive à la cause de ma déception, en citant un passage un peu obscur de son traité du ciel: "Un tremblement de terre coïncide parfois avec une éclipse de lune. Quand la lumière et la chaleur du soleil quittent l'air, le vent causé par le refroidissement de la lune qui approche du point de l'éclipse retourne dans la terre et génére ainsi le tremblement de terre."

02h26 - la pleine lune où s'accroche un petit reste d'ombre

C'était hier ma dixième éclipse de lune, et aucune n'avait jamais été accompagnée d'un tremblement de terre. J'attendais beaucoup de cette dernière, mais rien n'advint. Pas la plus petite vibration. Le silence. On en vient à se demander comment Aristote peut être considéré comme le fondateur de la pensée et de la science occidentales.

***
Je n'ai pas trouvé de traduction française numérique du Traité du ciel d'Aristote, alors le lien eDonkey suivant pointe vers une traduction anglaise: ed2k://|file|Aristotle - On The Heavens.txt|231136|FCDDC3C34A7E9F9404BA6F29554EA189|/

Mise à jour (07.03.2009) : Philippe Remacle a récemment ajouté, dans sa phénoménale mine des auteurs grecs et latins, une traduction intégrale en français du Traité du ciel d'Aristote.

samedi 3 mars 2007

Aivazovski et Turner sont dans un bateau...

Le musée de la marine, au palais de Chaillot à Paris, expose du 7 février au 4 juin 2007 une quarantaine de tableaux d'un peintre célèbre, représenté dans tous les musées de Russie, en Arménie, en Turquie, et presque inconnu en europe de l'ouest, Ivan Aivazovski.

S'il faut croire les notices psittacistes qui annoncent l'exposition, et une biographie officielle du peintre (éditions soviétiques Aurora 1980), William Turner l'a tellement adoré qu'il l'aurait qualifié de génie dans un long poème ridicule, en italien. Si l'anecdote est risible, une rencontre reste plausible. À l'époque où Aivazovski, à 25 ans, étincelait dans les salons artistiques de France et d'Italie, Turner, presque septuagénaire, arpentait la Suisse et l'Italie du nord.

Les deux peintres partageaient la même obsession. Au long de quelques milliers de peintures, proches du cliché romantique et du chromo maritime, inondées de tempêtes échevelées, de batailles navales embrumées et de naufrages au clair de lune, on voit partout se répandre chez Aivazovski, comme chez Turner, la même hantise pour l'eau, l'air et la lumière.

Allons voir cette exposition, et cette lumière si rare.