samedi 31 mars 2012

La vie des cimetières (42)

L'histoire de la naissance de l'image animée compte nombre de personnages étranges, d'ingénieux précurseurs aussitôt oubliés, des usurpateurs prétendant avoir inventé le cinéma, et quelques visionnaires.
Il y eut l'improbable Louis Le Prince, véritable inventeur du cinéma, auteur du premier film jamais réalisé, le 14 octobre 1888, puis disparu étrangement le 16 octobre 1890 dans le train express Paris - Dijon.
Parmi les usurpateurs, Thomas Edison, l'entrepreneur aux 1000 brevets, qui inonda l'Amérique de films volés à Georges Méliès.

Et puis Méliès, inventeur du spectacle cinématographique, comme le dit justement sa tombe (qui cite Louis Lumière) dans le cimetière du Père Lachaise. Il fut le créateur des trucages et des premiers films fantastiques.
Mais le cinéma est allé plus vite que lui. Dépassé, ruiné, enseveli par la première guerre mondiale, oublié, on le retrouvera par hasard en 1926, vendeur de jouets et de bonbons dans une boutique de la gare Montparnasse.
Redevenu alors pionnier du cinéma, embaumé vivant, Méliès finira sa vie au château d'Orly, premier pensionnaire de la maison de retraite de la Mutuelle du cinéma. Ses féeries n'amusaient plus le public, mais il était entré dans les dictionnaires et les livres d'Histoire.

Martin Scorsese en a fait un joli film très mièvre, en 2011, un hommage assez peu réaliste. Il altère au passage l'orthographe de son nom en oubliant l'accent grave sur le deuxième E, quand l'automate de Méliès dessine la célèbre lune éborgnée par l'obus, et signe le dessin.
Il n'est pas le premier. C'est en 1954 probablement, quand un certain Carvinnari sculpta le buste de Méliès, que la stèle qui le supporte fut gravée. Le ciseleur traça soigneusement les accents aigus des É et omit l'accent grave du È.

Isolée, malaisée à repérer, la tombe de Georges Méliès sans accent grave et sa famille, au cimetière du Père Lachaise, 64ème division.

Détail d'un générique de l'époque de Méliès avec accent grave.

samedi 24 mars 2012

Améliorons les chefs-d'œuvre (2)


Léonard de Vinci n'a peint que des plus beaux tableaux du monde, et aussi des ultimes chefs-d’œuvre. C'est le Louvre, le plus grand musée du monde qui expose le plus grand nombre de plus beaux tableaux du monde, qui l'affirme. C'est écrit dans la magnifique brochure d'une prochaine exposition incroyablement excitante sur un chef-d’œuvre absolu et mystérieux de Léonard, qui était il y a peu dans un état lamentable (pas Léonard, le tableau évidemment), et que les restaurateurs du musée ont sauvé de l'anéantissement.

Ce tableau, inachevé par Léonard mais sauvé par la technologie française, c'est La Vierge et l'Enfant avec sainte Anne. Vous savez, c'est le tableau sur lequel, après l'avoir tourné de 90 degrés vers la droite, le grand Sigmund Freud s'est ridiculisé en imaginant le dessin d'un vautour dans les plis de la robe bleue, et en déduisant, à partir du souvenir d'enfance d'un milan relaté par Léonard, une théorie abracadabrante prouvant indubitablement son homosexualité (pas de Sigmund, de Léonard évidemment).

Dans cette exposition sera également, parait-il, l'extraordinaire et fragile dessin au fusain (sur un thème similaire) de la National Gallery de Londres, ainsi qu'une copie de la Joconde dont la presse vient de beaucoup parler. Nombreuses sont les imitations de la Joconde qui se morfondent dans les caves des musées. Le Prado de Madrid en avait une dans ses réserves, moins médiocre que la plupart, répertoriée depuis longtemps. Une analyse approfondie afin de préparer l'exposition révéla, sous le fond alors noir (repeint de la fin du 18ème siècle), un paysage proche de celui du Louvre, et surtout des détails qui, sur l'original, avaient été recouverts par le lent travail de retouches en glacis de Léonard et que personne (à part les radiographies récentes) n'avait jamais vus depuis. Les experts en ont déduit que la copie a été exécutée en même temps que l'original, dans l'atelier de léonard par un de ses élèves. Ce qui avait été une copie incertaine devenait un témoignage irremplaçable, plus proche de l'original que l'original même.

On se souvient qu'il y a quelques années, devant la timidité des conservateurs du Louvre (dont il est clair qu'ils n'ôteront jamais
la couche de saleté qui enfume et décolore la Joconde), Pascal Cotte avait investi des sommes faramineuses pour la débarbouiller virtuellement et recalculer ses couleurs originelles sur ordinateur. Avec des moyens plus modestes mais à l'aide des découvertes les plus récentes, Ce Glob est Plat ouvre aujourd'hui la fenêtre et vous propose une version oxygénée en appliquant sur l'original les couleurs de la pimpante version du Prado (avec une variante aux manches jaunes, Léonard n'ayant en apparence pas choisi l'option manches rouges de la copie).

Malgré ce courant d'air on notera que la scène reste assez compassée. Il serait peut-être profitable, dans une prochaine amélioration, d'ajouter quelques accessoires, histoire de lui apporter un peu de naturel et de spontanéité.

samedi 17 mars 2012

Nouvelles du monde en vrac

Tandis que, langue pendante et remuant la queue, les Français sont essentiellement affairés à se choisir un nouveau maitre, des évènements fondamentaux s'obstinent à survenir, un peu n'importe où, et ils sont parfois le résultat d'erreurs humaines.

En Allemagne, la nation est en deuil. Til, le petit lapin né sans oreilles, devait être exhibé lors d'une conférence de presse. L'homme de l'art venu le filmer lui a marché dessus par erreur. Il sera certainement empaillé. La Fontaine ou Anouilh en auraient fait une fable.


En Suisse, au Centre de Recherche Nucléaire, une connexion mal fichue entre le système de positionnement et un ordinateur était responsable de ce qui aurait pu être un bouleversement scientifique. Des neutrinos dépassaient la vitesse de la lumière dans le vide
. Albert Einstein aux orties. Finalement les scientifiques reconnaissent timidement l'erreur, compensée en partie, disent-ils, par une autre erreur, histoire de faire encore de longues vérifications, le temps d'oublier cette étourderie.

En Suède, où la liberté de penser est vénérée, on officialise les religions à la pelle. Paganisme, Christianisme, Scientologie sont des religions officiellement reconnues avec une vingtaine d'autres. Elles acquièrent ainsi respectabilité, protection juridique, avantages fiscaux, subventions.
Considérant, avec la science contemporaine, que la vie n'existe que par un processus de reproduction de l'information (l'ADN) et en concluant que l'information est sacrée et la copie un sacrement, une nouvelle religion, l'église missionnaire du Kopimisme, vient d'obtenir de l'administration suédoise le statut de religion officielle.La nouvelle religion nie toute filiation avec le Parti Pirate suédois dont elle partage néanmoins les idéaux. Le sens de la vie est de copier, mixer éventuellement, et distribuer librement l'information. C'est son Credo. Kopimisme vient de l'anglais «Copy me - Copiez-moi» (*).

On le voit, l'actualité ne manque pas d'éventualités qui se sont réalisées.


Toute religion est admise en Suède, mais il faut un nombre minimum d’adhérents pour devenir un culte certifié. On ne dénombre pas encore assez d'adorateurs du crabe géant, qui n'a pourtant pas démérité. Contrairement aux prophètes des religions monothéistes, on le trouve dans tous les musées d'histoire naturelle. Ici dans celui de Gênes en Italie.

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(*) Ce Glob est Plat qui milite depuis des années pour la diffusion libre de l'information ajoute à son habituel message de reproduction autorisée (colonne de droite) la marque de son respect pour cette nouvelle religion, en reproduisant (vaguement) son logo.

vendredi 9 mars 2012

Pentidattilo



Pentidattilo, village calabrais des cinq doigts, peuplé de courants d'air depuis le terrible tremblement de terre de 1783, village fantôme, déjà évoqué ici ou , respire à nouveau, très lentement, de temps en temps, pour accueillir les estivants curieux.