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vendredi 9 mars 2012

Pentidattilo



Pentidattilo, village calabrais des cinq doigts, peuplé de courants d'air depuis le terrible tremblement de terre de 1783, village fantôme, déjà évoqué ici ou , respire à nouveau, très lentement, de temps en temps, pour accueillir les estivants curieux.


samedi 14 janvier 2012

Nuages (28)


Au large des côtes italiennes de Calabre et de Sicile, le Stromboli est le volcan le plus régulier d'Europe. Depuis au moins 2500 ans (les premiers témoignages écrits) il émet consciencieusement des fontaines de lave et de cendres à quelques dizaines, voire centaines de mètres, en moyenne toutes les trente minutes. C'est un spectacle nocturne que les touristes embarqués applaudissent avec enthousiasme, et plus timidement ceux qui ont gravi le flanc du volcan. Quelquefois il éternue un peu plus fort. Les visites sont alors interdites.
À 1600 mètres au nord-est, les reliques d'une cheminée depuis longtemps éteinte forment un ilot rocheux, le Strombolicchio, équipé d'un phare automatique.

mardi 19 avril 2011

Encore des portes

Au fond, la porte close d'une maison abandonnée, dans le village depuis longtemps déserté de Pentidattilo, en Calabre. La montagne qui le surplombe se désagrège lentement.
À gauche, la grille laisse entrevoir la silhouette lointaine de l'Etna, sur l'autre rive du détroit de Messine.
On raconte que le village reprendrait vie, pour les rares touristes. Le dernier tremblement de terre s'est sans doute effacé des mémoires.

samedi 15 mai 2010

Se souvenir de la Grande Grèce




À l'extrême sud de l'Italie, sous un soleil presque africain, de Locri Epizefiri qui fut jadis une cité influente de la Grande Grèce, ne subsiste qu'un terrain vague où se dresse l'unique moignon d'une colonne ionique, près d'un petit musée d'archéologie désert aux vitrines fidèlement entretenues.


Tête féminine de style ionien, 520 avant notre ère (musée archéologique de Locri Epizefiri)

mardi 26 janvier 2010

La vie des cimetières (26)

Alexandre, Pompée, Caïus César, après avoir tant de fois ruiné des cités entières, après avoir massacré un nombre incalculable de cavaliers et de fantassins, ont dû à leur tour, un jour, quitter la vie. Marc-Aurèle, Pensées, Livre 3-3.

« Tous égaux dans la mort ».

Slogan sinistre destiné à faire supporter les inégalités de la vie à ceux qui en souffrent le plus. C'est la propagande des danses macabres, et les penseurs les plus malins s'y sont laissés prendre, tel Marc-Aurèle, ou Ronsard qui ne ratait pas une occasion...

Mais c'est un mensonge. Même les plus humbles cimetières, comme celui de Pentidattilo en Calabre, offrent des conditions de villégiature inégalitaires. Tout le monde n'a pas la vue sur la mer. Les locataires des étages inférieurs auront à se lever pour contempler l'éternité du panorama.

vendredi 13 novembre 2009

Nuages (19)

Un peu de tourisme.

Jadis florissante, fondée probablement par les grecs, habitée par les romains, byzantine et fortifiée au moyen-âge, un peu sarrasine, normande pendant quelques siècles, puis longtemps aragonaise, épisodiquement française et finalement italienne en 1861, la petite ville de Gerace (prononcez djératché), en calabre, ne voit plus passer, depuis, que deux ou trois touristes, en été, et quelques nuages, parfois.

Le site de Gerace. Au fond, la ville sur sa falaise.


L'église San Martino, délaissée, et l'intérieur de la cathédrale normande.


Dans un coin de la cathédrale, un dieu agonisant au fond d'un aquarium. L'effet liquide est une illusion d'optique.

Au cœur de la cathédrale, les restes d'une fresque pieusement conservés. On ne sait pas précisément ce qu'ils représentent. un jeu de bataille navale ?




Un des nombreux belvédères aménagés par la municipalité.

samedi 17 octobre 2009

Pfffffuuut...

Si la méthode a pu sembler barbare à l'homme de la rue, qui aura toujours du mal à s'habituer à la complexité des concepts scientifiques, elle n'a probablement pas offusqué les vrais amateurs de jeux vidéos. Directement inspirés par les films de série B comme Les Guerres de l'Étoile (Star Wars), les ingénieurs de la NASA avaient décidé de frapper les imaginations : précipiter un engin de plus de deux tonnes, à plusieurs milliers de kilomètres à l'heure, au fond d'un cratère paisible de la Lune. Suivi d'une deuxième sonde chargée d'observer l'impact avant de se suicider de la même manière un peu plus loin.

Des dizaines de milliers d'américains s'étaient rassemblés pour suivre la diffusion de l'évènement en direct. Les plus modestes espéraient un splendide panache de poussière. Secrètement, les plus ambitieux devaient rêver qu'un discret déséquilibre du système planétaire se produirait et infléchirait tous ces dérèglements qui nous importunent quotidiennement, la maladie, les impôts, les problèmes de stationnement...(1) Les scientifiques pensaient que l'explosion éjecterait dans l'espace des éléments chimiques situés sous la surface du sol, et qu'ils les analyseraient pour identifier la présence et la quantité d'eau.

La végétation aussi cherche désespérément l'eau, près de Crotone (en haut) ou à Crocefisso, (ci-dessus), dans le sol de Calabre qui est un peu la lune de l'Italie.

Mais voilà, il arrive que la réalité ne dépasse pas la fiction. Et il n'y eut rien. Les sondes se sont écrasées sur la Lune dans le silence, l'indifférence et l'obscurité. Peut-être quatre pixels, légèrement plus clairs, sur les images en infrarouge. Mais personne n'en est sûr.
Alors, comme au lendemain des grandes aventures humaines, la NASA se dit satisfaite. Il lui faudra des jours, des semaines, peut-être des mois, a-t-elle déclaré, pour étudier la quantité de données recueillie (2).
De son côté, désorienté par ces procédés trop techniques, l'homme de la rue utilise un bâton de sourcier pour ne pas trouver d'eau.

***
(1) On sait en effet depuis les travaux de Jacques Laskar que la vie sur Terre s'est certainement maintenue grâce à l'effet stabilisateur de la Lune sur l'axe de rotation de la Terre, donc sur la régularité des saisons pendant de longues périodes de temps.
(2) Comme c'est l'Amérique et que tout y est possible, les ingénieurs de la NASA extraieront peut-être de ces 4 pixels le portrait robot du tueur en série, comme le dit l'excellent Boulet dans cette récente page de son blog.

samedi 10 octobre 2009

La vie des cimetières (24)

Tout est permis pour attirer tôt les enfants dans la voie lumineuse du respect des ancêtres et des valeurs morales. Ici, dans le cimetière de Mammola, un pape au sourire onctueux et bienveillant, entièrement en chocolat au lait à la pulpe d'orange fourré à la nougatine, spécialement traité pour une meilleure résistance à la chaleur, a été érigé et rappelle les préceptes du cannibalisme symbolique «...ceci est mon corps...».
Les experts datent la statue d'une époque très récente, arguant que seules certaines parties du manteau ont été grattées pour récupérer le chocolat (voir la photo détaillée), et que le brave homme a toujours sa tête et tous ses doigts. À moins que le confiseur du village ait eu aussi peu d'inspiration comme chocolatier que comme sculpteur.

dimanche 13 septembre 2009

Au bonheur des misanthropes

Les plus anciens se souviennent peut-être de leurs premières apparitions. On les croisait dans la rue. Ils avançaient comme des fantômes shakespeariens, fixaient le vide, proféraient des paroles incompréhensibles vers des interlocuteurs invisibles, en conciliabule avec le néant. On a d'abord imaginé que les asiles d'aliénés avaient décidé de libérer les malades les plus inoffensifs. On détournait alors pudiquement le regard. Très vite, la maladie s'est propagée dans notre entourage, et il n'est pas rare, maintenant, dans une conversation banale, de voir notre interlocuteur changer soudainement d'attitude et commencer à parler d'un autre sujet dans un dialogue avec un absent, ou sortir de sa poche un téléphone vibrant, s'excusant et prétextant une éventuelle urgence. Ça refroidit le dialogue.
Nous étions les spectateurs désarmés d'une mutation de l'espèce humaine. Comme il s'était mis, il y a quelques millions d'années, à la bipédie et à la parole, l'être humain évoluait vers un nouvel état où il n'est plus totalement à l'emplacement où on le perçoit et vit à distance de son propre corps.




Et nous sommes peut-être aujourd'hui, avec la nouvelle grippe, à l'aube d'une mutation comparable où seuls survivront ceux qui méprisent le collègue de bureau et le voisin de palier, ceux qui refusent le rituel quotidien de la double bise machinale ou du serrement de main flasque et confraternel. Ceux qui fuient les foules et les rassemblements, et ne fréquentent les grands magasins et les cinémas qu'à l'heure des finales sportives ou des élections décisives, quand les rues sont désertes. Ceux qui espèrent toujours qu'un orage violent viendra disperser le brouhaha dissonant de la brocante ou du marché voisins. En bref, les vrais misanthropes, les déçus de la relation sociale.
Certains, dit-on, souhaiteraient que l'épidémie devienne pandémie, voire hécatombe. Mais sur ce point les médecins sont rassurants.

Alors pour adoucir la déception des plus insociables, voici quelques vues de Roghudi Vecchio, village de Calabre totalement déserté depuis 1973, après des inondations dévastatrices en 1971. Le fleuve même est faux, c'est en permanence un lit de caillasses. Les villages abandonnés par les hommes sont nombreux dans cette région, abandonnée par l'Italie.


mercredi 5 août 2009

Les explorateurs

En contemplant la noble fierté de ces intrépides estivants qui voguent à l'aventure, au mépris des dangers, on ne peut s'empêcher de penser à leurs prédécesseurs venus de la Grèce antique par la mer, animés par la même inconsciente témérité, pour installer sur les rivages hostiles de ces territoires inconnus les fondements de la civilisation.

Et à l'heure où sont célébrés les 40 ans des quelques pas poussiéreux et inutiles de l'homme sur la lune, relisons plutôt le fascinant voyage (*) du plus grand de ces explorateurs, le génial Pythéas le massaliote, longtemps pris pour un mystificateur, et qui, s'il avait vécu 2000 ans plus tard, aurait été allègrement carbonisé en compagnie de Giordano Bruno par les autorités catholiques pour ses découvertes et sa conception moderne et cohérente du monde.

***
(*) Lire sur Pythéas :
1. La courte biographie du site du collège Jules Ferry de Montluçon, comme d'habitude passionnante (cliquez dans la colonne de gauche sur «Pythéas de Massalia»).
2. Le site «marseille.pytheas.free» un peu désordonné dans sa navigation, mais plus complet, complémentaire et également captivant.
3. Une rapide synthèse des découvertes de Pythéas dans l'encyclopédie Wikipedia.