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vendredi 27 avril 2018

Histoire sans paroles (27)


L'antique serre, le vivant potager et le château de La Bussière, dans le Loiret. 
Pour lire l’heure sur le clocher de la tour d’entrée, ou tenter de déchiffrer l’aphorisme (de comptoir) attribué à un pape et certainement apocryphe, sur l’ardoise devant la serre, cliquez sur l’image panoramique en grand format (9000 x 3045 pixels) et zoomez...

samedi 19 juillet 2014

Mitraillez !

C'est certain, le chômage redouble, les avions s'écrasent encore et encore, les centrales nucléaires fuient de partout. Mais on s'y fait, par peur de perdre quelque chose, car il faudrait tout détruire et tout reprendre à zéro.

Et pourtant la révolution est en marche. La nouvelle est tombée très discrètement le lundi 7 juillet 2014. Le gouvernement français faisait paraitre sur le site du ministère de la Culture une page frileusement audacieuse intitulée « Tous photographes ! La charte des bonnes pratiques dans les établissements patrimoniaux ». Il s'agit d'une charte de cinq articles applicable dans tous les musées et monuments nationaux.

Article 1. Le photographe doit désactiver le flash de son appareil. Qui ne le fait pas, au moins pour éviter les reflets désagréables ?
Article 2. Il n'abime pas ce qu'il photographie. Sans rire.
Article 3. L'article le plus important et néanmoins le plus sibyllin, ou le moins précis. Le visiteur peut partager ses photos comme il le désire, mais dans le cadre de la législation en vigueur. En bas de page, des liens renvoient vers les textes en vigueur. Rappelons, pour simplifier, que dans ces lieux publics, même la photo des œuvres encore protégées par des droits d'auteur ne peut pas être interdite, c'est leur utilisation en dehors d'un cercle privé qui l'est.
Article 4. Le photographe demande son accord avant de photographier le personnel comme sujet principal. Comme il le ferait pour tout autre personne.
Article 5. Il demande une autorisation spécifique s'il veut utiliser du matériel supplémentaire. L'article vise probablement les pieds photographiques, ou des éclairages complémentaires.

Il n'est écrit nulle part explicitement que le visiteur peut toujours photographier tout ce qu'il veut dans les musées et monuments du patrimoine, mais comme on précise ce qu'il ne doit pas faire, on supposera que tout le reste lui est permis, implicitement.
Et il y aura certainement des établissements récalcitrants qui useront d'arguties juridiques, car c'est par exemple un réel camouflet pour le baron du musée d'Orsay qui avait obtenu récemment le soutien d'un ministre congédié depuis de la Culture pour interdire toute photographie dans l'enceinte du musée.

Finalement elle n'a peut-être l'air de rien, ou d'une gélatine informe, mais si cette charte est appliquée et devient un droit, c'est une part d'arbitraire et d'abus de pouvoir qui échappera aux marchands de cartes postales et aux voleurs de souvenirs.

Alors mitraillez, mitraillez tout ! C'est désormais autorisé.


Si la photographie n'avait pas été permise dans le musée de Rennes, comment aurait-on appris la lâche agression du pape Jean-Paul 2 par une météorite non identifiée, durant sa visite de l'établissement ? (Maurizio Cattelan, La Nona Ora, sculpture 1999).

mercredi 29 février 2012

Chronique astronomique du 29 février


N'allez pas penser, lecteur incrédule, que les évènements d'aujourd'hui 29 février seraient fatalement advenus le 1er mars si l'année n'avait pas été bissextile. La preuve, la présente chronique n'aurait pas vu le jour.

On ne compte plus les poètes qui ont chanté l'harmonie des sphères, la beauté de la mécanique céleste et la perfection de ses rouages. Perfection ? Parlons-en. De loin, peut-être, mais en y regardant de près l'horlogerie universelle est assez approximative. Elle n'a pas été capable de faire coïncider un nombre entier de rotations de la Terre (sur elle même) et une révolution autour du soleil. En clair, à la même heure l'année suivante, la Terre n'a pas terminé un tour complet du Soleil. Évidemment les retards s'accumulent. Résultat, au bout de 700 ans, on récolte le blé en plein mois de janvier. Ce qui perturbe un peu l'agriculteur.
Il était temps de prendre une décision, et c'est le grand Jules (César bien sûr) qui s'y frotta vers 45 avant l'ère actuelle. Mais alors que la solution la plus simple eut été de légèrement rapprocher la Terre du soleil par une petite pichenette bien ajustée (une impulsion créée par l'effet de réaction d'une puissante catapulte, par exemple), il choisit la solution de facilité. L'esprit procédurier l'emporta et on décida de modifier le calendrier en lui ajoutant un jour tous les 4 ans. Cette année-là devenait bissextile et comptait 366 jours. Ce fut le calendrier julien.
Évidemment, comme pour tout ce qui est fait à la hâte, les effets néfastes se firent bientôt sentir, et après 1500 ans de ce laisser-aller, la Terre avait, cette fois, pris de l'avance sur le calendrier. Une dizaine de jours. L'équinoxe de printemps s'approchait inexorablement de l'hiver. Ce qui énervait le pape Grégoire 13 qui n'appréciait rien plus que les guerres de religion, les chasses aux sorcières et la ponctualité. Il décida en 1582 de modifier astucieusement le calendrier dans l'autre sens, en rendant non bissextiles les années multiples de 100 (mais pas de 400, ultime raffinement). Ce fut le calendrier grégorien.

Le calcul n'est cependant pas absolument parfait, mais l'espèce humaine et son calendrier auront disparu depuis belle lurette lorsque l'insuffisance de la règle se fera sentir. Et ce ne sont pas les bigorneaux qui infesteront alors la planète qui s'en formaliseront.



À droite, la montre à quartz du pape Grégoire, le 4 octobre 1582, quelques dizaines de minutes avant le passage au calendrier grégorien. C'est dans cette nuit du 4 au 15 octobre qu'est morte Thérèse d'Avila, sainte notoire. La France adopta le calendrier un peu plus tard, dans la nuit du 9 au 20 décembre.
À gauche, la maquette du projet astucieux d'un conseiller du pape Grégoire pour rétablir équinoxes et solstices à leurs justes places par le moyen d'un système de pivots et d'engrenages (Florence, musée d'histoire de la science Galileo). Mais l'époque n'était pas prête, Giordano Bruno n'avait pas encore été brûlé vif ni Galilée déshonoré, la Terre ne tournait pas encore autour du Soleil. On fit une croix sur le projet et sur l'infortuné conseiller.

***
Et comme il n'y a pas de date plus astronomique que le 29 février, n'oubliez pas d'aller en kiosque acheter La bougie du sapeur, le seul journal qui a le point de vue de Sirius pour traiter l'actualité puisqu'il ne parait que les 29 février. Il porte aujourd'hui le numéro 9 et coûte 4 euros. Il y a 4 ans, l'abonnement pour un siècle était proposé à 100 euros (ce qui peut sembler cher pour 24 numéros, mais on spéculera sur l'inéluctable inflation).


jeudi 5 mai 2011

Un pape est mort

Dieu est mort mais la croyance se porte bien. C'est qu'elle n'a pas besoin de support, ou si peu. Il suffit de croire pour croire. Et puis comme avec toutes les affections humaines, amour ou haine, la croyance peut se fixer sur n'importe quoi. Le principe est d'accepter les choses les plus invraisemblables pour échapper au réel. Le besoin de merveilleux est universel, et c'est une maladie contagieuse, voyez comme elle se propage.

Prenez un fait inexpliqué par la science (la mode est plutôt aux guérisons inespérées, qui marquent les esprits, sont faciles à falsifier, et adviennent même parfois). La pauvre sœur Marie Simon-Pierre, religieuse, tremblait de tout son corps, atteinte de la maladie de Parkinson. Elle fut soudain guérie, deux mois seulement après la mort, par le même mal, du pape Jean-Paul 2.
Un aréopage de savants croyants (oui ça existe, c'est un oxymore, une erreur de la nature), décréta que l'évènement était un miracle. Puis, en scientifiques sincères, ils en attribuèrent la paternité à Jean-Paul 2, qui se décomposait tranquillement, à Rome, au fond de sa crypte. Or un pape mort qui fait un miracle a droit à une promotion, la Béatification. Pour deux miracles il aurait obtenu la Sanctification. Mais être béat (ou bienheureux), c'est déjà bien.

Et cela occasionna une pompeuse cérémonie, qui se déroula le dimanche 1er mai.

Elle a fait venir à Rome un million de fanatiques, et quantités de politiques dont le Gouvernement de la France, bien connue pour sa laïcité. Passons pudiquement sur l'aubaine financière (1) de ces festivités. On vous remonte de votre caveau humide. On vous présente la brave religieuse que vous avez miraculée (vous la recevez assez froidement). Elle brandit alors un flacon conservé de votre sang à la foule qui crie de vous sanctifier sur place. Puis un million d'adorateurs défilent devant votre cadavre.
Vous serez désormais fêté le 22 octobre sur les calendriers de la poste.

Au même moment le président des États-Unis annonce au monde la suppression définitive, quelque part en pleine mer, du diable en personne, le terroriste Usama Bin Laden, pape obscur d'une autre religion.

Le vieux pape, au fond de son tombeau, apprend qu'il sera béatifié. Le fauteuil est signé LaurieS. Le chapeau n'est pas très catholique, mais on ne contredit pas les dernières volontés d'un pape.

***
1. Pour participer à la prospérité pontificale, cliquez sur le drapeau français, puis sur le bouton à gauche «Dons pour la cause».


samedi 10 octobre 2009

La vie des cimetières (24)

Tout est permis pour attirer tôt les enfants dans la voie lumineuse du respect des ancêtres et des valeurs morales. Ici, dans le cimetière de Mammola, un pape au sourire onctueux et bienveillant, entièrement en chocolat au lait à la pulpe d'orange fourré à la nougatine, spécialement traité pour une meilleure résistance à la chaleur, a été érigé et rappelle les préceptes du cannibalisme symbolique «...ceci est mon corps...».
Les experts datent la statue d'une époque très récente, arguant que seules certaines parties du manteau ont été grattées pour récupérer le chocolat (voir la photo détaillée), et que le brave homme a toujours sa tête et tous ses doigts. À moins que le confiseur du village ait eu aussi peu d'inspiration comme chocolatier que comme sculpteur.

dimanche 20 janvier 2008

Encore un grand pas pour l'humanité

Mosaïque pompéienne du 1er siècle,
squelette épicurien aux pichets de vin (Carpe Diem),
Naples, Musée national d'archéologie

Le 14 septembre 1998, le monde entier apprenait dans l'encyclique «Fides et ratio» du pape Jean-Paul II que «La foi et la raison sont deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité». En d'autres termes, on ne peut connaître la vérité qu'en conjuguant une réflexion raisonnable (la logique scientifique) et une adhésion irrationnelle (la croyance dans les dogmes de la religion).

On se rappelle peut-être moins que quelques mois auparavant, le 30 janvier 1998, la France avait mis en application la même idée extravagante, par la publication au Journal Officiel d'un décret surréaliste relatif à la mise sur le marché des médicaments homéopathiques. En résumé, les marchands de ces produits sont dispensés de tout essai pharmacologique, toxicologique et clinique (par exemple de tests en double aveugle) s'ils apportent la preuve, par référence à la littérature reconnue dans la tradition de la médecine homéopathique, que le degré de dilution et les composants utilisés en garantissent l'innocuité. Il y a ainsi deux catégories de médicaments : ceux qui devront démontrer leur efficacité, et ceux auxquels il suffira de croire.

Comme le dit Jean Brissonnet dans une étude passionnante sur la «médecine homéopathique *», ce texte de loi permissif et inégalitaire, imposé par l'harmonisation européenne, pouvait être interprété comme une forme de mépris envers les adeptes de l'homéopathie. Les laboratoires spécialisés ont-ils pris conscience d'un risque de perte de crédibilité auprès de leur clientèle, et est-ce pour cela qu'ils semblent avoir organisé des campagnes de tests à grande échelle directement sur leurs fidèles ?

Les récentes expériences des laboratoires Boiron sont à ce sujet éloquentes. Le 10 octobre 2007, un communiqué de l'agence française de sécurité sanitaire (AFSSAPS) informe que deux médicaments homéopathiques Boiron ont été intervertis durant 6 mois et prescrits pour ce qu'ils n'étaient pas, suite à une erreur d'étiquetage. Le communiqué de l'AFSSAPS dont le ton général est très rassurant, insiste sur l'absence de risque particulier pour les patients et l'absence de cas de pharmacovigilance déclaré.

Pareil test en double aveugle, directement sur la population pendant 6 mois, ça n'a pas de prix ! La loi demande la preuve de l'innocuité de ces médicaments.
Y a-t-il jamais eu plus parfaite démonstration ? Et plus que de leur innocuité, certainement de leur inutilité.

C'est pourquoi contrevenant ici à sa légendaire neutralité, Ce Glob Est Plat conseille à ses lecteurs de s'empiffrer de médicaments homéopathiques afin d'aider les laboratoires français à retrouver leur respectabilité qu'une loi inique venue de l'étranger continue de flétrir.

*
Cette étude date un peu (1999). Quelques informations plus récentes (2004) se trouvent sur le site de F. Roussia. Un entretien édifiant d'une heure avec Jean Brissonnet en 2010 est disponible sur le blog de JM. Abrassart (le balado du scepticisme scientifique).