jeudi 28 mai 2015

lundi 25 mai 2015

La bougie du centenaire

Georges de La Tour, détail de la Femme à la puce, vers 1638, 
musée lorrain de Nancy.


« Même en mettant plein d'engrais, 
pour un chêne centenaire, il faut cent ans. »
J.M. Gourio, Recueil de brèves de comptoir.

Un centenaire est une chose véritablement importante. Il se célèbre bien entendu tous les cent ans à grand bruit et avec force promotion dans toute la presse et les médias audiovisuels. Comme tout anniversaire majeur il relance opportunément la prodigalité assoupie du client.
Il ne fonctionne évidemment que dans les civilisations qui ont adopté le calcul décimal. Mais qui ne l'a pas adopté de nos jours, de gré ou de force ?

Tous les centenaires ne sont pas systématiquement fêtés. Il en est qui tardent à respecter la régularité que requiert la plus élémentaire des convenances. Ainsi, les crues centennales de la Seine qui devraient commémorer les inondations funestes de 1911 à Paris se font encore attendre.

Mais n'ergotons pas et réjouissons-nous, car c'est aujourd'hui le centenaire de la publication par Hermann Voss, historien d'art, dans une obscure revue allemande (Archiv für Kunstgeschichte, 2ème année, fascicule 3-4, 1915), d'un article d'une page qui associait pour la première fois à un même nom inconnu des documents épars, des signatures et quelques tableaux dispersés; un nom qui allait dès lors devenir l'un des plus considérés de la peinture et de l'art occidental, Georges de La Tour.
 

vendredi 15 mai 2015

Snowden, héros à lunettes

Le 6 avril dernier à l’aube, installé clandestinement par une poignée d’admirateurs industrieux, le buste d’Edward Snowden trônait sur un piédestal vacant du cimetière mémorial des martyrs morts pour l’indépendance, dans le parc de Fort Greene à New York.

Le monde entier connait Edward Snowden, traitre pour son pays depuis qu’il a dévoilé les preuves d’une surveillance paranoïaque généralisée de toutes les communications de la planète par une agence américaine, la NSA, et montré qu’elle se fournissait automatiquement en informations et conversations privées auprès de ces manipulateurs de données personnelles que nous alimentons en permanence, Apple, FaceBook, Google, Microsoft, Skype, et tant d’autres, banques et opérateurs de télécommunication.

La journaliste Laura Poitras qui a la confiance de Snowden a fait de ces divulgations un documentaire de 2 heures, passionnant et inquiétant comme un film d’Hitchcock, « Citizenfour ».
L’homme ne ressemble pas tout à fait au superhéros qui sauve systématiquement la planète dans la plupart des films américains. Il porte des lunettes et parait scrupuleux, responsable et modeste alors que son pays est prêt à tout pour le capturer et l’annihiler.

Aujourd’hui, deux ans après ses révélations, Snowden est encore vivant, toujours exilé en Russie, et il ne se fait pas d’illusions. Las, il a déclaré « On fait un scandale international quand on apprend que les communications d’un chef d’état sont écoutées, mais rien ne bouge quand on sait que ses 80 millions de concitoyens sont également surveillés ».

Envieux, le gouvernement français, qui a compris qu’une large majorité de ses administrés (les deux tiers dit-on) est inconsciente des risques de la cybersurveillance, tente de mettre en place sans précaution un système analogue de contrôle systématisé de la vie privée, à l’échelle du pays. Ça s’appelle la loi « Renseignements » et le 5 mai une accablante majorité des députés de l’Assemblée Nationale lui a accordé sa bénédiction.

Bientôt Snowden fera un faux pas. On l’enterrera clandestinement, sans fanfare, tandis que l’espèce humaine impassible continuera lentement la marche vers sa véritable destinée d’animal de boucherie, décrite par Orwell en 1949, déjà testée à grande échelle par Lénine, Staline, Hitler, Mao, Pol Pot au 20ème siècle, et magistralement aboutie depuis 67 ans en Corée du nord, pour le seul profit d’une lignée de dégénérés, la famille Kim.

Le 6 avril dernier, autour de midi, le buste d’Edward Snowden était déjà bâché par les autorités du parc de Fort Greene, puis plus tard enlevé furtivement.

Il reste quelques photographies de ce regrettable incident.


vendredi 8 mai 2015

Gruyaert (et Roy Andersson)

Un point de vue (voir en bonne définition) sur la rétrospective Harry Gruyaert à la Maison européenne de la photographie. On aperçoit au fond la photo « Maroc Ouarzazate 1985 ».

Si vous goutez le monde de Roy Andersson, ce rare cinéaste suédois dont les personnages mènent avec application une vie quotidienne douloureuse et sans but et ne font que passer lentement devant des décors fades et épurés, alors vous jugerez certainement belles les photographies de Harry Gruyaert.

Sans se connaitre probablement, ils errent dans un même monde, un monde où les humains sont des ombres aux occupations obscures, ou dérisoires. Andersson le récrée entièrement en studio et le baigne de teintes délavées, Gruyaert le trouve en voyageant dans la réalité, avec ses couleurs terreuses ou acidulées, mais c’est finalement le même monde, gris et sans intention.

Le dernier film de Roy Andersson (un pigeon perché sur une branche philosophait sur l’existence) passe dans les salles de cinéma depuis deux semaines, après avoir obtenu en septembre 2014 le prestigieux Lion d’or du festival international de Venise.

La Maison européenne de la photographie (Paris 4ème) présente en rétrospective une cinquantaine des plus beaux clichés de Gruyaert. C’est l’un des grands photographes contemporains (regardez en priorité, sur le site de l'agence Magnum, ses séries sur le Maroc).
Et le superbe petit volume bon marché que lui consacre la collection Photo poche chez Actes Sud vient d’être réédité.

Le printemps est décidément florissant cette année. Il fermera le soir du 14 juin, au 7 rue de Fourcy.