samedi 29 mars 2008

Chimère

Lorsqu'on voit pour la première fois cet animal insolite, dans une galerie ensoleillée du musée d'archéologie de Florence, on se demande s'il est le fruit de manipulations génétiques immorales ou d'un abus inconsidéré de produits psychotropes.

Il n'est en fait qu'une représentation fidèle de la célèbre Chimère, fille d'Échidna qui était moitié nymphe et moitié vipère et de Typhon, décrite par les plus grands auteurs de l'antiquité grecque. Dès le 8ème siècle par Hésiode dans sa Généalogie des dieux et par Homère dans le sixième chant de l'Illiade.


Hésiode en dit qu'elle «vomissait avec un bruit affreux les tourbillons d'une dévorante flamme», ce qui effrayait considérablement la population. Le héros Bellérophon, qui avait un bon niveau d'études, utilisa pour la tuer une ingénieuse lance faite de plomb. Le métal fondant à la chaleur de la propre flamme de la chimère, soit au moins 327 degrés centigrades, entraîna sa fin pathétique, carbonisée.


On comprend mieux la posture défensive de cette antique statue étrusque et l'impression de souffrance qui émane de son regard.

Chimère en bronze, art étrusque, 5ème siècle avant notre ère, découverte à Arezzo en 1553, restaurée par Cellini (reconstruction de la queue)

samedi 22 mars 2008

Nuages (7)











« Puis quand le ciel se fendra
et deviendra écarlate comme le cuir rouge (37)
On reconnaîtra les criminels à leurs traits (41)
Voilà l'Enfer qu'ils traitaient de mensonge (43)
Ils feront le va-et-vient entre l'Enfer et une eau bouillante (44)
Lequel donc des bienfaits de votre Seigneur nierez-vous? (45) »

Ce sont quelques versets de la sourate 55 du Coran. C'est l'annonce du jugement et de la fin des temps sur terre. Ça finit assez mal pour les incroyants. Suivent, pour les autres, des pavillons emplis de houris semblables au rubis et au corail, jamais déflorées, accoudées sur des coussins verts... On sent bien que des efforts sont faits pour vendre la chose, mais ça fait tout de même un peu «midinette».

D'autant que la menace était déjà frelatée, et les promesses plutôt éventées à l'époque de l'invention du Coran. Des récits écrits des siècles auparavant dans des contrées proches avaient également relaté la fin des temps, de manière un peu plus spectaculaire. Et sans grand résultat non plus. Par exemple dans l'Apocalypse de Jean 6-14 «Et le ciel se retira comme un livre qu'on roule».

Le jour des photos, je ne sais pas ce qui c'est passé par la suite. C'était l'heure des informations télévisées avec le tirage de la super cagnotte du Millionnaire, suivi du dernier épisode du feuilleton «Madame Bovary» d'après Flaubert. Nous étions tous impatients de savoir si, dans cette adaptation, l'histoire finirait bien.



dimanche 16 mars 2008

Les perles de l'Encyclopédie de M. Diderot

On l'aura noté, l'ambition de Ce Glob est Plat est résolument scientifique. Et existe-t-il chose plus scientifique que le 18ème siècle, le siècle des lumières, le siècle du retour de la raison après une éternité d'obscurantisme religieux et monarchique, le siècle de l'illustre Isaac Newton, alchimiste incompris, et prédicateur de l'apocalypse biblique exactement en 2060 ?

Or le 18ème siècle a érigé un phare à la raison et au progrès. C'est l'Encyclopédie de Monsieur Diderot. Et ce monument est accessible en texte intégral grâce aux universités de Nancy et de Chicago, agrémenté de nombreuses coquilles typographiques (1), avec les planches d'illustrations (2). Et chacun peut y faire les investigations les plus saugrenues, une fois compris le mode de recherche assez obscur.

L'édition de l'Encyclopédie, de 1751 à 1772, a traversé de nombreuses interdictions et censures. La qualité des articles s'en ressent, comme de la grande disparité des auteurs. Diderot, cité dans un article modéré et riche en liens de Wikipedia, en dit ceci «Parmi quelques hommes excellents, il y en eut de faibles, de médiocres & de tout à fait mauvais. De là cette bigarrure dans l’ouvrage où l’on trouve une sottise voisine d’une chose sublime, une page écrite avec pureté, jugement, raison, élégance au verso d’une page pauvre, mesquine, plate & misérable».
Parmi les hommes excellents, gens de lettres ou savants, il y eut d'Alembert, Daubenton, évidemment Diderot, Louis de Jaucourt, le baron d'Holbach. D'Holbach était peut-être le seul vrai matérialiste de l'Encyclopédie. Sa contribution sur la définition de concepts ou d'idées aurait été savoureuse, mais on ne lui confia que les articles de chimie, de minéralogie et de métallurgie. Cependant certains affirment que l'article virulent sur les prêtres serait de sa plume.

Et puis il y eut Rousseau, Jean-Jacques. Homme à idées, célèbre philosophe, on aurait pu lui confier des articles de «sociologie». On ne lui octroya que la totalité des articles sur la musique. Rousseau était en effet musicien. Son chef-d'œuvre, le devin de village, opéra apprécié du roi Louis 15, est une insipide suite de pièces sans invention, un long ennui musical où il ne se passe rien (3).
Alors on ne s'étonnera pas de trouver parmi ses articles sur la musique des jugements bêtes et péremptoires (4), des règlements de comptes chauvins (5), des balivernes pseudo-scientifiques (6), et un fatras d'absurdités, de mythologies grecques et de sensiblerie immature, notamment dans le long chapitre sur les effets thérapeutiques de la musique (7).

On verra cependant (dans une future chronique de Ce Glob est PLat) que ces niaiseries ne sont rien comparées à certains articles des abbés Yvon, Morellet et Mallet.

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(1) Une version intégrale corrigée est disponible ici, mais ses 26 pages sont lourdes et longues à charger (la page de la lettre C avoisine les 16 mégaoctets)
(2) Planches qu'il est plus agréable de consulter ici, malgré l'absence des pages de légendes. Les illustrations de cette chronique en sont extraites, sous la forme de détails découpés sur les planches CHIRURGIE27, CHIRURGIE20 et ANATOMIE12.
(3) Carnets de sol met l'œuvre à disposition en téléchargement.
(4) «Les fugues en général servent plus à faire du bruit qu'à produire de beaux chants» (article FUGUE)
(5) «Considérons les Italiens nos contemporains, dont la musique est la meilleure, ou plutôt la seule bonne de l'univers, au jugement unanime de tous les peuples, excepté des Français qui lui préfèrent la leur.» (article MUSIQUE)
(6) Article CONSONNANCE
(7) Chapitre EFFETS DE LA, dans MUSIQUE.