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samedi 21 mars 2026

Histoire sans paroles (62)


Le rythme du réchauffement climatique 
plus 2°C en 2030 puis 4°C en 2100 en France métropolitaine
est désormais inscrit dans la réglementation
Titre du Monde & agence d’État AFP, le 25 janvier 2026

Enfin un plan ambitieux ! Enfin des ministres efficaces ! Nous voilà rassurés, c’est maintenant une obligation légale. On craignait de n’être capables d’atteindre qu’à peine 1,5 °C, et cela pas avant 2050, comme le prévoyait le timide accord de Paris, la COP21 de 2015, rappelez-vous, quand le GIEC annonçait une hausse de 1,5° comme "la température limite d’un monde viable".

dimanche 28 avril 2024

Histoire sans paroles (51)


On reprochera peut-être au photographe de s’être préoccupé d’une plaque d’égout et des traces d’une sortie de garage, alors qu’il avait à 50 mètres un point de vue sur la façade occidentale de la cathédrale Saint-Maurice, à Angers.
C’était peut-être volontaire, elle est à moitié dans les cartons depuis si longtemps - ici en octobre 2022.

Pour résumer la situation - n’oublions pas qu’on est dans une Histoire sans paroles - il y avait dans le temps un porche, une vaste galerie qui prolongeait la nef de la cathédrale, un narthex, un caquetoire, voire une galilée disent les vrais spécialistes en désaccord avec Monsieur Larousse sur le genre de la chose. De style vaguement gothique construite à la Renaissance elle protégeait un épisode de l’Apocalypse de Jean, sculpté autour du tympan du portail et peint de diverses couleurs dont certaines du 12ème siècle. Très dégradée la galerie avait été détruite en 1806, offrant l’Apocalypse aux intempéries. Cependant les sculptures avaient été recouvertes d’un badigeon de chaux protecteur, qui s’encrassait depuis deux siècles.
Un jour quelque décideur s’intéressa au portail. C’était, voilà une quinzaine d’années, le début d’une longue période d’analyses et d’expertises. Il fut décidé de restaurer le portail et ses sculptures et de les protéger temporairement dans un coffre de planches en attendant l’édification d’une solution architecturale moderne, œuvre d’un célèbre architecte japonais choisi par le ministère de la Culture. 
L’ambitieux projet a pris naturellement un retard pour l’instant modeste. L’inauguration de la nouvelle galerie envisagée vers l'été 2024 se ferait plutôt vers la fin 2025. 

Le photographe pourra alors immortaliser cette façade occidentale occultée depuis 15 ans, embellie par un geste architectural contemporain, où l’artiste japonais dit avoir respecté les proportions du nombre d’or, ce qui, comme tout placebo, ne peut pas faire de mal, et où il affirme, contredisant avec bonne humeur un architecte inquiet et un peu trop minutieux assistant à sa conférence, que la lumière du soleil des soirs d’été ne touchera jamais de ses néfastes rayons directs les sculptures aux couleurs ressuscitées.

jeudi 20 juillet 2023

Histoire sans paroles (45)

Vous ne supportez plus l’azur, l’azur encore, les vacances, les foules à l’état pâteux, les loisirs de masse ?
Alors choisissez L’enfer, c’est à Thiers dans le Puy-de-Dôme, en Auvergne.
On se croit avertis, on pense que l’Enfer est une abstraction, une chimère, une hantise de simple d'esprit, alors qu’il est là, près de nous, rafraichi par les cascatelles de la rivière Durolle. 
Vous y serez sans doute seul, mais pas pour longtemps. Bientôt nous y serons tous.

mardi 3 décembre 2019

La malédiction du Louvre

« Il est temps de décrocher Mona Lisa. […] Le Louvre n’a pas un problème de surpeuplement, il a un problème de Mona Lisa[…] Il faut qu’elle s’en aille. Elle est un risque pour la sécurité et un obstacle pour l’éducation. […] Les Anglais viennent d’élire cette année Mona Lisa l’attraction la plus décevante au monde, battant ainsi Checkpoint Charlie. […] Aucune œuvre d’art ne devrait rendre les gens malheureux. »
Jason Farago, éditorialiste spécialiste de l’art, publiait dans le New York Times du 6 novembre 2019 un article grinçant, après une visite du Louvre en été, article en accès libre sur artdaily.com.

Le Louvre en 2024. Les salles sans Joconde, jamais visitées, sont devenues trop couteuses à entretenir et à surveiller. On en a supprimé tous les tableaux. Il est toujours possible de les voir, un par un et sur demande, en prenant rendez-vous, dans les réserves de Lens, mais la visite privée est hors de prix.


Le rôle principal d’un musée de beaux-arts est, encore pour quelques temps, de préserver et présenter le patrimoine artistique des peuples, avec tout le flou que comporte chacun des termes de la proposition.
Préserver, c’est empêcher la dégradation naturelle. Dans un système physique on appelle cela réduire l’entropie, dans un système économique c’est dépenser sans fin.
S’agissant du domaine public, il est logique que cette dépense soit financée par l’État et l’impôt. Mais, ici comme dans bien d’autres domaines plus vitaux, l’État se défile progressivement.
Dans le cas des subventions au Louvre, en 10 ans par exemple, la participation de l’État a été réduite de 16%, soit une baisse de 26% en comptant l’inflation (14%), quand le nombre de visiteurs augmentait de 20%.
Il est juste de dire qu’en contrepartie l’établissement public est libre d’imaginer tous les moyens, pas nécessairement légaux, de compenser cette érosion.
Et là, c’est le Far West ! Le Louvre se comporte depuis une vingtaine d’années comme une entreprise désespérée au bord de la faillite, capable de n’importe quel acte irréfléchi.

Passons rapidement sur la prolifération des visites ou soirées privées pour gens fortunés, sur les prêts d’œuvres (qui sont des locations très lucratives, parfois de très longue durée), et sur les réductions d’effectifs et par conséquent la fermeture régulière de 20% à 30% des salles du musée, justifiées par des travaux imaginaires dans un plan annuel des fermetures.

Il y eut, en 2005 et pendant les années suivantes, l’interdiction de prendre des photographies à l’intérieur du musée, afin d’augmenter la vente de cartes postales, véritable comédie de la mesquinerie en quelques épisodes peu reluisants, petitesse qui sévit toujours, illégale, à l’occasion d’expositions temporaires d’œuvres pourtant du domaine public.

Il y eut entre 2010 et 2015 la ruée vers les mécénats les plus douteux. Peu regardant sur la provenance de l’argent, on vit le président de l’institution se livrer à quelques bassesses, comme faire exposer aux Tuileries les photos de vacances d’un coréen criminel et milliardaire en échange d’un substantiel don sans affectation.
Et les dons douteux n’ont pas pour autant disparu, comme le montre aujourd'hui la résistance du Louvre aux pressions écologistes qui voudraient que soit abandonné le considérable soutien financier de la société Total, alors que les plus grands musées internationaux ont maintenant annulé tous les mécénats des compagnies pétrolières.

Sans oublier l’histoire du Louvre Abu Dhabi, grosse opération profitable, activement soutenue par l’État français et qui mélange, à la gloire des plus belles réalisations de l’espèce humaine, une partie de la collection d’œuvres du Louvre, une base militaire française, un faux Léonard de Vinci porté disparu, les fruits les plus sophistiqués de l’industrie de l’armement, et des marées d’hydrocarbures, le tout ponctué de tortures d’opposants et de crimes de guerre, dans une monarchie minuscule dirigée par le Père Ubu. [Après publication et relecture, l'auteur reconnait avoir, dans ce paragraphe et sous l'élan de l'indignation, mélangé sans distinction les Émirats Arabes Unis et l'Arabie saoudite. C'est une erreur qu'il regrette en souhaitant qu'elle ne posera pas un voile de doute sur le reste de cette chronique par ailleurs parfaitement sourcée]  

Mais tout cela n’était rien, car il restait, susceptible d'ajustements dans le budget de l’établissement public, le poste le plus important dans ses ressources propres (60%), et 35% de ses recettes totales : le client.
Le Louvre a une réputation internationale de grand musée, et il dépasse effectivement en nombre de visites la Tour Eiffel et le château de Versailles. Il a reçu plus de 10 millions de visiteurs en 2018, supplantant ainsi le parc d’attraction Disneyland Paris, qui accuse une régulière érosion de sa fréquentation depuis 10 ans.
Et le plus simple pour manipuler le client, après le fiasco des cartes postales, était de bidouiller le prix du ticket d’entrée.

Cela s’est fait avec régularité et à des taux de hausse à rendre jaloux n’importe quel usurier : 10% en 2012, 10% en 2013, et le pompon en 2015, avec une augmentation de 25%.
Pour camoufler l’envergure du geste, le Louvre groupa alors simultanément la visite des collections permanentes et des expositions temporaires dans un seul ticket, sans en mesurer l’impact déplorable sur l’organisation des flux. Et le tout sans réaction notable des consommateurs, constitués il est vrai à 73% de clients étrangers captifs et soumis aux agences de voyage.

Le Louvre en 2024. Des militaires armés de mitrailleuses parcourent le musée en tous sens pour dénicher les visiteurs qui cherchent à éviter la Joconde. Ils les conduisent alors aimablement mais fermement dans l’aile d’attente pour l’œuvre la plus géniale du monde, après quoi les contrevenants doivent montrer leur allégeance en publiant un selfie sur le site de la préfecture de police. Ici, un touriste exilé dans les salles de sculpture antique essaie d’échapper à leur œil perçant, mais il est sans doute repéré par la présence du journaliste photographe accrédité.

La conséquence catastrophique du ticket unique se produisit en février 2017, quand une partie des visiteurs qui avaient réservé pour l’exposition Vermeer se vit refuser l’entrée du musée au prétexte qu’il y avait trop de monde.
Le chaos et la petite apocalypse locale qui s’ensuivirent secouèrent quelques temps même la presse généraliste et confirmèrent la réputation de redoutable gestionnaire du président de l’époque (qui a pourtant été reconduit en 2018).

Depuis, dans l’administration du musée, on a vu encore bien des actes malheureux et inconséquents.
Le dernier en date, pendant l’été 2019, période d’affluence extrême, fut la réalisation des travaux de rafraichissement des peintures de la salle d’exposition de la Joconde, forçant son déplacement temporaire dans une aile du musée transformée en hangar à bestiaux, avec des barrières de cheminement d’une file d’attente, des gardiens libérant l’accès au tableau à un petit groupe chaque minute, à distance respectable, et lui aboyant des semonces.
Des journalistes spécialisés racontent qu’ils erraient abasourdis dans les autres salles quasiment désertes, alors qu’on refusait des visiteurs à l’entrée d'un musée totalement désorganisé.

Cet épisode a suscité des critiques et des éditoriaux sarcastiques, jusque dans les plus grands journaux étrangers (voir l’exergue de cette chronique), et a entrainé la décision par le Louvre d’obliger à réserver dorénavant à l’avance un créneau d’une demi-heure pour toute visite du musée, y compris des collections permanentes.
Ça n’est certainement pas la bonne solution logistique, mais l’obligation a provoqué un effet collatéral bénéfique en posant une jolie cerise au sommet du gâteau, car à l’occasion de l’exposition Vermeer en 2017, le prix du ticket avait été augmenté de 13% en cas de réservation par internet (sans justification crédible). Comme toutes les visites des collections permanentes doivent désormais être réservées ainsi en ligne, et qu’elles constituent plus de 90% de l'affluence, faites le calcul…

Enfin une autre voie prometteuse, qui s’ouvre aujourd’hui dans le cadre de la farce des restitutions d’œuvres d’art, est la tentative du gouvernement de relâcher discrètement les derniers freins à l’aliénabilité des œuvres des collections publiques. S’il y parvient, le Louvre pourra tâcher d'équilibrer son budget en vendant des œuvres du domaine public à des institutions et des intérêts privés.

On voit par là, à travers cette revue succincte des combines et tribulations du plus grand musée de l’univers, qu’il reste une confortable marge de progression, pour des gestionnaires incompétents et motivés.

  

samedi 24 mars 2018

Comment perdre la Joconde


60 inspecteurs sont sur ses traces, Bertillon en personne relevant les empreintes digitales, on questionne Picasso, on emprisonne Apollinaire, on promet des récompenses pharaoniques, le musée du Louvre ferme pendant une semaine et son directeur démissionne.
Deux ans plus tard l’emplacement de la Joconde est toujours vide. Personne ne l’aurait retrouvée sans le faux pas de son voleur, ouvrier italien, qui voulut la rendre à sa patrie, à qui elle revenait de droit, disait-il (ce qui lui valut en Italie une peine extrêmement clémente).

De 1911 à 1913, elle venait de passer 2 ans et 4 mois au fond d’une grande valise dans une petite chambre parisienne.
Puis vinrent les deux guerres mondiales. Elle voyagea pendant plus de 10 ans de Bordeaux à Toulouse, puis de Chambord à Amboise, Montauban, Saint-Jean-Lespinasse…
Enfin ce furent les voyages de prestige ordonnés par le pouvoir politique, 4 mois aux États-Unis en 1963, 4 mois en 1974 à Tokyo, puis Moscou.

Alors il est normal que l’actuelle ministre de la Culture de la France, pour qui c’est un peu Noël tous les jours depuis qu’elle occupe cette éminente fonction, ait eu envie, comme en leur temps Malraux ou Pompidou, de faire plaisir à ses amis et ainsi promis un peu partout de leur prêter la Joconde quelque temps.
Le nouveau directeur du Louvre, tout juste reconduit par la ministre même, a osé protester, prétextant une fissure du panneau de bois qui commencerait à entamer le visage de Mona Lisa par le haut du crâne. Soupçonnons qu’il craint surtout l’érosion des recettes du musée si sa principale et quasi unique attraction touristique lui est enlevée (un visiteur sur deux viendrait pour l’entrapercevoir).

La ministre pourtant récente n’en est pas à son premier caprice, elle a fait la même blague avec la Tapisserie de Bayeux, 70 mètres de broderie vieille de presque 1000 ans, et s’aliène régulièrement les professions culturelles par ses décisions arbitraires et incompétentes.

Toutefois, est-ce une idée si bête que de prêter la Joconde ?

Il y a bien longtemps qu’elle n’est plus un tableau qu’on contemple mais l’objet sacré d’un pèlerinage idolâtre, et comme les reliques des saints, elle pourrait être un faux médiocre sans que quiconque ne s’en inquiète (voyez cette photo effarante de son sanctuaire au Louvre).
Confusion des valeurs, consommation désespérée, elle est le fétiche d’une humanité hallucinée qui se précipite vers son effondrement.

Alors autant l’envoyer se promener… et éventuellement se perdre. Ce serait un premier pas.

lundi 2 janvier 2017

Nouvelles de la Terre

Voilà 8 ans déjà que nous avons pris des nouvelles de la Terre. Et ces dernières nouvelles étaient déjà alarmantes.

Et puis, apprenant partout sur internet que l’année 2016 avait été en moyenne la plus chaude depuis des millénaires, battant ainsi l’année 2015 qui avait déjà le précédent record, nous avons envoyé sans attendre un reporter pour vérifier ces allégations certainement excessives.

Hélas notre envoyé n’a trouvé personne sur place pour confirmer ces chiffres.
L’endroit était désert, et il allait repartir bredouille quand un ruban rouge et blanc interdisant d’approcher le globe de trop près, ce qui est préjudiciable à un journalisme de qualité, attira son attention.
Soupçonneux, il fit un tour complet de la Terre et distingua, stupéfait, que la glace de l'Antarctique avait totalement fondu et avait été remplacée par une trappe discrètement aménagée.

Tout devenait alors limpide. Notre enquête confirmait sans contestation possible le réchauffement déraisonnable de la planète, et dévoilait en exclusivité que les odieux responsables de cette catastrophe avaient filé par une porte dérobée.

Vous aurez remarqué que notre journaliste, qui vient de faire le tour de la Terre le 1er janvier 2017, en a rapporté des photographies qui semblent prises en plein été. C’est une preuve supplémentaire du fameux dérèglement climatique.

samedi 10 octobre 2015

Le Maitre de Moulins

Jean Hey ou Hay (alias le Maitre de Moulins) : trois anges du panneau central du triptyque de la Vierge de l'apocalypse, vers 1500. On ne trouve pas de bonne reproduction du triptyque sur internet.


Il ne fait pas de doute que si le triptyque de Jean Hey, la Vierge de l'Apocalypse, était exposé au Louvre de Paris, sur un mur normalement fréquenté et sous une honnête lumière zénithale, il éclipserait rapidement les plus grands chefs-d'œuvre du musée.
On viendrait des antipodes admirer ses fines nuances colorées, la suavité de ses volumes, la grâce naturelle des visages, notamment des douze anges du panneau central, douze fois le même modèle, qui mime avec application les poses et les sentiments demandés par le peintre sans parvenir à vraiment masquer, à l'égard de la scène qu'il simule, son orgueilleuse indifférence.

Mais en réalité le triptyque est conservé depuis cinq cents ans dans la cathédrale de Moulins-sur-Allier, en Auvergne, aujourd'hui rassemblé dans la Chapelle des évêques, sur le flanc nord.

Un guide obligatoire muni d'antiques clefs vous conduit dans la salle d'exposition, derrière une vieille porte sonore.
Sur le mur de gauche, deux répliques en grandeur réelle reproduisent le revers des deux panneaux latéraux du triptyque, peints en grisaille, et que des précautions de conservation empêchent de manipuler. Ce sont des photographies fantomatiques délavées par les années.
Et à droite, sur une estrade élevée de quelques marches trône le triptyque, le trésor de la ville de Moulins, cinq mètres au-delà d’un cordon infranchissable.

N'imaginez pas que vous pouvez alors contempler sereinement le joyau de Jean Hey. Car une malédiction poursuit les plus beaux chefs-d'œuvre de la peinture conservés dans les édifices religieux, l'ignorance (et peut-être l'économie). On croit qu'il est plus convenable de les exposer dans la pénombre, alors qu'en vérité la peinture à l'huile jaunit dans l'obscurité et revit à la lumière indirecte du jour.
L'amateur qui a visité dans la cathédrale Saint Bavon de Gand le polyptyque de l'Agneau mystique de Van Eyck, avant qu'il soit démembré et lessivé dans la longue phase de restauration actuelle, se rappellera la déception d'avoir peiné à distinguer quelques vagues formes dans l'ombre, alors que le peintre s'est ingénié à couvrir chaque centimètre carré de son immense œuvre de détails d'une merveilleuse perfection naturaliste, peints pour être admirés.

Le triptyque de Moulins subit la même punition. L'éclairage est déficient, la distance trop respectueuse, la récitation du guide sans répit et l'exhibition minutée.
On devra donc le vénérer plutôt que le contempler.
Le photographier est également interdit. L'ordre en viendrait de Paris. On peut excuser le mensonge, parce que les conditions de prise de vue seraient de toute manière trop difficiles, et qu'il faut bien additionner quelques ventes de cartes postales aux maigres recettes des billets d'entrée, pour payer la femme de ménage qui l'époussète de temps en temps.

Le sort du triptyque ne serait d'ailleurs pas meilleur s'il était hébergé à quelques pas de la cathédrale, dans le Musée des beaux-arts Anne de Beaujeu, car la collection de peintures, exclusivement du 19ème siècle, y est entassée comme dans un cabinet des siècles passés, en couches successives jusqu'au plafond, et dans une obscurité presque complète.

Cependant la renommée de l'œuvre est maintenant planétaire et il ne serait pas étonnant que quelque édile en quête de visibilité électorale fomente un jour un plan machiavélique pour soustraire le joyau aux griffes du clergé moulinois.
Le rêve d'un triptyque baigné de lumière sur les cimaises d'un grand musée régional, voire du Louvre, se réaliserait alors.

Et puis, après quelques années, sa trop grande notoriété obligerait les conservateurs à le confiner, comme la Joconde, dans une cage de verre blindé à l'abri des touristes fanatisés, cinq mètres au-delà d'un cordon infranchissable.
 

Charles Guilloux, lever de lune sur un canal, détail, vers 1900 
Moulins, musée Anne de Beaujeu.

mercredi 25 décembre 2013

La vie des cimetières (53)

C'est au cœur de l'ancien domaine colonial de la famille Mellon, devenu l'écomusée Union Estate, que furent enterrés les premiers habitants de l'ile de La Digue, dans l'archipel des Seychelles, au début du 19ème siècle.

Et je vis un cheval d'une couleur cadavérique, et celui qui le montait s'appelait la Mort, et le séjour des morts l'accompagnait. Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par l'épée, par la famine, par la maladie, et par les bêtes sauvages.
(Apocalypse de Jean, 6-8)

Dans les antiques légendes moyen-orientales, une célèbre prophétie décrit la fin du Monde au moyen d'un agneau qui ouvre un parchemin scellé (la méthode précise n'est pas décrite) d'où sortent tout un tas de fléaux, notamment quatre cavaliers colorés qui apportent ruine et désolation.

Le récit est désordonné, chaotique, le soleil s'éteint, se rallume, les étoiles tombent comme des figues vertes, le ciel se retire comme un livre qu'on roule. Les iles s'enfuient. On a un peu de mal à comptabiliser les morts, les chiffres - assez incohérents - sont difficiles à interpréter.

Finalement tout semble s'arranger, car pour ceux qui lavent leurs vêtements et ne modifient pas les paroles de la prophétie l'eau de la vie sera gratuite, éternellement (on ne sait pas clairement s'il s'agit de gnôle ou d'une métaphore).

dimanche 14 avril 2013

Le scandale des météores tueurs

La fin pourrait bien commencer ainsi...

Depuis toujours les sociétés humaines ont géré leurs risques en attendant tranquillement qu'un accident ou un scandale surviennent et effarouchent la population. Alors la presse s'indigne et on exige des informations, le pédigrée détaillé des coupables, et enfin des mesures, voire des sanctions. Et les politiques d'affirmer en pleurnichant « Nous ne savions pas ».

Le 15 février 2013, un météore frappait la Terre. L'onde de choc (essentiellement les bris de vitres) blessait des centaines de terriens. Des voix s'élevèrent alors. Ne fait-on rien contre cette menace ?
C’était l'occasion pour la téméraire revue Ciel et Espace de consacrer dans son numéro d'avril un dossier documenté sur ces monstres venus de l'espace, les astéroïdes géocroiseurs, et sur les moyens de s'en protéger.
Et le constat n'est pas reluisant. Les scientifiques ne font pas de sentiment.

Il y a d'abord les météores de la fin du Monde, ceux qui éradiqueraient quasiment toute vie. Leur dimension dépasse le kilomètre. Ils sont une horde d'un petit millier qui rôdent dans notre système solaire, sans que leurs trajectoires soient une menace, au moins pour le siècle qui vient. Exception faite d'une bonne centaine, perdus de vue et qui pourraient bien se précipiter sur nous quand la Terre a le dos tourné. Les dinosaures leur durent leur funeste destinée, parait-il.

Puis, vers les dimensions plus modestes, il y a ceux qui ne détruiraient qu'un continent mais qui sont plus nombreux (peut-être 5000) et difficiles à repérer et à pister. On n'en connaitrait que 30%. Et ceux qui n'anéantiraient qu'une agglomération urbaine, peut-être 500 000, dont on ne connait que 3%, et ainsi de suite jusqu'au caillou qui tua une vache au Venezuela en 1972 (bien que dans ce dernier cas un voisin irascible ait été soupçonné).
Ainsi les astronomes estiment ignorer 99% des bolides de moins de 50 mètres, comme celui du 15 février.

Et si les moyens de détection ne sont pas très performants, on apprendra que les moyens de protection sont inexistants. Les méthodes préventives qui chercheraient à dérouter l'astéroïde de sa trajectoire (ou à le pulvériser) relèvent de la science-fiction. Elles exigeraient dix à vingt ans de préparation. C'est impensable quand on sait, par exemple, que le 15 février, pendant que tous les télescopes de la Terre étaient pointés vers un astéroïde de 30 mètres qui frôlait la planète (2012-DA14, découvert l'an dernier), c'est un petit morveux inconnu de 15 mètres, caché par l'éclat du Soleil, qui profita de cette distraction pour terroriser les populations de l'Oural.

Au dire des experts, la lutte contre les météores géocroiseurs est donc sans espoir actuellement, d'autant que les nombres cités ne sont que des probabilités. Le caillou fatal peut nous pulvériser dans l'heure. L'humain n'est finalement pas mieux protégé contre cette menace que ne le furent les dinosaures.

Il est bon de le savoir.

vendredi 15 février 2013

L'Apocalypse ouralienne

La Russie est grande, la Russie est vaste et généreuse. Après la météorite de la Toungouska en 1908, elle était préparée pour recevoir l'astéroïde 2012-DA14 (voir notre prévision d'apocalypse dans la précédente chronique).

Et la fin du monde est arrivée au jour annoncé, ce matin 15 février 2013, à Tcheliabinsk en Russie. Moins destructrice que prévu, c'est entendu, mais avec toutes les images et les sons authentiques.
Ce n'était pas 2012-DA14, qui a dédaigné la Terre, mais c'était tout de même un météore de belles dimensions, qui s'est émietté dans un flamboiement cinématographique en déchirant l’atmosphère.

L'histoire commence dans un plan-séquence à rendre incolore de jalousie les Spielberg et autres cinéastes méticuleux, tant il est parfait. Un mouvement de caméra gracieux et inexorable, minuté au millimètre, avec le sujet toujours exactement centré.
Il fallait être sur le bon échangeur de l'autoroute à la sortie de Yekaterinbourg et quitter, d'une élégante queue de poisson, la route orientale de Tioumen pour se diriger au sud vers Tcheliabinsk, au moment exact où la fin du Monde se précipitait de l'horizon est, pour finir, après 15 secondes, par se désagréger prématurément à 25 kilomètres d'altitude.

Un peu plus d'une minute plus tard, en dessous, à Tcheliabinsk, l'onde de choc soufflait des milliers de vitres et des pans de murs en ruines. Les débris projetés ont blessé 500 à 1000 personnes.

Pendant plusieurs mois, nombre de chercheurs d'aérolites (et quelques chercheurs de débris de vaisseau extraterrestre) braveront la boue et le froid ouraliens et hanteront cette région marécageuse qui aura eu la chance d'accueillir la fin du Monde et le loisir d'en réparer les dommages.

Mise à jour du 17.02.2013 : la Russie explose depuis 2 jours sur Internet. Personnellement visée par cette médiocre fin du Monde, elle en profite pour se parodier avec esprit, comme sur ces fascinantes photos de Tcheliabinsk avant et après la « pluie de météorites ».












Par ailleurs les savants on fourni quelques précisions sur l'évènement. La météorite mesurait 15 à 20 mètres de diamètre, pesait 10 000 tonnes, et a explosé à une altitude de 20 à 30 kilomètres à la vitesse de 20 kilomètres par seconde, avec une puissance de 30 fois Hiroshima.
Pour mémoire, l'Hiroshima est une unité de mesure polyvalente très pratique qui correspond à 15 000 tonnes de TNT, mais aussi à 100 000 innocents civils pulvérisés.  

Aperçu en basse qualité de la vidéo


dimanche 10 février 2013

L'apocalypse de vendredi prochain

À prédire sans arrêt, à la moindre contrariété pécuniaire de la Presse, les plus abracadabrantes fins du Monde, on finit par oublier qu'avant l'évaporation définitive de l'Univers, avant même l'explosion dévastatrice du Soleil, avant le décrochement de la Lune de son orbite, avant toutes ces calamités variées, l'Homme finira certainement écrasé par un astéroïde.
Les plus doctes savants l'admettent avec modestie ; si l'Homme ne réussit pas dans les décennies proches à se faire cuire dans sa propre marmite au moyen d'émanations de dioxyde de carbone, de césium, ou de toute autre inavouable molécule en -ium, il sera anéanti par un gros caillou distrait venu de l'espace.
Car la chose arrive relativement fréquemment.

D'indécrottables optimistes vous diront que les objets d'une taille susceptible de détruire la planète sont rares, tous les 50 millions d'années, voire plus. Les statistiques ne trompent pas. Ou rarement.
Ils ajouteront que le dernier caillou de cette taille, qui a éliminé les dinosaures et une grande part des espèces animales, a été plutôt salutaire puisqu'il a laissé ainsi le champ libre à quelques petits mammifères qui ont survécu, profité, et sont devenus de beaux animaux grands et nobles avec costume, cravate, téléphone sans fil et le pouce préhenseur.
C'était il y a 65 millions d'années, et c'était un très gros caillou de plusieurs kilomètres sans doute.

Les autres météorites sont moins grosses mais plus fréquentes. Celle du
Meteor Crater, il y a 50 000 ans, ne mesurait que 50 mètres. Le choc a détruit une zone d'une cinquantaine de kilomètres. Celle de la Toungouska, le 30 juin 1908, du même ordre de grandeur, anéantissait près de 100 kilomètres de forêt, en Sibérie. On ne sait rien de plus. Tout s'est volatilisé.

Et puis il y a Apophis (ou 2004-MN4), astéroïde de fer de 300 mètres, qui joue avec le feu. Le 30 avril 2029 il frôlera la terre, à 30 000 kilomètres dit-on, dix fois plus près que la Lune, et plus près même que les satellites géostationnaires. S'il nous rate, il repassera certainement en 2036, mais les spécialistes ne sont pas bien convaincus de sa trajectoire, elle peut encore être légèrement détournée en cours de route.
Ils sont cependant rassurants. En cas d'impact, le choc ne pulvériserait qu'une région, même pas un pays (sauf s'il est petit, bien sûr, ces apocalypses ambulantes déploient tout de même une puissance de l'ordre de 1000 à 50 000 bombes d'Hiroshima, c'est à dire potentiellement 100 millions de morts pour la plus petite).
Restent les aléas de la chute, les impondérables. Deux chances sur dix de tomber sur une zone inhabitée, les autres ne constituant pas vraiment des chances ; sept sur dix de générer un gigantesque tsunami en tombant dans l'eau, une sur dix d'annihiler directement les habitants malchanceux.
Notez bien Apophis dans vos agendas électroniques, pour ne pas vous trouver surpris par une fin du monde inopportune.

Enfin il y a
2012-DA14, un petit rocher de 50 mètres de diamètre. On a fait sa connaissance le 23 février 2012 quand il passait à quelques millions de kilomètres. Il s'est enhardi depuis et revient vendredi prochain 15 février à seulement 27 000 kilomètres. En Asie on le verra alors avec des jumelles.
Il faut espérer que l'estimation de sa trajectoire est à peu près juste, ou le baptiser d'un nom plus poétique, pour faire des gros titres séduisants en cas de funérailles nationales.


Matin calme en Toscane, juillet 2010

dimanche 30 décembre 2012

De la nature (billet d'humeur)

Tandis que, partout sur la planète, les habitants se remettent contrariés de ces fêtes annuelles de l'enfance et du commerce qui débutèrent par une fin du monde décevante, le sage profite de ce sursis, s'arrête sur une aire d'autoroute, commande une saucisse avec des frites, se tourne vers l'horizon et contemple le flux inexorable du cosmos.
Et le spectacle qu'il découvre n'est pas rassurant, car, disons-le sans détour au mépris d'avoir à subir un jour ses représailles, la nature pratique une véritable gabegie.

Il y a en premier lieu cette débauche d'énergie. Le soleil émet parait-il 400 mille milliards de milliards de kilowatts par seconde dont la Terre récupère tout de même un demi-milliardième. Et il y a des milliards de milliards de soleils.
Et des sous-commissions parfaitement officielles de ministères importants demandent au bourgeois moyen de baisser son chauffage domestique d'un degré centigrade et d'éteindre la lumières des toilettes après usage. Mais de qui se moque-t-on ?
Est-ce la faute du citoyen honnête si toute ces fusions nucléaires, ces forces physicochimiques dépensées depuis des millions de millénaires se soldent par un résultat dérisoire, quelques animalcules qui se disputent les dernières miettes d'une planète moribonde ?

Et le gaspillage de place, cet espace inutile, mal desservi et ruineux en transports, entre les planètes, les étoiles, les galaxies. Tout ce vide est indécent à qui connait le prix du mètre carré immobilier, notamment en région parisienne.
Et puis l'eau, ces océans d'eau qui envahissent les mers, les lacs, les fleuves, jusqu'au ciel. Sans parler de toutes les espèces d'animaux contrefaits comme le poisson blob, le chat sphynx, le Yorkshire, pauvres rebuts des expériences inavouables de la nature.

Enfin il y a tout ce temps perdu, ces redites, extinctions et recommencements. Trois ou quatre milliards d'années d'impasses et de ratés pour voir la bactérie originelle se transmuer en un mollusque qui contemple sa télévision. Que de temps aurait-on épargné si le projet avait été confié à quelqu'un de moins dépensier, de moins brouillon, avec un calendrier et un cahier des charges détaillés.

Mais la nature, c'est vraiment n'importe quoi !
La prochaine fois, n'oubliez pas de voter contre.

On constatera sans doute sur cette illustration que la nature ne sait pas clairement où elle va.


vendredi 21 décembre 2012

La petite apocalypse

Aujourd'hui 21 décembre 2012, le soleil marquera le solstice d'hiver à 12h11'37", heure de Paris, et, comme tous les autres jours de l'année, 140 à 150 000 êtres humains vivront leur propre fin du Monde.

Mais les textes sacrés affirment qu'ils reviendront un jour, comme cette armée de zombis hallucinés découverte dans les sables d'une plage des Hébrides, au nord de l'Écosse en 1831. Près d'une centaine de pièces de jeux d'échecs enfouies depuis sept siècles et maintenant exposées sur des supports de plexiglas au British Museum de Londres et au musée national d'Écosse à Édimbourg.

Réjouissons-nous !


Lewis Chessmen (© The Trustees of the British Museum)


mercredi 28 décembre 2011

Nuages (27)



« Au commencement, la réalité créa les cieux et la terre,
Ce qui fut fut, et ce qui ne fut pas ne fut pas,
L'obscurité enveloppa ce que la lumière n'enveloppa pas,

Et ce qui ne fut ni lumière ni obscurité fut Elle, la Licorne Rose...»

L'époque du solstice et ses nuits interminables a toujours été propice aux rêveries et aux croyances les plus irréfléchies. Rappelons qu'il ne nous reste maintenant plus qu'un solstice à vivre puisqu'au suivant nous mourrons, le vendredi 21 décembre 2012, à 11 heures 11 minutes et 37 secondes TU, exactement.

Pendant ce temps la Licorne Rose Invisible respecte ce qu'elle n'a jamais promis. Elle n'apparait pas dans les buissons d'aubépines ou au fond des grottes humides, ni sur les noyaux de pêche.

Elle se devine à peine dans la couleur des nuages.



samedi 10 décembre 2011

Le jeu des 7 erreurs

Des méfaits dus à l'âge. 

Pour ne pas lui causer d'embarras appelons-le Robert. C'est un petit américain désœuvré. Dans les années 1960, il écrit quelques chansonnettes qu'il marmonne d'une voix plaintive en grattouillant sa guitare. Par chance, les deux décennies qui suivent seront contestataires. Et toute génération révoltée a besoin de porte-paroles, d'hymnes, de slogans, de rengaines rudimentaires. Les textes protestataires de Robert, volontairement sibyllins façon Arthur Rimbaud, se prêtent aux plus vastes ralliements.
Sa musique également a toutes les qualités requises. Sans originalité et tellement inspirée des folklores américains, avec ses trois sempiternels accords, on la connait avant de l'avoir entendue. Robert devient alors pour quelques temps le guide spirituel d'une génération.

Mais tout s'émousse. Dans les années 1980 il tente un renouveau biblique, avec prophéties apocalyptiques et relents de bondieuserie. Sans succès.

Et récemment, à 70 ans, c'est le dérapage, la régression infantile. Sous d'amicales pressions il consent à exposer ses coloriages. Il faut dire que Robert est atteint d'un trouble compulsif. Il récupère des photos dans des archives d'images sur internet (parfois de photographes connus comme Cartier-Bresson) et il les décalque avec application et les colorie du mieux qu'il peut, sur de grandes toiles qu'il signe «Bob Dylan». 
Eh bien on peut désormais voir ces jolis coloriages au Musée national de Copenhague ou sur les murs de la célèbre galerie Gagosian à New York. Ne les ratez pas. Le gentil Robert aura beau tenter un peu naïvement d'effacer l'ombre de l'auteur de la photo originale (voir la 2ème image du diaporama), il pourrait hélas être rattrapé par le vilain spectre du droit d'auteur. 

Sources : Le Guardian (en anglais), Artinfo (en anglais mais avec un instructif diaporama comparatif), Arrêt sur images (en français et très illustré).


Si tu trouves les 7 erreurs commises par Robert (en bas) en recopiant une photo trouvée sur internet (en haut) tu gagneras une splendide compilation de ses plus belles chansons réunies sur une mini-K7 et rehaussées par l'accordéon d'Yvette Horner.

dimanche 15 août 2010

Nuages (22)

Orvieto est une petite ville d'Ombrie perchée sur un rocher italien, près des frontières de la Toscane et du Latium. Un peu éloignée des grands centres artistiques que sont Pise, Florence ou Rome, elle fait rarement partie des itinéraires obligés que parcourt le touriste en bêlant.
On peut ainsi, même en été, y contempler sereinement celle que certains (notamment l'office du tourisme d'Orvieto) appellent la plus belle cathédrale du monde.

Effectivement, bien que surchargée de sculptures, de bas-reliefs, de mosaïques, sa façade montre une distinction, une élégance incomparables à côté de quoi celle de la cathédrale de Sienne fait figure de gâteau d'anniversaire, lourd et indigeste avec ses bougies dégoulinantes.

À Orvieto, les gracieuses sculptures de bronze, les bas-relief délicats, et la conception de la façade sont sans doute de la même main, celle de Lorenzo Maitani, maitre d'œuvre de la cathédrale de 1310 à sa mort en 1330. Et puis dans la chapelle droite du transept, Luca Signorelli a peint de 1499 à 1502 son extraordinaire et fantastique cycle de fresques de la fin du monde.


dimanche 8 août 2010

Le culte du soleil

L'hélianthe (hélianthus annuus!), appelée tournesol ou soleil par le vulgaire, est décidément une merveille de technologie et de haute précision. Comme toutes les inventions majeures dans l'histoire de l'humanité, du bas nylon à la fermeture éclair, elle nous vient évidemment d'Amérique du nord.

Cette superbe plante ne s'épanouit que dans les régions correctement ensoleillées. Et le génie de la chose est qu'elle héberge, pendant sa période de croissance rapide, avant la floraison, une hormone (l'auxine) qui favorise l'allongement des cellules, mais déteste le soleil. Fuyant opiniâtrement la lumière, l'auxine s'ingénie à migrer dans les endroits ombragés de la tige et des feuilles, et partout où elle passe la plante croît. Ainsi, comme les cellules situées à l'ombre s'allongent plus rapidement, la tige se courbe et la tête penche humblement vers l'autre côté et pivote d'est en ouest au long de la journée, donnant l'impression hypocrite de rendre un hommage quotidien au soleil (l'héliotropisme).

Ce paradoxe d'un peuple végétal qui se prosterne unanimement vers le soleil sans réellement y croire ne dure que jusqu'à la floraison. Alors, les lourdes têtes fécondées, chargées de graines, s'immobilisent, définitivement inclinées vers le levant.

Horde de tournesols adultes résignés, courbés vers l'est, sous un ciel de plomb fondu, en Toscane.

Les croyants ont développé une formule savante bourrée d'arctangentes et de cosinus pour diriger, sans erreur de navigation, leurs implorations quotidiennes vers la maison de leur dieu, la Mosquée sacrée. Il est vrai qu'en tant que boussole le champ de tournesol est peu fiable. Versatile au printemps, il n'indiquera la divine direction qu'en été, et seulement en Europe. Pour les tournesols incroyants de l'extrême-orient, qui s'obstinent, à la floraison, à tourner le dos au Prophète, il conviendra de leur trancher la tête. Il parait justement que les meilleurs cierges sont fabriqués avec l'huile des graines de tournesol.

Pour terminer, voici un conseil pratique pour tirer avantage d'une autre propriété du tournesol, sa puissante capacité d'absorption des déchets minéraux. En cas d'apocalypse nucléaire, ou simplement de grave excès de plomb et de radioactivité dans l'eau et la terre, plantez-le en quantités dans les zones contaminées ou irradiées. À la fin de l'été, quand ses profondes racines auront pompé et retenu tous les éléments toxiques, fauchez, arrachez, et vous retrouverez en-dessous un sol purifié et fertile. Et surtout, pour ne pas contaminer l'air, n'incinérez pas les plantes mortes, enterrez-les plutôt discrètement chez un voisin qui vous est déplaisant.

Mise à jour du 01.04.2015 : Finalement, d'après des tests effectués en réel à Fukushima, les racines de tournesol n'absorberaient pas les matières radioactives, comme on l'a cru, en tous cas pas le césium.


Face à un champ de tournesols déterminés, on se sent réellement observé, épié. On comprend que des artistes fragiles comme Vincent van Gogh y aient perdu l'esprit jusqu'à se découper une oreille.

dimanche 21 mars 2010

Un peu de numérologie

Dans la série « Les nombres sont nos amis, nous devons les protéger », examinons aujourd'hui le nombre 666.
Une de ses premières apparitions, la plus fameuse, est dans une fable allégorique écrite sous l'emprise de produits hallucinogènes, vers la fin du premier siècle de l'ère actuelle, et appelée Apocalypse de Jean. L'auteur y décrit la fin pompeuse et pathétique du monde terrestre, et notamment la venue du diable que les clairvoyants reconnaitront au nombre 666 (1), le nombre de la Bête, qu'il dissimulera.

Et quand un bouquin aussi populaire prophétise, forcément, ça impressionne les plus fragiles. Ces obsédés du nombre 666 ont un nom, hexakosioihexekontahexaphobes. On les regroupe dans le même pavillon que les amateurs effrénés des lettres H, X et K réunies dans un même mot (2), qui eux n'ont pas encore de nom. Mais la science progresse.

On le sait en numérologie, même un idiot distrait arriverait à repérer le nombre 666 à peu près n'importe où, par exemple dans des rouleaux de papier toilette... Et c'est bien la plus grande supercherie de Satan que de nous faire croire qu'il n'existe pas, qu'il n'est qu'une farce de collégien. Or il est parmi nous, il nous attend dans l'ombre. Il vit actuellement une retraite discrète dans un quartier reculé de Venise et on voit clairement sur notre illustration, aux corps exsangues pendus au dessus de sa porte, qu'il n'a pas renoncé aux habitudes sanguinaires des époques plus glorieuses.

Cliquez sur l'image pour découvrir le nombre fatidiqueLes malheureuses victimes de la Bête pendent étripées et vidées de leur sang sur une corde à linge devant la porte du Démon. Mais qu'est-ce que le monstre six fois millénaire peut encore faire de ces dépouilles desséchées ? Cette photo a été réalisée sans trucage, au péril, hélas, de la vie de notre reporter.

***


(1) Quelques manuscrits bibliques disent 616 au lieu de 666.
(2) les dictionnaires de Scrabble français ne donnent que deux mots pertinents (ce qui suffit à justifier l'état dépressif de ces amateurs).

mercredi 18 mars 2009

Recrudescence de trous blancs

Et voilà, ils ont fait l'expérience ! Comme dans les mauvais films de science-fiction. Pire que les trous noirs du LHC, il y a maintenant les trous blancs du ministère de la Défense.
Prenons l'exemple emblématique de Taverny (mais il y en a d'autres que nous vous invitons à rechercher). D'après l'encyclopédie Wikipedia, il y a dans la forêt de Montmorency, à Taverny, le cœur du système de défense nationale français, dont les installations seraient en cours de démantèlement.

On peut effectivement constater sur l'illustration jointe, issue des pages jaunes, qu'il s'agit d'une liquidation totale, voire mieux. Le plus troublant est le désaccord des cartographes. Pour Google Maps, sur la photo par satellite datée du 21 octobre 2007 (1), les installations militaires semblent au complet, alors que la photo vide des pages jaunes date de 2005. Qui croire ? La rumeur qui prétend que presque tous les articles de Wikipedia sont écrits par le porte parole du gouvernement serait-elle fondée ? Et la végétation n'est-elle pas un peu trop verte et pimpante sur la photo de Google Maps (2) prétendument prise à la fin de l'automne ?

Qui dira les expériences de chimie monstrueuses qui se perpètrent actuellement à notre porte et répandent ces trous blancs, annihilant des hectares du territoire français sous le couvert de la défense de l'État et dans l'indifférence des médias ? Imaginez que cette infection se propage un jour jusqu'aux cabinets des plus hautes instances de notre pays... Où irait alors la France ? Que deviendrions-nous ?

***
(1) En réalité elle n'est pas datée sur Google Maps mais la même photo exactement est datée sur Google Earth.
(2) Pour des motifs déontologiques et éviter les accusations d'espionnage, voire de haute trahison, Ce Glob Est Plat contrevient à sa règle sacrée «La vérité sinon rien» et ne montrera pas cette image sulfureuse.

samedi 27 septembre 2008

Ajournement de la fin du monde

On voit nettement ici par où peuvent passer les fuites d'hélium...Sphère armillaire, un des appareils mécaniques les plus perfectionnés de l'antiquité à la renaissance (Musée de la science, Florence).

Que reprennent espoir ceux qui, pour cause de fin du monde imminente, avaient renoncé à se lancer dans des projets à moyenne échéance (repeindre la salle de bain, visiter la section des assiettes de porcelaine historiées du musée du Louvre, arrêter de fumer). Car le Grand Accélérateur de Particules (LHC) ne découvrira pas les derniers mystères de l'univers avant le printemps prochain. Ceux qui craignaient à cette occasion la destruction de la planète, pour octobre ou novembre au mieux, ont donc obtenu un peu de répit grâce à une fuite d'hélium dans le dispositif de refroidissement du Grand Collisionneur de Hadrons. «Ça n'est que partie remise» nous rassurent les scientifiques dans tous les organes de presse. Faisons plutôt confiance aux scientifiques. L'immense Newton lui-même, on l'a déjà vu, ne prédit la fin du monde qu'en 2060, ce qui laisse tout de même du temps pour des projets plus consistants, comme la noble entreprise de l'actuel président américain d'aller faire les poussières sur la lune, qu'on a, il est vrai, laissée en désordre depuis bientôt 40 ans.