Cremonini, deuxième couche
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Mots clefs : Autoportrait , Bologne , Châssis , Couleur , Cremonini , Droit d'auteur , Enfance , Exposition , Italie , Jaune , Mer , Mise à jour , Orange , Peinture , Souvenir , Vacanciers , Versailles , Violet
En avril 2010, à la mort à Paris de Leonardo Cremonini, les hommages avaient été plus retenus. Il est vrai que ses meilleurs tableaux s’achetaient alors en-dessous de 100 000$, 1000 fois moins que ceux de Hockney aujourd’hui, et qu’il n’avait jamais bénéficié d’une gigantesque rétrospective in extremis chez les vendeurs de sacs à main ni dans les institutions officielles en France.
Il avait pourtant été admiré, de collectionneurs très fidèles depuis les années 1950-1960, et par la légendaire galerie Claude Bernard de Paris, qui l’exposait régulièrement à partir des années 1970-1980, aux côtés de Gilles Aillaud, Andrew Wyeth, et Francis Bacon avec qui il partageait une amitié et une évidente fraternité de style, loin des grands courants artistiques à la mode.
Mise à jour 14.07.2026 : le catalogue de l'exposition enfin disponible, les 2 chroniques sur Cremonini ont été complétées avec les dimensions des tableaux et la correction du nombre d'œuvres exposées.
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Mots clefs : Aillaud (Gilles) , Bacon , Bologne , Couleur , Cremonini , Enfance , Exposition , Galerie Claude Bernard , Hockney , Italie , Jaune , Mer , Mise à jour , Orange , Peinture , Souvenir , Vacanciers , Versailles , Violet , Wyeth (Andrew)
Ceux qu’on réalise de nos jours, généralement sous pseudonyme, sont jugés illégaux, parce qu’on ne souille pas impunément un mur ou une paroi, qui appartiennent nécessairement à quelqu’un ou à quelque institution ; mais il y a des exceptions à cette rigueur morale, comme nous allons le constater, quand le graffiti peut rapporter de l’argent. On le qualifie alors d’œuvre d’art.
Nous avons déjà parlé ici-même de Banksy, célèbre artiste de rue engagé, persiffleur et consensuel, jusqu’à très récemment vaguement anonyme, et qui fait depuis 25 ans l’objet d’un marché plus ou moins parallèle qui profite de cet anonymat : on démonte les murs et subtilise ses graffitis, on monte des expositions, voire des musées, faits uniquement de faux Banksy reconstitués, on organise des ventes aux enchères officielles et prestigieuses, on le vend des millions de dollars, jusqu’à 25, on le traite avec les Modigliani, Picasso ou Warhol dans de vastes réseaux de contrefaçons, bref, serait-il surpris taguant son opinion sur le mur d’une propriété privée, il y a peu de chance qu’on le jette en prison.
Le cas du graffiti "Migrant child" sur un mur du Palazzo San Pantalon à Venise est le modèle de ces graffitis illicites devenus parfaitement légitimes grâce à la magie de l’argent.
Au printemps 2019, en villégiature à Venise, Banksy laissait un souvenir sur le mur pourri d’un palais à l’abandon (ici en 2017). L’endroit était sitôt visité à l’égal du pont des soupirs et photographié des millions de fois, mais cette dévotion n’aura pas évité sa dégradation particulièrement rapide par l’eau saumâtre de la lagune, qui est le destin de ces manifestations éphémères (ci-contre un récapitulatif des états du graffiti, de 2019 à 2025, d’après Banksy puis Google Maps).
Intervient alors, fin 2023, le fameux sous-secrétaire d’état italien à la culture, escroc fameux qui a des relations avec la banque propriétaire dudit palais abandonné (Banca Ifis). Il profite de son passage dans le gouvernement d’extrême droite pour monter une sorte de fondation bancaire chargée d’extraire l’œuvre du mur, la restaurer, la déposer sur un nouveau support durable, la protéger dans un présentoir étudié à cet effet, et l’exposer au public, éventuellement à sa place d’origine si les conditions sont réunies. Vu le dernier état du graffiti, on soupçonne que la restauration sera une complète reconstitution, un vrai faux.
Les arguments du ministre, rapportés dans un article de La Reppublica, sont limpides : "Nous ne souhaitons pas avoir le consentement de l'artiste, la fresque a été réalisée illégalement. J'assume mes responsabilités". On ne saurait mieux résumer ce qui peut transformer un graffiti en art, une œuvre qui peut rapporter des millions à son possesseur, sans contrepartie puisque l'auteur, menacé de poursuites judiciaires, ne peut pas en réclamer les droits ; et le recel aggravé est bien la moindre des casseroles que traine ce ministre exemplaire.
En juillet 2025, l’affaire était bouclée et la portion de mur enlevée.
Rassurez-vous, il arrive aussi que les autorités respectent la loi, et parfois même un peu trop, autour d’un graffiti égyptien cette fois.
Le 22, ou le 24 février 2026, afin d’illustrer les méthodes des bâtisseurs pharaoniques, un guide touristique traçait un croquis à la craie blanche sur un bloc de calcaire, au pied de la paroi nord de la pyramide en mauvais état du pharaon Ounas, à Saqqarah près du Caire.
Aussitôt dénoncé sur les réseaux sociaux par un témoin bienveillant, le guide était arrêté par la police. Il reconnaissait les faits prétendant pour sa défense que ça n'était pas sur un bloc original de la pyramide, mais la loi s’en moque ; généreusement floue, elle punit quiconque dégrade ou altère volontairement l'aspect d'une antiquité ou d'un site archéologique par quelque moyen que ce soit, et les autorités, lit-on, semblent vouloir faire du guide un exemple. Passible d'au minimum un an de prison et - ou - 9000€ d’amende, son droit d’exercer son métier est déjà suspendu préventivement par le vigilant syndicat des guides égyptiens.
Le brave pédagogue aura appris à ses dépens qu’il y a graffiti et… graffiti.
Nota bene : La craie est un calcaire doux, et en effacer les traces sur une pierre calcaire dure est sans doute un exercice domestique délicat, mais les autorités égyptiennes en maitrisent la technique puisque les traces étaient effacées dit-on peu après le délit. Et les mêmes autorités affirment que les descriptions catastrophistes régulièrement publiées par l’Organisation Non Gouvernementale Amnesty International sur les traitements inhumains dans les prisons égyptiennes sont très exagérées.
Mise à jour 8.05.2026 : Ça y est, la restauration - étonnamment discrète comparée aux couleurs vives des photographies de 2019 - est terminée et le résultat fait une tournée dans Venise un peu comme on montre et vénère à Turin le faux suaire du Christ.
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Mots clefs : Améliorons les chefs-d'œuvre , Anonymat , Archéologie , Autorités , Banksy , Banque , Contrefaçons , Délit , Egypte , Épigraphie , Graffiti , Ministre , Mise à jour , Musée , Police , Pompéi , Pyramide , Recel , Restauration , Venise
Robert Banks - Nymphée de la Villa Giulia, Rome. Aquarelle n°462, 96cm
Si vous ne hantez pas les maisons d’enchères secondaires vous ne pouvez pas connaitre Robert Banks, plus exactement Robert Louis Banks (Cheltenham 1911 - Londres vers 2000). Wikipedia ne le connait pas, pas plus que l’IA, sinon 3 ou 4 informations biographiques inutiles, comme une décoration de la croix militaire anglaise à l'occasion de la précédente guerre mondiale. Il aurait dédié ses études et sa carrière à l’architecture et l’urbanisme pour ne se consacrer exclusivement et copieusement à l’aquarelle que vers la cinquantaine.
Personne n’est même certain de sa date de décès, pourtant récente. Et si vous demandez Robert Banks sur internet, les moteurs de recherche vous mèneront vers un homonyme ultramédiatisé, l’inévitable Banksy, artiste de rue dont l’anonymat déjà fragilisé aurait été défloré en 2023.
De notre Robert Banks, pas de livre, pas d’expositions. Il n’y a même plus de clé sous la porte des galeries londoniennes qui l’exposaient dans les années 1970 et personne ne sait quand elles auraient fermé.
Aux quelques traces laissées sur internet, pour la plupart sur les sites de maisons d’enchères, on voit que Banks était artiste de rues, à sa manière. Il ne peignait pas, comme certains, sur les murs des façades, mais il représentait des façades, de villes découpées avec précision par le soleil et l’ombre, fantastiques par réalisme et vides, minutieusement, sur de grandes feuilles de papier pour aquarelle ; surtout l’Europe des estivaliers, Rome, Venise, et toute l’Italie, qu’il a sillonnée jusqu’aux Pouilles, la Grèce, l’Espagne, et au milieu de tout ce soleil, le Japon vers 1971.
Il ne reste malheureusement que les salles des ventes pour découvrir ses aquarelles, le temps des rares jours d’exposition au public, avant qu’elles ne disparaissent. En 1995 le marché proposait une dizaine de ses œuvres, puis une dizaine autour de 2005, et enfin presque une par an depuis 2009, chez Dorotheum à Vienne, Koller à Genève, ou d'autres salles de moindre renommée.
Mais cet éparpillement parcimonieux est peut-être une aubaine pour qui aurait économisé 1000 à 2000€ par amour de l'art, car les prix des œuvres de Robert Banks sont indécents.
Une aquarelle comme celle de notre illustration plus haut peut demander 150 à 300 heures de travail. Ainsi, au tarif par exemple des employé(e)s de ménages - leur salaire horaire net moyen selon qualification est de l’ordre de 15 à 25 euros - elle devrait être évaluée entre 2250 et 7500€, si on oublie le talent, voire le génie du peintre. Mais ici, comme il est mort et que ça n’est plus lui qu’on rémunère, l’expert de la maison de vente Koller estime que l’œuvre, malgré ses dimensions (un mètre en largeur), pourrait disparaitre le 27 mars prochain à Genève contre 1500 à 2000€, taxes et commission comprises.
Alors préparez votre tirelire, prévoyez la place sur un mur à l’abri de la lumière directe, et vous deviendrez propriétaire d’un chef d’œuvre, qui disparaitra ainsi de la circulation pour un temps indéterminé, c'est entendu, mais pas pour vous.
On trouve quelques reproductions d'œuvres de Banks sur internet, parfois excellentes, et on notera qu'il eut très tôt l’idée de numéroter ses aquarelles dans l’ordre, près de sa signature, ce qui permet de reconstituer une minimum biographique, de constater que les chefs-d’œuvre commencent en Espagne au milieu des années 1960, que les plus beaux se situent grossièrement entre les numéros 350 et 500 figurant Rome et le sud-est de l’Italie, que les aquarelles portant les numéros 600 sont moins inspirées, motifs comme couleurs, notamment une vue décevante de Venise qui porte le plus grand des numéros trouvés, le 662, sans qu’on puisse lui attribuer une date (la fin des années 1980 ?), qu’il reste donc des centaines de merveilles de Robert Banks dans la nature, et que les données de la description de la vente Koller du vendredi 27 mars sont fausses.
L’œuvre y est décrite ainsi :
ROBERT LOUIS BANKS
(Cheltenham 1911– vers 2000 Londres)
Le Nymphée de la Villa Giulia à Rome. 1962.
Aquarelle, crayon.
Signée en bas à gauche : BANKS 962.
70 x 96 cm. Encadrée.
Or le numéro de la signature n’est pas 962 mais 462 (vous vérifierez à Genève), et donc la date 1962, déduite de cette fausse lecture, est fausse. Elle est plutôt à situer très vaguement autour des années 1975 ou 1980 à Rome (au moment d’emporter la chose, tentez de réclamer une ristourne pour erreur sur la substance).
Allèchement : vous découvrirez très bientôt dans Ce Blog est Plat quelques belles reproductions de chefs-d’œuvre de Robert Banks, notamment une grande aquarelle que vous regretterez sans fin de ne pas avoir achetée le 27 septembre 2017 à Vienne, contre 875 euros, tout compris.
Mise à jour 28.03.2026 : vous n'êtes pas nombreux à avoir suivi notre conseil et enchéri sur cette superbe aquarelle Banks 462. Résultat, 1600 Francs suisses, soit environ 2000$ hors frais et taxes. À ce prix Robert Banks reste encore loin de la gloire posthume.
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Mots clefs : Aquarelle , Architecture , Banks (Robert Louis) , Banksy , Ce monde est disparu , Dénombrement , Enchères , Genève , Italie , Japon , Koller , Lumière , Mise à jour , Pouilles , Prix , Rome , Venise , Vente
Browere (Albertus D.O.), certes très inégal mais auteur de quelques belles réussites, notamment de ce grand mont Chocorua de 91cm peint en 1857 et largement sous-estimé avec 2500$.
Bierstadt (Albert), Wisconsin River, près de Milwaukee, c.1887, 91cm. Pochade, étude rapide pour Bierstadt alors de passage à Milwaukee, mais tout de même estimée à 200 000$. Il faut dire que sa renommée le fait fréquemment dépasser le million, jusque’aux 7 millions en 2003.
Silva (Francis A.), Coucher de soleil sur la côte, 1874, 66cm. Tout a été dit ici-même en avril 2024 sur Silva. Estimé à 150 000$, il pourrait disparaitre contre un million comme rester invendu.
De Haas (Mauritz F.H.), Admirant la prise, 1865, 76cm (25 000$). Peintre officiel de marines, on dit que ses scènes navales étaient nettement plus animées.
Harrison (L. Birge), Charleston, lever de lune sur le port, c.1908 (?), 77cm. Harrison était un peintre essentiellement paysagiste, coloriste subtil et délicat, fort méconnu en France (Orsay expose tout de même une de ses œuvres), qui mérite peut-être mieux que cette estimation modeste de 8500$.
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Mots clefs : Amérique , Bierstadt , Browere , Ce monde est disparu , Christie's , De Haas , Enchères , États-Unis , Fleuve , Harrison (Birge) , Indiens , Mer , Mise à jour , New York , Paysages , Rochers , Silva (Francis)