dimanche 9 février 2020

Au royaume du Danemark

Christen Købke, Vue de la citadelle de Copenhague depuis un grenier à grains, 1831, 43 x 51,7cm (SMK Copenhague). Cliquez sur l'image pour un zoom en haute définition.


Y a-t-il invention plus féconde que les frontières, les pays, les folklores, ces particularismes qui enrichissent la culture de l’humanité, parait-il ? Il est bien utile, il est vrai, lorsqu'on cherche les responsables de nos malheurs, de trouver des lignes pointillées imaginaires qui permettent de distinguer le bien du mal. Et puis cela permet de redécouvrir régulièrement, à la fréquence d’une ou deux générations, toute une culture oubliée entre-temps.

La génération de 1985 avait appris, à l’occasion d’une monumentale exposition (192 œuvres) sur « L’Âge d’or de la peinture danoise, 1800-1850 », au Grand palais de Paris, que le Danemark était un petit pays plat et prospère, entouré d’eau de mer, où avait fleuri au début du 19ème siècle une remarquable école de peintres rigoureux et raffinés, dont les plus adroits, malgré l’orthographe barbare de leurs noms, faite de Ø barrés et de Å auréolés, n’avaient rien à envier aux peintres d’histoire, de portrait et de paysage qui rayonnaient alors de la Prusse à la France.

Ils avaient pour nom Eckersberg, Købke, Lundbye, Sødring, Rørbye, Kyhn, Bendz, Skovgaard…

La génération suivante, en France, ne les a jamais connus (à part le sévère Eckesberg, leur professeur, largement exposé, notamment en 2016 par la fondation Custodia).
Il faut reconnaitre que ces lettres voisines mais introuvables dans l’alphabet français, et classées après le Z dans l’alphabet danois, en embrouillent sérieusement le classement et constituent de nos jours paradoxalement un handicap dans les médias numériques.

La génération d’aujourd’hui les découvrira donc, bientôt, du 28 avril au 16 aout 2020, 35 ans et 100 mètres plus loin, au Petit palais cette fois, dans une exposition de 200 œuvres, « L’Âge d’or de la peinture danoise, 1801-1864 ». Notons qu’en 35 ans l’Âge d’or se sera légèrement décalé et allongé de 13 ans, mais les peintres et les œuvres seront sans doute les mêmes.

Elle y découvrira surtout un artiste qui aurait été le plus important des peintres danois s’il avait vécu au-delà de 37 ans, Christen Købke (prononcer à peu près Keub-ké).
La couverture du catalogue de 1985 (illustration ci-dessus), 47 œuvres exposées alors (53 pour Eckersberg), et 3 ou 4 paysages exceptionnels au couleurs d’une subtilité rare révélaient chez Købke une précision et une élégance du regard qui ne se retrouvaient, à son époque, que dans les toiles de Caspar David Friedrich.
Et Købke ne souffrait ni du romantisme à la métaphore parfois trop soulignée de Friedrich, ni du classicisme ingresque un peu empesé d’Eckersberg.

Le Petit palais, clairvoyant, ne s’y trompe pas. Il a fait du détail d’une toile de Købke l’annonce de l’exposition sur son site internet (et peut-être la future affiche), et d’un des plus beaux paysages de Købke (et de l’histoire de la peinture - attendez de l’avoir devant les yeux avant de vous récrier), la première des trois illustrations de son diaporama sur la même page.

Et comme si tant de félicité attendue ne suffisait pas, le SMK, Statens museum for Kunst, musée national d’Art de Copenhague, capitale du pays dont on parle ici, vient d’ouvrir en ligne l'accès à l’ensemble de sa collection de peintures, gravures, dessins, sculptures et installations, et à quantité d’images de très haute qualité et libres de droits.
On y trouvera immanquablement des reproductions d’une partie des œuvres qui se préparent à voyager de Copenhague à Paris.

N’oubliez pas, dans vos recherches sur le site, en particulier parmi les noms d’artistes, que le æ, le ø et le å se trouvent à la fin de l’alphabet danois, après le z, et qu'il n'existe pas de peintre au nom de Kobke.

Peter Ilsted, Femme préparant des chanterelles, 1892, détail (SMK Copenhague).
Jens Juel, Main au bord d'une table, c. 1790, détail (SMK Copenhague).
 

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