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mercredi 13 août 2014

L'éternité avec plein de zéros


Le cadavre d’un artiste admiré des plus importants spécialistes de l’art a été retrouvé le 12 juin 2014 dans un verger près de Suncheon, décomposé, méconnaissable parmi les prunes. Près de lui étaient disposés des indices qui permettaient de l’identifier.

Henri Loyrette, ex-président à vie du musée du Louvre en retraite dorée au Conseil d’État, expert en rien de particulier, avait dit de lui « Il y a des moments dans la vie ou l’exceptionnel survient … Il [l’artiste] nous invite à voir l’extraordinaire dans l’apparemment ordinaire ». C’était en mars 2012, dans la préface du catalogue d’une exposition du photographe coréen Ahae, organisée par le musée du Louvre au jardin des Tuileries.
Ahae y présentait sur d’immenses tirages photographiques des scènes bucoliques et atmosphériques, plates et insipides comme on les voit pousser par millions dans les réseaux sociaux de partage d’images, à l’heure des retours de weekend ou de congés payés.
Ce qui n’empêcha pas l'omnipotente madame Pégard, présidente du château de Versailles, d'y partager l’émotion artistique de M. Loyrette au point d’inviter l’artiste à exposer durant l’été 2013 dans la prestigieuse Orangerie du château de Versailles. D'enthousiasme elle parlait de la « magie de l’instant qui se mêle à l’éternité ».
Il faut dire que depuis quelques années le monde de Florence à Londres, de Prague à Paris convoitait les exhibitions de photos du dénommé Ahae, sans avoir jamais vu l’artiste, qui se faisait toujours représenter par son fils.

Curieux de démasquer cet homme énigmatique qui parvenait à rallier les personnalités les plus influentes autour de ses médiocres clichés, Bernard Hasquenoph, animateur du site LouvrePourTous, enquêta et dévoila en aout 2013 la véritable identité d’Ahae.
Il s’appelait en réalité monsieur Yoo, milliardaire coréen du sud, homme d’affaires et aventurier, inventeur d’une poire à lavements, prédicateur biblique mêlé à des affaires de suicide collectif et de détournements de fonds, et condamné à 4 ans de prison.
Il avait en outre la faiblesse de se trouver du talent, soudoyait à coups de millions des décideurs du monde culturel et finançait ainsi des événements médiatiques exceptionnels autour de ses photos de vacances.
Enfin, impliqué dans le naufrage en 2014 d’un bateau coréen noyant 300 passagers il était recherché depuis au titre d’un mandat d’arrêt international assorti d'une forte récompense.

Ainsi on comprend, quand M. Loyrette parlait de l’exceptionnel, ou Mme Pégard de magie, qu’ils considéraient surtout les donations monumentales que M. Yoo avait prodiguées au bénéfice du musée du Louvre et du château de Versailles. Car comment rester sourd à l’appel de l’extraordinaire et de l’éternité, quand il est garni de tant de zéros (6 ou 7 dit-on) ?

Aujourd’hui le pseudonyme de M. Yoo est gravé en lettres dorées sur un mur de la rotonde de Mars, au cœur du Louvre, en tant que donateur exceptionnel d’un montant sans affectation. On dit que la donation pour Versailles n’a pas été réalisée, et ne le sera probablement pas, vu l’état du mécène, et de sa famille en partie écrouée. Enfin Monsieur le conseiller d’État est devenu président d’une sorte de groupe d’influence qui grenouille dans le mécénat d’entreprises.

Dans l’inutile charte éthique du musée du Louvre est toujours écrit « le Louvre s’efforcera de rechercher toute information susceptible de l’éclairer quant à la nature exacte des activités du donateur potentiel »

Mise à jour du 27 octobre 2014 : une lettre très informée (signalée par LouvrePourTous) écrite en juin dernier à la ministre de la Culture par la Communauté alternative des Coréens résume parfaitement le contenu de cette affaire, et montre que, malgré le scandale, l'argent de la corruption continue à profiter en France, notamment à Versailles.

Style de cliché agreste et poético-météorologique qu'exposait le grand artiste.
Quelquefois passaient une biche ou une volée de canards.

mardi 2 janvier 2007

L'énigme de La Tour enfin résolue

Le lecteur assidu (unique, il se reconnaîtra) se souviendra qu'on l'avait laissé, l'an dernier, sur une désagréable frustration : combien, parmi les tableaux de Georges de La Tour exposés à l'Orangerie en 1934 étaient à nouveau réunis cet hiver au même endroit pour une resucée de l'exposition?

Le plan officiel détaillé de l'exposition, qui nous avait d'abord échappé (il ne fonctionne pas sur Opera et l'OSX), nous a été révélé dans toute sa crudité grâce à la haute technologie du navigateur Mozilla Firefox.
L'extrême précision de ce document probatoire ne permet aucun doute: seulement 7 des 13 La Tour de 1934 sont ici (les 3 ellipses blanches). La qualité du document permettra à un œil même néophyte de les identifier. Citons pour mémoire certaines provenances : Épinal, Berlin, Stockholm, Nantes (dont l'indicible Joseph et l'enfant). Hélas pas Rennes (en fait, après une ultime vérification en juin 2014, il semblerait que le tableau de Rennes ait été exposé dans une autre salle, au dessus du O de consonances).

Tempérons ce désappointement. Les aventuriers qui oseront l'expédition y découvriront tout de même un objet rare (cerclé d'une aura solaire dans le document précité) : la nature morte à la lettre et la chandelle de Lubin Baugin (notre illustration) provenant de Rome, peu connue, rarement reproduite, contrairement aux deux du Louvre devenues des icônes de l'art du 17ème siècle, et à celle de Rennes.

Nous reviendrons un jour sur les 4 natures mortes de Baugin, si la croissante ferveur populaire autour de Ce Glob Est Plat nous y convie.

mercredi 27 décembre 2006

La réalité des peintres de la réalité

Hiver 1934-1935, les parisiens découvrent Georges de La Tour. L'exposition "les peintres de la réalité en France au 17ème siècle" présente à l'Orangerie, pour la première fois regroupées, 13 de ses peintures.
Été 1972, l'Orangerie, à nouveau, expose cette fois 61 tableaux de La Tour, première rétrospective de l'œuvre. Hiver 1997-1998, le Grand Palais expose 64 tableaux, quasiment tout ce qu'on a jusqu'à présent retrouvé du peintre. Après 22 visites, quelquefois avec un nuancier Pantone à la main, on commence à mesurer toute l'immensité représentée dans cet espace pourtant si confiné, sombre et sans espoir. Hiver 2006-2007, l'Orangerie, encore, rejoue la version paraît-il intégrale de l'exposition de 1934. C'est l'occasion de retrouver groupés les 11 tableaux reproduits sur l'illustration. Mais sont-ils tous exposés? Combien sont réellement à l'Orangerie? Encore un mystère mystérieux qui ne sera résolu que par la téméraire visite de l'exposition (elle ferme début mars 2007) ou par l'acquisition de son onéreux catalogue. Ce Glob Est Plat informera ses lecteurs haletants du résultat de cette époustouflante enquête numérique, car informer sur les choses réellement importantes est sa vocation.