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lundi 14 janvier 2019

Publicité inactuelle

La Seille, un beau jour à Vic-sur-Seille.

Ce blog s’est quelquefois amusé des turpitudes du monde de l’art, des experts aux faussaires, des commissaires aux gestionnaires de musée. Le profane pourrait croire, au ton ironique employé, ici, et puis , ou encore , que ces choses sont très exagérées, que le trait est grossi pour la beauté de la caricature.

Eh bien qu’il se détrompe. Car Vincent Noce (c’est un pseudonyme), spécialiste du marché de l’art et du patrimoine, qu’on rencontre fréquemment dans les médias, interrogé sur les radios nationales, et dont on lit régulièrement, la prose dans les principaux journaux et revues d’art, de Libération à Beaux Arts, et les billets d’humeur dans la Gazette de Drouot, Vincent Noce donc, vient de publier un livre captivant qui fourmille d’anecdotes et d’histoires navrantes sur le milieu des ventes aux enchères.
Il l’a intitulé avec esprit « Descente aux enchères, les coulisses du marché de l'art » (1). Sous une plume limpide et pondérée, on y retrouve, dans des situations très délicates, les plus grands noms d’experts et de commissaires-priseurs qui ont fait la renommée de l’Hôtel des ventes de la rue Drouot, fortement impliqués dans des affaires de détournement et des malversations variées, voire les organisant eux-mêmes.
Ces histoires sont véridiques, palpitantes et l’auteur est espiègle. Il définit par exemple ainsi la Valeur, dans un petit glossaire des ventes publiques : « VALEUR : d'éminents scientifiques ont élaboré des modèles prédictifs sur les variations de la valeur de l'art, qui ont le grand mérite d'expliquer le passé. »

Et puis, un auteur qui raconte, dans son chapitre 15, en quelques pages trop courtes, l’aventure de la découverte en 1993 d’un saint jean-Baptiste, peut-être le dernier tableau de Georges de la Tour (oublié depuis dans une salle sombre du musée de Vic-sur-Seille, sa ville natale), mérite inévitablement la curiosité de tous.

***
(1). Vincent Noce, Descente aux enchères, JC Lattès éditeur,  2002 (2), disponible en ePub, moins cher et moins nocif qu’un paquet de 20 cigarettes.
(2). Oui, déclarer que Noce vient de publier ce livre, alors qu’il date de 17 ans, est un peu désinvolte, mais il est toujours disponible, et toujours d’actualité, la fascination de l’humain pour l’argent et l’accumulation des possessions n’ayant apparemment pas disparu entre 2002 et 2019.

dimanche 9 février 2014

La saga de Ragnar, suite

Les voyages en Scandinavie étant fort couteux, nous ne reprocherons pas à notre illustrateur d'avoir trouvé ce rocher qui ressemble tout de même vaguement à un saumon, près des eaux froides de la Manche à Ploumanach.


Peut-être avez-vous manqué quelques épisodes de la triste saga de Ragnar, le saumon norvégien.
Nous l'avions laissé presque mort, rongé par les poux de mer, miné par le pesticide et fluorescent à force d'ingurgiter les composés chimiques les plus toxiques.
Son sort funèbre avait fait l'objet de scandales et de reportages vexants depuis 2010, d'une chronique ici-même, et de recommandations humiliantes des services publics français en juin 2013.
L'affaire était pliée. Ragnar et ses congénères allaient disparaitre.

Et puis, les fêtes de fin d'année étaient à peine digérées que vous avez vu émerger, dans les vitrines des supermarchés, des plats surgelés de grandes marques, fièrement intitulés « Nouveauté  - Saumon de Norvège » souvent cuisinés d'alléchante manière, à la bordelaise ou aux moules marinières.

C'est que la réhabilitation du saumon de Norvège vous avait probablement échappé.

Car il faut savoir que la chaine de télévision qui avait achevé le pauvre animal par ses reportages assassins (dont un récent en novembre), et qui était certainement en partie responsable de la baisse sensible des ventes de saumon, avait été invitée en Norvège par la filière productrice dans le cadre d'une vaste opération de « relations publiques ».

Et surprise, une semaine avant les agapes de Noël, dans le journal télévisé du 16 décembre à 20 heures, la même chaine qui nous avait abondamment alertés sur les risques de toxicité du saumon norvégien, affirmait que les traces de produits nocifs étaient finalement infimes et que même les femmes enceintes n'en mangeaient pas encore assez.

Ces allégations devant des millions de spectateurs et présentées par un journaliste intègre eurent certainement un effet libérateur dans l'ensemble de la filière et on devait s'attendre à cette renaissance majestueuse du saumon norvégien, dignité reconquise, désormais blanchi.

dimanche 22 décembre 2013

Les laquais


Depuis vingt ans, dans les pas du journaliste iconoclaste Pierre Carles et du sociologue Pierre Bourdieu, une poignée de confrères suicidaires venus de la presse écrite, de la radio, d'Internet nous (dé)montrent patiemment les connivences lucratives entre les journalistes les plus en vue, les patrons de presse marchands d'armes, de mode luxueuse et de béton, et les pouvoirs politiques de toutes obédiences, sans oublier les quelques « experts en tout », qui sont systématiquement invités par les premiers, qui s'abstiennent de préciser que lesdits experts sont rémunérés par les deuxièmes pour défendre en toute objectivité la politique des troisièmes, qui eux votent généreusement des lois qui protègent les intérêts des deuxièmes.
Et de convaincre le bon peuple décervelé qu'il va devoir souffrir encore, parce que les choses sont ainsi faites et qu'on n'y peut rien, pendant qu'eux, des premiers aux quatrièmes, engraissent à vue d’œil.
On en rit presque tant leurs ficelles sont grossières et leurs intentions transparentes.

Début 2012 sortait, sur ce thème, un film de Balbastre, Kergoat et Halimi, « Les nouveaux chiens de garde », d'après le livre de Serge Halimi écrit en 1997 et augmenté en 2005. Si la démonstration littéraire était énumérative et un peu fastidieuse, le film est limpide, percutant, effarant.
On rit d'amertume, parce qu'après vingt ans rien n'a changé, les mêmes maitres à penser prospères, les mêmes experts juchés sur leurs hautaines certitudes, qui n'ont pas vu venir la crise, nous administrent toujours la même potion purgative.

Le film ne passera probablement jamais à la télévision. Alors pour les fêtes de fin d'année, offrez-le sans compter autour de vous et puis, si ça n'est déjà fait, jetez votre télévision aux ordures.
Ou au moins regardez-le sur Internet où il est actuellement visible, ne serait-ce que pour déguster ce moment unique de la télévision (à 1h29'27"), le 21 avril 2009, la réaction imprévue d'un syndicaliste quand le présentateur du journal de 20h l'exhorte en direct à calmer ses camarades désespérés...