vendredi 6 décembre 2013

Impressions de Vic-sur-Seille

Vic-sur-Seille est un village lorrain, tranquille, près de Nancy.

Un temps capitale administrative de l’évêché de Metz, puis terre d'accueil de plusieurs ordres religieux, il connait son zénith, et le début de son déclin au cours du 17ème siècle.
Le peintre Georges de La Tour y nait en 1593, ne le quitte qu'en 1620 pour Lunéville, à vingt kilomètres, et y revient souvent.
Viennent la guerre de Trente Ans et ses dévastations, les épidémies de peste bubonique, et la Révolution française qui disperse ordres religieux et structures administratives. Les tableaux de La Tour sont éparpillés, ou détruits. Le peintre est oublié.

Puis Vic-sur-Seille s'éteint doucement.


En 1993 apparait en vente publique aux enchères une sorte de miracle, un tableau figurant saint Jean-Baptiste dans le désert, attribué sans conteste à La Tour, mais de thème et de forme tellement inattendus que les experts hésitent, puis le datent de la fin de la vie du peintre, vers 1650.

Après de romanesques péripéties politico-financières le tableau est préempté par l'État français pour constituer le cœur d'un musée Georges de La Tour dans son village natal.
Le musée ouvre finalement en 2003, et fait preuve, depuis, d'un étonnant dynamisme, comme le montre l'exposition actuelle « Saint Jérôme et Georges de La Tour ».


À Vic-sur-Seille il n'y a plus de gare rue de la Gare. On y trouve trois ponts sur la Seille, trois boulangeries, et une maison d'accueil spécialisée. Il y aurait même une rue Perdue. Le reste est à vendre.

Dans une petite pièce protégée du musée Georges de La Tour est accrochée une toile sombre et méditative. C'est l’œuvre d'un peintre qui n'avait plus rien à prouver, ni personne à séduire. Le dépouillement définitif.

Au-dehors la place Jeanne d'Arc est vide, la rue de l'Abattoir est déserte, le brouillard et le silence gagnent.