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samedi 7 mars 2026

Où en est la troisième dimension ?

 
À supporter à longueur de journée les absurdes ignominies commises par les humains, par exemple ces présidents psychopathes qui tentent de déclencher une guerre planétaire, on finit par ne plus croire les médias, on soupçonne qu’ils nous trompent. La raison en est simple nous dit l’Intelligence Artificielle, cela tient au nombre insuffisant de dimensions auxquelles ils nous donnent accès. Les deux dimensions d’un écran ou d’une feuille de papier ne suffisent pas pour appréhender la réalité. Les informations seraient bien différentes si nous pouvions les manipuler nous-mêmes dans l’espace.
 
Or une avancée significative vers la troisième dimension, rappelez-vous, avait été inaugurée par la Réunion des Musées Nationaux (RMN), en France en 2017. Elle reproduisait alors 80 œuvres manipulables dans les trois dimensions de l'espace, sur le site du musée d’Archéologie de Saint-Germain-en-Laye et parallèlement sur Sketchfab, site spécialisé dans les modèles 3D. 
Aujourd'hui ce dernier propose 930 œuvres de la RMN. Leur qualité n’est pas homogène, beaucoup trop (198) sont de médiocres reproductions des reproductions moulées en résine vendues dans la boutique du Louvre. On les reconnait au M gravé sur la grossière estampille. 

On manipulera tout de même avec plaisir et curiosité, dans cette collection, un amusant petit Memento Mori du musée d’Écouen, le Christ à roulettes pour enfant du musée de Cluny, de délicieux casques du musée de l’armée qu’on imagine ajustés sur le chef en mauvais état de nos chefs d’état, la République de Chinard en résine du magasin du Louvre, avec le S des droits de l’homme à peine lisible et le X au pluriel de Loi, tout un symbole (qui peut acheter une chose pareille ?), le lion de Mari et son air de chien battu rongé par 4000 ans de souffrance, la stèle d’Hammourabi, du même âge, et son code de règles cunéiformes, un superbe saint Florian en tilleul de Cluny, une feuille de laurier de 20 000 ans, bref des merveilles de toutes les civilisations humaines, sans oublier le célèbre matelas gonflable de Bernini, attraction inavouée du Louvre, qui justifie à lui seul l’existence et la nécessité de la troisième dimension.

Hélas le projet n’avance guère ; à peine une centaine d’objets par an, quand les musées de France conservent des millions d’artéfacts ; on sent bien qu’il nous faudra patienter des siècles.

Cependant la relève arrive. Un musée américain, le fameux Metropolitan museum of art de New York, vient de découvrir la troisième dimension. 
Comme la RMN en 2017, il débute modestement, par 138 objets. On dit qu’il en conserve entre un et deux millions. Souhaitons qu’il progressera plus vite que la RMN et fera école auprès des grands musées de son pays.
Éclectique, on y trouve même des reproductions de tableaux modernes, il faut dire que dans la troisième dimension il y a souvent de quoi faire dans cette peinture.
Les reproductions sont aisées à manipuler - n’oubliez pas la touche majuscule ou les deux doigts pour translater l’objet - et les textures sont belles. La reproduction des images est libre de droits.

Arrêtons-nous sur une curiosité à découvrir, ce double bol inca aux moustiques et aux deux becs verseurs, du 15ème siècle (notre illustration). On ne connait pas précisément son utilité, et ceux qui pensent qu’on pourrait y boire simultanément deux liquides sans les mélanger seront détrompés par l’écartement des deux embouchures, qui est de 8 centimètres. Faites le test ; vous penserez alors peut-être aux objets pataphysiques introuvables de Carelmanla cafetière pour masochiste, les tranches de piano, ou l'échiquier sphérique.

samedi 28 janvier 2017

Manipulons les antiquités

Le lecteur se souvient peut-être de l’amertume de l’auteur de ce blog quand il réalisait, visitant le musée d’archéologie de Saint-Germain-en-Laye, que les objets exposés dans les vitrines étaient souvent de médiocres copies de plâtre. Peut-être se rappelle-t-il alors la rumination sans issue sur l’idée de Vérité que ce constat avait provoquée chez l’auteur. 

Et bien le musée propose depuis peu une solution assez élégante à cette question existentielle. Dans le cadre du projet « France Collections 3D » piloté par la Réunion des Musées Nationaux, qui est une grande campagne de numérisation en trois dimensions des objets des collections nationales, le musée d’archéologie a déjà confié 80 pièces majeures. 

Et elles sont aujourd’hui à la disposition du public sur le site du musée, dans une interface encore un peu rudimentaire et avec une information minimaliste, ou bien, assorties d’une ergonomie plus souple et d’une fiche signalétique plus complète, sur le site de Sketchfab, société qui héberge les données numériques du musée et les outils d’affichage. 

Ainsi la Dame à la capuche de Brassempouy (illustration ci-dessus), extraordinaire portrait préhistorique de quelques centimètres sculpté dans l’ivoire il y a 25 000 ans, peut être agrandie, contournée, basculée, manipulée, scrutée dans une qualité bien plus proche de l’original que la lointaine copie exposée dans le musée. 

On y trouvera aussi la Vénus de Tursac aux formes pures comme modelées par Brancusi, et le Cheval propulseur, et l’Ourson… 

N’oubliez pas d’employer toutes les ressources de la souris (ou sur tablette, des doigts), clic droit, clic gauche avec ou sans touche Alt, molette…

dimanche 19 janvier 2014

Des vérités intemporelles

Ce Glob est Plat affirmait jadis des vérités définitives sur la notion de vérité. Il était temps après de longues années et une visite instructive au musée d'Archéologie nationale du château de Saint-Germain-en-Laye, de faire le point sur cette question essentielle.

Entre 1850 et 1860, alors que les plus hautes autorités ecclésiastiques et les livres d'histoire les mieux documentés affirmaient que la création de la Terre et donc des hommes datait de 6000 ans (doctrine partagée par une bonne part des Américains ou des Turcs encore aujourd'hui), une sorte d'illuminé français, Jacques Boucher de Perthes, inventait la Préhistoire, prétendant preuves à l'appui que des hommes et des animaux étranges, exhumés des couches géologiques, avaient vécu des dizaines ou centaines de milliers d'années avant le Déluge.

La création du musée de Saint-Germain-en-Laye en 1866 consacra, peu avant sa mort, la reconnaissance des magistrales déductions de Boucher de Perthes, en exposant sa collection d'antiquités antédiluviennes.
Et l'esprit curieux qui cherche aujourd'hui les traces de son propre passé ne sera pas déçu de sa visite. Il remontera, au long des vitrines et des couloirs, les âges du fer, du bronze, de l'agriculture et des pierres polies, et atteindra l'époque lointaine et mystérieuse des pierres taillées, des premières traces d'humanité.

Étreint par tant de millénaires, touché par tant d'antiquité, ému par les réalisations de son ancêtre comme devant un enfant qui fait ses premiers pas, il s'assiéra, pensif.
Fatale erreur ! Laissant errer sans but son regard désœuvré, il examinera machinalement les légendes des cartouches qui commentent les objets exposés. Mal lui en prendra ! On ne devrait jamais lire les étiquettes dans les vitrines des musées. Combien de rêves brisés par la connaissance des terribles informations qu'elles recèlent ?
Car il découvrira alors qu'un grand nombre de pièces exposées, notamment les plus émouvantes, sont des reproductions moulées et peintes. Et il aura soudain la sensation que le musée est un vaste facsimilé, un Disneyland de la préhistoire, une boutique du Louvre pleine de répliques pour cadeaux de Noël, et que ce troublant voyage dans le temps n'était en fait qu'une mystification.

Un fidèle lecteur de Sénèque ou d'Épicure lui dirait certainement « Pourquoi te tourmenter ainsi pour un fait révolu, tu aurais pu ne jamais connaitre ce qui maintenant te peine ? », car le docte ami des philosophes tutoie toujours son interlocuteur.
L'impertinent visiteur pourrait bien sûr lui rétorquer « Vous précipiteriez-vous pour admirer une exposition de photographies, même fidèles, des tableaux d'un peintre que vous vénérez ? »

Et si le sage métaphysicien, pour avoir le dernier mot, lui répliquait « Ce moment était agréable quand tu l'as vécu, il est gravé ainsi dans ta mémoire », le touriste déçu pourrait encore lui objecter quelque chose comme ...

Le concept de vérité ne s'en trouverait pas vraiment éclairci.


La Dame à la capuche, provenant de la grotte de Brassempouy (Landes), premier portrait connu, ivoire sculpté il y a 25 000 ans, haute de 3,65 cm. Laquelle, à gauche ou à droite, est la copie exposée à Saint-Germain-en-Laye ? (certaines différences de forme peuvent être dues aux déformations de l'objectif photographique).