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mardi 19 mai 2026

Ce monde est disparu (27)

         
Est-ce pour fêter un millésime ou pour relancer une saison d’enchères morose que la maison Sotheby’s tente aujourd'hui d’éblouir le chaland avec une hyper exposition, 1000 œuvres de tous les grands noms couvrant l’époque moderne de 1875 à 2025, en 6 dates du 14 au 20 mai 2026 (pré-visite sur réservation horaire, le nombre d’entrées est limité) ? 
Il n’y manquent que deux ou trois noms qu’on ne citera pas pour ne pas remuer leurs cendres ou leur vanité, et tous ne sont pas représentés par leur meilleure inspiration, car il n’est pas si facile d’exposer simultanément 1000 œuvres graphiques dans cette espèce de coffre-fort sans fenêtre, au 945 Madison Avenue, à New York, que Sotheby’s vient d’acheter, au prix d’un beau Rothko dit-on ; une affaire. C’est sa première exposition dans les lieux.   

Pour l’instant, sur les premières dates - en 3 ventes les 14 et 15 mai - le client a globalement respecté les prix estimés fixés par le marchand ; rappelons que l’estimation est une sorte d’ordre de grandeur qui insinue un biais d’ancrage et une attraction involontaire dans l’esprit de l’enchérisseur. 
Deux exemples frappants, sans doute décevants pour Sotheby’s qui ne le dira pas, les prix du Rothko (illustré plus bas), dont l’estimation moyenne était de 85M$ (millions de dollars), parti à 86M$ (commission incluse mais hors taxes), et le tableau de Basquiat à 53M$, tous deux dans la moyenne des prix de leurs meilleures œuvres, mais loin - moins de la moitié - de leurs records respectifs.  

Sur les 378 lots des 3 ventes, 9% [32] sont invendus et 20% [70] ont dépassé de 2 à 4 fois l’estimation moyenne. 4 surenchères inattendues ont dépassé 8 fois l’estimation, dont la Salle de bain d’Antonio López, estimée 250k$ et partie contre 1,984M$ (illustrée plus bas). 

Aujourd’hui, 5 tableaux des 3 premières ventes ont été retenus par le mauvais gout du blog, qui a concocté ci-joint quelques belles reproductions dont le téléchargement est conseillé, car la maison de vente ne l’autorise plus (quand on vous dit que la civilisation s’effondre, depuis que Sotheby’s appartient à un français endetté jusqu’au plafond, et qui n’est devenu un milliardaire virtuel qu’au prix d’innombrables licenciements et délocalisations d’entreprises).

Dans quelques jours paraitra un choix parmi les 3 dernières ventes, après publication des résultats du 20 mai.

Illustration d’entête :
Mark Tansey, Continental Divide (ligne continentale de partage des eaux), 1994, 216cm, estimation 3,5M$, adjugé 4M$. Tansey est un peintre spirituel (ici et ) et son ennuyeuse monomanie monochrome ne l’empêche pas d’être très coté. 

Illustrations ci-dessous :
Mark Rothko, Brun et noir sur rouges, 1957, 230cm, estimation 85M$, adjugé 86M$. Un des plus beaux Rothko, pour qui aime le peintre, mais des enchères nonchalantes. 

Tomás Sanchéz, Deux eaux, 1989, 100cm, estimation 150k$, adjugé 243kM$. Peut-on ne pas aimer un peintre qui de sa vie n’aura peint, encore aujourd'hui, que des arbres, par millions (ici, ici, et ) ?                         

Antonio López (García), La salle de bain, 1966, 229cm, estimation 250k$, adjugé 2M$. Une belle culbute de la cote pour ce peintre et sculpteur qu’on dit hyperréaliste encore aujourd'hui à 90 ans. 

Joan Miró, Dormeurs réveillés par un oiseau, gouache et aquarelle, 1939, 41cm, estimation 4Mk$, adjugé 6,5M$. Il a été prouvé que Miro ne pouvait pas connaitre les Shadoks de Jacques Rouxel 30 ans avant leur création.


mercredi 15 avril 2026

Un Piero lunaire

Piero della Francesca - Flagellation, Tempera sur tilleul 81,5cm vers 1444-1472, Galerie Nationale des Marches, Urbino.


Apparu sur internet on ne sait trop quand ni comment dans ses dimensions réelles, 81,5 centimètres (en réalité la reproduction est plus grande que l’original d’environ 33% sur un écran standard), ce tableau est une bénédiction pour les métiers d’expert et d’historien : on ne sait quasiment rien de lui, mais suffisamment pour soulever un nombre incalculable d’hypothèses. Nous ne détaillerons pas les controverses qui emplissent cartels et histoires de l’art à son sujet, elles ont peu d’intérêt et l’Encyclopédie s'en charge.

  

Le peintre a signé son œuvre, ce qu’il faisait très rarement (sur 3 tableaux seulement), en imitant soigneusement la gravure, sur le piédestal de l’homme assis : Opus Petri de Burgo Sancti Sepulcri (œuvre de Pierre de Borgo Sansepolcro), autrement dit Piero della Francesca. L’originalité de son style aurait suffi à révéler le nom de l’auteur ; cette atmosphère étrange, ces personnages figés dans plusieurs époques, au premier plan la conversation interrompue de trois hommes qui semblent ne pas se rencontrer, au fond les gestes suspendus d’une sorte de flagellation idéale, onirique, évoquent 500 ans avant lui l’ambiance des tableaux de Paul Delvaux (1,2,3).


L’œuvre n’est pas datée, et donne toute latitude aux experts, qui le situent pour certains en 1444, année de l’assassinat des trois personnages hypothétiques à droite, et à diverses dates allant jusqu’à 1472 pour d’autres, qui extrapolent que le tableau aurait été un cadeau luxueux - Piero était alors un érudit et géomètre renommé - fait à un duc d’Urbino pour l’inciter à organiser une croisade vers Constantinople !


Car le panneau, jusqu’à la fin du 19ème siècle, était oublié depuis 450 ans dans la sacristie de la cathédrale d’Urbino. Urbino était, du temps de Piero, un centre culturel influent. Raphaël Sanzio y naitra bientôt, et deviendra à Florence le plus grand peintre de tous les temps disent les gens d’Urbino, et derrière eux une grande part de l’Europe culturelle jusqu’à la fin du 19ème siècle. On visite encore sa maison natale qui expose des copies de ses tableaux et de son crâne (sala dei cimeli). 

Pillée pour enrichir les collections du Vatican et des Médicis à Florence, et aujourd'hui oubliée des circuits touristiques surpeuplés de la Toscane, il ne reste à Urbino, dans l’ancien palais ducal, qu’un petit nombre de chefs-d’œuvre miraculeusement épargnés, dont l’un des plus beaux portraits de Raphaël, et ce tableau lunaire de Piero della Francesca.


Soyons juste, il lui reste aussi, près de la cathédrale, inamovible depuis 326 ans, arbre remarquable, le plus grand platane séculaire à feuilles d’érable d’Europe ; enfin c’est ce que dit la carte, car en réalité il est loin des records de circonférence, de hauteur et d’ancienneté d’Europe (10m, 51m, et plus de 400 ans *), et même d’Italie.


* Ce lien vers le site des arbres monumentaux (MonumentalTrees.com) fonctionne très mal, et prend parfois plusieurs minutes pour répondre. Peut-être est-ce temporaire, mais sa vétusté était déjà préoccupante. Hélas il est encyclopédique et sans concurrent sérieux.

mardi 7 avril 2026

Améliorons les chefs-d’œuvre (33)

Le sourire de la dame en noir dans le jardin du presbytère, ajouté par un inconnu en 1903 sur le tableau de Van Gogh, détail avant sa récente restauration.
"Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat."
Gaston Leroux, Le mystère de la chambre jaune (1907).

Après 6 ans on avait oublié le vol, pendant la pandémie de 2020, de ce tableau sinistre et enfumé de Van Gogh, "jardin du presbytère de Nuenen au printemps", relaté ici : Améliorons les chefs-d’œuvre 16.
On avait aussi oublié que l’imprudent cambrioleur, qui avait laissé trainer son acide désoxyribonucléique un peu partout dans le petit musée hollandais, était arrêté un an plus tard, sans le tableau, qui ne fut restitué, anonymement, qu’après 2 ans en 2023, emballé dans une taie d’oreiller usagée et dans un sac d’une marque suédoise de mobilier en kit.

Et voilà quelques jours, le Groninger museum, musée des arts de la ville de Groningue au nord des Pays-Bas, alertait la planète : le Jardin du presbytère, son seul tableau de Van Gogh, une fois réparés les stigmates du brutal cambriolage, a été restauré. Il est enfin de retour sur les cimaises où une exposition comparant les différents états du tableau lui est consacrée jusqu’au 9 aout 2026 (mais la présentation didactique détaillée du tableau sur le site du musée est encore celle de l’ancienne version. Visitez-la cependant et zoomez notamment sur le sourire de la dame en noir, vous comprendrez plus loin…) 


La nouvelle version du tableau fera peut-être dire à certains passéistes paraphrasant Gaston Leroux que le "jardin du presbytère a perdu un peu de son charme", car la rigoureuse restauratrice de La Haye a découvert des tas de choses qui ont fort orienté son travail, notamment que le tableau avait été restauré en 1903 par une galerie de Rotterdam dans le cadre d’une exposition-vente, et qu’à cette occasion le tableau avait été "amélioré". Cela n’était alors pas rare, on modifiait les tableaux qui se vendaient mal en égayant les scènes trop déprimantes ; ici on avait ajouté beaucoup de feuilles sur les arbres, en particulier à gauche où Van Gogh avait peint une rangée d’arbres totalement déplumés, et greffé un sourire et deux yeux qui regardent le spectateur sur le visage de la dame où le peintre n’avait qu'esquissé une ombre. 

 

Convaincue de ses conclusions, la restauratrice a donc effacé le regard et le sourire de la dame en noir et balayé beaucoup de feuilles. Le titre du tableau "jardin du presbytère au printemps" y a perdu en exactitude, mais la perte est largement compensée par l’éclaircissement général dû à l’enlèvement de la poussière et au nettoyage du vernis, et ainsi au rafraichissement des taches vert printemps dispersées sur la toile.

D’ailleurs l'experte signale que le peintre, dans une lettre de 1883, avait d’abord intitulé le tableau "jardin du presbytère en hiver", puis changé d’avis et de saison dans une lettre de 1884 (et peut-être ajouté alors les taches de verdure).   


(ci-contre une comparaison des diverses reproductions - hélas de très mauvaise qualité - expliquée ici, et augmentée de la nouvelle version printanière, en bas). 


Le vol imbécile des œuvres d’art invendables les sort souvent de l’oubli, entraine parfois des recherches et des révélations piquantes et suscite éventuellement quelque chronique futile dans un blog de province, mais les statistiques, même rudimentaires, leur sont fatales : si on coince les malandrins dans un cas sur deux ou trois, on ne retrouve les œuvres subtilisées que dans moins d’un cas sur dix, et à peine plus quand le cambriolé est un musée.

mardi 10 février 2026

Nuages (49)

Les stratocumulus, la collégiale, la statue équestre de Louis-Philippe et les marronniers d'Eu au printemps. On notera au nord (à gauche) un peu de ciel bleu.

Eu est une petite ville de 7000 administrés mais fière de ses monuments estampillés historiques : sa vaste église collégiale de 800 ans qui cache une confortable crypte dotée de l’éclairage électrique et peuplée de gisants jadis célèbres et riches, et son château historique où ont résonné les voix des Médicis, des Guise, des Bourbons, des Orléans, et les outils de Viollet-le-Duc. 
Le château d'Eu est aujourd’hui pour une part consacré au musée Louis-Philippe, ouvert 7 mois sur 12, qui, au moyen de mobiliers et de décors d’époque(s), fait voir à près d’une centaine de visiteurs par jour comme il est confortable d’être puissant. L’autre part est utilisée par l’hôtel de ville, l’administration municipale et prosaïque du maire.

D’Eu on aimera avant tout les ciels changeants et variés par la présence adjacente de Mers-les-Bains, Le Tréport, et la mer, encore un peu normande. On dit son climat faiblement ensoleillé, humide et venteux, mais orgueilleusement océanique.
D'ailleurs Eu chérit son ciel au point de l’avoir reproduit fidèlement au plafond de l’escalier d’honneur de son château.

L’idée n’est pas originale et se pratique depuis qu’on peint des trompe-l’œil sur les murs et les plafonds, mais il est difficile de savoir, à travers les vicissitudes du château, si ce ciel nuageux remonte au 16ème siècle, ou aux restaurations successives de Fontaine en 1811 ou 1830, de Viollet-le-Duc de 1872 à 1879, ou de 1905, après le grand incendie du 11 novembre 1902.

À voir les photos du désastre on imagine mal que le plafond du grand escalier d’honneur ait survécu, mais l’idée d’un ciel uniquement de nuages datait au moins des travaux de Fontaine ; un mémoire sur la restauration par Viollet-le‑Duc (T. Guern 2021) précise que le ciel bleu nuageux du plafond de l’escalier d’honneur n’a pas été modifié alors (p.44) et que le plafond du salon noir contigu, nuageux également (pp.43, 282), a été peint à son image.

Notez que les deux ronds blancs ne sont pas les astres du jour et de la nuit mais des dispositifs détecteurs de fumée.

Si durant vos loisirs vous regardez plutôt les nuages que les stupidités anesthésiantes des robinets à séries filmées, n’oubliez pas que l’Organisation Météorologique Mondiale les a identifiés, classés, codifiés, répertoriés et illustrés pour votre éducation.  

samedi 6 décembre 2025

Brueghel aux premières loges

Peut-être vous souvenez-vous que lors de la rétrospective de Pieter Brueghel l’immense, le père de la dynastie des Brueghel (ou Bruegel), au Kunsthistorishes museum de Vienne en 2018, le musée, qui détient 12 chefs-d’œuvre du peintre (parmi 44 œuvres plus ou moins attribuées), avait ouvert un site dédié (insideBruegel) où ces tableaux étaient reproduits en mode gigapixels, apothéose rarissime qui consacre un peintre sur internet.

Mais il y manquait un tableau sur les 12, alors en cours de restauration : le Suicide de Saül, un petit bijou de 55 centimètres de large, un travail de miniaturiste, typique du point de vue cosmique et ironique du peintre sur l’humanité parmi la nature.


7 ans plus tard le site fonctionne toujours, ce qui en soi est déjà exceptionnel. Il a été enrichi de 6 œuvres, des tableaux d’autres musées, notamment de la superbe Tour de Babel du musée Boijmans de Rotterdam, et enfin de ce 12ème tableau de Vienne.

Ainsi peut-on désormais assister des premières loges au fameux suicide sanguinolent du roi Saül, et de son écuyer, pendant la déroute de son armée face aux Philistins, sur le mont Guilboa, comme le raconte le texte biblique. 


Ainsi peut-on savoir le nombre de soldats de l’armée de Saül à ce dernier combat - ce que les Écritures omettent de dire - par exemple en comptant le nombre de lances, qui en donne une bonne approximation. Brueghel en a peint 1057 (dénombrement assisté par l’IA). 

Allez-y, vérifiez, ou mieux encore, comparez au nombre de casques, qui semble curieusement plus petit. Ce sont des données indispensables à une bonne culture générale et une saine compréhension de notre monde. 




Appendice : 3 tableaux majeurs de Bruegel absents du site "Inside Bruegel" sont tout de même visibles en mode gigapixels sur le site "Google Arts & Culture", ce sont les tableaux de Bruxelles, la Chute d'Icare (et son cadavre caché dans les buissons), la fantasmagorique Chute des anges rebelles et le Recensement de Bethléem (sous la neige). On attend toujours du musée du Prado à Madrid la même qualité de reproduction pour le prémonitoire Triomphe de la mort, sinon, comment être certains du nombre de squelettes ? Nous y reviendrons bientôt.


lundi 17 novembre 2025

Ce monde est disparu (22)

Holm, Emil - Vue de Palerme v.1861, 139cm. (marché de l'art 2025)


Encore un tableau impressionnant qu’on n’aura pas eu le temps de contempler ; 1,25 mètre carré, et tous les verts de la création. C’est la ville de Palerme, au loin, vue depuis le couvent de Sainte-Marie-de-Gesù, et au fond le mont Pellegrino, le matin vers 1861. 
À droite, la cabane avec sa terrasse est sans doute celle-ci, au pied de la falaise. En cherchant un peu en contrebas on distinguera parmi les arbres la voie qui mène au couvent vers lequel cheminent nos moines en bonne santé de 1861.
Les moines d’aujourd’hui, qui ne voulaient pas quitter leur église, ont dû être évacués de force par la police en juillet 2023 quand un incendie de forêt emportait une partie de l’édifice. 

Il fallut certainement plusieurs mois à Emil Holm, un de ces bienheureux peintres danois de la fin de l’Âge d’or, pour peindre soigneusement toutes ces feuilles, une par une. C’était durant un voyage de 6 ans en Sicile, qu’il quittait en 1863 pour retourner à Copenhague où il mourait dans l’année, à 40 ans.
C’est pourquoi on voit peu de Holm dans les musées ou les salles de vente (une douzaine en 30 ans) ; le musée national du Danemark (SMK) ne possède qu’une série de dessins de Sicile (pas même reproduits) et son portrait gravé par un collègue ; le musée de Boston (MFA) reproduit chichement une vue de Messine de 1859 où on ne peut même pas compter les feuilles des arbres. 

Cette vue de Palerme d’Emil Holm vient de disparaitre chez Bruun-Rasmussen, à Lyngby près de Copenhague, contre 50 000$ environ, 2 à 3 fois l’estimation. C’était le 30 octobre dernier.

mardi 23 septembre 2025

Les disparus du Faouët (2 de 2)

Suite et fin de notre documentaire en 3 pages sur les mystères du site de la Chapelle sainte Barbe au Faouët.

Vous trouverez une présentation des lieux ainsi que des liens et plans utiles dans la première chronique.
(les pages sont très détaillées, leur chargement peut être un peu long. Sur ordinateur vous aurez peut-être besoin des touches de commande du clavier et des signes plus et moins pour y naviguer)



dimanche 23 mars 2025

Dublin l'inaccessible (3 de 3)


BALADE DANS LA GALERIE NATIONALE D'IRLANDE


Chapitre 3 : Les curiosités

À voir chapitre 1 : Avant-propos & Les peintres fameux.

À voir chapitre 2 : Les peintres qui méritent mieux.



Domenicus van Wijnen (dit Ascanius) : Tentations de saint Antoine (1680s, 70cm). Peintre étrange aux visions apocalyptiques dont on ne connait presque rien et 12 tableaux pratiquement invisibles, rarement et mal reproduits. Les seules images acceptables sont une délicieuse scène de sorcellerie autour d’un chat (en vente chez Sotheby's en 2016), et ce tableau de Dublin. Un polyptyque de la création du monde de van Wijnen, digne des délires d’un Salvador Dalí trois siècles auparavant, est parait-il conservé au palais Pavlovsk, près de Saint Pétersbourg, mais n’est connu sur internet que par une image frustrante.


Suiveur de Jérôme Bosch : Descente dans les limbes (c.1560, 36cm). Serait une copie d’époque d’un original de Bosch documenté par van Mander en 1604. Le Christ fait une tournée électorale en enfer à l'abri dans une capsule spatio-temporelle.


Pedro del Valle : Jael et Sisera (c.1620, 134cm). Une jeune dame explique à un vieillard emprunté dans une armure rutilante comment on utilise un marteau et quel est l’emplacement idéal pour planter un clou. Futée, elle avait probablement lu le révoltant et indispensable "Femmes invisibles" de C. Criado Perez.


Rembrandt : Scène d'intérieur (c.1628, 27cm). On ne sait pas clairement ce que représente cette scène de genre : longtemps titrée "Jeu de la main chaude" elle représenterait plutôt une querelle. Œuvre des débuts du peintre à Leyde, le tableau n’a été attribué "définitivement" à Rembrandt qu’en 2001.


Wolfgang Heimbach Repas du soir (c.1637, 38cm). Peintre spécialisé dans les effets de lumière curieux - l'ombre du gobelet sur le visage de l'homme - et les scènes originales : cette jeune fille au turban ou cette superbe nature morte observée du musée de Kassel. Notez qu'il y a un 4ème personnage dans le tableau de Dublin.


Gainsborough : Paysage du Suffolk (c.1746, 61cm). Le peintre est surtout renommé à Dublin pour son beau portrait maniéré de la duchesse de Cumberland. On peut lui préférer la simplicité de ce paysage, œuvre de jeunesse inspirée par l'esprit des peintres hollandais qu'il copiait et restaurait alors.

***

Terminons cette balade irlandaise par quelques vues du paysage autour de Lucan house, peintes par Thomas Roberts, aimable et talentueux peintre irlandais. Cette petite portion de l'Irlande d'à peine 30 hectares à 18km seulement de la National Gallery de Dublin, aujourd'hui entourée de lotissements, fait son possible depuis 250 ans pour ressembler à son idéal de 1774. Pour combien de temps encore ?




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