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lundi 19 janvier 2026

Louvre, froufrous, fanfreluches et falbalas


À chaque changement d’année paraissent les bilans des gestionnaires qui rendent des comptes à leurs commettants. Dans le monde des musées et des expositions, c’est en comptant les visiteurs, les succès publics, et ce ne sont cette année que records par millions. En résumé, les bilans pour 2025 sont enthousiastes, il suffit de voir les chiffres du Louvre.


On aura pourtant remarqué que le musée national français est frappé depuis quelques mois par tous les malheurs : un cambriolage de bijoux excessivement médiatisé, un rapport assassin de la Cour de comptes sur la gouvernance du musée, des fuites d’eau, des effluves d’urine et des dysfonctionnements incessants, l’irradiation d’un employé dans les locaux du musée (un évènement nucléaire de niveau 3), un projet de réaménagement présidentiel pharaonique qui cherche toujours le milliard qui le financerait, des grèves et fermetures à répétition, et le lancement d’une commission d’enquête parlementaire sur la sécurité du patrimoine avec la présidente du musée dans un des principaux rôles. En un mot, les 7 plaies d’Égypte.


Malgré cela les chiffres annoncés ne reflètent pas cette infortune : 9 millions de visiteurs en 2025 ! Sans les quelques jours de fermeture inopinée pour grève ou cambriolage, le sommet indépassable était atteint, soit le maximum permis par la règle du contingent quotidien de 30 000 visiteurs (310 jours par 30 000 = 9,3 millions de visites), règle mise en place par l’actuelle présidente de l’établissement devant les évidentes défaillances qu’entrainait depuis des décennies la surfréquentation.


On relativisera cependant ce chiffre si proche du record en rappelant que les calculs de fréquentation des musées et monuments depuis quelques années sont manipulés et globalement faux (voir l’étude de LouvrePourTous en 2024).


Mais il y a cet autre chiffre sidérant : 1 059 205 personnes auraient visité l’exposition "Louvre Couture. Objets d’art, objets de mode". Du jamais vu, de loin le plus gros succès pour une exposition temporaire dans un musée public, si on exclut bien sûr le chiffre de la rétrospective Léonard de Vinci en 2019, dans le même Louvre, qui n'était qu'une affabulation. 


Que le Louvre soit devenu depuis au moins deux présidences le musée de la mode, la couture et le bon gout, on l'a abondamment constaté sur les réseaux sociaux, mais ce chiffre claironné d’un million de visiteurs est, encore une fois, une sorte d'escroquerie, d’abord parce qu'il doit être divisé par deux, l’évènement ayant duré 6 mois, le double des expositions standards auxquelles on le compare, et surtout parce que le dénombrement des visiteurs était impossible.


Impossible parce que le musée n’a jamais mis en place ni ticket distinct ni réservation horaire spécifique pour l’exposition Louvre Couture, mais seulement le ticket unique habituel d’accès à l’ensemble de l’établissement, avec une heure d’arrivée préférentielle.


Impossible parce que l’exposition était éparpillée sur presque toute la surface du département des objets d’art, soit 9000 mètres carrés, 15% de la surface publique du musée et 10 fois la surface réservée en moyenne aux expositions temporaires ; l’évènement disposait donc d’environ 8 entrées, qui étaient incidemment et simultanément des sorties. Le Louvre, qui manque de personnel et de moyens techniques de surveillance - cruellement, disent dénigreurs, direction du musée et même police et pompiers - n’y avait visiblement pas posté de personnes ni de dispositifs destinés à dénombrer les passages, et à fortiori à distinguer les types de visite (pour mémoire, c'est au même département qu'appartenaient les bijoux de la Couronne, exposés dans une autre aile du musée, dévalisée en octobre 2025).


Les grandes marques de chiffons de luxe ont certes toujours eu la faveur du grand public, et le département des objets d’art, habituellement désert, et pour l'occasion astucieusement utilisé, a certainement vu durant 6 mois sa fréquentation s’animer un peu, et se réveiller les personnels assoupis, mais par quel tour d’illusionniste a-t-il pu calculer ce nombre dont la précision à l’unité près ne peut que susciter le soupçon ?

Hélas les magiciens ne dévoilent jamais leurs manipulations, même sous serment devant les injonctions d’une commission d’enquête. Ils en vivent, comme les médias qui les relaient

lundi 20 octobre 2025

Pour en finir avec l'expo de La Tour

Georges de La Tour, Madeleine pénitente, détail

C'est évident, Georges de La Tour est une des obsessions de Ce Blog. Si vous ne partagez pas cette manie, vous avez récréation aujourd'hui, car nous allons faire, un mois et demi après l'ouverture de l'évènement "Georges de La Tour entre ombre et lumière" au musée Jacquemart-André, un récapitulatif des prévisions et promesses confrontées à la réalité.

Les conditions de visite, l'étroite surface d’exposition, la ruée des visiteurs...

Nous avions estimé, comme habituellement dans ce musée et après quelques expériences affligeantes, la surface d’exposition à 200 mètres carrés, valeur confirmée précisément, et regrettée, par un commissaire de l'exposition dans l'émission "Georges de La Tour Superstar" de la radio publique France-Inter, le 22.09.2025. On relève d'ailleurs, dans cet échange de 23 minutes pourtant enthousiaste et complaisant, les aveux spontanés suivants : 
- Je le confirme, les salles sont bondées, on ne peut pas circuler
- On ne peut pas s’installer devant un tableau
- On ne peut pas méditer parce qu’il y a beaucoup de monde

Le journal Libération précise que l'espace est divisé en 8 petites pièces (donc de 25m² chacune). Il avoue apprécier la promiscuité de la chose qu'il nomme intimité. 

De son côté Le Journal des Arts.fr, dans un article exceptionnellement gratuit intitulé "Un Georges de La Tour ramassé à Jacquemart-André", se sent obligé d'avouer "Comme d’accoutumée, le parcours doit composer avec les espaces étroits du musée, qui nuisent inévitablement au confort de visite", et se rachète en précisant "Mais [...] la répartition des œuvres est bien pensée", et en ne reproduisant que des photos promotionnelles, bien choisies et sans vrai public, fournies par Culturespaces, l'industrie lourde des expériences culturelles.

Le fait de ne pas pouvoir circuler dans une exposition, ni s'arrêter devant un tableau, est donc le critère principal de sa qualité ; puisque le troupeau s'y précipite...

Les règles de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public obligent à une surface minimale par visiteur de 5 m² dans un musée (parfois moins, avec accord de la Commission de sécurité), ce qui autoriserait seulement 40 visiteurs simultanés dans cette exposition ; environ une personne par tableau, ce qui est très éloigné de la description par les témoins du drame qui se joue actuellement au musée Jacquemart. On imagine que la Commission de sécurité a été particulièrement laxiste, ou que la réglementation n'est pas respectée, hypothèse insoutenable quand on sait l'honnêteté et la rigueur des partenaires de l'exposition.
Notez que tous les billets pour visites de luxe par groupes de 15 personnes en semaine de 9h à 10h étaient épuisés dès les premiers jours de l'exposition. 


Les œuvres exposées, la fausse rétrospective, le piège du "Nouveau-né"... 

L'expression abusive "rétrospective De La Tour", entendue dès le début de l'émission radiophonique citée plus haut, présente encore sur la page de l'exposition du site du musée, n'a pas disparu des médias, mais on insiste surtout sur le nombre de tableaux de La Tour réunis, comme Le Journal des arts.fr dans son article de réclame, "l’exposition réunit la moitié de la production connue de l’artiste", ou le catalogue de l'exposition en page 7 : "rassemblant plus de la moitié des œuvres connues de l'artiste, enrichie de pièces issues de son atelier", ou dans la boutique du musée "l'exposition réunit plus de la moitié des œuvres connues de La Tour, dont des pièces rares provenant directement de son atelier", phrase incohérente d'un marchand de soupe qui ignore les sens du mot "atelier".
Le pompon de l'outrance revient à la page de l'exposition déjà citée "Plus de 30 chefs-d’œuvre réunis sur la quarantaine d’œuvres connues de l’artiste". Chaque mot de cette phrase est un mensonge. L'ensemble constitue une imposture, une fraude

Le catalogue détaille les 43 œuvres exposées : 13 sont des gravures (n°6-10, Bellange, Callot) et des toiles d'autres peintres (n°28-35, De Coster, Honthorst, Le Nain, Bigot, Finson...) 
Ainsi 30 œuvres attribuées à (jusqu'aux copies dans le style de) Georges de La Tour sont effectivement exposées.
Quel est leur degré de qualité et d'authenticité ?

Aujourd'hui, variable selon les auteurs, l'œuvre peint de La Tour comprend environ 75 numéros, décomposés très approximativement en :
21 toiles (dont 8 exposées) à l'authenticité indiscutée et jugées comme des chefs-d’œuvre de la maturité
7 toiles (dont 7 exposées) à l'authenticité peu discutée mais œuvres des débuts, moins considérées
12 toiles (dont 9 exposées) à l'authenticité douteuse (de la main du fils Étienne ou d'un soi-disant atelier)
35 toiles (dont 6 exposées) à l'authenticité nulle (copies évidentes ou pastiches)

Notons que les 7 mauvaises copies appartenant à l'ensemble du Christ et des apôtres de la cathédrale d’Albi, pressenties, ne sont heureusement pas exposées, non plus que les deux variantes des "Tricheurs", du Louvre et du Kimbell Art Museum de Fort Worth.
Le catalogue de l'exposition, aux reproductions correctes sans plus, aux textes sans surprise et aux informations parfois approximatives (prétendant par exemple certains tableaux absents de la rétrospective de 1997 alors qu'ils y étaient), est loin de justifier son prix. 

Pour résumer, sur une trentaine d'œuvres authentiques indiscutées de La Tour, Jacquemart en expose une quinzaine, surtout les tableaux diurnes et réalistes du début, nettement moins séduisants, et peu des chefs-d’œuvre nocturnes de la maturité. Très minoritaires, ces derniers sont pourtant les seuls représentés parmi les 6 tableaux de l'animation qui ouvre sur le site la page de l'exposition. L'autre moitié des œuvres exposées est extraite de la bonne quarantaine d'œuvres douteuses voire indéfendables du catalogue de La Tour (pour mémoire, tout musée possesseur d'une œuvre à l'attribution douteuse trouvera grand intérêt à le montrer dans une exposition monographique. La simple citation de sa participation rehaussera automatiquement son pédigrée et son authenticité).

Félicitons malgré tout l'équipe markéting d'Engie-Culturespaces, au moins de trois exploits : avoir convaincu le musée de Rennes d'abandonner pendant plus de 4 mois son tableau légendaire, le fabuleux "Nouveau-né", qui fait inévitablement toutes les affiches et les couvertures, avoir réuni à Paris une bonne part des La Tour disséminés dans les musées de province, et enfin avoir retrouvé l'insaisissable "Christ de Chancelade", copie d'un tableau de l'atelier de Honthorst, que l'auteur de Ce Blog traque sans succès depuis des années (et sans doute pour longtemps encore puisqu'il n'ira pas le voir au 158 boulevard Haussmann).     

Allez, on ne dira plus un mot sur cet évènement en toc, cette exposition qui se maquille en rétrospective en raclant les fonds de tiroir, et qui s'exhibe dans ce luxueux hôtel particulier comme dans un couloir du métro parisien aux heures de pointe. C'est promis !

mardi 23 septembre 2025

Les disparus du Faouët (1 de 2)

On trouve à profusion sur internet des images du site de la chapelle sainte Barbe du Faouët, au cœur de la forêt bretonne, même sous la neige, mais peu sauraient le situer sur une carte. Malgré les efforts des autorités locales pour relancer l’ancestral pèlerinage de sainte Barbe, qui faisait du chiffre il y a 2 ou 3 siècles, on dit aujourd'hui l’endroit délaissé même par les croyants et négligé par les touristes.

Cette année la Taverne, commerce installé dans la maison du gardien, n’en a plus que le nom ; elle a décidé, au peu d’affluence, de ne plus servir que des gouters, sucreries, glaces et pâtisseries. Ses jours et horaires d’ouverture s'amenuisent, comme de la chapelle et de l’oratoire, mais tout le site et la forêt qui l'entoure restent jour et nuit d’accès libre. 

C’est peut-être la raison de la supposée désaffection des visiteurs ; ils ne fuient pas le site, au contraire, ils viennent à toute heure, trouvent souvent les commodités fermées (excepté les lieux d'aisances), vagabondent, tentent de comprendre les secrets éparpillés sur la pierre, se perdent dans ce déchiffrement, ne voient pas passer les heures et ne reparaissent jamais.

Si vous souhaitez, comme l’auteur de ce documentaire, en revenir, notez bien les indices révélés dans les 3 pages qui suivent. Sur les lieux, des changements brusques dans les cieux et la végétation essaieront parfois de vous égarer. Ne vous formalisez pas, au Faouët la saison peut changer sans raison d’un instant à l’autre.


Les pages sont très détaillées, leur chargement peut être un peu long. Sur ordinateur vous aurez peut-être besoin des touches de commande du clavier et des signes plus et moins pour y naviguer.

Les disparus du Faouët (2 de 2)

Suite et fin de notre documentaire en 3 pages sur les mystères du site de la Chapelle sainte Barbe au Faouët.

Vous trouverez une présentation des lieux ainsi que des liens et plans utiles dans la première chronique.
(les pages sont très détaillées, leur chargement peut être un peu long. Sur ordinateur vous aurez peut-être besoin des touches de commande du clavier et des signes plus et moins pour y naviguer)



mercredi 20 août 2025

De La Tour, la douche de l’automne (2 de 2)

Avertissement : les reproductions des La Tour sur internet (et aussi dans la plupart des éditions sur papier) sont désastreuses, les couleurs sont vulgaires, souvent fausses, les rouges et les jaunes sur-saturés. Celle du musée de Washington ne fait pas exception. Ce détail en illustration, d’un La Tour du Louvre, n’a rien à voir avec l’exposition d’automne mais au moins ses couleurs sont-elles à peu près justes.


Nous sommes donc restés suspendus, depuis quelques jours, à cette question de la plus haute importance : 
Y aura-t-il un motif réellement raisonnable de risquer une dépression nerveuse en se rendant à Paris au 158 boulevard Haussmann à l’heure d’ouverture des musées à partir du 11 septembre prochain ? 

Qu’en disent les médias ?

On ne trouve en réalité aujourd'hui qu’un article susceptible de nous informer un peu plus sérieusement que le site du musée sur le contenu de cette exposition Georges de La Tour, il est sur le site de la revue Connaissance des Arts. 
Et il titre sans hésiter "Le mystère Georges de La Tour, maître du clair-obscur, bientôt dévoilé dans une exposition exceptionnelle". Vous vous en doutez, c’est un cliché du markéting, il n’y aura ni mystère ni révélation particulière, sauf si vous étiez persuadés que La Tour était un cycliste renommé ou un grand vin de Bordeaux.

Puis on y lit "la première rétrospective en France depuis près de 20 ans" ; en réalité la dernière rétrospective de La Tour date de 30 ans, mais surtout, ne vous attendez pas à une véritable rétrospective, en tout cas dans sa définition habituelle de présentation chronologique ou thématique d’une part représentative d’une œuvre. Et l’article d’insister en précisant "Une vingtaine de toiles conservées partout dans le monde […] soit près de la moitié de celles attribuées au peintre Lorrain !". 
Oh la vilaine menterie !
Si 30 à 40 tableaux (en fonction des experts) sont effectivement attribués totalement ou partiellement à la main de La Tour, la dernière rétrospective en 1997 au Grand palais de Paris en exposait l’intégralité connue alors, parmi 65 œuvres aux degrés divers d’attribution. La prétendue rétrospective du Boulevard Haussmann n’en présentera au mieux que 9, et autant de mauvaises copies (comme on le verra plus bas).
Quant à leur provenance "partout dans le monde", modérons l’expression : 15 parmi les 18 "La Tour" viendront de France, de province.

Enfin, on nous promet, en plus du petit nombre de La Tour, des toiles, sans doute pas plus d’une quinzaine sinon les murs déborderaient, d’autres peintres dont on ne saura rien, mais qui auront un rapport avec le sujet.

Alors quels La Tour sont annoncés ?

Rappelons que nous ne sommes pas à New York, où le Metropolitan museum met en ligne, avant une exposition, son contenu intégral. Ici, à Paris, chez Culturespaces, on communique dans le mesquin, et seulement l’information flatteuse. Le but est d’attirer le consommateur, pas de l’instruire. Alors on justifie l’exposition d’un prétexte creux "on privilégie une approche thématique destinée à cerner l’originalité de La Tour, lié par son épure formelle et son naturalisme subtil à la révolution du caravagisme", qu’on accompagne de 5 images qui font l’essentiel de l’opération de markéting, des images déjà connues voire très connues du public, les seules qui seront fournies aux médias. 

On a tout de même procuré au site partenaire Connaissance des Arts (L'ŒIL) une sorte de liste des La Tour exposés (remise ci-dessous dans un ordre chronologique incertain) :

1 à 11 : Un ensemble représentant le Christ et les apôtres provenant de la cathédrale d’Albi.
Il s’agit de la série des portraits conservés au musée d’Albi. Ce sont les débuts de La Tour, pas des œuvres majeures. Les 11 tableaux feront sans doute le voyage ; ils sont peu demandés. Il faut dire que seulement 2 sont jugés authentiques. Les 9 autres sont de (très) mauvaises copies. 

12 : Portrait de Saint Philippe, prêté par le Chrysler Art museum de Norfolk (USA). C’est la version authentique d’une des 9 copies précédentes. Les deux versions seront-elles présentes, et côte à côte ?  

13 : Vielleur au chien, prêté par le musée du Mont-de-Piété à Bergues (Nord). C’est, comme les n°1-12, un tableau des débuts de La Tour. Énormément restauré, il ne reste plus grand chose de la main du peintre, mais le chien, dont on dit qu’il a été relativement préservé, est magnifique.

14 à 16 : On l’a vu, Culturespaces a ratissé les provinces françaises. Après Albi et Bergues, Épinal prête Job raillé par sa femme, récemment restauré, et Nancy, fermé pour des années encore, prête toujours sa Femme à la puce à qui le demande poliment.
Le coup de maitre, c’est d’avoir obtenu du musée de Rennes le célébrissime Nouveau-né, un des 3 plus beaux tableaux du monde (oui, oui, 3), devenu une icône dont toute porte de réfrigérateur même peu cultivée se doit d’accueillir les propriétés magnétiques.
À Rennes, les conditions d’exposition du tableau se sont dégradées au fil des années ; il a été recouvert d’une vitre anti-reflets qui l’affuble de mouvantes lueurs verdâtres devenues plus visibles encore depuis qu’il est relégué dans une pièce à l’éclairage déficient et artificiel. Ça ne sera pas pire au musée Jacquemart, mais alors qu’à Rennes jamais personne ne s’y réfléchit, on peut prédire qu’il sera bientôt dénaturé dans les médias jusqu’à la nausée, et inabordable boulevard Haussmann.    

17 : La Madeleine pénitente, venue de la National Gallery of Art de Washington. Encore une merveille. Ne croyez pas les brun-roux et surtout le jaune inqualifiable de la reproduction américaine. Croyez plutôt cette médiocre photo de la version du musée indéfiniment fermé de Nancy, qui aurait pu être empruntée en même temps que la dame qui s’épuce, pour éviter le voyage Washington-Paris ; quoique plus courte elle est aussi belle ; c’est une version dite d’atelier (mais La Tour n’a pas eu d’atelier, seulement un ou deux élèves). 

18 : Enfin les Joueurs de dés prêté par le Preston park museum de Stockton-on-Tees (GB). Sorte de pastiche surchargé de La Tour, qui divise encore les experts aussi bien sur l’époque d’exécution que sur les mains qui l’auraient réalisé, cet étrange collage contient néanmoins quelques beaux détails.

***
Et voilà le compte-rendu d’une exposition à venir rondement mené. L’information concédée étant fragmentaire, une ou deux surprises restent évidemment possibles.
Entrevoir 4 chefs-d’œuvres, quelques curiosités, et si l’éclairage le permet, les vraies couleurs des tableaux de la Tour : à vous de voir.

Si vous pensez n’avoir jamais le temps d’aller les admirer séparément en province (vous devez, par exemple, courir sauver la planète des méfaits d'un climat récalcitrant), le musée propose des visites de luxe nettement plus calmes, à un groupe de 15 personnes avec guide, les jours de semaine avant l’ouverture, entre 9h et 10h, pour 42€ (au lieu de 18€50). Dans ce cas n'attendez pas, les places libres s'épuisent déjà. 
Il y aura alors peut-être moyen de s’isoler quelques secondes devant un tableau…


***


Mise à jour du 29.08.2025 : Scoupes ! Si l'on croit trois articles récents, le nombre de La Tour de l'exposition serait augmenté de 5 tableaux, mineurs essentiellement, mais modifiant un peu les décomptes puisque le nombre total de La Tour, toujours si on suppose la série d'Albi complète, passerait de 18 à 23, les tableaux de l'étranger passeraient à 6 sur 23, et les La Tour jugés authentiques seraient de 12 sur 23 (au lieu de 9 sur 18). 


Un article promotionnel de Connaissance des Arts sur les expositions de septembre ajoute évasivement un tableau à la liste des La Tour, le Reniement de Pierre, de Nantes. C'est hélas de très loin le moins intéressant des 3 La Tour que conserve le musée de Nantes. Comme le tableau de Stockton, le seul point où s'accordent les spécialistes est qu'il contient très peu de la main du peintre, avec quelques petits détails réussis invisibles sur les mauvais clichés disponibles. 


On lit également dans un copieux article de 10 pages sur La Tour dans la revue Connaissance des Arts "Au sein de l’exposition, seul l’admirable Saint Jérôme du musée de Grenoble ..." Ainsi Grenoble aurait prêté son La Tour. C'est un La Tour des débuts déjà bien maitrisés, des débuts cruels et véristes qu'on peut moins aimer que les formes épurées de la maturité mais qui restent impressionnants de virtuosité.


Un long article sur La Tour dans BeauxArts Magazine de septembre recense, dans un petit encadré sur l'exposition, les La Tour de l'étranger parmi lesquels 3 "nouveaux" :

Les larmes de saint Pierre, du musée de Cleveland, un des rares La Tour datés (1645), un des rares peints avec du bleu sombre et du bleu-vert, un peu démonstratif pour un La Tour mais attrayant. 

- Un couple de vieillards en deux grands portraits, du MFA de San Francisco. Ils dateraient des débuts du peintre, comme le vielleur au chien de Bergues. Certains spécialistes doutent de leur attribution.  


Tout cela reste à vérifier, au moins en librairie dans le catalogue de l'exposition.


Mise à jour du 07.09.2025 : Deux nouveaux articles viennent d'ajouter 9 tableaux à la liste des La Tour de l’exposition ! Et pas uniquement des tableaux mineurs, au point qu’on se demande comment peuvent être exposés les 32 La Tour et quelques autres (comme Adam de Coster, parait-il) dans les quatre petites pièces du musée. Les chiffres passent ainsi, sous réserve d’inventaire, de 23 à 32 La Tour, les étrangers de 6 à 12, et les La Tour certainement authentiques de 12 à 16.


Est-ce que cela peut modifier votre décision ? Non, évidemment si vous aviez décidé d’y renoncer à cause des conditions de visite, qui ne peuvent qu’empirer, mais oui, éventuellement, si vous pensiez vous abstenir en raison de la proportion importante de tableaux mineurs et de copies (mais vous ne verrez pas plus des grands chefs-d’œuvre nocturnes)


Les 2 nouveaux articles : ilgiornaledellarte, Connaissance des Arts.
Les 9 nouveaux tableaux :
- Les deux versions de Jérôme pénitent (Stockholm et Grenoble). Excellente chose que de pouvoir les comparer
- Les deux versions des Tricheurs (Louvre et Fort Worth). Même remarque que ci-dessus. Les couleurs de la version américaine, qu'on connait peu, sont rares et d'une remarquable délicatesse. 
- Sébastien soigné par Irène, du musée d’Orléans, assez triste copie.
- Fillette au braisier, du Louvre d'Abu Dabi, très peu sinon rien de la main de La Tour.
- L'argent versé (Lvov ou Lviv, Ukraine), les tout débuts de La Tour.
- Souffleur à la pipe (Tokyo, musée Fuji), plutôt joli mais de gros défauts de dessin (la bouche notamment), certainement de la main d'Étienne, fils de La Tour.
- Saint Grégoire (Lisbonne ???), trois points d'interrogation suffiront.
- Saint Jacques découvert très récemment, on invoque encore les mains d'un atelier hypothétique. 

Décidément, on n’en finira jamais avec cette exposition, on racle les fonds de tiroir, à quelques jours de l’ouverture, comme si les musées étrangers ou de province pas vraiment sûrs de leur La Tour se précipitaient pour leur ajouter un peu d’authenticité dans une grande "rétrospective".
Allez, ajoutons pour faire un mauvais jeu de mots et arriver aux "33 La Tour" le douteux Vielleur de Remiremont

Mises à jour pendant l'exposition : 20.09.2025, Libération vient de publier un long article assez intelligent sur l'exposition (en cours). Il y aurait 8 petites salles d'exposition (et non 4). Il insiste sur le qualificatif "petit" et trouve la chose plaisamment intimiste. Dans quelles conditions privilégiées l'auteur a-t-il visité ? Il n'augmente pas le nombre de tableaux de La Tour, mais ajoute tout de même à la liste le très surprenant et méditatif Saint Jean-Baptiste dans le désert, du musée de Vic-sur-Seille où La Tour est né, découvert voilà trente ans, et qui pour les experts serait son dernier tableau, une œuvre qui ne cherche même plus à séduire. 22.09.2025, Connaissance des Arts, décidément partenaire dévoué de Jacquemart, fait son petit devoir hebdomadaire sur l'exposition en interrogeant les commissaires. Réservé aux abonnés on ne peut lire que les premières lignes mais on y note la confirmation que l'espace d'exposition est bien, hélas, de 200m², et on y découvre, sur une photo de l'exposition, un autre La Tour prêté par Nancy, la Découverte du corps de saint Alexis, à ajouter à la liste des copies d'après La Tour, mais pour une fois une copie au dessin parfait et aux couleurs superbes, rares et magnifiques, bleu nuit, violet doux et rose.