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samedi 22 août 2026

L’assomption des Vierges de Messine

Antonello de Messine, polyptyque de saint Grégoire, exposé jusqu'au 15 aout 2026 au Musée régional de Messine (détail de la Vierge du panneau central).


C’est le 15 aout, le monde bout et tourne au ralenti, terrassé par la chaleur. Bientôt il haïra le soleil qu’il a si longtemps vénéré.
En Sicile, comme un peu partout sur la planète, on fête l’Assomption, la montée au ciel de la sainte Vierge, héroïne aux superpouvoirs.

À Messine c’est l’année de la procession séculaire, un spectacle grandiose ; une Vierge élevée à 15 mètres de hauteur, entourée d’anges rotatifs, sur un immense char, est tirée à la main par 1000 fidèles sur deux kilomètres jusqu’à la cathédrale où l’attendent une messe de gloire, des agapes et enfin un feu d’artifice monumental, vers 23h, si les conditions météorologiques sont favorables. 

Au même moment se perpétue vers 21h50, dans le quartier nord de l'Annunziata, le vol le plus outrageant de l’histoire de la ville. En moins de trois minutes elle est dépouillée de son âme, de son identité. 
Deux individus casqués méconnaissables viennent de quitter le bâtiment du musée régional par l'entrée des marchandises et œuvres, avenue de l’Annonciation, emportant une tablette de 20 cm, et 5 panneaux de bois hauts de 65 à 130 cm, dont ils abandonneront 2 des plus grands sur le trottoir, près de l'entrée de service. 

Cinq pièces de noyer de 2 à 3 centimètres d’épaisseur aux dimensions des panneaux emportés pèsent au total 50 à 70 kilos, ce qui pourrait expliquer l’abandon par les cambrioleurs de la moitié de leur encombrant fardeau contre la balustrade du musée, s’il n’avaient été que 2, comme annoncé dans nombre de médias, mais le site ANSA.it, jugé souvent fiable, annonçait le 16.08 qu’ils étaient 3 ou 4 malfaiteurs. 

Plus tard, des passants s’étonneront de trouver dans la rue ces panneaux en mauvais état, à la peinture écaillée et décorés de vieil or. Ils auraient pu les emporter, au moins comme planches, mais préfèreront alerter les autorités, alors absorbées par les festivités du centre-ville.
Les investigations seront dès lors déclenchées. La directrice du musée affirmera que les systèmes de surveillance fonctionnaient et que 4 gardiens étaient sur place. On apprendra plus tard que leur passivité devant les alarmes fait déjà l’objet d’une procédure disciplinaire. 

La tablette était une miniature peinte sur les deux faces représentant d'un côté la Vierge, l’enfant et un saint, découverte assez récente attribuée au fameux Antonello de Messine, dépôt permanent d’un collectionneur qui l’avait acquise en 2003. 
Les cinq panneaux, dont les deux abandonnés par les cambrioleurs, formaient le fameux polyptyque de saint Grégoire (ou du rosaire), signé du même Antonello, "Antonellus Messaneus me pinxit" en bas du panneau central, fierté évidemment de la ville, et de l’art italien qui doit beaucoup au peintre de Messine. Très influencé par la technique à l’huile des œuvres flamandes admirées chez les rois de Naples, notamment les œuvres de Petrus Christus, le sicilien marquera à son tour vers la fin du 15ème siècle les débuts de la Renaissance à Venise et dans les grandes villes d’Italie. 
 
L'Encyclopédie rappelle les aventures déjà très mouvementées de ce polyptyque décrépit, peint en 1473, qui perdait ensuite un des 6 panneaux, était nettoyé en 1842 avec des "substances abrasives", et restait longtemps exposé sous la pluie quand le monastère qui l’abritait et la quasi totalité de Messine, avec plus de la moitié de ses habitants, disparaissaient dans les ruines du tremblement de terre et du tsunami du 28 décembre 1908.

Certains médias (dont Finestre sull’Arte le 18.08 qui se corrigera le 19.08) ont écrit que les malandrins auraient emporté 3 panneaux et non 5, en plus de la tablette, et se seraient donc volatilisés avec 2 œuvres au total, une fois déduits les 2 panneaux délaissés (les saints, Grégoire et Benoît). Mais pour l’instant la majorité des narrations incluent dans la disparition "définitive" la tablette et 3 panneaux du polyptyque : les 2 du haut, l’ange (à gauche) et la Vierge (à droite) de l’Annonciation, et la Vierge flanquée d’anges avec l’Enfant (en bas au centre).    
Ainsi, ce 15 aout 2026, le jour de l’assomption de la Vierge, les trois Vierges d’Antonello, trésor du musée de Messine, ont disparu vers une destinée hasardeuse.
Les vols d’œuvres majeures de l'histoire de l'art, invendables parce qu’aisément reconnaissables, ne sont pourtant pas si rares, sans doute pour leur valeur potentielle d’échange dans des négociations. Mais ça ne fonctionne pas très bien, car dans environ la moitié des cas on les retrouve des années plus tard, souvent par hasard (la Joconde volée de 1911 à 1913, "Impression soleil levant" de 1985 à 1990, le rocambolesque "portrait d’une dame" de 1997 à 2019…)
Dans l’autre moitié des cas, on ne les retrouve pas. On suppose qu’elles ont été détruites parce que trop encombrantes (le panneau du polyptyque de Van Eyck à Gand en 1934, le Caravage sicilien de Palerme en 1969, le Vermeer et le Rembrandt du musée Gardner à Boston en 1990…) 


Dans le Musée régional de Messine, le polyptyque d’Antonello, déjà très endommagé, était exposé dans la pénombre. Pour s’en souvenir désormais, il n’en existe aujourd'hui dans les médias, sur internet et jusqu’au site du musée, que des images médiocres.

Comme habituellement les éventuelles mises à jour notables sur cette affaire seront ajoutées ici-même en fin de chronique, qui portera alors le mot-clé "mise à jour" sans autre alerte particulière.

mardi 7 avril 2026

Améliorons les chefs-d’œuvre (33)

Le sourire de la dame en noir dans le jardin du presbytère, ajouté par un inconnu en 1903 sur le tableau de Van Gogh, détail avant sa récente restauration.
"Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat."
Gaston Leroux, Le mystère de la chambre jaune (1907).

Après 6 ans on avait oublié le vol, pendant la pandémie de 2020, de ce tableau sinistre et enfumé de Van Gogh, "jardin du presbytère de Nuenen au printemps", relaté ici : Améliorons les chefs-d’œuvre 16.
On avait aussi oublié que l’imprudent cambrioleur, qui avait laissé trainer son acide désoxyribonucléique un peu partout dans le petit musée hollandais, était arrêté un an plus tard, sans le tableau, qui ne fut restitué, anonymement, qu’après 2 ans en 2023, emballé dans une taie d’oreiller usagée et dans un sac d’une marque suédoise de mobilier en kit.

Et voilà quelques jours, le Groninger museum, musée des arts de la ville de Groningue au nord des Pays-Bas, alertait la planète : le Jardin du presbytère, son seul tableau de Van Gogh, une fois réparés les stigmates du brutal cambriolage, a été restauré. Il est enfin de retour sur les cimaises où une exposition comparant les différents états du tableau lui est consacrée jusqu’au 9 aout 2026 (mais la présentation didactique détaillée du tableau sur le site du musée est encore celle de l’ancienne version. Visitez-la cependant et zoomez notamment sur le sourire de la dame en noir, vous comprendrez plus loin…) 


La nouvelle version du tableau fera peut-être dire à certains passéistes paraphrasant Gaston Leroux que le "jardin du presbytère a perdu un peu de son charme", car la rigoureuse restauratrice de La Haye a découvert des tas de choses qui ont fort orienté son travail, notamment que le tableau avait été restauré en 1903 par une galerie de Rotterdam dans le cadre d’une exposition-vente, et qu’à cette occasion le tableau avait été "amélioré". Cela n’était alors pas rare, on modifiait les tableaux qui se vendaient mal en égayant les scènes trop déprimantes ; ici on avait ajouté beaucoup de feuilles sur les arbres, en particulier à gauche où Van Gogh avait peint une rangée d’arbres totalement déplumés, et greffé un sourire et deux yeux qui regardent le spectateur sur le visage de la dame où le peintre n’avait qu'esquissé une ombre. 

 

Convaincue de ses conclusions, la restauratrice a donc effacé le regard et le sourire de la dame en noir et balayé beaucoup de feuilles. Le titre du tableau "jardin du presbytère au printemps" y a perdu en exactitude, mais la perte est largement compensée par l’éclaircissement général dû à l’enlèvement de la poussière et au nettoyage du vernis, et ainsi au rafraichissement des taches vert printemps dispersées sur la toile.

D’ailleurs l'experte signale que le peintre, dans une lettre de 1883, avait d’abord intitulé le tableau "jardin du presbytère en hiver", puis changé d’avis et de saison dans une lettre de 1884 (et peut-être ajouté alors les taches de verdure).   


(ci-contre une comparaison des diverses reproductions - hélas de très mauvaise qualité - expliquée ici, et augmentée de la nouvelle version printanière, en bas). 


Le vol imbécile des œuvres d’art invendables les sort souvent de l’oubli, entraine parfois des recherches et des révélations piquantes et suscite éventuellement quelque chronique futile dans un blog de province, mais les statistiques, même rudimentaires, leur sont fatales : si on coince les malandrins dans un cas sur deux ou trois, on ne retrouve les œuvres subtilisées que dans moins d’un cas sur dix, et à peine plus quand le cambriolé est un musée.

dimanche 26 octobre 2025

Dans le coffre-fort du musée de Bâle (2 de ?)

Requis à Paris pour une affaire urgente, le fournisseur officieux de Ce Blog en reproductions de peinture suisse (et voisine), nous a contacté samedi 18 octobre au soir pour nous proposer quelques nouvelles reproductions de tableaux provenant des sous-sols du Kunstmuseum de Bâle. 
Vous trouverez jointes ci-dessous les images de cette livraison. Comme à l'habitude vous noterez, dans les commentaires des illustrations, les codes secrets d'inventaire "entre guillemets" qui vous donneront accès, en suivant la procédure décrite en bas de page de notre livraison précédenteaux tableaux entiers en très haute définition, et à leur fiche détaillée [lien d'accès rapide].

Pour votre curiosité, et ça restera entre nous, les prix demandés par notre ravitailleur, très compétitifs, suggèrent sans doute la pression de la concurrence, mais aussi certainement le succès lucratif attendu de certaine affaire récente   
Profitez de cette livraison d'aujourd'hui, il est à craindre que nous n'ayons plus de contact culturel avec la Suisse pendant quelque temps.

Zünd, RobertLa moisson 1859, 160cm, détail. Le Kunstmuseum héberge une très belle série de paysages suisses de ce peintre rare un peu oublié au fond de l'ordre alphabétique. Inv."660"

Koch, J.A.Paysage des bords du Tibre près de Rome avec le Ponte Molle et une fête champêtre 1818, 104.5cm, détail. Inv."394"

Miville, J.C.Vue sur Bâle depuis la carrière de Muttenz, 1808, 95cm, détail. Inv."G 1988.6"

Birmann, SamuelAu bord du lac de Nemi, 1818, 98cm, détail. Inv."710"
Wolf, CasparComposition de paysage avec la ruine d'un château, 1774, 38cm, détail. Le Kunstmuseum possède une très riche collection de dessins, lavis et huiles de Wolf. Inv."650"
Robert, HubertChute d'eau avec un artiste dessinant, 1774, 105.5cm, détail. Inv."G 1976.27"
AltdorferAlbrechtLa résurrection du Christ, 1527,  huile sur parchemin sur bois de tilleul, 34.5cm, détail. Inv."7"
HolbeinHans le jeuneLe Christ au tombeau, 1522, huile et tempera sur panneau de tilleul, 200cm, détail. Inv."318"

dimanche 16 mars 2025

Dublin l’inaccessible (1 de 3)


AVANT-PROPOS : 

Les Irlandais ne sont pas rancuniers. Ils exposent à Dublin, dans le plus grand de leurs musées, la National Gallery of Ireland, un tableau représentant le soldat Cromwell s’appropriant les pouvoirs du roi Charles 1er, qu’il fera bientôt raccourcir, sur plus de 4 mètres carrés. Quelques mois après cette scène (peinte près de deux siècles plus tard par l’irlandais Daniel Maclise), le nouveau patron de l’Angleterre, un peu rigoriste et désireux d’embêter quelques catholiques irlandais, éliminait par mégarde, et par les armes, entre un quart et un tiers de la population de l’Irlande, plus efficace que la peste dans ses meilleures années. L’image ne flatte pas le soudard, c’est entendu, mais des portraits de Staline trônent-ils encore dans les musées des capitales soumises par l’ancienne Union soviétique ? Après tout, peut-être.

Le musée irlandais expose incontestablement beaucoup d’autres choses passionnantes, des œuvres des peintres européens les plus fameux, Velázquez, Rembrandt, Vermeer, Goya, Caravage, et nombre de curiosités méconnues, de raretés.  
Sur le site du musée, le catalogue des 13 481 objets conservés est bien fait, les fonctions de recherche riches et les filtres simples d’emploi. Tout serait parfait s’il n’y avait le problème des images : beaucoup sont manquantes, ou en noir et blanc, ou médiocres, ou datées ; la fonction de zoom est déficiente sur la majorité des reproductions ; enfin, même quand le site est en ligne, la base de donnée des collections est fréquemment, quasi quotidiennement, inaccessible ! 
Sinon tout va bien.
Ah si, aucun téléchargement n’est autorisé. C’est d’autant plus frustrant que le site contient des reproductions (masquées) de qualité très acceptable (3000 pixels) mais qu’il n’est pas capable d'afficher correctement et que seules certaines extensions pour navigateurs sur internet [Download all images], ou certains sites dédiés [Image Extractor], sont capables de télécharger. Mais leur mode d’emploi est laborieux.

Aussi exposerons-nous ici-même, dans de bien meilleures conditions que sur le site du musée, dans une balade à Dublin en trois épisodes, un florilège de quelques tableaux parmi les plus intéressants et originaux de la National Gallery of Ireland (et cette série reposera un peu la rédaction du blog, et le lectorat)Chaque image sera légèrement commentée et un lien conduira au descriptif détaillé sur le site du musée (ce lien pourra parfois faillir, vu l’administration erratique du site irlandais). 

 ***

BALADE DANS LA GALERIE NATIONALE D'IRLANDE


Chapitre 1 : Les peintres fameux

À voir Chapitre 2 : Les peintres qui méritent mieux. 

À voir Chapitre 3 : Les curiosités.



Georges de La Tour : Découverte du corps de saint Alexis (vers 1650, 143cm). Serait une bonne copie d’un (merveilleux) original perdu de La Tour, peut-être de la main de son fils Étienne. Une autre belle copie connue est au musée de Nancy, fermé pour travaux, donc invisible pour des années (et dont les reproductions disponibles ont toujours été lamentables).


VelázquezServante en cuisine (1618, 118cm). L’Art Institute de Chicago détient une copie quasiment conforme de ce tableau, également attribuée à Velázquez, mais sans la fenêtre avec la scène du Christ et des apôtres, à gauche, découverte et restaurée en 1933 sur la version de Dublin. Chicago dans sa description, très informée, souligne que la servante est une esclave africaine et précise que le peintre était esclavagiste (enslaver), comme tout Séville à l’époque.


Goya : Le songe (vers 1800, 76cm). Encore un tableau troublant de Goya. Il est vrai que c’était un peu sa spécialité.


Caillebotte : Canal près de Naples (vers 1872, 60cm). Il y a quelques années Caillebotte aurait été dans la catégorie des peintres "qui méritent mieux". On l’a redécouvert depuis, même au musée d’Orsay, au point de le servir maintenant à toutes les sauces. C'est entre le banal et l’inopiné qu'il excellait.


Vermeer : Femme rédigeant une lettre (1670, 71cm). Dans ses scènes de genre, Vermeer semble tenter de nous raconter une histoire, mais rarement jusqu'au bout. Ici une servante attend qu'une lettre soit rédigée, on ne sait pas pourquoi le matériel à cacheter est au sol, en évidence. Et à côté, est-ce une lettre froissée ? On n'oubliera pas sa liseuse du musée de Dresde dont le nettoyage récent a gâché définitivement tout le mystère en révélant au mur un gros angelot gonflable censé personnifier l’amour. 
Le musée de Dublin avait prêté ce Vermeer et ses deux splendides Gabriel Metsu pour l’exposition "Vermeer et la peinture de genre", au Louvre, puis à Dublin et Washington, en 2017
.


Caravage : Arrestation du Christ (1602, 170cm). Tableau découvert en 1990 à Dublin à 3 minutes de la National Gallery. C'est peut-être l’original. Quelques copies étaient connues, dont une volée au musée d'Odessa en Ukraine en 2008, revendiquée comme l'originale, et actuellement à Berlin pour restauration et affaire judiciaire. La plupart des photos sur internet, dont celle du musée, sont catastrophiques.

vendredi 10 mars 2023

Mais où sont les 9 Vermeer manquants ?

37 moins 28 font 9 pour la plupart des calculatrices sur internet, même pour la fameuse "intelligence artificielle ChatGPT"(*) qui pourtant aligne les erreurs monumentales (nous y reviendrons un jour, en attendant regardez cette excellente étude par Defakator)
Or l’exposition à guichet fermé consacrée à Vermeer actuellement à Amsterdam déclare montrer 28 tableaux attribués à Vermeer, sur un total de 37 dit-on. 4 ou 5 d’entre eux, s’ils sont réellement de sa main, ont certainement été peints dans un état que la morale ou la clémence nous empêche de préciser ici, mais acceptons ce nombre magique de 37

Mais alors, où se trouvent les 9 absents ?

Eh bien la réponse est simple, trop simple peut-être ! Ils ne peuvent pas être aujourd’hui dans les salles si convoitées du Rijksmuseum d’Amsterdam parce qu’ils sont actuellement exposés ici-même, dans Ce Glob, en très haute qualité, dans des conditions d’exposition autrement plus agréables, et sans aucun risque d’infection pandémique, sous l’œil d'ailleurs bienveillant de l’Organisation Mondiale de la Santé. 
Et si cette offre exceptionnelle ne suffisait pas, les plus perspicaces auront constaté qu’un Vermeer volé il y a 33 ans dans le musée Isabella-Stewart-Gardner à Boston (avec 12 autres œuvres dont la seule marine de Rembrandt), et jamais retrouvé depuis, est également dans notre exposition. Reconnaissons qu’il n’est pas dans un état très présentable après 33 ans d’occultation dans de douteuses conditions.

Alors parlez-en autour de vous, levez haut votre pouce quand vous vous trouvez en groupe, dans la rue ou les transports en commun, abonnez-vous à Ce Glob en toute confiance, vous n’y trouverez que des exclusivités présentées dans le respect des idées les plus progressistes et des dernières rectifications de l’orthographe.

Liste des tableaux exposés ici et provenance de nos aimables prêteurs (les dimensions des images - autour de 5000 pixels - et leur poids variant de 6 à 12 mégaoctets, certains affichages peuvent être un peu lents) :

1 - Art de la peinture (Vienne Kunst Historisches museum) 10,8Mo
2 - Astrologue (ou Astronome, Louvre) 8,1Mo
3 - Femme assoupie (Metropolitan New York) 8Mo
4 - Leçon de musique (Windsor castle, collection royale) 11,8Mo
5 - Portrait de jeune femme (Metropolitan New York) 5,8Mo
6 - Femme au pichet d'eau ou aiguière (Metropolitan New York) 8,7Mo
7 - 2 hommes et une femme au verre de vin et au sourire niais (HAU museum, Brunswick) 6,6Mo
8 - Joueuse de guitare (Kenwood house, collection royale) 3Mo
9 - Le concert (Mafia bostonienne depuis le 18.03.1990) 1,5Mo






(*) Verbatim d'une conversation tendue avec le robot ChatGPT.
Âmes sensibles, surtout ne lisez pas, vous allez être confrontées à votre propre avenir !

Moi : combien font 37 moins 28 ? 
ChatGPT : 37 moins 28 équivaut à 9
Moi : Merci 
ChatGPT : De rien, n'hésitez pas si vous avez d'autres questions ! 
Moi : Alors je vais me permettre, combien font 28 plus 9 ? 
ChatGPT : 28 plus 9 équivaut à 37. 
Moi : Bravo !
ChatGPT : Merci beaucoup ! N'hésitez pas si vous avez d'autres questions.

vendredi 20 janvier 2023

Un peu de publicité déshonnête

Nœud de l’affaire de Gotha, la Zwickau Kombi AWZ-P70 bleue aperçue par un témoin sur les lieux du crime, près du château de Friedenstein, dans la nuit du 13 décembre 1979 (reconstitution).

La chaine Arte a diffusé, ou diffusera - qui de sensé regarde encore la télévision ? - une série intitulée "Art Crimes : tableaux volés", série de 6 "documentaires" sur des voleurs de tableaux, un des plus vieux métiers du monde. 5 des 6 films sont à présent visibles librement sur le site Arte.tv jusqu’au 29 juin 2023.

"Documentaire" est un terme impropre car les auteurs y déploient des astuces de réalisateur de cinéma à sensations, en imitant l’ambiance de films noirs comme "Ascenseur pour l’échafaud". On n’y parle pas d’art ni de peinture, mais de vols de tableaux, de leurs auteurs et de leurs justiciers.

Soigneusement mis en scène, les cambrioleurs (quand ils ont survécu à la prison) et les policiers qui les ont traqués (souvent retraités) content leurs mésaventures, sous une belle lumière de confessionnal, en phrases courtes, interrompues par de longues scènes de ville la nuit, nappées de musique pour ascenseur. On les fait parfois reconstituer évasivement une scène censée ressembler à ce qu’ils ont vécu, ou on le demande à leur famille, à des amis, des témoins, enfin à tout ce qui pourrait rappeler qu’on est toujours dans une histoire vraie, mais belle comme une fiction.  
Hélas dans la réalité les vrais voleurs et les vrais gendarmes n'ont rien de très passionnant à dire, "on s’est aperçu alors que l’échelle était trop courte", ou "Gégé avait oublié les clés du camion", ou "C'est juste, on l’a un peu secouée, mais elle a tout avoué". Et le tout sans suspense puisqu’on connait dès le début les coupables (ils sont devant la caméra) et leur motivation, qui n’est que l’argent. Résultat, si on ne s’est pas endormi, on s’ennuie fermement. Et longtemps, une heure et demi par épisode.
 
Un des 5 films fait exception, bien qu’affligé du même style, c’est l’épisode intitulé "Frans Hals: Gotha, 1979", le vol le plus ancien de la série. 
Le coupable (soupçonné) n’a jamais été accusé du vol, et on n’aura aucune certitude sur sa culpabilité ou ses motivations, puisqu’il est mort en 2016 et pour cette raison ne pouvait pas décemment paraitre devant la caméra. La reconstitution lente et fragmentaire de sa vie, par des témoignages, nous tient malgré tout en haleine, comme dans un roman de Joseph Conrad.
Et on se demandera longtemps comment cinq tableaux inestimables, notamment de Frans Hals ou Holbein l'ancien, dérobés dans un château d’Allemagne de l’est supposément par un conducteur de train, ont pu se retrouver accrochés plus de 30 ans dans le modeste salon d’une famille chrétienne et tranquille d’Allemagne de l’ouest, pour être finalement restitués et retrouver les mêmes murs, après avoir pendant presque 40 ans secrètement hanté la vie d’un homme dont on apprendra si peu de choses, mais qu’on ne pourra que plaindre, et peut-être admirer.

Si vous n’avez pas 90 minutes mais seulement 15 de disponibles, le journaliste Philipp Bovermann écrivait en octobre 2020 dans le Süddeutsche Zeitung de Munich un long article sur l’affaire de Gotha, traduit et partagé par Courrier international. Par ailleurs la Gazette Drouot racontait en avril 2022 l'historique de la collection du musée de Gotha. Certains détails de l'affaire y semblent moins romanesques que sur l'écran, mais pas nécessairement plus justes, le forgeron conducteur de train y devenant par exemple chauffeur routier.

Mise à jour le 7.03.2023 : Le 6ème film de la série est disponible depuis aujourd'hui sur le site Arte.tv. C'est l'histoire, ou plutôt l'absence d'histoire, du vol en 1969 de la Grande nativité de Caravage dans l'oratoire San Lorenzo de Palerme en Sicile. C'est le pire des films de la série. Il n'y a rien à en dire, aucun indice sérieux depuis 53 ans, alors les auteurs en ont fait une vague histoire de la mafia sicilienne. Délayage et ennui, on ne verra même pas une reproduction du tableau.