La vie des cimetières (121)
La National Gallery de Londres, le plus important musée de peintures d’Angleterre, commémore ses 200 ans d’existence, NG200. Sur l’accueil de son site, elle diffuse un slogan percutant : "rassembler les gens et les peintures" (d’accord, ça n’est que la bête définition du rôle d’un musée de peintures). Elle y met en avant la gratuité de la visite de ses collections, et en profite pour solliciter des dons. Enfin le slogan est accompagné de quelques animations banales ; hier, c’était le défilement de détails d’une nature morte aux fleurs de Ruysch.
Mais c’est à partir d'autres sources, curieusement, qu’on apprend que le musée a rouvert, depuis hier 10 mai, une aile fermée depuis deux ans où se situe désormais l'entrée de la National Gallery, qu’il a totalement réorganisé le parcours de visite et les conditions de présentation et d'éclairage d’un millier de tableaux, qu’il a choisi au hasard un de ses adhérents qui a dormi parmi les chef-d’œuvres le 9 mai au soir, a été réveillé par le petit déjeuner d’un chef étoilé, a ensuite déambulé dans un musée à l'accrochage inédit et vide de visiteurs (qui attendaient dehors l’ouverture de l'évènement, à 10h), et en a profité pour découvrir en exclusivité le fameux panneau d’un peintre inconnu acquis récemment contre 20 millions de dollars (ce dernier n’était pas vraiment un mystère, le tableau est reproduit un peu partout, mais son iconographie est réellement déconcertante et Ce Glob en publiera prochainement une version en haute définition, téléchargeable of course).
Sur internet le musée est resté discret, sinon muet, sur tout cela. Il existe bien une page, qu'on ne trouve qu'en connaissant son adresse précise, où il survole le programme des évènements de cette année anniversaire, mais vous n'y verrez que les flagorneries et les complaisances habituelles du marketing le moins subtil : "le musée est à vous... c'est vous qui avez l'imagination et le talent... 1000 tableaux rien que pour vous..."
En attendant d’aller admirer sur place les merveilles de Van Eyck, Mabuse, Léonard et les autres dans ces nouvelles conditions, notamment de lumière, fêtons ici ces furtives festivités avec une reproduction de 2.3 fois les dimensions originales (36 x 46cm) de cette nature morte de Ruysch, distinguée sur la page d'accueil du musée (et téléchargeable ici-même, puisque la National Gallery l’interdit).
Rachel Ruysch était une des peintres de fleurs (et un peu de fruits) les plus célèbres de son temps, achetée autant que Rembrandt l’avait été dans ses années prospères, et à des tarifs comparables. Le Rijksmuseum d'Amsterdam en conserve 4.
À Londres, avec 3 tableaux exposés, elle est la reine de la salle 28 de la National Gallery consacrée aux natures mortes flamandes et hollandaises. Ce bouquet de 1716 en illustration, silencieusement explosif, est un de ses plus beaux.
Les natures mortes de fleurs, très prisées dans le nord de l’Europe aux 17ème et 18ème siècles, jugées artificielles et passées de mode aujourd'hui, gardent cependant un peu de la sympathie du grand public, qui reste confondu devant la minutie de la réalisation et la générosité des couleurs.
Bientôt, quand la plupart des espèces de fleurs de la planète auront disparu après l’extinction des insectes et oiseaux pollinisateurs, ces tableaux que les anglais et les hollandais appellent "vies immobiles ou tranquilles" justifieront leur nom français de "natures mortes" et seront certainement de nouveau appréciés et reconnus à l'égal des tableaux des peintres de ruines.
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Les funérailles, les rites des hommes, c’est fait pour les vivants. Le mort ça lui est bien égal qu’on le promène dans le corbillard, qu’on l’incinère ou qu’on l’enterre, c’est des soucis pour les vivants, des sottises pour occuper les vivants, justement, comme on ne sait pas quoi penser, quoi faire. Quand vous êtes devant une tombe vous ne savez pas quoi faire, il y a rien dans cette tombe, absolument rien, elle est vide, le mort n’est pas là, il est dans le souvenir qu’il vous a laissé. Dans le cimetière il y a rien.
Jankélévitch Vladimir, entretien sur la radio France Culture, autour de 1980.
Il est des cimetières où l'humain laisse la végétation s’occuper des sépultures, sans s’en mêler. Négligence, oubli, ou peut-être embarras, indécision, comme le disait Jankélévitch, on ne sait pas quoi faire devant la mort.
La coutume anglaise a longtemps été de laisser les herbes, parfois les arbres, pousser entre les tombes. Le cimetière se transforme alors en parc, en bois où on se réfugie pour fuir l’agitation de la ville.
Sur le continent on préfère nettoyer les mauvaises herbes entre les tombes. Chacun chez soi. Imaginez la mauvaise humeur des défunts, empêtrés dans les racines et le chiendent au moment de la résurrection.
Abney Park cemetery, au nord de Londres, est l’un des 7 cimetières créés autour de la ville pour des raisons sanitaires pendant la décennie 1830. Comme Highgate, Nunhead ou Tower Hamlets, il est abandonné à la flore et couvert d'arbres. Le persil des bois (ou cigüe blanche) et le muguet bleu s’y sentent bien. Au centre, la chapelle vient d’être, dit-on, parfaitement restaurée. On y entendait naguère, parmi les gravats, une chanteuse inspirée par la complainte du Didon et Énée de Purcell*.
Bientôt le parc sera plus animé, il y aura des concerts de jazz progressistes, des stands écologistes, peut-être des cours de yoga ou de menuiserie.
Les promenades nocturnes pour adultes à la rencontre des chauvesouris seront reconduites cette année. La prochaine est dans une semaine exactement.
* Sur tablette ou téléphone la vidéo fait n'importe quoi. Sur le navigateur d'un ordinateur, elle débutera au plus beau moment de la mort de Didon, et le déplacement de la souris sur l'image déplacera le regard autour de soi dans la chapelle pendant l'audition.
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Enfin, on ne pouvait pas terminer cette tournée des cimetières irlandais sans tenter d’y entrer. Or Google a visité en détail le très populaire Glasnevin cemetary de Dublin. On peut le survoler en 3 dimensions, et en parcourir les principales allées. On dit que c’est un « véritable musée en plein air » comme le Père-Lachaise à Paris, ou le cimetière monumental de Milan. N’exagérons pas, la statuaire visible y semble remarquablement fade et mièvre.
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Le musée des beaux-arts de Lyon expose le plus bizarre des tableaux de Mignon, reproduit depuis peu en très haute définition (mais absent du catalogue des collections en ligne), chat renversant un vase de fleurs.
On peut voir des œuvres de Mignon dans les plus grands musées, à Paris, Amsterdam (qui a une réplique parfaite du chat de Lyon), La Haye, Dresde ou Saint-Pétersbourg. Et quand les reproductions, comme sur le site du musée de l’Hermitage, permettent de fouiller les tableaux, on constate que le Mignon de Lyon n’est peut-être pas si singulier que cela. Dans le tableau de Saint-Pétersbourg, un écureuil captif et qui a fait deux tours d’un vase, tire sur sa chaine, ce qui renverse le vase et déverse son eau. Et l’anatomie de l’écureuil, notamment affublé d’un museau pointu de renard, semble aussi approximative que celle du chat de Lyon.Posté par Costar 0 commentaires
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