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vendredi 28 mai 2021

Mystère de l’Extrême-Orient

De notre correspondant très loin…

La physique du 20ème siècle a découvert qu’on ne peut pas connaitre à la fois la position précise et les paramètres de mouvement d’une particule, parce que la matière se comporte aussi comme une onde, et que plus on connait l’une, moins on en sait sur les autres, et inversement. Or tout être humain est composé d’une quantité innombrable de particules.
Dans ces conditions comment parvenir à compter précisément le nombre d’habitants de la Chine ?

D’un côté, le Financial Times, qui sait tout sur le monde parce que ses ordinateurs sont équipés de Windows 98, déclare qu’aujourd’hui la population chinoise décline, pour la première fois depuis 60 ans, depuis la célèbre politique économique de Mao-Zedong, le « Grand bond », qui avait entrainé, on s’en souvient, une telle famine que le seul grand bond fut pendant quelques années celui de la mortalité.

De l’autre côté, le directeur du bureau des statistiques de Chine, froissé (1), annonce une augmentation de plus de 5% en 10 ans (70 millions), et rétorque que le Parti contrôle encore 18% de la population de la planète, mais admet que l’âge moyen du Chinois augmente un peu et qu’il faudra donc augmenter l’âge du départ à la retraite.

(1) Aucun gouvernement n’est prêt à accepter une baisse de sa population. Ça serait inconvenant. On soupçonnerait l’incompétence. Au lieu de se laisser porter par la spirale étourdissante de la consommation il faudrait se prendre la tête avec des questions rasantes sur la gestion des ressources.
   
Qui croire ? Quelles vérifications pourraient convaincre ?

Des esprits mal préparés aux subtilités de la science ont objecté qu’on ne peut pas comparer des êtres humains, notamment chinois, à des particules élémentaires.
Qu’ils se détrompent. Le citoyen chinois se comporte précisément comme une particule et peut parfaitement, par ses propriétés ondulatoires, se trouver au même instant à plusieurs endroits à la fois. 
On en trouvera la preuve incontestable sur le site de BigPixel, vitrine d’un savoir-faire chinois, qui vante sous une apparence touristique sa science en matière de caméras de surveillance des citoyens (2). Vous y constaterez par exemple qu’à Shangaï, ville la plus peuplée du pays, sur une seule prise de vue dont on imagine qu’elle a été vérifiée par les autorités, on trouve déjà un grand nombre de doublons (en illustration ci-dessous un échantillon de doublons proches, présents sur la photo du site).
 
(2) Ceux qui en vivent insistent pour qu’on remplace l’expression « caméras de surveillance » par « caméras de sécurité ou de protection » tant il est vrai que l’apport essentiel de ces caméras est, d’après eux, une augmentation sensible de la sécurité du citoyen. 
Prenons Atlanta, ville la plus sécurisée des États-Unis, avec près de 10 000 caméras pour 500 000 habitants. Elle vient de vivre le 16 mars 2021 le meurtre de 8 personnes de la communauté asiatique dans 3 attentats consécutifs. « Les caméras indiquent - dit la police - qu’il est hautement probable que le même tireur soit impliqué dans les 3 attentats ». On ne saurait apporter éléments d’information plus décisifs pour la protection des citoyens.
 

 
 
Il conviendra donc d’abord d’identifier tous les doublons, y compris distants l’un de l’autre, et d’en établir le pourcentage parmi la totalité des habitants enregistrés par cette caméra, puis de corriger le biais en soustrayant ce pourcentage du total. 
Il ne restera qu’à multiplier le résultat par le nombre de caméras de surveillance protection du pays pour obtenir une estimation consolidée de sa population. Le B-A-BA de la physique statistique en somme.

Ici, nous serons cependant confrontés à un obstacle substantiel, car personne ne s’accorde non plus sur le nombre de caméras de surveillance protection installées en Chine dans le cadre du projet de gestion du crédit social des citoyens. Elles ne sont pourtant pas dissimulées (sans doute parce que la technique ne le permet pas encore).
Le chiffre le plus courant, mais qui date un peu, parle de 200 millions, certaines sources relativement fiables n’hésitent pas à affirmer 400 millions et bientôt 600, jusqu’à soupçonner un objectif de 2,76 milliards, soit 2 caméras par Chinois.
Mais ce sont des conjectures, personne n’est allé les compter, ce qui serait pourtant la méthode scientifique pertinente.

On parle toutefois d’un artiste chinois, Deng Yufeng, qui, par des repérages méticuleux, a fait un inventaire précis des caméras de certaines rues de Pékin (Béijing), modèles, localisations, orientations, angles de vue, et organisé des itinéraires touristiques narquois (c’est un artiste), où le jeu consistait à effectuer le parcours en évitant le plus grand nombre possible de caméras, et en tournant le dos aux autres, pour ne pas être repéré ni reconnu.
Inutile de préciser qu’à ce jeu nombre de citoyens ont été identifiés - pas toujours les vrais coupables, on ne dira jamais assez les conséquences dramatiques du port du masque sanitaire - et ont perdu, pour comportement incivil, des dizaines de points de crédit et certains droits sociaux.
Il devient illusoire, dans ces conditions, de penser se fier à des recensements de caméras aussi précaires.

On réalisera finalement que le dénombrement d’une population par le moyen des caméras est une opération sans limite, sisyphéenne diraient certains dictionnaires, car le nombre et la puissance des caméras paraissent augmenter plus vite que le nombre d’habitants, sans que l’on ait pour autant les moyens de justifier chacun des chiffres de cette comparaison.

Ainsi la Chine restera un mystère. Et ça n’est pas dû au Chinois. Hors de son pays, on s’aperçoit que c’est un être humain. Mais en Chine, les règles de la biologie et de la sociologie ne sont plus les mêmes.

On balaiera aisément les accusations de xénophobie que ne manqueront pas d’éveiller ces constats. Ces dérèglements sont générés par les relations malsaines qui lient les détenteurs d’un pouvoir et ceux sur lesquels il s’exerce. La chose est banale, elle a été pointée depuis longtemps par Étienne de la Boétie, et si la Chine parait emblématique, c’est que son système est en avance sur les autres nations, dont les gouvernements lui envient les méthodes et l’efficacité.

Par exemple on peut sourire, en France, des désaccords systématiques entre les autorités et les intéressés sur le décompte des participants à une manifestation, ou à une réunion politique. Or les deux chiffres sont à chaque fois exacts.
C’est que les lois de la physique y ont déjà entamé leur lente dérive, et qu’il suffirait d’un rien, pour que les chiffres de la pandémie soient annoncés officiellement en omettant de les relativiser, pour que l’état d’urgence sanitaire soit négocié en échange d’autres mesures liberticides avec la gratitude des soumis, pour qu’une loi répressive sur la « sécurité globale » soit entérinée par des députés en vacance…

mercredi 3 juin 2020

Deux ou trois vérités et quelques mensonges

Récemment encore l’espèce humaine errait sans repères, aveugle car elle ne connaissait pas la Vérité.

La révélation eut lieu entre 2010 et 2015 de notre ère, d’après la majorité des experts. Certains affirmant qu’elle s’est dévoilée peu à peu, d’autres qu’on l’a découverte par deux ou trois phénomènes remarquables, et ils citent comme évènement fondateur le jour de la création, en 2014, d’une rubrique appelée « Les décodeurs » sur le site internet du journal Le Monde, qui partait ainsi en croisade pour exterminer les contrevérités repérées dans les médias.

Par la suite, tout journal un peu responsable créa sa rubrique « la Vérité est ici », par exemple la page « CheckNews » sur le site du journal Libération.
Le gouvernement français aussi en fut piqué, avec la loi sur la « manipulation de l’information », fagotée en 2017, qui ne vise pour l’instant que les périodes électorales. Texte redondant qui permet au pouvoir d’enseigner un peu plus fermement la Vérité aux réseaux sociaux sur internet.
Ainsi armés, loi et médias, ceux qui ont les moyens d’imposer leurs idées pouvaient dormir d’un sommeil sans nuage. La Vérité était bien gardée.

Cependant, ranger parmi d’autres une rubrique consacrée à « démêler le vrai du faux », dans un journal ou sur un site d’information, ne pouvait qu’instiller le doute dans l’esprit des lecteurs sourcilleux. Doute sur les médias concurrents, ce qui est le but de la démarche, mais aussi doute sur les autres rubriques du site, qui ne font pas l'objet d'autant de scrupules.
Il y aurait donc plusieurs vérités, et les médias qui prétendent la vendre au singulier ne vendraient en réalité que du vent (ou des vents) ?

Ainsi, c’est sans doute à cette époque, grâce à l’intervention involontaire de ces pionniers de la Vérité, que se fit l'ultime révélation. L’humanité sut que la Vérité n’existe pas, que c’est un mot inutile dans le dictionnaire, mensonger au singulier, et qu’il convenait de le remplacer par des synonymes plus explicites, comme opinion, avis, point de vue, voire biais, préférences ou intérêts particuliers.


Sérieusement, au 3ème millénaire, avec l’encyclopédie électronique Wikipedia en ligne et un système de localisation en main, quand vous voyez ce genre de panneau sur votre chemin, vous y croyez encore ? Alors c’est parce que la réception est mauvaise et que vous n’avez pas de réseau.


Illustrons ce bouleversement cognitif d’un exemple à la mesure du sujet.

Le président de la France aurait déclaré, lors de la réclusion due à la pandémie, qu’en dépit de la fermeture des musées, les Français pouvaient tout de même visiter leurs magnifiques collections virtuelles en ligne. Et de citer le Louvre, Orsay, Versailles, Pompidou…
On l’aura mal informé sur ces sites, dont les outils de recherche et les reproductions sont médiocres, comparés aux grands musées internationaux. Il faut dire que la Vérité est un art dans la communication de ces baronnies opaques que sont les grands musées nationaux.

Prenons, au hasard, le Louvre. Il n’avait jamais imaginé, dans son élan vers l’infini (en nombre de visiteurs), que la source pourrait tarir et que ce nombre passerait brutalement, suite à un décret scélérat, de 30 000 par jour à 0 (zéro). Et ne connaissant pas d’autre public que celui qui se déplace et alimente sa trésorerie sur-le-champ, il n’avait jamais trouvé d’intérêt à faire de la collection publique qu’il conserve une présentation de qualité sur internet, agréable, exhaustive, didactique, conviviale et gratuite, comme l’ont fait beaucoup de musées étrangers moins prestigieux.

Alors cette subite solitude, l’absence de ces interminables files d’attente, le silence éternel de ces espaces inoccupés, ont affolé le Louvre, et on l’a vu se débattre, brassant le vide, recyclant de vieilles vidéos, raclant les fonds de tiroirs, et gesticulant bruyamment sur les réseaux sociaux.

On le croyait perdu, quand ce communiqué victorieux dicté à l’Agence d’État (AFP) inonda la presse, le 24 mai : « Le Louvre virtuel plébiscité par plus de 10 millions de visiteurs en 71 jours ».

Ainsi le Louvre n’était pas mort. Au contraire, il triomphait. « Ce musée, quelle réussite, quelle santé ! » retiendrait-on d’un tel titre.
La lecture détaillée du communiqué ne laisse pas la même impression. Il présente comme une belle réussite les 10 500 téléchargements de la dérisoire petite vidéo en réalité augmentée « En tête à tête avec la Joconde », alors que l’exposition Léonard de Vinci aurait accueilli plus d’un million de visiteurs, avant la pandémie (en réalité ce chiffre d'un million est un mensonge évident. Il dépasserait de 3 fois le maximum toléré par les réglementations de sécurité incendie).
Il s’étonne, sans proposer d’explication, que l’augmentation de la fréquentation du site ait pesé essentiellement sur les premières semaines de confinement et souligne une surabondance de connexions d’origine étrangère (90%), surtout américaine, ce qui n’est pourtant que le reflet à peine déformé des visites réelles.

Peut-être cet excédent de connexions qui rend le musée si fier, entre 3 et 4 fois la fréquentation habituelle, a-t-il été la norme pendant ces 10 semaines de réclusion pour certains sites de loisirs, d’éducation ou d’information. Et puis on sait le flou qui nimbe la définition du « visiteur » dans les statistiques des sites internet. Réclamer le remboursement d’un ticket acheté avant la pandémie, ou chercher sans succès d’éventuelles dates de report d’une exposition annulée constituent aussi des visites.

Néanmoins, comme avec le Louvre tout finit par des superlatifs, le communiqué claironne qu’il est devenu le musée d’art ancien le plus suivi sur Instagram, avec 4 millions d’abonnés, dépassant le Metropolitan Museum de New York.
Instagram est une sorte de réseau social de l’image regroupant plus d’un milliard d’utilisateurs. C’est la quintessence de la photo de vacances appliquée au quotidien et le moyen économique de publicité privilégié des marques et des artistes (Banksy y compte 9 millions d’abonnés). On y publie, sur la page de son propre compte, des petites photos carrées narcissiques souvent inintelligibles et que l’on commente le moins possible. La police puritaine de Facebook veille à ce que rien n’y dépasse (Instagram lui appartient). L’abonné grégaire et compulsif ne peut qu’aimer l’image en appuyant sur un cœur, et Facebook compte alors les points, ou laisser un commentaire, où il dit généralement qu’il aime.
Un cheptel de 4 millions de suiveurs sur Instagram est certes remarquable, mais dans le genre cela atteint à peine les orteils des grands comptes, détenus par des penseurs guides de notre temps, comme le président des États-Unis avec 20 millions de fidèles, ou des personnalités creuses sorties de la télé-réalité, ou des footballeurs, avec 220 millions d’abonnés pour l’un d’eux.

Telles sont les vérités du musée du Louvre. Bonnes ou mauvaises, réelles ou fictives, peu importe, ce qui compte est de hanter le temps de cerveau, conscient ou non, du plus grand nombre, et si possible de toute la planète (traduites en anglais, dans ce cas).

L’IFLA, Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques, sorte de syndicat somnolent des bibliothèques et des services d’information, diffuse une fiche de conseils très pertinents, sinon pratiques, pour repérer les « fake news » ou « infox », disons les tromperies. Elle énumère 8 contrôles de bon sens à effectuer avant d’admettre une information.
Hélas le lecteur consciencieux en aura à peine effectué le premier que l’information sera déjà caduque. Qu’à cela ne tienne, sautons directement au dernier recours, le contrôle numéro 8, il conseille de consulter des experts, bibliothèques ou services d’information, c'est à dire eux-mêmes.

« Décidément, tout le monde cherche a écouler sa salade ! », remarquerez-vous finement, et vous ajouterez « Il y a bien un moment où la réalité met de l’ordre dans toutes ces vérités ? Il faut bien, un jour, cesser de douter et commencer à agir ? »

Houla houla ! Ne nous emportons pas ! L’éclaircissement de ces questions n'est pas chose aisée. Cela peut prendre du temps.
Mais que le lecteur de tout genre se tranquillise, nous vérifierons scru-pu-leu-se-ment toutes les informations avant de répondre.
 

dimanche 17 mai 2020

Vive la liberté

Cette vue, mille fois reproduite, représente la maison du gardien du parc ostréicole de l’aber d’Étel, sur l’ilot de Nichtarguér. On raconte que nombre de pays du monde, jusqu’à la Chine, ont pris modèle sur ce système de confinement et de surveillance, pour leur population. Il faut reconnaitre que de mémoire de Breton, de l'ilot de Riec’h à l'ilot de Fandouillec, on n’a jamais vu une huitre s’échapper par ses propres moyens, ni entendu de leur part la moindre plainte ou récrimination.


Après deux mois d’enfermement, il se peut qu’enivrés par cette soudaine bouffée de liberté, vous ayez déjà délaissé la lecture attentive de la presse pour courir humer l’air printanier. Finies les auto-attestations infantilisantes, vous gambadez désormais dans les rues, vous embrassez tous les passants (en respectant, bien entendu, les distances sociales et les gestes barrière), vous redevenez majeurs.

Sachez cependant que la loi du 11 mai 2020 vient de prolonger l’état d’urgence sanitaire de 2 mois, ce qui ne nous étonnera pas, habitués depuis les attentats terroristes aux prolongations répétées des états d’urgence provisoires, qui ne cessent que lorsque leurs mesures (1) sont discrètement intégrées dans une loi permanente, votée en principe au mois d’aout.

Éparpillés dans la nature, vous n’avez pas lu le détail de cette nouvelle loi. Qui vous en blâmerait ? Et puis c’est assez technique. Elle autorise la mise en place par décret d’un « fichier informatique de traçage des contacts des malades (sans leur consentement nécessaire, précise la loi), qui sera exploité par des brigades (2) sanitaires ».

Résumons pour les étourdis le fonctionnement de ce système : on suggère au médecin et au malade « Souhaitez-vous lutter contre le virus et sauver la France et les Français ? ».
Le médecin menacé s’assied alors sur le secret médical, et avec son malade en position de faiblesse, ils remplissent une liste informatisée des lieux et des personnes (appelées contacts) que ce dernier aura côtoyées, avec numéros de téléphone et adresses e-mail si disponibles, le tout dans le plus strict secret du cabinet médical.
Au même moment, des brigades de milliers de fonctionnaires, soumis également aux secrets professionnel et médical (3), épluchent et complètent cette liste informatisée, et commence alors, dans la plus extrême discrétion, la traque administrative des contacts, qui seront suivis avec insistance, jusqu’aux résultats des tests médicaux obligatoires qui leur seront prescrits, par les services d’enquêteurs sanitaires et téléphoniques.
Rappelons que tout refus de collaborer communiqué aux autorités est susceptible d'une amende de 135 euros, puis 1500 au deuxième refus, et enfin 3750 et 6 mois de prison, tout en restant dans le cadre strict et parfaitement contrôlé de l'état d'urgence, bien entendu.

En outre, il faudra s’attendre à ce que cette situation se prolonge un peu, tant qu’il n’existera pas de vaccin (les dernières annonces l’espèrent avant la fin de 2021, s’il en existe un), ou à défaut jusqu’à la contamination des deux tiers de la population, puisqu’il est admis chez les épidémiologistes que c’est la limite au-delà de laquelle une pandémie s’éteint naturellement.

Enfin à propos de cette loi, nous serons exhaustifs en mentionnant un article de deux juristes dans le journal Libération, qui extrapolent des incursions de brigades masquées jusqu'au domicile des contacts récalcitrants, qui seraient à leur tour incités à communiquer leurs propres contacts. Les rédacteurs imaginent en quelques semaines le fichage à grande échelle de toute la population française.
Comme ils y vont ! Ne seraient-ils pas légèrement conspirationnistes ou friands de science-fiction ?

Rappelons-leur que le peuple chinois est traité en permanence comme le décrit cette loi, sans consentement ni respect de la vie privée.
Presque un milliard et demi d’êtres humains ! Est-ce qu’on les entend se plaindre ?

*** 
(1) Une mesure d’urgence est en général une opération algébrique assez simple dont les termes sont immuables. On donne, en proportion, autant de pouvoirs à l’administration qu’on enlève de libertés aux administrés. 
(2) Brigade : mot emprunté à l’italien Briga, qui signifie combat, discorde. 
(3) On ne le répètera jamais assez, toute la chaine de ce système d’information, c’est-à-dire des milliers de personnes de bonne volonté, respecteront toujours la vie privée et la dignité humaine, principes fondateurs de notre civilisation.


vendredi 1 novembre 2019

La Presse s'est un peu oubliée

Le lecteur régulier du blog depuis au moins 2012 pourrait ne pas lire ce qui suit, car on y relate encore une fois, toujours avec la même intrigue, un épisode de la comédie des frères siamois, Pouvoir et Argent, qui se jalousent publiquement mais ne seront jamais séparés.

Résumons la situation par un petit apologue.

Imaginons le modeste artisan d’une petite fabrication d’articles de presse sur internet, qui consiste dans la recopie tels quels, mais enrichis, des communiqués de l’Agence de presse d’État (pour le néophyte, enrichis signifie entourés de jolis encarts publicitaires voyants, tentateurs et rétribués).
Il confie la promotion de ses articulets et la recherche du lecteur optimal à une Multinationale de l’analyse des données, qui a mis en œuvre d’énormes moyens afin de tout savoir sur les désirs et le comportement du public.
Il en ressent rapidement une agréable augmentation de son lectorat.
Mais il a l’arrogance de croire (ou faire croire), que ce petit succès est dû à la qualité de ses médiocres photocopiages enluminés, et emporté par le vertige de la cupidité, il fait voter par toute l’Europe, une loi qui instaure une obligation, pour la Multinationale et ses consœurs, de payer un droit d’affichage des éléments qu’il leur fournit pour attirer le lecteur. Comme si l’épicier demandait des honoraires au taxi qui connait son adresse et lui amène des clients.
Cette rémunération privée, doublement immorale, n’est motivée par rien d’objectif, sinon par la convoitise qu’éprouve le modeste artisan pour l’indécente richesse que la Multinationale a amassée en usant des lois mises en place par la corporation de l’artisan même afin d’éviter l’imposition de ses propres bénéfices.

Cette fable n’en est pas une, évidemment. La recommandation européenne faisant payer aux moteurs de recherche les liens qu’ils affichent vers les articles de presse entrait en application en France le 24 octobre 2019. Google avait annoncé qu’il indexerait alors les articles des organes de presse comme pour des simples particuliers (un titre et un lien), et que les journaux et sites qui voudraient être mis en avant par des images, extraits d’article et positionnements et signes distinctifs destinés à attirer l’œil de l’internaute, seraient les bienvenus s’ils acceptaient, par un accord, de fournir tout cela gratuitement. Le réseau social Facebook a depuis, d’une manière nettement plus équivoque, adopté la même position.

Chapiteau sur la façade de l’église Saint-Jacques d’Aubeterre-sur-Dronne, vers 1170. Les sculpteurs de l’époque avaient bien compris les liens troubles, fratricides mais infrangibles qui unissent Google, Facebook, et leurs obligés, puisqu'ils partagent le même organisme. 


Tous savaient que les multinationales ne fléchiraient pas. Qu’est-ce qui peut aveugler ainsi une corporation qu’on dit bien informée ? L’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, même la France, qui ont tenté depuis une dizaine d’années de s’approprier ainsi une part des bénéfices de Google, se sont toujours ridiculisés en tentant des procédés de « récupération détournée », qui n’ont jamais résisté plus de quelques jours à la menace de ne plus être favorisés, voire ne plus être indexés, et devenir invisibles au regard des lecteurs. 

Le 24 octobre résonna pourtant dans la presse unanime - à l’exception de Numérama qui explique clairement sa divergence - le chœur des journaux indignés, qui s’étaient pour l’occasion regroupés en une sorte de syndicat, APIG (Alliance de la Presse d’Information Générale) et couinaient « C’est intolérable, Google ne respecte pas la loi ! » Mais quelle loi ? Celle d’un minimum d’équité dans le partage privé du gâteau ?
Ils ont alors collectivement décidé de porter plainte auprès de l’Autorité de la concurrence.

Ne vous lamentez pas sur le sort des éplorés. Les principaux ont reconnu avoir déjà consenti à la convention de Google, et lui envoient toujours gratuitement, comme auparavant, les éléments d’information qui les mettent en évidence.

Ils ont eu une grosse frayeur, ont vagi un peu fort, mais c’est passé. Une couche propre, un peu de talc, et ils dorment en paix en attendant la décision de l’Autorité de la concurrence et ses inévitables suites judiciaires, pendant que leurs automates continuent d’enjoliver les communiqués de l’Agence France Presse.

mercredi 1 mai 2019

Départ volontaire de 1169 fonctionnaires

Émile Boussu, la cathédrale de Reims bombardée et incendiée, probablement le 19 septembre 1914 (détail, Rennes musée des beaux-arts).


La première vague des départs volontaires souhaités par le monarque de la France pour 120 000 fonctionnaires vient de démarrer.

Pour ceux qui ne le savent pas encore, car les médias ont été discrets sur le sujet, la cathédrale de Paris vient de bruler, toit, flèche et charpente, emportant une partie de la structure de pierre, qui devrait s’effondrer à l’occasion des prochaines tempêtes.

Immédiatement, sans réfléchir, notre monarque prouvait qu’il était avant tout un homme d’action. Comme il est urgent de rafistoler la cathédrale (14 millions de clients par an), et avant les jeux de 2024 à Paris qui doivent rapporter « un pognon de dingue » aux multinationales et au Comité olympique, il décidait sans délai de créer un établissement public dédié à la formation des métiers du patrimoine et à la « reconstruction » de l'édifice. C’est bête, il aurait pu demander à son administration, où toutes les compétences et les structures existent déjà. Mais ça n’est pas si grave, car les donations atteignent 1 000 000 000 d’euros, c’est deux fois plus que le nécessaire affirment les spécialistes (et puis 75% seront exceptionnellement déductibles des impôts, et imposés aux anonymes qui ne souhaitent pas donner).

Ensuite il nommait un vieux général catholique à 5 étoiles et à la retraite, pour diriger ce grand projet.

Enfin il proposait une loi d’exception (comme contre le terrorisme) autorisant le vieillard à diriger le chantier par ordonnances, c’est à dire à décider, sans l’autorisation des assemblées, de passer outre les règles des marchés publics, les lois de protection du patrimoine et les conventions internationales.
On sent l’urgence de la chose, et en bon guerrier, il devrait tout raser pour reconstruire sur des bases saines. (le lecteur sur le point d’éteindre, pensant que cette chronique divague et mélange l’actualité aux délires despotiques du Père Ubu de Jarry, devrait pourtant lire les liens fournis dans le texte).

Bref, comme il arrive parfois qu’au-delà d’un certain degré la servitude devienne involontaire, une vague de rébellion émerge aujourd’hui au sein des administrations et des métiers du patrimoine, où circule une pétition déloyale.
Et à l’occasion de son édition du 29 avril, le journal Le Figaro livre sur son site pour abonnés la liste des 1169 contestataires, avec leur pédigrée (ils ne sont pas tous fonctionnaires, mais on simplifie pour la clarté de l’exposé).

Il est vrai que si personne ne compte les employer sur ce grand chantier parisien des prochaines années (ou décennies), le souverain de la nation pourrait en profiter pour honorer ses promesses électorales et réduire à 118 831 le nombre de fonctionnaires à remercier. D’autant que la liste abonde en gros salaires, 86 directeurs, 49 directrices, 277 conservateurs et 103 conservatrices (dont 22 du musée du Louvre).
Et tout ça pour le prix d’un abonnement au Figaro en ligne.
 

dimanche 10 février 2019

L'art d'un dégénéré

Vous avez déniché dans un grenier des aquarelles défraichies, sur un papier jauni, peintes probablement par un vieil oncle oublié qui ne les a pas signées.
Elles peuvent bien représenter n’importe quoi, un paysage bucolique, un portrait, une femme à demi dénudée, ou un coin de rue. Quel qu’en soit le style, si le sujet fait vaguement bavarois, suisse ou alsacien, c’est un atout.

Vous cherchez alors sur internet des modèles de la signature d’Adolf Hitler (attention, ces sites sont souvent nauséabonds). Choisissez un type de signature. Dans les années 1905 à 1914, il signait ses aquarelles d’une manière qu’on ne retrouve pas dans sa carrière politique ultérieure. Puis vous vous armez d’un pinceau effilé et d’encre noire ou sépia que vous délaierez dans un peu d’eau, pour simuler l’action du temps.

Vous choisissez des aquarelles qui ne pourraient pas être suspectées d’anachronisme, et préférez les œuvres médiocres, mais ce critère n’est pas rédhibitoire, car la mise en page du motif peut être soignée. En effet, peu inspiré, Hitler faisait surtout des copies d’illustrations et de cartes postales d’architecture. Il aurait même vécu décemment de leur vente durant les années précédant la guerre de 1914.
Enfin, vous dessinez au pinceau une signature au bas des feuilles de votre choix, en variant légèrement les tracés.

Une fois ce travail consciencieusement réalisé, vous envoyez le résultat à la maison Weidler à Nuremberg. Très peu de maisons d’enchères acceptent de vendre des œuvres de Hitler. Question d’éthique, affirment-elles (il faut dire que les prix sont encore modestes et les records rares).
La maison bavaroise Weidler en a fait une de ses spécialités, ainsi que de tout objet nazi. Elle est surtout peu regardante et accepte à peu près n’importe quoi signé Hitler, ou en relation, avec ou sans certificat d’authenticité - de toute façon ils sont faux.
Ainsi vous pensez empocher, frais déduits, entre 1 000 et 100 000 euros, pour les plus belles feuilles (1).

Mais l’âge d’or est en train de passer. Des experts du peintre émergent et la justice commence à s’en mêler, ce qui refroidit les amateurs.

En 1983, un certain Billy F. Price, passionné par la période, avait établi un catalogue raisonné de 723 œuvres, qui contenait déjà, innocemment peut-être, beaucoup de faux.
Aujourd’hui, d’après le Figaro, 2 000 Hitler seraient en circulation. Le journal Le Point lui en attribue jusqu'à 3 000 ! Konrad Kujau, l’auteur des célèbres carnets d’Hitler vendus contre une fortune au magazine Stern, a littéralement inondé le marché de l’art de faux Hitler entre 1975 et 1985.

Il y a quelques jours, la justice de Nuremberg a saisi, pour enquête sur contrefaçons, 26 parmi 31 aquarelles attribuées à Hitler et programmées aux enchères du 9.02.2019 chez Weidler (2). Elles sont rayées (pp. 43-47) dans le catalogue de la vente.
Les vignettes y sont d’une définition suffisante pour constater que les styles des œuvres, saisies ou non, sont extrêmement disparates (les signatures également). Souvent plus que médiocres, certaines, comme le lot 6732, semblent du niveau de qualité de celles d’un bon illustrateur, voisines de la reproduction ci-dessus (vue du château de Neuschwanstein, signée A. Hitler et vendue 21 000$ en 2014).

Peut-on être fou et habile en art à la fois, voire talentueux ?
Les experts, désorientés, répondent rétrospectivement, oui, si on est gentil comme Van Gogh, mais non, si on est méchant comme Hitler.

Alors où sont les œuvres authentiques dans ce fatras, et qu’en faire, une fois authentifiées ?

***
(1) Notez que ce comportement, décrit ici avec légèreté pour en pointer la faisabilité, est illégal et peut entrainer, en plus du douloureux sentiment d'avoir mal agi, des peines de prison et d’amende sévères.
(2) Les 5 aquarelles non saisies, les plus hautes mises à prix, entre 19 000 et 45 000 euros, et qui, bien que de techniques très dissemblables, avaient une apparence de pédigrée, sont restées invendues. Les amateurs se demandant sans doute pourquoi elles avaient été épargnées par la justice.

lundi 22 octobre 2018

L'agonie du domaine public

On a tant parlé du domaine public et du droit d’auteur dans ce blog que le lecteur fatigué pourra s’éviter une perte de temps en ne lisant pas ce qui suit. Il s’évitera ainsi la contrariété d’une très mauvaise nouvelle.

On supposera connus, par le lecteur piégé par la perfidie de la phrase précédente, les méfaits de l’abus mercantile des droits de la propriété intellectuelle, et ainsi l'amenuisement des droits du public à la recherche, l’étude, la critique, l’enseignement, l’admiration des créations humaines.

Le Canada, était jusqu’à présent, un grand fournisseur du domaine public francophone en matière de littérature (grâce à la province du Québec), car sa loi considérait que les droits de la propriété intellectuelle cessent 50 ans après la mort de l’auteur (au lieu de 70 ans dans la plupart des législations). Par exemple, les écrits de Boris Vian sont protégés en France jusqu’en 2030, mais largement disponibles sur les sites canadiens.

Une telle situation ne pouvait pas durer. Pour satisfaire les exigences des États-Unis, une nouvelle mouture de l’accord commercial de libre-échange nord-américain, signée le 1er octobre 2018 par le Canada, l’oblige à prolonger de 20 ans sa durée du droit d’auteur. Ainsi les 20 années à venir seront un désert total pour le domaine public international et une déréliction pour l’amateur de littérature francophone numérisée.
Et comme le passage de 70 à 90 ans est déjà dans la liste des revendications en Europe, et que les États-Unis en sont à 95 ans dans certains domaines (c’est la « loi Mickey Mouse », faite pour que ce chef d’œuvre universel reste à jamais en mains privées), on peut commencer à décompter les jours restant à vivre pour le domaine public.

Relativisons toutefois, on se tuera certainement plus, dans les prochaines décennies, pour la possession d’un air respirable, d’eau courante et d’un coin de potager, que pour élever la musique et la littérature du 3ème millénaire à la béatitude d’un domaine public devenu dérisoire, même si la cause en est la même, la cupidité imbécile de l’espèce humaine.


Illustrer des abstractions comme le droit d’auteur ou le domaine public relève de la performance, aussi, pour alléger un peu cette chronique sans espoir, avons-nous tiré au hasard une jolie carte postale dans les jardins de l’Alhambra, à Grenade.

Et à propos de vénalité et d’imbécilité, le Parlement européen vient de voter définitivement, le 12 septembre, POUR la directive européenne sur le droit d’auteur, par 438 voix contre 226. Le plus amusant est qu’il avait voté CONTRE, le 5 juillet, par 318 voix contre 278. Ce qui fait 92 retournements de veste et 68 fraichement convaincus, le tout en 69 jours.
Persuader 160 députés européens en pleine période estivale n’est toutefois pas chose si prodigieuse. On a déjà constaté que l’industrie culturelle, qui se lamente continuellement, a de sérieux moyens inavoués de persuasion, jusqu’au monarque de la France qui a diffusé tous azimuts un tweet alarmant au moment décisif du vote.

Rappelons que les deux articles les plus discutés ont en réalité peu de chance de recevoir une mise en application pertinente.
L’article 11, qui instaure un droit rémunérateur sur les articles de presse référencés par d’autres sites, est une nouvelle tentative de faire passer la célèbre taxe Google. Il est probable que Gougueule y répondra encore par la menace d’arrêter le référencement de tous les articles de la presse européenne.
L’article 13, qui préconise le contrôle des droits d’auteur sur tous les contenus (y compris images et textes) avant toute publication sur internet, est aussi peu réaliste, vu le nombre d’erreurs que génèrerait une telle surveillance qui reviendrait alors à une censure préventive automatisée et généralisée, par tous les opérateurs privés qui en auront les moyens, et à la disparition des plus petits. Google et Facebook qui exercent déjà ce type de censure sur la musique et les vidéos commettent des milliers d’erreurs et d’abus de pouvoir chaque jour.

Mais qui sait ? Dans ce domaine, comme pour la survie de la « Civilisation », le pire est peut-être le plus probable.

mercredi 7 septembre 2016

Dormez, on s'occupe de tout

Entre autres textes, la loi n° 2013-595 du 8 juillet 2013 et la loi n°2013-660 du 22 juillet 2013 dans son Article 9 encouragent l’administration française, l’école et l’enseignement supérieur à privilégier l’utilisation des logiciels libres.
Sage décision. Les logiciels libres sont gratuits, respectent l’égalité des chances de l'utilisateur et l’indépendance commerciale de l’administration, ils sont souvent de grande qualité, ne récoltent pas les informations personnelles de l’utilisateur pour les monnayer, permettent la compatibilité des données entre eux et les logiciels commerciaux, et enfin leur code source est publiquement diffusé et les spécialistes peuvent ainsi y vérifier l’absence de portes dérobées qui permettraient d’espionner les actions de l’utilisateur.

C’est certainement dans le respect de la loi et en vertu de ses principes républicains voire humanitaires que le Gouvernement français, par la plume de la ministre de l’Enseignement, a signé le 9 novembre 2015 un énième accord de coopération avec la société Microsoft.
Cette fois-ci l’entreprise américaine fournit gratuitement des services de formation, d’accompagnement au changement vers l’éducation numérique, et met à disposition sa célèbre suite logicielle Office 365 avec toutes les ressources et technologies nécessaires pour son fonctionnement.

On connait l’adage éculé « si un logiciel ou un service sont gratuits c’est que les informations fournies par l’espionnage du comportement et des données du client qui les utilise constituent le produit ». Le client devrait être rémunéré pour cela.
Cohérent, Microsoft met gratuitement ses ressources à la disposition des écoles. Cela lui couterait 13 millions d’euros pour une phase de 18 mois. Des miettes pour une société qui sait que former les enfants dès l’école à l’utilisation des logiciels de la marque revient à les enrégimenter définitivement. Adultes ils les retrouveront (ou les réclameront) en entreprise où leur utilisation aura alors un prix, récurrent, mensuel et pour des décennies.

Nombre de commentateurs ont fait remarquer que le partenariat Microsoft serait comparable à faire enseigner la biologie et la chimie par la société Monsanto, ou à confier les cantines et l’alimentation des écoliers à la société Mac Donald.
Rappelons que Microsoft avec son système d’exploitation Windows 10 et sa suite logicielle Office 365 ne respecte ouvertement pas les principes humanitaires cités plus haut, d’ailleurs l’accord du 5 novembre instaure déjà la mise en place d’une « plateforme d’analyse des données d’apprentissage ».

Mais la vie privée sera respectée, insiste-t-on, car une Charte de confiance (en projet seulement lors de la signature) sera rédigée (sans précision de date).

Il faut lire, sur le blog de la ministre, les 237 commentaires qui fleurissent la nouvelle de cette coopération. Souvent clairement motivés, les plus indulgents se disent déçus ou honteux, beaucoup insinuent ou l'accusent ouvertement de corruption. Certains l'injurient. 

Ce cliché est la photo officielle et solennelle de la signature de l’accord du 9 novembre 2015. À gauche la ministre de l’Éducation, à droite le président de Microsoft France. Comment imaginer une seconde que ces deux splendides spécimens en pleine action pensent à autre chose qu’à l’épanouissement des écoliers ?

samedi 13 août 2016

Un peu de réclame cocardière

Paris ne manque pas de lieux accueillants, comme ce quartier du quai d’Orsay et de l’Assemblée nationale, près des Invalides. Son architecture faite de lignes pures et austères pourrait certainement attirer le touriste. 
Or on lit partout qu’il boude la France, et on accuse le terrorisme. 
Pourtant, où pourrait-on se sentir plus en sécurité que dans ce quartier chargé d’histoire, farci de caméras de surveillance et sillonné par des bataillons de militaires et de policiers couverts d’armes ?

Une touche de couleur, tout devient tout de suite plus gai, et le touriste apparait. 

samedi 30 juillet 2016

La taxe G, encore...

La loi Création (fourretout dont le patronyme complet est Loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine, ou LCAP) vient d’être définitivement adoptée par l'Assemblée et le Sénat français.
Au dernier moment, sans que le sujet ait été discuté, un groupe de pression a obtenu des élus que soit glissé dans la loi un article 10 quater fantasmagorique, devenu définitivement L136-1 à 4 du code de la propriété intellectuelle, applicable au plus tard le 7 janvier 2017. Il institue des « dispositions applicables à la recherche et au référencement des œuvres d’art plastiques, graphiques ou photographiques ».
Le groupe de pression est influent ; dans son discours de clôture la ministre de la Culture affirmait « Le Gouvernement est décidé à défendre à Bruxelles les auteurs des arts visuels, dans le prolongement de l'article 10 quater ».
Cette affirmation pourrait bien être un signe de la fragilité de l'article.

Pour le résumer : lors de la publication sur internet de la reproduction d’une œuvre d’art (plastique, graphique ou photographique), un droit de reproduction de cette reproduction dans les moteurs de recherche est aussitôt créé au profit de sociétés de gestion agréées qui ont la charge de percevoir la rémunération payée par les exploitants du moteur quand ils citeront cette œuvre, et de la redistribuer à l’auteur de l’œuvre.

Le sujet n’ayant pas été débattu, aucune information n’est parue sur les modalités de mise en application de la loi. En pratique, on peut supposer que seules les œuvres qui auront été déclarées aux sociétés de gestion et qui porteront une marque les distinguant aux yeux des moteurs de recherche seront concernées.

Qui définira si c’est une œuvre d’art ou un urinoir ? Les déclarants, les sociétés agréées ?
D’après la loi l’assiette de la rémunération fera l'objet d'une convention entre les exploitants des moteurs de recherche et les sociétés de gestion sur la base des recettes d'exploitation. Bon courage aux développeurs de l’usine à gaz à mettre en place !
Remarquons qu’aucune œuvre du domaine public ne devrait faire l’objet de ce droit puisque la jurisprudence française affirme qu’il ne peut y avoir de droit d’auteur sur une photo fidèle d’une œuvre du domaine public. On devine que les grands musées ne se gêneront pas pour réclamer des droits puisqu’ils ajoutent déjà un copyright abusif sur les petites reproductions médiocres de leurs sites.

Enfin, à partir de quelles dimensions une vignette ne sera plus considérée comme une simple citation et deviendra une reproduction  soumise à droit d’auteur ?


Parmi l’infinité des reproductions du citoyen Kane dans ces deux miroirs, sait-on où finit la citation et où commence la représentation ? (Image extraite du film Citizen Kane d'Orson Welles, à la minute 111)


Il est probable qu’aucun accord entre moteurs et sociétés de gestion, ni aucun décret d’application ne viendra jamais organiser la mise en œuvre de l’article, et que pour éviter cette taxe déguisée, Google directement visée cessera simplement d’indexer, à partir du 7 janvier 2017, les sites français reproduisant des « œuvres d’art », notamment les sites institutionnels comme le Louvre ou Orsay.
Elle l’a déjà fait en 2011 pour des motifs similaires contre les sites des journaux belges d’information référencés par son moteur. Pour sa défense Google avait argüé du bénéfice en visibilité donc en ventes et abonnements apporté par son outil de recherche.
Face à la perte financière la rébellion belge n’avait duré que 3 jours.

Cette loi n’est que la continuation des tentatives faites depuis des années pour taxer les grosses sociétés qui profitent des lois fiscales trop protectrices (mises en place par les mêmes législateurs) sans reverser une part de leur chiffre d’affaires en impôts, et qui commencent à sérieusement échapper au contrôle des États.

Ils ont créé leur propre Léviathan et croient l’épouvanter avec un chasse-mouche. 

dimanche 27 mars 2016

Domaine public à vendre






La reproduction de cette photo sur laquelle flotte la menace des droits d'auteur du chef électricien est généralement interdite, sauf royalties.

C’est un fait établi depuis l'antiquité, une des fonctions du pouvoir est de permettre le détournement des biens publics pour la satisfaction privée de celui qui le détient.
Personne ne s’étonne de nos jours, une fois son représentant (démocratiquement élu) installé dans ses fonctions, qu’il puise généreusement dans les biens communs au bénéfice de sa fratrie et de ses amis. La survie de l’espèce s’arrête aux limites du village, voire sur le palier de la maison de famille.
Les plus malins inscrivent même cette coutume dans la loi, car un autre avantage du pouvoir est de faire les lois à sa convenance.

Et l’Assemblée nationale française vient justement d’adopter un amendement qui crée un nouveau droit patrimonial pesant sur le domaine public, dans le cadre de la loi « Liberté de création, architecture et patrimoine ».
Il prévoit que toute utilisation commerciale d’images des immeubles des domaines nationaux, qui était jusqu’ici libre puisque relevant du domaine public, devra faire l’objet d’une autorisation préalable et d’une redevance. Ce qui interdit la libre reproduction des châteaux de la Loire, de Versailles, et de tant d’autres dans les livres d’art et les cartes postales, dans les encyclopédies participatives en ligne (comme Wikipedia dont le principe est la libre utilisation, y compris lucrative, de son contenu), et même sur les réseaux sociaux comme Facebook (les publicités et les réutilisations commerciales y sont consenties).

Dans le même esprit la loi « République numérique » qui aurait pu libérer « l’exception de panorama » n’en fera rien tout en faisant croire qu'elle le fait.

En effet le droit français interdisait jusqu’à présent toute reproduction, même non commerciale, d’images représentant le domaine public si elles contenaient des œuvres protégées par des droits d’auteur encore actifs.
Ne vous méprenez pas, ce n’est pas à la bonté de la nature humaine que vous deviez de ne pas avoir été poursuivi en justice quand vous avez publié sur votre blog des clichés de la tour Eiffel illuminée, du viaduc de Millau ou de la pyramide de Leo Ming Paye dans la cour Napoléon du Louvre. Vous le deviez à votre nombre incalculable à publier ces photos illicites et parce que les ayants droit n’actionnent la justice que si l’opération est rentable.

Et bien la loi Numérique, magnanime, vous autorisera désormais à faire ce que vous faisiez déjà (c’est l’exception de panorama), mais en interdisant l’utilisation commerciale de ces images (donc sur Wikipedia ou Facebook par exemple), ce qui constitue dans les faits un autre recul du domaine public.

Ces deux lois, soutenues par le Gouvernement, seront certainement votées en l’état. Deux verres d’eau dans l’océan de la « copyfraud », le détournement légalisé du domaine public au profit d’intérêts privés ou d’institutions publiques.

L’abus de pouvoir est un acte naturel. Il est normal de le consacrer dans la loi.
 

vendredi 5 février 2016

Ne lisez pas cette chronique

Êtes-vous certains que la page que vous êtes en train de lire n'est pas de celles dont la simple lecture est depuis quelques jours passible de deux à cinq ans d'emprisonnement ?
Comment vous êtes-vous assurés qu’elle ne fait pas l’apologie du terrorisme ?
Savez-vous que la définition du terrorisme n’existe pas dans la loi et dépend seulement du bon plaisir d’un fonctionnaire, sans le contrôle d’aucun juge ?

Tout cela ne vous rappelle rien ?

Il est trop tard pour se poser ces questions car la loi Anti-terrorisme est aujourd'hui en cours d’adoption et vogue sans obstacle du Sénat vers l'Assemblée nationale. Elle mélange gaiement dans son article 10 (Art. 421-2-5-2 du code pénal) les actes de terrorisme et les images pornographiques de mineurs.
Car finalement tout peut être du terrorisme et la définition évoluera sans cesse. Aujourd’hui par exemple, grâce à l’état d’urgence, un brave écologiste qui souhaite s’exprimer en défilant dans la rue devient un dangereux extrémiste méritant l'assignation à résidence. C'est pourquoi personne ne vous dira si le site que vous visitez enfreint la loi ou non, il ne sera pas désactivé, ni bloqué, et vous ne le saurez qu’après avoir été pris sur le fait.

Car saviez-vous de surcroit que depuis la loi Renseignement adoptée le 24 juin 2015 un fonctionnaire rudimentaire peut surveiller discrètement et impunément vos communications (courriel, téléphone, textos), le contenu de votre « nuage » et votre navigation sur internet ?

Et comme l'état d'urgence actuel, qui autorise l’intervention non motivée des forces de l’ordre en pleine nuit à votre domicile, est en voie de devenir permanent (jusqu'à la chute de l'État islamique aurait déclaré le Premier pitre du gouvernement), un commando de brutes excessivement armées est peut-être déjà dans votre cage d’escalier sur le point d'exploser votre porte, alors qu’elle n'est pas fermée à clef et qu’il suffirait de tourner la poignée.

Tout cela ne vous rappelle rien ?

Allez, on plaisante, c'est de la fiction. Depuis que vous suivez les conseils de Ce Glob est Plat vos communications électroniques sont protégées par un réseau privé virtuel (VPN), vous êtes anonymes et vous ne laissez plus rien filtrer de vos faits et gestes.


Maison de la banlieue parisienne venant de faire l'objet d'une visite, courtoise car la porte d'entrée est intacte, dans le cadre des lois d'exception.

dimanche 27 décembre 2015

Les revenants de 1945

Les lois de la nature sont éminemment mathématiques, notamment en Europe ; à la fin de la 70ème année qui suit un décès, les réalisations intellectuelles et artistiques du mort entrent dans le domaine public et sont alors à la libre disposition de toute l’humanité.
C’est ainsi que nous verrons dans quelques jours paraitre la procession des trépassés de l’année 1945.

Et ce millésime sera spécialement lugubre. On y apercevra, parmi des millions de leurs victimes, les faces sinistres des tordus les plus minables de l’espèce humaine, Hitler, Himmler, Goebbels, Mussolini, Laval, mais aussi quelques musiciens considérables, de grands écrivains et des graphistes de valeur.

Quiconque pourra alors publier les livres d’Emmanuel Bove, Franz Werfel, Paul Valéry, Robert Desnos, reproduire les tableaux de Zuloaga et les illustrations de N.C. Wyeth, les bandes dessinées de Georges Colomb (alias Christophe), Fenouillard, Camember, Cosinus, jouer les quatuors de Béla Bartok, les pièces d’Anton Webern et certaines œuvres de Maurice Ravel.

« Certaines œuvres », car la loi souffre des exceptions. Les bénéficiaires des droits d’auteur se sont toujours ingéniés à prolonger la durée de leur rente, et les représentants du peuple qui ne sont pas insensibles aux arguments pécuniaires ont su pour cela truffer la loi de particularités.
Et comme le précise le site SavoirCom1 qui maitrise toutes ces subtilités (voir son calendrier de l’Avent du domaine public), alors qu’en 1945 Ravel était déjà mort depuis 8 ans, son sempiternel Boléro n’entrera dans le domaine public que le 30 avril 2016 (sauf coup de théâtre - car pour les ayants droit c’est une perte d’un à deux millions d’euros par an) mais son Menuet antique, pourtant antérieur d’une trentaine d’années, devra attendre le 29 septembre 2022 !

Et SavoirCom1 a beau en détailler les règles, il faudrait de longs calculs et une formation en musicologie pour réussir à déterminer la date de délivrance de la « Pavane pour une infante défunte », du concerto pour piano en sol ou de « l’Enfant et les sortilèges. »
Les charognards ont encore un peu à ronger sur le cadavre.


Au musée des confluences à Lyon, la vitrine consacrée aux grands musiciens morts expose le crâne de Maurice Ravel qu’on reconnait à la complexité des zones juridiques qui y sont figurées. Elles désignent le régime des droits d’auteur applicable à chaque pièce de musique sortie de son génial encéphale. On mesure la différence avec la simplicité du crâne de Mozart enfant avec qui il voisine.

vendredi 15 mai 2015

Snowden, héros à lunettes

Le 6 avril dernier à l’aube, installé clandestinement par une poignée d’admirateurs industrieux, le buste d’Edward Snowden trônait sur un piédestal vacant du cimetière mémorial des martyrs morts pour l’indépendance, dans le parc de Fort Greene à New York.

Le monde entier connait Edward Snowden, traitre pour son pays depuis qu’il a dévoilé les preuves d’une surveillance paranoïaque généralisée de toutes les communications de la planète par une agence américaine, la NSA, et montré qu’elle se fournissait automatiquement en informations et conversations privées auprès de ces manipulateurs de données personnelles que nous alimentons en permanence, Apple, FaceBook, Google, Microsoft, Skype, et tant d’autres, banques et opérateurs de télécommunication.

La journaliste Laura Poitras qui a la confiance de Snowden a fait de ces divulgations un documentaire de 2 heures, passionnant et inquiétant comme un film d’Hitchcock, « Citizenfour ».
L’homme ne ressemble pas tout à fait au superhéros qui sauve systématiquement la planète dans la plupart des films américains. Il porte des lunettes et parait scrupuleux, responsable et modeste alors que son pays est prêt à tout pour le capturer et l’annihiler.

Aujourd’hui, deux ans après ses révélations, Snowden est encore vivant, toujours exilé en Russie, et il ne se fait pas d’illusions. Las, il a déclaré « On fait un scandale international quand on apprend que les communications d’un chef d’état sont écoutées, mais rien ne bouge quand on sait que ses 80 millions de concitoyens sont également surveillés ».

Envieux, le gouvernement français, qui a compris qu’une large majorité de ses administrés (les deux tiers dit-on) est inconsciente des risques de la cybersurveillance, tente de mettre en place sans précaution un système analogue de contrôle systématisé de la vie privée, à l’échelle du pays. Ça s’appelle la loi « Renseignements » et le 5 mai une accablante majorité des députés de l’Assemblée Nationale lui a accordé sa bénédiction.

Bientôt Snowden fera un faux pas. On l’enterrera clandestinement, sans fanfare, tandis que l’espèce humaine impassible continuera lentement la marche vers sa véritable destinée d’animal de boucherie, décrite par Orwell en 1949, déjà testée à grande échelle par Lénine, Staline, Hitler, Mao, Pol Pot au 20ème siècle, et magistralement aboutie depuis 67 ans en Corée du nord, pour le seul profit d’une lignée de dégénérés, la famille Kim.

Le 6 avril dernier, autour de midi, le buste d’Edward Snowden était déjà bâché par les autorités du parc de Fort Greene, puis plus tard enlevé furtivement.

Il reste quelques photographies de ce regrettable incident.


samedi 26 avril 2014

Détruire, disent-elles

Un collectionneur anglais avait acheté pour une somme importante en 1992 un petit tableau représentant une femme nue attribué à Marc Chagall, peintre aux réalisations colorées et naïves. L'œuvre était alors soutenue par un expert russe ami de Chagall.
Vingt ans après, pour se rassurer sur la valeur de son investissement (probablement avait-il quelques doutes) le brave homme présentait il y a peu le tableau à une émission de la chaine anglaise BBC consacrée aux contrefaçons (Fake or fortune).

Première erreur. Le tableau s'est révélé peint avec des pigments trop récents au regard de sa datation. Par ailleurs il a depuis quelques années disparu des livres d'experts qui discutent de Chagall. C'est donc certainement un pastiche.
Deuxième erreur, la production anglaise, pourtant avertie, choisit de le soumettre au jugement du Comité Chagall, présidé par les deux petites-filles du peintre.

Et depuis, ces dames ne veulent pas rendre le tableau. Elles le confirment faux et souhaitent saisir la justice, aux frais du propriétaire, afin de faire respecter une vieille loi française de 1895 qui autorise à détruire devant huissier une œuvre dont les ayants droit pensent qu'elle pourrait entacher la mémoire de l'artiste (deux œuvres de « Miro » ont ainsi été pulvérisées en 2013).

Quand on sait les incertitudes que soulèvent les questions d'attribution, les avis d'experts qui fluctuent parfois au vent des modes ou des intérêts qui les financent, une décision aussi imprudente et fatale a de quoi effrayer l'amateur de peinture naïve. Hier encore, un tableau du musée de Tessé au Mans, jusqu'alors relégué comme copie ou « école de » Bartolomeo Manfredi, vient d'être attribué au maitre lui-même, après restauration. De plus, on ne voit pas bien en quoi ces destructions pourraient, comme le disent certains, décourager les faussaires. Mais elles découragent certainement les propriétaires de tableaux dans la recherche de leur authenticité.

Et puis franchement, le tableau en cause est tellement médiocre, qui pourra croire qu'on a pu un jour le prendre pour une œuvre de valeur, même de Chagall ?

Mise à jour le 07.07.2022 : la cour d'appel en 2019, en opposition à la rigidité de la loi, mais pas contredite plus tard par la cour de cassation, a considéré que la mention "Reproduction" visible et indélébile au dos de la toile suffirait.  

Faux arbre en bronze de Guiseppe Penone, depuis 1999 dans le jardin des Tuileries à Paris.

dimanche 5 décembre 2010

Arbeit Macht Frei

Le travail rend libre. Profonde devise inscrite en fer forgé à l'entrée des camps d'extermination nazis, et régulièrement citée depuis par les nantis (ceux que le travail des autres rend libres), notamment par l'actuel Roi de la France.

Depuis des siècles l'être humain fournit une vie de labeur au service de la Patrie et de la Famille, après quoi on lui accorde de se distraire un peu, ou de se reposer, le plus souvent horizontalement avec les asticots.
Lorsque l'être humain est ainsi autorisé à cesser de travailler, s'il tient encore à la verticale, on appelle cela « la retraite ». C'est dire le peu de valeur qu'on accorde à cet état intermédiaire. Il suffit de lire la liste désespérante des synonymes du mot retraite (refuge, solitude, asile, fuite, repli, trou, cachette...)
On raconte qu'il existerait des êtres humains pour qui le travail est un bonheur quotidien et non une pesante obligation. C'est certainement de la propagande, une légende imaginée pour faire tourner les usines, les commerces, le système... Les plus simples y croient.

Se rassembler à six, armés d'appareillages sophistiqués, masqués par un tunnel et un virage, et surprendre les excès de vitesse des voitures entrainées par une pente naturelle, malgré la ressemblance avec un loisir, constitue cependant un travail rémunéré.

C'est donc fait depuis le 9 novembre. Le clan de ceux qui ont été élus pour ne pas avoir le même régime de retraite que les autres, a voté, sous l'impulsion du clan de ceux qui n'auront jamais assez cotisé pour partir à la retraite à l'âge légal, une loi ajoutant deux années à cet âge légal, c'est à dire deux années de peine supplémentaire pour ceux qui auraient déjà suffisamment cotisé pour partir à l'âge légal précédent. Le clan de ceux qui en souffriront est descendu dans la rue, par millions, mais le clan de ceux qui les coordonnaient, qui n'auront pas eux-mêmes le quota de cotisations nécessaire pour partir à l'âge légal précédent, ne semblait pas vraiment motivé pour contre-argumenter.

Ainsi, avec les progrès de la civilisation, s'étendront les cimetières de ceux qui sont morts au travail, pendant que leurs élus, démocrates fervents et prospères, sur leur lit de mort naturelle, auront l'expression sereine et satisfaite de celui qui croit son travail accompli.

samedi 13 juin 2009

Chronique de quelques petites libertés

La loi, digne d'une république bananière, avait été fignolée «aux petits ognons». Jugez-en. Ça se passe sur internet.
Les marchands de culture (disques et films, surtout) prétendent que leurs médiocres résultats sont dus aux téléchargements illicites, sur les réseaux de partage, des œuvres dont ils détiennent les droits. Alors ils ont obtenu une loi qui devait les autoriser à se connecter sur ces réseaux, simuler la recherche d'œuvres protégées, noter soigneusement l'adresse électronique des internautes qui les téléchargent (donc les partagent), et en transmettre la liste à un organisme d'enregistrement appelé Hadopi. Cette entité administrative, sans la moindre vérification, demandait alors aux fournisseurs d'accès, à la première récidive, de couper la connexion internet des contrevenants, de leur interdire pendant un an la souscription d'un autre abonnement, et de continuer cependant à percevoir le montant de l'abonnement suspendu. Tout ceci était entièrement automatisé pour répondre à des impératifs de performance (1000 abonnements suspendus par jour), sans moyen sérieux de défense ou de protection contre les usurpations d'identité, parait-il aisées.
Tout était vraiment bien ficelé. Le Conseil d'état, l'Assemblée nationale et le Sénat n'avaient rien trouvé à redire et les premiers milliers de lettres recommandées étaient prêts à partir quand a été connu l'avis du Conseil constitutionnel (décision n° 2009-580 DC du 10 juin 2009). Il remettait en cause toutes les avancées démocratiques de la loi : la présomption de culpabilité, l'absence de droit à la défense, la suspension d'une liberté fondamentale par une autorité non judiciaire. Quand on sait comment sont nommés les membres du Conseil constitutionnel, on frémit devant une telle ingratitude, ou une telle mesquinerie. Néanmoins le gouvernement a promulgué la loi sans attendre, le 12 juin, en supprimant les phrases et articles censurés par le Conseil constitutionnel, certainement pour les replacer bientôt après rafistolage.

Et il parait qu'en matière de libertés Hadopi n'est rien à côté de la loi Loppsi qui va passer cet été, pendant le mois d'aout, quand tout le monde fera la sieste. Comme en Chine, c'est le gouvernement qui interdira désormais sans contradiction possible les sites qui ne lui conviennent pas, et un tas d'autres plaisanteries dans le même esprit.

Au Louvre, ce qu'il reste de la douce main de la liberté parvient encore à apaiser la croupe fougueuse de l'abus de pouvoir devant les yeux absents de la République.Profitons de cette réjouissante chronique des libertés pour nous inquiéter de l'article 33. Rappelons qu'il instaurait une interdiction progressive de photographier les œuvres appartenant au domaine public exposées dans le musée du Louvre et qu'un article bancal du site du musée contredisait le règlement de visite et prétendait l'article 33 modifié et la photographie tolérée. Aujourd'hui, plus d'un an après, le règlement n'a pas changé et reste en contradiction avec les propos du site.
Alors Ce Glob Est Plat, fidèle à l'actualité la plus brûlante, a envoyé un reporter téméraire et chevronné constater la situation. Il en est revenu entier, avec quelques centaines de photograpies autorisées et une sentence de grand journaliste : « Ce qu'il reste de la douce main de la liberté parvient encore à apaiser la croupe fougueuse de l'abus de pouvoir devant les yeux absents de la République ».