samedi 24 août 2013

Il y a réalisme et réalisme

En réaction contre la peinture imaginaire, religieuse, morale, historique de leur pères prescrite par les académies, de nombreux courants picturaux réalistes, naturalistes, véristes, impressionnistes traversèrent l'Europe dans la seconde moitié du 19ème siècle.
C'est le prix même de la vie que de devoir se séparer du passé. De grandes théories furent imaginées à l'appui de cette réaction naturelle. Il fallait alors montrer le monde comme on le voyait, comme on le ressentait, sans l'idéaliser.

Telemaco Signorini (1835-1901) est un intellectuel florentin, légèrement excentrique et dandy. Il fréquente un cercle de peintres à la recherche de thèmes réalistes et de changements formels, les Macchiaioli, s'engage quelques temps comme nombre d'autres peintres auprès de Garibaldi, côtoie certains peintres français, Corot, Degas, théorise un peu et fonde une revue artistique éphèmère.

Au milieu des années 60 Signorini peint quelques tableaux au thème social, comme la célèbre Salle des agitées à l'asile San Bonifazio de Florence, en 1865, admirée par Degas, exposée aujourd'hui au musée Ca' Pesaro de Venise, ou comme l'Alzaia en 1864.


L'Alzaia (le chemin de halage) représente une scène de halage dans le parc Cascine à Florence, sur les rives de l'Arno, en fin de journée. La scène est reconstituée en atelier d'après des poses photographiées par Cristiano Banti, un collègue.
Cinq hommes peinent, tirant au bout d'une corde une charge qu'on ne voit pas. Le point de vue au ras du sol découpe sur le ciel leurs silhouettes sombres et leur donne un aspect menaçant, pour le petit chien qui aboie, et la fillette inquiète qui se protège dans la redingote de son père indifférent, le dos tourné.
L'étrangeté de la situation, la monumentalité du tableau (1,73 mètre), la pose sculpturale des personnages comme sur la frise d'un temple, donnent à cette scène un aspect irréel, symbolique (voire moralisateur). Récemment redécouvert et exposé au musée de l'Orangerie de Paris, le tableau est actuellement sur le marché de l'art.

Ilia Répine (1844-1930) est un peintre russe très réaliste, d'un réalisme cru, brutal, qui ne se pose pas vraiment de questions stylistiques. Et un réalisme littéral devient inévitablement une critique sociale quand il s'intéresse aux gens modestes.
Un temps membre du groupe des Peredvijniki (peintres ambulants) qui fuient l'académisme, Répine devient très vite renommé pour ses représentations fidèles de la réalité et un portraitiste recherché. Comme Rembrandt qu'il admire, il n'y met aucune manière et ne recherche que le naturel des modèles.
Très courtisé par Lénine qui le juge fondateur du réalisme soviétique il reste néanmoins jusqu'à sa mort dans sa propriété du golfe de Finlande sur les bords de la mer Baltique (aujourd'hui Répino, en Russie).


Entre 1870 et 1873, jeune médaillé de l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, Répine passe des mois sur les bords du fleuve Volga, auprès des travailleurs de force qui remorquent les bateaux. Il y réalise son premier chef-d'œuvre, Bourlaki na Volguié (haleurs sur la Volga), aujourd'hui au Musée russe de Saint Pétersbourg. 3,7 mètres carrés de réalisme vériste à la force du pinceau.
Depuis, le tableau est devenu le symbole de l'oppression dans la Russie tsariste. On le trouve reproduit dans les manuels d'histoire du monde entier.
 

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