lundi 2 novembre 2026

Orléans et le musée superlatif

Afin de fêter et justifier la réalisation de 10 ans de travaux d’aménagements incessants - mais sans fermeture totale - et avant de lancer quelques années de grands travaux de mise aux normes - avec fermeture totale - annoncés mais encore hypothétiques, le Musée des Beaux-Arts d’Orléans vient de lancer une campagne de publicité originale : Tout (re)voir. 

On y découvrira pour la première fois en une seule visite l’ensemble de la collection du musée, soit 1300 œuvres au lieu des 400 d'avant la période d'aménagements. Le musée en devient ipso facto "le plus grand musée en région" dit la direction. Annonce superlative et vague qui signifie peut-être simplement "le musée de la région Centre-Val-de-Loire qui expose le plus grand nombre d’œuvres".

Santerre, Jean-Baptiste, Les curieuses, 1704, une des merveilles du Musée des Beaux-Arts d'Orléans.
 
Pour atteindre la densité de 1300 objets sur 8000m2 et dans 40 pièces, le truc a été de supprimer les petites étiquettes explicatives placées à coté des tableaux (cartels) et de les déporter au sol, en en profitant pour les enrichir, et ainsi de réduire sur les murs l’écartement entre les œuvres. Nous avions en son temps ironisé sur le procédé et son ergonomie absurde : gêne occasionnée par l’éclairage des pieds du spectateur, interférences entre l’éclairage de l’œuvre et celui des commentaires, éloignement des petits caractères, temps de lecture limitant l’accès des autres devant les œuvres… 

Tout cela a-t-il été utile ? Est-ce que cela rend la visite plus attirante, plus instructive, plus agréable ?

Comme tous les musées des villes moyennes en France, ceux d’Orléans (Muséum et Musée des Beaux-Arts) bénéficient d’une fréquentation modeste mais stable depuis 25 ans (hors pandémie 2020-21), de 50 à 60 000 visites, essentiellement réparties, sauf évènements particuliers, sur les weekends et les périodes de vacances. Le nombre de visites d’un gros weekend n’y dépasse pas 2 à 3000, et le reste du temps le nombre du personnel de surveillance dépasse celui des visiteurs. 

Ainsi depuis 25 ans, expositions attrayantes ou non, promotions ou pas, refontes ou réaménagements, la fréquentation du Musée des Beaux-Arts n’a pas évolué *. Exposer 1300 œuvres au lieu de 400, farcir les cimaises avec le reste des réserves n’y change rien, et ne réussit qu’à rendre l’ensemble indigeste et fastidieux au profane qui a du mal à y distinguer quelques merveilles, et s’épuise à déchiffrer des kilomètres de commentaires.

Cela-dit, le Musée retrouve peut-être ainsi, verbeux et exhaustif, son véritable rôle de musée, qui n’est certes pas un centre de profit comme le souhaiterait tout gestionnaire, puisque tout se dégrade, mais le loyal gardien chargé de la conservation, l'entretien, l'analyse et l'exposition de nos connaissances et des traces de notre passé.
 
* Les données du Ministère de la Culture sont d’une fiabilité relative, d’abord parce que les musées fournissent des données souvent proches du n’importe quoi quand on les détaille un peu, et parce que le Ministère traficote les formats et les dates. Ainsi son tableau récemment mis à jour, attendu depuis 5 ans, ne donne plus que les chiffres de 2014 à 2024, escamotant la période 2001-2013. Le tout laisse l’impression d’un calcul griffonné sur un coin de nappe lors d’un repas bien arrosé.  



Musée des Beaux-Arts d'Orléans, nouveau mode de présentation des cimaises, mis en place progressivement entre 2016 et 2026.