dimanche 14 février 2010

Aventuriers du troisième millénaire

On dit l'esprit d'aventure envolé depuis belle lurette, et les grandes découvertes déjà toutes réalisées. Mais c'est compter sans les experts comptables. Il suffit de regarder cette affiche promouvant la profession, dénichée dans un aéroport parisien, pour réaliser qu'il subsiste au moins un métier périlleux, fait d'intrépidité et d'équilibre, d'audace et d'aplomb.

En quoi consiste ce métier mystérieux ?
D'après l'image, il s'agit, au moyen d'un téléphone cellulaire, de quelques grands documents imprimés et d'un costume discrètement rayé de se tenir en équilibre orthogonal sur un lampadaire, tout en arborant un air détaché.


Mais l'essentiel n'est pas dans l'apparence, car l'expert comptable est avant tout le technicien des nombres.
Comme l'aurait dit Alexandre Vialatte, les nombres remontent à la plus haute antiquité. Certaines sectes pensaient même qu'ils existaient bien avant le besoin de dénombrer.

De nos jours, on ne pourrait pas vivre sans les nombres, ils animent et étoffent nos phrases les plus banales. Par exemple «Désolé de ce retard, j'ai fait cinq fois le tour du pâté de maisons et finalement je suis garé sur un passage piétons». Ou encore «Ah ça va lui coûter cher à celui-là ! Où est mon carnet de contraventions ?». Notez ici le raffinement. Le nombre n'est pas exprimé directement, mais par un subtil artifice de langage se voit attribuer une valeur floue dont l'ordre de grandeur est pourtant limpide.

On le voit, il fallait bien une profession de spécialistes, flottant au dessus des mortels et des lois de la physique, pour expertiser, réguler et manipuler sans crainte et sans émotion des concepts aussi complexes.

2 commentaires :

luc a dit…

Je travaille avec des experts comptables, mais je n'en ai jamais vu dans cette position. Serait-ce de la pub mensongère ?
Merci d'avoir parlé de Vialatte, merci de m'avoir fait rire.

Costar a dit…

Et merci d'avoir apprécié cette plaisanterie, et Alexandre Vialatte.
Je citerai toujours Vialatte. Discrètement, mais je le citerai tant qu'il ne sera pas considéré comme Céline, Proust, Kafka ou Catherine mansfield. Ce jour viendra.
Sa chronique sur les erreurs de calcul est un joyau, parmi des centaines d'autres.