dimanche 17 octobre 2010

Les joies de l'ergotisme

L'ergot des céréales est un parasite. Il produit des alcaloïdes qu'on retrouve dans la farine, donc dans le pain, et qui occasionnent des hallucinations, des convulsions, la possession par le démon, des vomissements, des douleurs brûlantes, la nécrose puis la chute des orteils, des doigts, et enfin des membres. C'est l'ergotisme, un empoisonnement progressif de l'organisme. Au Moyen Âge, on l'appelait le feu de saint Antoine, le mal des ardents, la peste du feu.

Grünewald, détail du panneau de la tentation de saint Antoine
(musée d'Unterlinden, Colmar)


En ces temps-là, on croyait qu'un pèlerinage auprès des reliques des saints du christianisme, où d'images pieuses qui les représentaient, guérissaient, notamment du feu de saint Antoine. Et les moines Antonins du couvent d'Issenheim, près de Colmar, étaient renommés pour cela. Ils amenaient les malades devant les sculptures ou les peintures, pratiquaient un petit rituel, et le miracle se produisait, souvent. En fait, c'était le changement de régime alimentaire, notamment le pain fait d'une farine saine, qui désintoxiquait les malades les moins empoisonnés. Les moines l'avaient peut-être compris. Mais on ne dévoile pas un pareil filon.
Car de donation en donation, ils devinrent très riches et commandèrent un retable monumental, vers 1510, à Nicolas de Haguenau pour les sculptures, et, pour le polyptyque peint sur bois, à un homme dont tout a été oublié depuis, connu maintenant sous le nom probable de Mathis Gothart Nithart ou Matthias Grünewald.

Imaginez alors les malades commençant à se décomposer, transportés sur des civières au pied du retable. Un moine grassouillet ahane en déployant les immenses panneaux de tilleul. Le grincement des charnières se répercute sur les voûtes de la chapelle. Et un Christ fantastique en cours de résurrection sort alors des ténèbres. Couleurs éblouissantes, lumières au néon, magie !
On dirait David Copperfield, le célèbre illusionniste, filmé avec l'emphase de James Cameron ou l'émerveillement de Steven Spielberg. L'interminable linceul illuminé cache sans doute un savant dispositif pour maintenir ainsi le magicien, flottant dans l'espace.

Mais la féerie fonctionne.

Grünewald, panneau de la résurrection du Christ
(musée d'Unterlinden, Colmar)

***
Note : si vous souhaitez voir l'image de la résurrection dans ses dimensions originales (1800 x 2660 pixels), cliquez dessus. Vous serez alors transportés sur l'album Google-Picasa de «Ce Glob Est Plat». La fonction zoom (bouton avec une loupe) ou le le bouton «Télécharger» vous afficheront une image hélas anémiée de 1080 x 1600 pixels. Si vous en êtes satisfaits, stoppez alors cette procédure ridicule, mais si vous êtes opiniâtres, cliquez plutôt à droite de la page sur le lien «Ce Glob Est Plat». Vous verrez émerger laborieusement les vignettes de l'album des images du blog. Cherchez parmi les 450 images la vignette de la résurrection (elle est aujourd'hui vers la fin de la page). Une fois repérée, cliquez dessus sauvagement, elle s'affichera comme précédemment, mais cette fois-ci, le bouton «Télécharger» gratifiera votre persévérance d'une splendide image dans sa taille originale. Allez savoir pourquoi ?

2 commentaires :

Tilia a dit…

Bien que je ne prise guère les crucifix, calvaires et autres gibets, je dois reconnaître que ce retable est une pure merveille.

Sur le site du musée, l'animation 3D (cliquer sur la croix verte) n'est pas trop mal réussie et la visite virtuelle fort satisfaisante.

Au plaisir de vous lire, je retourne à mes rêves ;-)

Jaio Furlanâr a dit…

Grünevald semble bien avoir reussi dans l'intention d'effrayer celui qui regarde le tableau. Les lignes sont tortueuses et hachurées et même si le sujet lui était imposé, il a continué de peindre toujours comme-ça.
C'est vrai aussi que pour être admis, il fallait promettre que leurs biens en cas de morts allait aux moines qui, ayant reçu la permission du pape même pour éléver des cochons, envoyaient sûrement un bon pourcentage à Rome. Si on compte que à l'époque il y avait en Europe plus de 350 de ces centres voués à la "charité", c'était déjà la première grande multinationale.