dimanche 6 juillet 2014

Coorte l'immobile

Coorte Adriaen, Nèfles au bord d'une table et papillon
(Collection particulière Hollande)

Adriaen S. Coorte était un peintre discret. On ne sait ni quand il est né, ni quand il est mort.
De 1683 à 1707 on trouve des traces de sa présence à Middleburg, ville côtière du sud-ouest hollandais, et un peu à Delft.

Vers 1950, Bol, un érudit qui le sortit de l'oubli, dénombrait 80 tableaux de sa main, généralement signés, parfois datés, peints sur papier et ensuite collés sur des petits panneaux de bois.

Alors que ses collègues de l'époque peignaient les natures mortes, métaphores des vanités de l'existence, à grand renfort de vaisselles luxueuses, de fleurs éclatantes et de restes de copieuses agapes, Adriaen Coorte n'a représenté, sur ces 80 petits tableaux, qu'un modeste et unique coin de table ou de cheminée, un rebord de pierre à peine éclairé de la gauche par un rayon de lumière.
Comme si, paralysé, il n'avait jamais vu du monde que les rayonnantes grappes de groseilles, les humbles nèfles, les asperges et les coquillages que quelqu'un déposait devant ses yeux, dans ce recoin de l'espace.

Y a-t-il vraiment autre chose à voir ?

Coorte Adriaen, Groseilles à maquereau sur un coin de table,
1701 (Cleveland Museum of Art)

Coorte Adriaen, Botte d'asperges et groseilles, détail
(Washington National Gallery of Art)