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mardi 14 avril 2020

Histoire sans paroles (36)

Nombre de penseurs de tous les temps, et même des mathématiciens contemporains, ont affirmé, dans l’esprit de Platon, que la mathématique n’est pas une création du cerveau humain comme l’est le langage, destiné à simplifier et transmettre sa vision du monde, mais qu’elle préexiste, comme une entité abstraite, avec ses règles, ses formes et sa logique, comme la lumière, le feu ou les nuages, et que l’humain la découvre par une sorte d’opération magique et l’utilise alors comme outil pour comprendre le monde.
C'est vrai, pourquoi faire simple et évident alors qu’on peut faire complexe et invérifiable ?
Cela rappelle la célèbre démonstration faite par un prédicateur américain sur la banane, qu’il affirmait conçue par une intelligence créatrice nécessairement supérieure à l’humain, et dont ce dernier aurait compris le fonctionnement en constatant, parmi d’autres caractéristiques miraculeuses, que sa forme coïncidait exactement à la conformation des phalanges de la main pour une préhension idéale (*). 
Il faut admettre avec ces adeptes du surnaturel, que si la ligne droite tangente à un cercle (notre illustration, la Creuse à la croix de Laumay) ne respectait pas les règles de base prescrites par la géométrie, elle pourrait bien toucher ce cercle en plus d’un point, et entrainer ainsi des catastrophes ferroviaires certainement dommageables.
Comme l'écrivait Galilée en substance en 1623 dans Il Saggiatore (Le Trébuchet), « l’univers est écrit en langage mathématique, ses caractères sont des figures géométriques, et tenter de le comprendre sans connaitre ce langage serait une vaine errance dans un sombre labyrinthe. »

(*) Lire également dans ce même blog sur un sujet très voisin : Pourquoi les tortues ne sont pas cubiques.

samedi 28 juillet 2007

Un couteau suisse d'appartement

Dans les premiers siècles de notre ère, les promoteurs des grandes religions eurent l'idée ingénieuse de créer ou raviver la notion de «sauveur». Devant le peu d'assiduité des candidats à la croyance, ils proposèrent de leur éviter la rigoureuse discipline du pratiquant en inventant l'existence d'un représentant de commerce de leur dieu sur terre, qui se chargerait de toutes les tâches un peu ingrates, par exemple de supporter leurs souffrances à leur place. C'était nécessaire notamment pour faire du bouddhisme, doctrine nihiliste et plutôt improductive, un dogme populaire capable de maintenir un équilibre économique confortable. Le boulot fut confié à Avalokiteshvara, bodhisattva de son état (assistant d'un bouddha), qui renonça au nirvana pour endurer toutes les douleurs des êtres sensibles. Mais les êtres souffrants naissent à l'infini et leurs peines sont infinies. C'est pourquoi, après des péripéties où on vit sa tête exploser en 1000 morceaux, puis reconstruite en 11 têtes, il reçut d'un Bouddha 1000 bras et un œil dans la paume de chaque main. C'était un gain de productivité conséquent. On trouve parfois Avalokiteshvara représenté avec un objet par main. Chacun est consacré à une douleur ou un besoin particulier. C'est le cas de cette sculpture coréenne du 10ème siècle, exposée au musée Guimet, à Paris.

  L'Internet, qui contient pourtant tout l'univers, n'a pas réussi à nous renseigner précisément sur ces objets hétéroclites. Cependant on peut en reconnaître certains: deux artichauts, un drapeau américain, une tablette de chocolat, peut-être un téléphone cellulaire en bas à gauche... Ce Glob Est Plat avoue son ignorance du sujet et reste à l'écoute des propositions de lecteurs perspicaces ou documentés. Il faut noter, pour ceux qui n'auraient pas la chance de bénéficier d'un de ses 1000 bras, qu'Avalokiteshvara diffuse également un mantra (prière répétitive abrutissante) dont on dit qu'il est capable, même dit une seule fois, de satisfaire tous vos besoins terrestres, et même au-delà, et d'apaiser toutes vos douleurs: «OM MANI PADME HUM». N'hésitez pas à lui attribuer, après un emploi intensif, les quelques petits bonheurs de votre existence. Enfin, les bouddhistes tibétains pensent que les dalaïs lamas sont la réincarnation d'Avalokiteshvara. Malheureusement, le dernier dalaï lama est né avec seulement deux bras, ce qui, malgré sa bonne volonté, s'est révélé nettement insuffisant et n'a pas pu empêcher les montagnes de souffrances, persécutions, tortures et destructions infligées méthodiquement par le gouvernement chinois, depuis presque 60 ans, pour faire disparaître le peuple tibétain.