samedi 30 décembre 2006

Misons sur la Grande peinture!

Le Louvre a bien raison de miser sur Rubens et de lui consacrer cette immense galerie rutilante à la gloire d'une grosse reine de France.
Ce ne sont pas les asperges ni les nèfles qui attirent les euros du badaud, mais bien les anecdotes prétendument historiques et si possible allégoriques*, peintes au mètre carré, ou plutôt au mètre cube d'ors, de dégoulinantes soieries, et de viande humaine boursouflée.

C'est un bon calcul.

Adriaen Coorte peignait des fraises, des groseilles, des asperges, des nèfles, sur un coin de table en pierre, où venait quelquefois se figer un papillon égaré.
On ne sait rien de lui, sinon qu'il vivait aux Pays-Bas entre 1680 et 1710. Ses tableaux sont petits, sa lumière précise, sa matière nacrée.

Le Louvre possède deux tableaux représentant quelques coquillages, sur le même coin de pierre. Ils surgissent de l'ombre, dans une lumière chirurgicale qui leur attribue une réalité presque surnaturelle.
Depuis des années, chacune de mes visites au Louvre est ponctuée d'une pause devant ces deux joyaux exposés en pleine lumière naturelle. Ils révèlent la féerie qui pare souvent la matière la plus quotidienne.

Mais le Louvre a calculé que les coquillages ne rapportaient pas, au poids probablement. Il les a relégués dans une vitrine à l'angle d'un couloir lugubre, éclairés de deux petites lumières indigentes, dont l'une est en panne. On ne distingue plus la subtilité des coloris ni ces fins détails qui leur conféraient une telle présence.
Qu'importe. À quelques mètres de là, sur les murs de la galerie de Médicis, resplendissent l'Histoire de France et ses trésors ruisselant d'étoffes enflées, de bijoux et de nacres.

***
* J'aime les consonances du mot allégorique. Il m'évoque une sorte de maladie où le corps exprimerait sans retenue toute sa bile, ses humeurs et ses viscères.

1 commentaire :

Gisèle Bonehill a dit…

Je suis encore sur le blog et je suis assez stupéfaite de voir deux sujets ou goûts communs, stellarium, et Coorte, auxquels je faisais un peu référence quand je parlais des petites salles du Louvre, ces petits tableaux merveilleux, je venais les contempler, fascinée par leur luminosité même peu mis en valeur par l'éclairage.