dimanche 5 janvier 2014

Tous égaux

Le 27 décembre 2013, étendu, raide et froid comme un fusil mitrailleur, couvert de breloques rutilantes et multicolores comme un sapin qu'on aurait laissé allumé après les fêtes, Mikhaïl Kalachnikov ne sentait plus rien. À son chevet, Vladimir Poutine, despote de toutes les Russies, versait une larme théorique sur des souvenirs communs.

Diane chasseresse se couvrait d'un voile de deuil.


Chaque année emporte avec elle son lot de bienfaiteurs de l'Humanité. Ainsi, l'année qui s'achève a vu disparaitre Margareth Thatcher, Otto Beisheim, Paul Aussaresses, Mikhaïl Kalachnikov.

Né en 1919, Mikhaïl était l'inventeur, en 1947, du célèbre fusil automatique AK-47 et de tous ses avatars, la gamme des Kalachnikov. On dit qu'il en a fabriqué plus de 100 millions d'exemplaires, et qu'il y en aurait autant de copies, autorisées ou non. Et les avis compétents sont unanimes : c'est une arme simple, robuste, fiable, inusable, d'un entretien aisé, et bon marché.

Sur le plan de la rentabilité il est cependant malaisé d'obtenir des informations fiables. On parlerait, avec tous les conditionnels qui conviennent, de 10 ou 20 millions de victimes. Ce qui finalement, n'apporte pas la preuve d'une grande efficacité. Neuf Kalachnikov sur dix n'atteindraient jamais leur cible.
Mais rendons-lui justice, il n'est pas toujours nécessaire de tirer, la menace suffit généralement. D'ailleurs guérilleros, bandits, terroristes, fanatiques religieux, soldats des armées régulières et amateurs de jeux vidéos affirment acquérir par son usage une fière contenance, voire une extrême virilité.

Un autre grand inventeur d'armes, Samuel Colt, qui vendait ses révolvers aussi bien aux nordistes qu'aux sudistes esclavagistes pendant la guerre de Sécession américaine, déclarait avoir, par son invention, rendu les hommes égaux alors que Dieu les avait créés dissemblables.
Kalachnikov ainsi, en dépit du regret qu'il a exprimé de ne pas avoir inventé plutôt une tondeuse à gazon, aura lui aussi rendu les hommes plus égaux, surtout les morts.