La vie des cimetières (120)
Présentée avec Niklaus Manuel Deutsch dans la chronique précédente publiée simultanément (La vie des cimetières 119), voici l’intégrale de la fameuse Danse macabre qu’il avait peinte sur le mur du cimetière du monastère des dominicains de Berne autour de 1520, dans un montage en 6 panneaux des copies à l’aquarelle du musée historique de Berne, réalisées par Albrecht Kauw en 1649.
Les liens renvoient vers chaque scène de la Danse macabre dans le Catalogue raisonné des œuvres de Manuel Deutsch, où elle est accompagnée d’une analyse détaillée et des quatrains associés, le tout en langue allemande (souffrez d’éventuels contresens, la traduction automatique de l’allemand par les navigateurs n’est pas parfaite).
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4 commentaires :
Elle est étonnante cette série de stations, son style et sa fraicheur font qu'on pourrait presque la croire tirée d'une parution satyrique moderne (si ce n'était les mines de papier mâché des convives plus "datables").
Ils ont vraiment des airs de boute-en-train ces squelettes et ils sont diablement vivants ici.
Je ne veux pas insister mais il y a de la BD là-dedans. On pourrait dire aussi du cabaret, comme un espace de scène où les danseurs se moquent du public, jusqu'à sembler plus vivant que lui. Quelque chose aussi d'expressionniste comme dans certaines toiles d'Otto Dix.
La 12, Duc et comte, semble tout droit sortie d'un spectacle de music-hall !
"Willkommen! Bienvenue! Welcome!…"
Oui, vos remarques sont justes, et pourtant les aqua-gouaches de Kauw, remarquablement conservées, datent du 17e siècle, et l'inspiration et le style graphique remontent au début du 16e si on croit les spécialistes qui les pensent assez fidèles à la fresque originale.
Et à part la dérision du Christ, qui est une invention de Deutsch, les autres idées, même la mise en abyme du peintre par lui-même, ont été inventées dans des danses précédentes où on trouve déjà pas mal de transgressions. Au début de la Réforme, l'ambiance était à l'iconoclasme, on s'est beaucoup moqué de la religion instituée, avant de se prendre au sérieux et s'entretuer.
On a toujours une fâcheuse tendance à penser que notre époque a tout inventé. Je me rappelle encore mon étonnement à la découverte des portraits du Fayoum, ces visages en cire peints à la tête des momies en Égypte il y a 2000 ans, et que je réalisai alors qu'Ingres, et même que les portraitistes flamands des 15e et 16e n'avaient rien inventé.
https://tinyurl.com/ycm9727u
Pire encore, il ne reste rien de la peinture grecque des siècles précédents dont on dit que la peinture égypto-romaine n'était qu'une pâle imitation !
"Bienvenue! Welcome! Καλώς ήρθατε..."
On est d'accord, on voit ces mêmes idées et transgressions dans d'autres danses macabres ou dans des livres d'heures, mais rarement avec un traité pictural aussi proche d'une caricature "moderne", ici on est pas loin des trognes de Gustave Doré (je parle surtout des squelettes), ou des divagations d'un Solé.
Pour moi il y a là un petit mystère (pas que du Moyen-âge), comme il nous manque la fresque on ne peux que supposer que Kauw a été fidèle au modèle, mais pourtant rien dans l'œuvre de Deutsch (ni dans celle de Kauw) ne laisse entrevoir un tel traité caricatural dynamique.
Je suis loin de penser que notre époque a tout inventé, je penserais plutôt qu'on n'invente plus grand chose, mais c'est justement un émerveillement de découvrir encore des nouveautés si anciennes.
Notre perception d'une époque artistique, oblitère beaucoup de recoins où l'on peut percevoir une proximité très forte avec notre vision actuelle, les portraits du Fayoum, sont saisissants de familiarité pour notre regard, peut-être parce qu'ils ne sont pas noyés dans un dispositif visuellement complexe.
Quand Memling ou Holbein font des portraits on ressent un peu cet effet, que l'on ne ressentira pas forcément dans leurs œuvres moins profanes.
Cette danse (de Kauw) n'est pas un chef-d'œuvre, mais elle n'en est pas moins surprenante et admirable tant elle semble hors de son temps et proche du notre.
Dont acte !
J'aime bien votre expression "l'émerveillement de découvrir encore des nouveautés si anciennes". Il faudra que je la replace un jour.
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