Chronique amusée de Picardie
Les vérificateurs de la Chambre des comptes, en sus des conseils sur la sécurité et l’authenticité des comptes du musée de Picardie, ont sans doute également prodigué de pertinents conseils de salubrité en constatant dans les collections les trous d’envol (déjà anciens) de la petite vrillette, insecte xylophage qui aime tant l’art du passé, sur cette Déploration du Christ sculptée en Lombardie voilà plus de 5 siècles dans un bois de noyer, legs d'Albert Maignan en 1908, et injustement oubliée dans le joli Guide des collections édité par le musée.
Sur le sujet de l’ambition, alors que l’augmentation de fréquentation de 50% depuis la réouverture n’est qu’un phénomène connu dû au surcroit ponctuel de publicité et à la curiosité impatiente du touriste local, et alors que la Chambre des comptes reconnait que les recettes du musée ne couvrent que le quinzième de ses frais de fonctionnement, elle réclame néanmoins un nouveau projet scientifique et culturel (PSC) quand le précédent est à peine sec.
Parce que, pour ces gestionnaires qui ne lisent que les caractères numériques, présenter de manière agréable et instructive une belle collection de "vénus" de l’âge glaciaire, d’antiquités d’Égypte, de Tanagra, de superbes sculptures du moyen-âge au 19ème siècle, et de tant de tableaux inattendus, et maintenir un musée où "chacun trouvera sans doute une œuvre à aimer plus que les autres", comme l’écrit la conservatrice dans le Guide des collections, ne suffisent pas ; pour ces administrateurs de la croissance le chiffre du lendemain doit être supérieur au précédent. Il faut dire que sans un PSC conforme, le ministère ne subventionne plus.
Parce que, pour ces gestionnaires qui ne lisent que les caractères numériques, présenter de manière agréable et instructive une belle collection de "vénus" de l’âge glaciaire, d’antiquités d’Égypte, de Tanagra, de superbes sculptures du moyen-âge au 19ème siècle, et de tant de tableaux inattendus, et maintenir un musée où "chacun trouvera sans doute une œuvre à aimer plus que les autres", comme l’écrit la conservatrice dans le Guide des collections, ne suffisent pas ; pour ces administrateurs de la croissance le chiffre du lendemain doit être supérieur au précédent. Il faut dire que sans un PSC conforme, le ministère ne subventionne plus.
Sur le sujet de la rigueur, la Chambre constate que les réserves des musées de Picardie, trop nombreuses, ne sont pas assez sécurisées et sont hébergées dans des lieux mal adaptés (on ne dira pas où elles se trouvent, vous iriez y faire vos emplettes).
Elle n’apprécie pas non plus que l’inventaire, incomplet, soit partiellement inscrit sur un registre de papier et sur une feuille électronique de tableur modifiable par quiconque (on ne dira pas où se trouve le fichier, vous iriez y effacer toute trace de l’objet de vos emplettes).
En conclusion, achetez un ticket plein tarif, même si vous bénéficiez de réductions - la réservation n’est pas nécessaire - et allez vous promener dès que vous aurez un moment dans ce musée encore un peu humain - attention il ouvre le weekend à 11h au lieu de 9h30 - avant qu’il ne ferme à nouveau, pour des années de travaux destinés à satisfaire des illusions de performance et faire enfler une dette sans fin.
























5 commentaires :
Ave Picardia Nutrix !
A coup sûr, ces comptables ronds-de-cuir sont lillois, normands ou pire, parisiens, mais en tout cas ce sont des jaloux maladifs qui ne peuvent que nuire au plus beau musée du monde de la plus belle ville de l’Univers.
…
Je m’étonnerai toujours d’entendre nommer « Vénus » (une très vulgaire divinité romaine) ces vénérables déesses-mère callipyges façonnées 20 000 ans, voire 100 000 ans avant Romulus et Remus et leurs pitoyables pizzerias latines.
Ce magnifique musée abrite aussi le Priape de Rivery (fr.wikipedia.org/wiki/Priape_de_Rivery), Rivery étant un quartier d’Amiens (comme Renancourt et Saint-Acheul) ; c’est vous dire que cette ville DOIT être considérée comme le berceau de la civilisation occidentale (notamment, hein).
Bien à vous.
Ah ces gallo-romains, c'étaient des rigolos ! Je n'ai jamais trouvé de photo représentant la chose rangée dans son fourreau. Toutes celles qu'on trouve sur internet sont de grossiers montages qui donnent l'impression d'un faux dont les parties ne coïncideraient pas, ce qui me désole.
Vous qui parlez le latin picard, peut-être pourriez-vous intercéder pour que le musée affiche dans la vitrine une photo des deux pièces assemblées, ce qui prouverait leur authenticité.
Ne prenez-vous donc pas de vacances ?
Votre régularité d'horloge remet ma pendule à l'heure, et je m'aperçois que le temps passe à une allure qui m'étonne toujours vu le peu de chose que je fais pour l'accélérer.
Donc, juste en passant, je suis surpris d'être étonné de stupéfaction médusante par votre requête à GjG alors que son lien (et on ne peu pas dire que vous en ignorez l'usage ! Vous êtes même une sorte de Maître Shibari 9eme dan de l'art du blog ) , son lien disais-je, renvoie aussi aux fichiers liés (wikimedia commons) qui confirment l'emboîtement de la chose dans le machin.
Prenez un peu de vacances… vraiment Maître, vous vous surmenez !
Cher Vasco, je ne prends jamais de vacances, enfin pas comme on entend le mot dans notre beau pays productiviste, et il y a bien longtemps que je consacre l'été à peindre au frais dans mon atelier plutôt qu'à me mêler au troupeau.
Quant à la statuette de monsieur Priape, je me suis probablement mal exprimé. J'ai bien sûr vu l'objet à Amiens et lu le commentaire du musée qui précise sans équivoque et avec des mots choisis "En soulevant le cucullus, un manteau à capuchon, apparaît un phallus dressé". Mais je voulais savoir si la figurine une fois réunie devient réaliste, si elle dissimule alors parfaitement son secret, car les deux objets séparés me paraissent de styles hétérogènes, si j'ose dire, entre la finesse anatomique du bas, et l'aspect nain de jardin macrocéphale et manchot du haut. Or les images d'internet qui les montrent réunis ne sont que de grossiers collages des deux photos, et la figure en est ridicule au point qu'elle donne l'impression d'être un faux.
Mais rassurez-vous, j'ai depuis trouvé des gravures sérieuses sur Gallica, et même une photographie, qui confirment nettement mon impression première : les deux pièces assemblées donnent un résultat aux proportions erronées, comme un nain de jardin sur des jambes de danseuse, et le tout mal ajusté puisque le commentaire sur Gallica précise que le cucullus, tunique courte qui cache les bras, doit tomber au-dessous des hanches, ce qui est loin d'être le cas sur les gravures comme sur la photo.
Conclusion, le possesseur d'un tel objet inharmonieux ne pouvait pas dissimuler longtemps qu'il cachait un secret, ce qui n'est pas intellectuellement satisfaisant.
Les preuves : https://digitalmuret.inha.fr/s/digital-muret/agorha/269218
En fait j'étais assez convaincu que vouliez dire autre chose que ce que je croyais comprendre,… hum.
Et pour tout dire je suis assez de votre avis, cet objet n'a ni queue ni tête (j'ose) ; et au delà de l'idée graveleuse d'intérêt douteux qu'il propose, on se pose évidement la question qui vous perturbe : y'a un truc qui cloche, ça s'emboîte pas de manière à cacher la chose et la garder secrète.
L'autre possibilité : c'est le travail d'un exhibitionniste mal foutu.
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