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mardi 7 novembre 2017

Monuments singuliers (8)



L’hommage aux caporaux fusillés pour l’exemple à Suippes

La Grande guerre de 1914-1918 a été un des carnages les plus efficaces perpétrés par des humains pour détruire une partie de leur propre espèce.

À Souain dans la Marne, les soldats de la 21e compagnie du 336e régiment d’infanterie reçoivent l’ordre de reprendre à l’ennemi une position située derrière un terrain couvert de barbelés et de cadavres de leurs camarades mitraillés qui ont tenté l’opération.
Alors ce 10 mars 1915, les soldats, même menacés d’être abattus sur place par les officiers, refusent de quitter la tranchée. L’attaque est reportée de 12 heures. Le brave général Réveilhac, loin du front, ordonne (mais refuse de le confirmer par écrit) que des obus arrosent les tranchées rétives.
À l’aube les soldats refusent toujours de partir pour l’abattoir.

Une semaine plus tard, quatre caporaux choisis plus ou moins au hasard sont hâtivement fusillés à Suippes devant le régiment au complet, surveillé par une compagnie de cavaliers. Ils n’avaient pas 30 ans. Un ordre de surseoir à l’exécution pour demande de recours en grâce est, parait-il, arrivé trop tard.

Toutes les civilisations (enfin, c’est ainsi qu’elles se nomment) ont toujours exalté le sacrifice, l’offrande publique de vies humaines, histoire d’enfoncer dans la tête des peuples bornés et récalcitrants les idéaux magnifiques de soumission qu’elles ont imaginés pour eux.

Après des années d’efforts des familles des fusillés, le 2 mars 1934, la justice reconnaissait que « l’ordre était irréalisable et que le sacrifice dépassait les forces humaines ».

Le lourdement médaillé général Réveilhac s’éteignait dans son lit le 28 février 1937, à 86 ans.


Le monument de Suippes en mémoire des 4 caporaux fusillés pour l’exemple est inauguré le 1 décembre 2007. Le sculpteur Melden les a représentés comme des sacs de pommes de terre sans vie, uniformes jusqu’aux visages semblables.


Le monument aux morts officiel de Suippes, entre la mairie et l'église, sculpté par Desruelles (comme à Commentry), inauguré le 26 octobre 1930. On remarquera l’absence d’accent sur le « A » de la dédicace, une erreur qui transforme le sens de la phrase.



vendredi 14 juillet 2017

Monuments singuliers (6)



Le monument aux fusillés pour l'exemple de Vingré

Le 27 novembre 1914, dans le nord-est de la France près de la localité de Vingré, dont l’article est vide dans l’encyclopédie Wikipedia, un sous-lieutenant quelconque dans un régiment d’infanterie qui avait perdu en trois mois plus de 60% de ses effectifs, donne l’ordre de repli à 24 fantassins pris sous la pluie d’un bombardement allemand.
Le commandant de la compagnie, contrarié, lui demande alors de ramener les hommes en première ligne.

Informé, le général de corps d’armée décide de fusiller les 24 fantassins, histoire de faire un exemple. Le sous-lieutenant oublie de mentionner son ordre de repli à ses supérieurs. Pour mémoire le mot fantassin a la même origine latine que les mots infanterie, enfant ou fantoche, « infans, celui qui ne parle pas ».

Le 3 décembre, le Conseil de Guerre désigne finalement 6 hommes au hasard parmi les 24, et les condamne à la peine de mort pour abandon de poste en présence de l’ennemi.
Le lendemain se déroule dans un champ la parade d’exécution. Un millier de fantassins atterrés défilent devant six cadavres encore chauds et lestés de treize balles (12 fusils par condamné et le coup de grâce du sous-officier).
Le journal des opérations du régiment fait état ce jour-là de 6 morts et 2 blessés.

Il y aurait eu quelques centaines de ces exécutions pour l’exemple pendant la Grande guerre. 600 ou 700 soldats. 42 seulement ont été reconnus innocents, entre 1920 et 1930. Parmi eux figurent les fusillés de Vingré, dont le « jugement » est annulé par la cour de Cassation, qui déclare en 1921 « décharger leur mémoire de cette condamnation » (Jugement pp. 54-57).

Le monument de l’absolution est inauguré le 5 avril 1925.
Depuis, leur souvenir est commémoré, ils sont devenus citoyens d’honneur du département en 2004, visités régulièrement par les officiels les plus éminents, et désormais flotte en permanence sur leur mémoire, dans le champ d’orge de leur calvaire, en haut d’un mât, immaculé, l’emblème altier de la Patrie.