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mardi 19 mai 2026

Ce monde est disparu (27)

         
Est-ce pour fêter un millésime ou pour relancer une saison d’enchères morose que la maison Sotheby’s tente aujourd'hui d’éblouir le chaland avec une hyper exposition, 1000 œuvres de tous les grands noms couvrant l’époque moderne de 1875 à 2025, en 6 dates du 14 au 20 mai 2026 (pré-visite sur réservation horaire, le nombre d’entrées est limité) ? 
Il n’y manquent que deux ou trois noms qu’on ne citera pas pour ne pas remuer leurs cendres ou leur vanité, et tous ne sont pas représentés par leur meilleure inspiration, car il n’est pas si facile d’exposer simultanément 1000 œuvres graphiques dans cette espèce de coffre-fort sans fenêtre, au 945 Madison Avenue, à New York, que Sotheby’s vient d’acheter, au prix d’un beau Rothko dit-on ; une affaire. C’est sa première exposition dans les lieux.   

Pour l’instant, sur les premières dates - en 3 ventes les 14 et 15 mai - le client a globalement respecté les prix estimés fixés par le marchand ; rappelons que l’estimation est une sorte d’ordre de grandeur qui insinue un biais d’ancrage et une attraction involontaire dans l’esprit de l’enchérisseur. 
Deux exemples frappants, sans doute décevants pour Sotheby’s qui ne le dira pas, les prix du Rothko (illustré plus bas), dont l’estimation moyenne était de 85M$ (millions de dollars), parti à 86M$ (commission incluse mais hors taxes), et le tableau de Basquiat à 53M$, tous deux dans la moyenne des prix de leurs meilleures œuvres, mais loin - moins de la moitié - de leurs records respectifs.  

Sur les 378 lots des 3 ventes, 9% [32] sont invendus et 20% [70] ont dépassé de 2 à 4 fois l’estimation moyenne. 4 surenchères inattendues ont dépassé 8 fois l’estimation, dont la Salle de bain d’Antonio López, estimée 250k$ et partie contre 1,984M$ (illustrée plus bas). 

Aujourd’hui, 5 tableaux des 3 premières ventes ont été retenus par le mauvais gout du blog, qui a concocté ci-joint quelques belles reproductions dont le téléchargement est conseillé, car la maison de vente ne l’autorise plus (quand on vous dit que la civilisation s’effondre, depuis que Sotheby’s appartient à un français endetté jusqu’au plafond, et qui n’est devenu un milliardaire virtuel qu’au prix d’innombrables licenciements et délocalisations d’entreprises).

Dans quelques jours paraitra un choix parmi les 3 dernières ventes, après publication des résultats du 20 mai.

Illustration d’entête :
Mark Tansey, Continental Divide (ligne continentale de partage des eaux), 1994, 216cm, estimation 3,5M$, adjugé 4M$. Tansey est un peintre spirituel (ici et ) et son ennuyeuse monomanie monochrome ne l’empêche pas d’être très coté. 

Illustrations ci-dessous :
Mark Rothko, Brun et noir sur rouges, 1957, 230cm, estimation 85M$, adjugé 86M$. Un des plus beaux Rothko, pour qui aime le peintre, mais des enchères nonchalantes. 

Tomás Sanchéz, Deux eaux, 1989, 100cm, estimation 150k$, adjugé 243kM$. Peut-on ne pas aimer un peintre qui de sa vie n’aura peint, encore aujourd'hui, que des arbres, par millions (ici, ici, et ) ?                         

Antonio López (García), La salle de bain, 1966, 229cm, estimation 250k$, adjugé 2M$. Une belle culbute de la cote pour ce peintre et sculpteur qu’on dit hyperréaliste encore aujourd'hui à 90 ans. 

Joan Miró, Dormeurs réveillés par un oiseau, gouache et aquarelle, 1939, 41cm, estimation 4Mk$, adjugé 6,5M$. Il a été prouvé que Miro ne pouvait pas connaitre les Shadoks de Jacques Rouxel 30 ans avant leur création.


mercredi 11 septembre 2024

Du bon usage de la logique Shadok

La centrale électrique EPR de Flamanville, vue de la route touristique. On sent à certains détails imperceptibles qu’on souhaite faire comprendre au quidam en villégiature (de préférence francophone) qu’il aborde à ses risques et périls les secrets de la Défense nationale. 

Le 3 septembre dernier, sur la côte marine de Flamanville en Cotentin, non loin de Cherbourg, l’uranium du premier réacteur pressurisé européen en France (EPR) subissait les outrages de quelques neutrons sciemment envoyés pour semer la discorde. L’agression énervait passablement les noyaux du métal qui ne tardaient pas à s'échauffer. Leur énergie thermique savamment captée taquinait alors une simple bouilloire du commerce dont l’eau, à son tour surexcitée, tentait de fuir l'offensive en se vaporisant. Cette pression était intelligemment captée et détournée vers une turbine placée là opportunément pour transformer le désordre cinétique en un travail mécanique régulier, apte à faire tourner sur son axe le champ magnétique d’un aimant dans la bobine d’un alternateur… Là, on est en train de perdre le lecteur ! 


Résumons. Tout cela générait finalement un flux électrique grâce auquel le plus haut responsable de la centrale de Flamanville présent ce jour-là et un haut fonctionnaire du gouvernement, désigné d'office, se congratulaient rassérénés devant la machine à café de la salle de réunion, qui venait donc de redémarrer.

Et encore, on a énormément simplifié la description du mécanisme.


Évidemment les médias ont suivi l'évènement, mais au lieu d’informer le public sur le fonctionnement de cette merveille de la technologie, ils ont insisté lourdement sur les délais et les couts démesurés de réalisation du projet, en détaillant les 12 ans de retard, le délai multiplié par 3, et le budget initial multiplié par 4 (en réalité c'est par 6, soit 20 milliards d’euros, car la presse recopie sans réfléchir les communiqués de l'AFP, qui a oublié les frais annexes dont les frais financiers, rappelés par la Cour des comptes et par Reporterre).


Tout cela est mesquin. Les médias savent, leurs archives l’attestent, que le mensonge prévisionnel par omission est la raison d’être de tous les projets d’envergure, sans quoi ils n’obtiendraient jamais le moindre financement. Quant au délai, il est permis d’espérer qu’il aura servi à récupérer un peu de l’expérience et des compétences perdues au long des dizaines d’années de sous-traitance au rabais de cette industrie.

Enfin, rappelons comme le répète M. Jancovici sur la chaine Public-Sénat, que le prix de l’électricité, même multiplié par 3 ou 4, sera toujours quasiment gratuit compte tenu de l’absolue nécessité du produit. 



***

Le lendemain, 4 septembre, l’électricité était coupée par le système d’alerte automatique. Plus de réaction nucléaire, plus de café.


La porte-parole d’EDF et l’AFP étaient rassurantes. Contrôles et analyses étaient mis en œuvre pour identifier l’aléa, peut-être y avait-il une pièce défectueuse ou une "mise en configuration inappropriée de l’installation." Et d’ajouter "Ça prouve que le système de sécurité fonctionne bien."


Magnifique sentence ! 

En effet, s’il faut qu’un système sur deux tombe en panne, il est préférable que ce ne soit pas le système de sécurité, celui qui surveille l’autre, notamment en matière nucléaire. Et puis personne ne contredira que le socle de tout progrès scientifique est l’expérimentation, faite d’essais et de ratés continuels. C'est la méthode expérimentale préconisée dans le livre 1 chapitre 18 de la philosophie des Shadoks de Jacques Rouxel, qui a depuis longtemps supplanté Descartes dans les hautes sphères de l’État.  


Rappelons l’article 1 de la philosophie expérimentale Shadok :

Chez les Shadoks la situation est satisfaisante, les essais de fusée continuent à très bien rater. Car c’était un des principes de base de la logique Shadok, ce n’est qu’en essayant continuellement que l’on finit par réussir, ou en d’autres termes, plus ça rate plus on a de chances que ça marche. […] Il commençaient donc à essayer très tôt le matin. Les essais rataient d'abord pendant toute la matinée. […] Vers midi, ils prenaient un repas léger. Ça continuait ensuite jusqu'à la nuit. Et le lendemain, de très bonne heure, toujours, ils recommençaient.


***

La machine a café fonctionne à nouveau depuis le 7 septembre, à 0,2% de sa puissance théorique. Les cafetières des habitants du Cotentin seront probablement alimentées à partir de cet hiver, sauf aléa, imprévu, impondérable, ou manque de chance. 


Et il est réconfortant d’apprendre qu’une floraison d’EPR de future génération poussera bientôt dans les régions de France (loin de la capitale, si possible). Ils ne sont pas encore conçus mais on nous dit qu’ils seront moins compliqués et moins chers, tout en restant aussi fiables et sécurisés. On est impatient de les voir fleurir près de chez nous, par exemple pour remplacer à Saint-Laurent-des-Eaux les deux réacteurs dont le combustible avait commencé à fondre en 1969 et 1980, hors service depuis 1992 et toujours en cours de démantèlement, mais qui, en dépit de ces accidents ("incidents graves" dit la police), manquent cruellement à la prospérité économique, culturelle et sportive de cette belle région.



***

Pendant ce temps aux antipodes, dans feue la centrale nucléaire de Fukushima, tout est parfaitement conforme au pire des scénarios. Les millions de mètres cubes d’eau de refroidissement encore un peu contaminée commencent à être déversés dans l’océan, pour faire place, dans les citernes, aux eaux nettement plus contaminées. La Chine et la Russie utilisent ce prétexte pour cesser leurs achats de poisson, coquillages et crustacés Japonais. 

Mais 13 ans après la fusion du combustible des cœurs de la centrale, l’opérateur Tepco a bien d’autres choses en tête. Il cherche à se défaire des centaines de tonnes de débris fondus ultraradioactifs. Et conformément à la philosophie Shadok, décidément fort pratiquée dans ce secteur d’activité, il envoie dans l'enfer des robots de plus en plus sophistiqués et cuirassés, que les radiations déglinguent instantanément.


Pourquoi s’embêter à les récupérer au lieu de tout laisser sur place ? Pour les vendre à la France qui les entreposerait, rente viagère éternelle, dans ses cimetières de déchets de La Hague ou du plateau de Bure ? Sa réputation d’excellence dans les projets sans fin aurait-elle traversé les frontières, comme la radioactivité ? 


samedi 2 mars 2024

Rectificatif optimiste

À l’attention du lectorat le plus fidèle et le plus rapide de Ce Glob (à la louche une quinzaine - oui, tout fout le camp), la conclusion dramatique de notre dernière chronique, le 29 février, a été bouleversée par des informations parues quelques heures après sa publication et qui la contredisent. Or Gougueule ne fournit pas (à notre connaissance) de fonction d’alerte des mises à jour, sauf à modifier la date de publication des chroniques concernées, ce qui mettrait un désordre irréparable dans la belle régularité des publications de Ce Glob.
Un copieux paragraphe de mise à jour a donc été inséré en fin d’article. Pour éviter de laborieuses manipulations, nous le reproduisons plus bas ici-même. 

À l’adresse encore de ce lectorat loyal, vous trouverez en haut de la colonne de droite du Glob, dans une petite liste de fonctions élémentaires intitulée "QUE FAIRE", le choix "LIRE les mises à jour". N’hésitez pas à le solliciter de temps en temps, il affiche, classées de la plus récente à la plus ancienne, les seules chroniques qui ont fait l’objet d’une mise à jour. Les mises à jour après publication sont relativement rares, le plus souvent elles commentent le résultat d’une vente aux enchères annoncée dans la chronique. 


Rectificatif à la chronique du 29.02.2024 : Quelques heures après la publication de cette chronique, et une semaine après l'accident, l'entreprise qui a créé l'engin vient de diffuser 3 photos du moment de l'alunissage. On y distingue nettement le pied cassé dont la rupture a mis l'appareil sur le flanc. Un article de l'AFP dans Le Monde relate que malgré l'échec d'un certain nombre (non précisé) des expériences et analyses prévues et d'après un responsable de l'organisme public "[la mission] est un succès du point de vue de la NASA". 
Aucun média n'en parle pour l'instant, mais il y a de fortes probabilités pour que la boite de billes de Koons - dans une position désagréable mais espérons-le pas trop humiliante - ait conservé son intégrité et soit encore présentable à l'œil des visiteurs extraterrestres du futur. 

Ainsi, tout est bien qui finit bien, la civilisation en déroute peut poursuivre sa tentative désespérée de fuite d'une planète qu'elle a ruinée. Le moraliste Jacques Rouxel ne faisait-il pas dire à ses Shadoks "Plus ça rate, plus on a de chance que ça marche" ?

jeudi 29 février 2024

Chronique exorbitante du 29 février

Jean-Léon Gérôme - Promenade intime au clair de Lune de Louis 14 et Mme de Maintenon, 1896, 139cm. Marché de l’art, estimé 600k€, invendu en mai 2021 chez Sotheby’s.
Louis 14 est l’un des 125 élus bienfaiteurs de l'Humanité, 
aux côtés de Bowie et de Josephine Baker dans une liste que l'artiste Jeff Koons vient d'envoyer symboliquement sur la Lune. Gérôme et Koons ont tant d’affinités dans le kitch qu’il est curieux que ce dernier n’ait pas inclus Gérôme dans sa liste, qui compte pourtant Dalí et Warhol.


Aujourd’hui 29 février est le jour astronomique, le jour fictif ajouté à son calendrier par une humanité désorganisée, pour remédier aux incohérences de la mécanique céleste qui n’a jamais été capable d’ajuster la durée d’une révolution de la Terre autour du soleil à la durée de la rotation de la Terre sur elle-même, pour que les saisons arrivent toujours aux même dates. C’était pourtant la moindre des choses, sinon, à quoi bon créer ces animaux pensants garnis de jabots, pourpoints, rhingraves, bas de soie et souliers à talon qui arrondissent si bien le mollet ?

   

Par bonheur, nous dit le père Pline dans le livre 18 de son Histoire naturelle, "le dictateur César […] ramena l'année à la révolution solaire avec l'aide de Sosigène, astronome habile", et on célèbre ainsi aujourd’hui le 515ème de ces jours supplémentaires depuis la recommandation de Sosigène à César. 

Ce qui ferait pas mal de numéros de la Bougie du Sapeur, ce quotidien digne du style de l’Almanach Vermotqui ne parait que le jour bissextil, et qui inaugure aujourd’hui, dans son numéro 12 seulement, un feuilleton à épisodes, quadriennaux donc, histoire de fidéliser son lectorat.


Alors à jour astronomique, chronique astronomique.

Nous examinerons aujourd'hui un projet artistique exorbitant.  


Perdus dans la surveillance attentive de vos dépenses quotidiennes vous n’avez probablement pas remarqué que des bienfaiteurs de l’humanité, par exemple Jeff koons ou Elon Musk, œuvraient dans l’ombre pour notre salut.


Koons, rappelez-vous, c’est ce chef d’entreprise à la tête d’une usine d’une centaine d’ouvriers qui fait fortune dans le kitch et le luxe tapageur. On connait ses immenses petits chiens ou lapins en ballons chromés hors de prix (des dizaines de millions aux enchères), ses machins géants en plastique de couleur, son mariage avec une fameuse députée italienne et leurs œuvres pornographiques (Google ne les montrera que si vous ajoutez un mot magique dans la recherche), bref un artiste de notre temps.


Quant à Musk, ses bienfaits technologiques pour la planète sont connus de tous, ses milliers de satellites qui ont pris possession du ciel comme une armée de nouvelles étoiles, ses voitures électriques de plus de deux tonnes, ses expériences d’implants électroniques dans les cerveaux humains qui permettront bientôt de changer de chaine de télévision sans les mains, son pilotage hystérique des réseaux sociaux, et ses fusées monumentales qui brulent des milliers de tonnes de carburant pour livrer des pizzas sur la Lune et bientôt sur Mars.


C’est justement une fusée de Musk qui vient de propulser vers la Lune le 15 février dernier un engin commercial qui devait (voir plus bas en note* la raison de ce verbe à l'imparfait), le 23 février, déposer non loin de son pôle sud du matériel pour la NASA et un petit cube transparent de 20 centimètres pour Koons, cube contenant 125 sphères inoxydables de 2,5 centimètres de diamètre, peintes à l’imitation de phases de la Lune, appelé donc "Moon phases".  


L’ambition de Koons en faisant livrer cette boite de billes sur le sol lunaire est de "créer un site patrimonial éternel", "apporter un sens au dialogue" et "communiquer globalement aux gens que l’art peut transformer nos vies", dit-il. Ailleurs il ajoute "[c’est] une continuation et une célébration des réalisations de l’humanité au sein et au-delà de notre propre planète".

C’est bien ce qu’on avait compris. Cet homme voit loin, très loin, sa pensée flotte déjà dans le vide sidéral. Précisons qu’il a obtenu pour cela l’approbation du Gouvernement américain, propriétaire de la Lune depuis qu’il y a envoyé le pied de l'Homme en juillet 1969, comme chacun sait. 


Sur Terre, pour transformer nos vies, les mêmes 125 lunes inoxydables seront mises en vente séparément. Les prix ne sont pas publiés. Elles mesureront cette fois 40 centimètres. Près du pôle sud de chacune sera collée un petite pierre précieuse indiquant le site d’alunissage, et leur boite transparente portera gravée le nom d’une "personnalité qui a apporté une contribution considérable à travers l’histoire - Each moon phase will have the name of an individual throughout history that has made a tremendous contribution".


Là encore on mesurera la grandeur du concept en consultant la liste des 125 personnalités distinguées par l'artiste. 

À votre avis, qu’obtient-on en demandant les 125 personnalités les plus importantes de l’histoire de l’Humanité à un riche américain contemporain, d’intelligence moyenne mais débrouillard, à la culture modeste mais qui se préoccupe de ne pas vexer les communautés influentes pour ne pas porter préjudice à son bizness ?


Cette liste absurde est sur le site du projet à la page Explore. Choisissez le bouton List et classez l’ensemble dans l’ordre alphabétique (enfin, ça ne sera que l’ordre idiot anglo-saxon, celui des prénoms). 

Pour le plaisir de la consternation nous l’avons traduite en français et classée en familles plus bas en fin de chronique.


***

(*) Aux dernières nouvelles, contrairement à ce qu’annonçaient orgueilleusement comme un alunissage historique tous les médias le 23 février - la première fois qu’une entreprise privée se pose en douceur sur la Lune puisque tous les "essais privésont pour l’instant été des échecs l’engin n’a malheureusement pas aluni normalement.

Les images promises en direct des alentours n’ont pas été diffusées et l'Entreprise admet depuis le 25 février que la sonde est sur le flanc, qu’elle peut communiquer, qu’on ne sait pas encore si les instruments scientifiques de la NASA seront opérationnels, et que "la seule charge utile payante située du mauvais côté de l’atterrisseur, pointant donc vers la surface lunaire, est un projet artistique statique". Il s’agit hélas du projet de Jeff Koons. 


L'impérissable chef-d’œuvre a-t-il fini coincé dans une boite de conserve cabossée ou éparpillé comme un jet de billes sur le sol gelé dans l’obscurité quasi permanente du cratère "Malapert A", au pôle sud de notre satellite naturel, un détritus humain de plus ?

On n'aura sans doute jamais la réponse, ni les images. Aujourd'hui les médias pavoisent, Koons remercie tout le monde sur les réseaux, ses lunes "sont sur la Lune". On ne sait dans quel état. Dans quelques heures la sonde entrera dans la nuit lunaire pour deux semaines. Tout s'éteindra. La Nasa commence à chauffer ses avocats sur les détails du contrat commercial.  


Charles Malapert, savant distingué au 17ème siècle, n’était pas dans la liste des immortels contributeurs de Jeff Koons. 


Mise à jour du 29.02.2024 à 8h : Quelques heures après la publication de cette chronique, et une semaine après l'accident, l'entreprise qui a créé l'engin vient de diffuser 3 photos du moment de l'alunissage. On y distingue nettement le pied cassé dont la rupture a mis l'appareil sur le flanc. Un article de l'AFP dans Le Monde relate que malgré l'échec d'un certain nombre (non précisé) des expériences et analyses prévues et d'après un responsable de l'organisme public "[la mission] est un succès du point de vue de la NASA"

Aucun média n'en parle pour l'instant, mais il y a de fortes probabilités pour que la boite de billes de Koons - dans une position désagréable mais espérons-le pas trop humiliante - ait conservé son intégrité et soit encore présentable à l'œil des visiteurs extraterrestres du futur

Ainsi, tout est bien qui finit bien, la civilisation en déroute peut poursuivre sa tentative désespérée de fuite d'une planète qu'elle a ruinée. Le moraliste Jacques Rouxel ne disait-il pas de ses Shadoks "Plus ça rate, plus on a de chance que ça marche" ?


Mise à jour du 26.04.2025 :
 
Nous en étions restés, sur le site du fabriquant de l'engin lunaire, au communiqué du 29.02.2024 récapitulant la mission IM-1, transformant l'échec quasi total des expériences sur la Lune en succès de l'ingéniosité américaine et suivi d'un étrange paragraphe délirant sur les "énoncés prospectifs" (Forward-Looking Statements) qu'on lirait sans surprise dans les attendus du procès de Joseph K

Confiante, la NASA et son sous-traitant ont persévéré avec la mission IM-2 qui alunissait le 06.03.2025. Les communiqués du fabriquant sont un peu désordonnés mais on comprend bien que l'engin, à nouveau, s'est posé sur le flanc. On apprendra peu après que toutes les expériences prévues (notamment le forage du sol lunaire, on le devine) étaient abandonnées.

Quand on sait que la NASA a déjà signé des contrats de dizaines de millions de dollars pour les missions IM-3 et IM-4, on ne peut qu'applaudir les têtes pensantes qui ont imaginé que confier l'exploration (et l'exploitation) de l'espace à des entreprises privées permettrait de réduire les dépenses. 


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Liste des personnalités immortelles d'après Jeff Koons :


▶︎ Personnalités politiques anglo-saxonnes : 7

Abraham Lincoln, Benjamin Franklin, Elizabeth 1, George Washington, Thomas Jefferson, Winston Churchill

▶︎ Personnalités politiques des autres cultures : 12

Alexander le Grand, Catherine la Grande, Cléopâtre, Genghis Khan, Jules César, Louis 14, Louis 2 (de Bavière sans doute), Mahatma Gandhi, Ménès, Napoléon Bonaparte, Nefertiti, Ramsès 2, Mansa Musa

 ▶︎ Personnages mythologiques ou légendaires : 12

Apollon, Confucius, Gautama Bouddha, Homère, Jésus, Mahavira, Moïse, Sappho, Shōtoku Taishi, Sri Krishna, Vénus, Zarathoustra

▶︎ Scientifiques : 23

Ada Lovelace, Albert Einstein, Archimède, Aristote, Cai Lun, Charles Darwin, Démocrite, Ferdinand Magellan, Galilée, Hippocrate, Hypatie, Isaac Newton, Johannes Gutenberg, Johannes Kepler, Louis Daguerre, Lucrèce, Max Planck, Nicolas Copernic, Nikola Tesla, René Descartes, Richard P. Feynman, Stephen Hawking, Thalès de Milet

▶︎ Activistes, défense des droits humains et civiques : 11

Booker T. Washington, Desmond Tutu, Florence Nightingale, Harriet Tubman, Helen Keller, Malcolm X, Maya Angelou, Rosa Parks, Sacagawea, Sojourner Truth, Susan B. Anthony

▶︎ Artistes musique, danse, cinéma : 14

Anna Pavlova, Billie Holiday, Buster Keaton, David Bowie, Elvis Presley, Etta James, Grace Kelly, Jean-Sébastien Bach, Joséphine Baker, Lucille Ball, Ludwig van Beethoven, Marilyn Monroe, Mozart, Pyotr Ilyich Tchaikovsky

▶︎ Artistes littérature : 13

Dante Alighieri, Emily Dickinson, Gabriel García Márquez, Geoffrey Chaucer, Jane Austen, Jorge Luis Borges, Machiavel, Marcel Proust, Ovide, Pétrarque, Virginia Woolf, Voltaire, William Shakespeare

▶︎ Artistes arts plastiques : 20

Andrea del Verrocchio, Andy Warhol, Apelle, Artemisia Gentileschi, Donatello, Édouard Manet, Gian Lorenzo Bernini, Léonard de Vinci, Louise Bourgeois, Mary Cassatt, Masaccio, Michel-Ange, Pablo Picasso, Peter Paul Rubens, Phidias, Praxitèle, Rembrandt, Salvador Dalí, Titien, Vincent van Gogh

▶︎ Philosophes divers et autres sportifs : 12

Amelia Earhart (traversée de l’Atlantique), Arète de Cyrene, Friedrich Nietzsche, Ileana Sonnabend (marchande de tableaux pop art), Emmanuel Kant, Mère Teresa, Muhammad Ali (Boxeur), Phryné (prostituée grecque), Platon, Socrate, Swami Vivekananda, Søren Kierkegaard

▶︎ Personnage mystérieux : 1

Atom(e) Personne ne porte ce nom sur internet, ou alors une société de vente et livraison de pièces détachée d’électroménager. Koons veut-il parler du niveau d’organisation responsable des réactions chimiques dans la matière ? 

Alors l’atome est effectivement le seul "personnage" qui ait réellement compté dans toute cette histoire.