samedi 3 juin 2017

La vie des cimetières (77)



Ici gisent, depuis 1881, les restes de Joseph Vion, abbé libertaire défroqué, devenu militant républicain et maire, parti comme Victor Hugo pour Jersey en 1851, contraint à l’exil par le despotique Louis-Napoléon Bonaparte.

De retour en France, il faisait ériger un ilot artificiel au milieu de son étang de Bouzy-la-Forêt pour y installer le tombeau d’Émilie Gaigné, amour ancillaire morte en 1875. On raconte qu’on y trouve aussi les restes de son chien, et que les deux pesantes statues qui le gardent, la Science (celle de gauche) et la Liberté, sont de la main du célèbre sculpteur orléanais Alfred-Désiré Lanson.




Le touriste funéraire qui tient à admirer cette « ile des morts » miniature, devra faire preuve de témérité. Car les berges de l’étang qui cernent le tombeau sont des propriétés privées protégées de messages dissuasifs orthographiés « défence d’entrer ».

Dès lors le seul endroit public offrant un point de vue sur le mausolée se situe au milieu de la portion de la RD952 qui traverse le sud de l’étang à Saint-Aignan-des-Gués. L’aventurier devra alors s’engager sur une route en pente, sans bas-côté, fréquentée par des centaines de poids lourds agressifs en excès de vitesse, et fortement déconseillée au piéton qui n’aurait pas déjà rédigé ses dernières volontés.