lundi 16 juillet 2018

Un cadeau ducal (2 de 2)

Les Très riches heures du duc de Berry n’est pas vraiment un livre d’heures, c’est à dire un livre de prières quotidiennes au format de poche.
C’est une œuvre d’art de grand format (21 x 29 cm), commandée à des artistes renommés payés royalement, précieusement conservée dans la librairie du château et exhibée pour afficher surtout l’impressionnante richesse et le raffinement du mécène. On le voit peint entouré de courtisans sur quelques folios très colorés du manuscrit.

Jean de France duc de Berry était un collectionneur incurable et despotique de châteaux, de terres, de serfs, de tapisseries, d’objets précieux, de manuscrits, et de recettes fiscales.

Très riches heures du duc de Berry, folios 152 verso et 153 (détail), à gauche la main de jean Colombe, à droite, de l'un des Limbourg.

Un lecteur pointilleux signale que la chronique précédente ne comportait pas de lien vers le facsimilé électronique cadeau. Quel impair ! Réparons cela illico.

Démarche pour obtenir mon cadeau extraordinaire de Ce Glob est Plat :
1. Je transmets, pour information uniquement, mes données de carte bancaire dans les commentaires du blog (*).

2. Je me connecte à l’adresse http://bvmm.irht.cnrs.fr/recherche/rechercheParVille.php. C’est la bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux du CNRS, site pour érudits initiés, pas réellement aménagé pour le confort du touriste du web.

3. Dans la liste de villes qui s’affiche, je sélectionne Chantilly.

4. À droite apparait une liste rouge de numéros de manuscrit. Je cherche et sélectionne le numéro 0065 (1284).

5. Je clique à droite sur la vignette du manuscrit qui apparait. Je patiente pendant le chargement. À partir de là, je navigue comme habituellement avec le bouton et la molette de la souris.

6. Je me délecte.
(*) Je ne suis tout de même pas assez simple d’esprit pour obéir à cette instruction.

Très riches heures du duc de Berry, folio 170v. Inventivité et délicatesse des frères Limbourg et ahurissante qualité des matériaux, ces couleurs ont été peintes sur vélin voilà 600 ans.

Tant de propos intelligents sont écrits dans l’article de l’encyclopédie Wikipedia sur le manuscrit des Très riches heures qu’il ne reste qu’à encourager son exploration contemplative par quelques détails instructifs et croustillants.

En l'examinant attentivement, on distingue les différences de style entre les peintres qui se sont suivis, parfois intercalés (car longtemps inachevés, les folios ont été reliés bien plus tard), et parfois sur une même enluminure (009v).
Les folios 153-152v ou 156v-157 sont deux exemples frappants opposant les styles des Limbourg et de Colombe.
On reconnait Jean Colombe aux mises en scènes et personnages un peu lourds, à ses drapés aux reflets systématiquement dorés, ses horizons aux brumes bleutées (011v), Barthélémy d’Eyck aux traits véristes de ses personnages, à leur légère ombre projetée, unique dans le manuscrit, à l’originalité saisissante de la mise en espace (012v), et les Limbourg à leurs architectures détaillées et précises, à leurs personnages aux courbes gracieuses et maniérées, à leurs coloris raffinés (025v, 038v, 051v).

En déambulant dans les enluminures, on dénichera peut-être, parmi séraphins, saints, arabesques et fioritures, de la fumée qui sort du cadre d’une miniature pour envahir la page (040), un ange au visage à moitié caché derrière l'encadrement d'un paysage (195), des piliers historiés de squelettes dansants (082), des lettrines remplies d’ours, de dragons, des demi-griffons joueur de luth ou pourfendeur de papillons (038v), des soldats surpris au défaut de la cuirasse (095), un pendu qui s’oublie (147v), des crépuscules (157, 182), des ténèbres (142v, 153), et une page inachevée, avec un iris dans un vase et un oiseau, esquissés mais jamais coloriés (026v), peut-être interrompue par la disparition des frères Limbourg, tous trois morts en 1416, de la peste supposent certains.

2 commentaires :

Péril né a dit…

Merci !

Costar a dit…

Ur Welcome, Ré plein, ou réel pin.