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vendredi 14 avril 2017

Un président con comme la lune

L’humanité abonde en malheureux que leur égocentrisme égare dans les labyrinthes de la paranoïa. Quand le mal atteint un citoyen quelconque, le dédale qui le perd le conduira chez les adeptes des théories complotistes, qui proposent des solutions simplistes à tout ce qu’il ne comprend pas.
Mais le mal touche parfois des caractères plus aventureux, plus pugnaces, et l’histoire finit alors le plus souvent dans la rubrique des faits divers crapuleux et sur les bancs des cours d’assises, quand elle ne finit pas dans les pages les plus sombres des livres d’Histoire, au rayon des théoriciens diaboliques et des politiciens psychopathes.
C’est pourquoi il est déconseillé d’humilier un enfant, ou un adulte fragile. Mortifié, diminué dans son amour-propre, dans sa raison d’exister, il ruminera sa rancune qui ne sera jamais oubliée. Et peut-être aura-t-il un jour le pouvoir de nuire.

Le 30 avril 2011, au diner annuel des correspondants de la Maison-Blanche, le président des États-Unis faisait éclater de rire un parterre de courtisans en humiliant, pendant de longues minutes, un milliardaire héritier et animateur d’une émission de télé-réalité, qui avait mis en doute la naissance aux États-Unis du président, le suspectant d’être né en Afrique.

5 ans plus tard le milliardaire fou devenait président des États-Unis.
Et il a commencé à mettre en pratique ses croyances incohérentes, notamment dans les théories climatosceptiques, en nommant à la tête de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) un défenseur des énergie fossiles financé par des compagnies pétrolières et gazières, et qui pense comme lui que le réchauffement de la planète par les activités de l’homme est un canular d’intellectuels.
Puis il a nommé des amis milliardaires réactionnaires et racistes aux principaux postes de l’administration et a proposé au Sénat américain un budget approprié à ses convictions, avec une baisse de 31% de la dotation à l’environnement, une suppression du budget de la culture et une augmentation de 35% de celui de l’armement.
Pas à pas il annule les modestes avancées du précédent président. La revanche est en route.

Lors du discours d’humiliation du 30 avril 2011, le président, qui venait d’apporter la preuve de son origine indigène, concluait en déclarant que son contradicteur pourrait dorénavant se consacrer aux vrais problèmes, par exemple « Est-ce que l’alunissage en 1969 était une simulation ? », ou encore « Qu’est devenu l’extraterrestre de Roswell ? ».
Or sur la première question, la marche sur la Lune, on trouve désormais sur internet l’ensemble des photographies prises par les astronautes des missions Apollo, dont Apollo 11 et les suivantes, qui ont foulé le sol lunaire, soigneusement répertoriées, y compris les clichés ratés, flous, brulés, mal cadrés.
Il est inutile de souhaiter du courage aux sceptiques dans l’examen détaillé de ces 20 000 clichés pour y chercher la preuve de la falsification, car ils ne les regarderont pas ; pour un croyant, les faits n’ont qu’une valeur anecdotique.

Pourtant, s’il est bien un indice de la présence réelle de l’homme sur la Lune, c’est cette photo ci-dessous (et il en existe beaucoup d’autres du même genre) prise pendant la mission Apollo 12, le 19 novembre 1969, et que l’équipe de tournage d’une fiction n’aurait jamais osé filmer, ni même imaginer. Elle montre que partout où il passe, même sur un corps céleste immaculé, si bien intentionné soit-il, l’Homme marque immédiatement sa possession territoriale et son chauvinisme par l’abandon sur place d’une grande variété de détritus, dont un drapeau national.

Les reliefs du passage de l'être humain sur un corps céleste (copyright NASA 1969)

samedi 25 août 2007

Lascaux 2, le retour

Au-dessus d'eux les explosions avaient cessé depuis quelques jours. C'était une bonne idée d'avoir fait construire cet abri. Il fallait maintenant essayer de retrouver Alis qui avait fui avant la reprise des tirs.
La lourde porte blindée grinça un peu.
Dehors, le spectacle était désolant. Une partie de la colline en face avait disparu. Presque toute la végétation également, pour ce qu'ils en voyaient à travers l'épais brouillard noir. Même en plein jour, la torche électrique était utile. Ils longèrent le seul chemin praticable le long de l'ancien ruisseau. En bas tout était dévasté, à part un immense bloc de rocher gris qui avait résisté.

Des gémissements semblaient venir de là, d'un passage étroit au ras du sol poussiéreux, probablement pratiqué par une explosion. Gala qui était plus petite s'y glissa.
Le conduit s'évasait rapidement en une vaste caverne couverte de peintures représentant toutes sortes d'animaux fabuleux. Elle se souvint avoir entendu parler de grottes peintes dans la région il y a des siècles, quand il y avait encore des animaux. Les galeries étaient désertes, ses appels résonnaient. Au fond, sur un panneau, un texte était écrit dans un alphabet qu'elle ne reconnaissait pas «Grotte de Lascaux 2, inaugurée par M. Jack Lang Ministre de la culture, le 19 novembre 1984».

Elle appela encore... Alis n'était pas ici.
Elle regarda une dernière fois les
étranges animaux, fascinée. Mais il y avait plus urgent. Il fallait rejoindre Moza et trouver de la viande fraîche pour ce soir.

Grand taureau
(Lascaux 2, copie partielle de Lascaux, Montignac, Dordogne)

Que le lecteur sensible ne s'effraie pas. Tout ceci n'est que fiction. Il est possible que la réalité en diffère un peu.
Cet été pluvieux ayant été propice aux activités culturelles souterraines, Ce Glob Est Plat a reçu d'une jeune lectrice une carte postale qui représentait un taureau, détail d'un ensemble datant d'environ 17000 ans, peint sur les parois de la grotte de Lascaux 2 voici à peine 25 ans. Ce paradoxe chronologique précipita la rédaction dans un abîme de perplexité. Un reporter fut alors chargé de répondre sans délai aux questions suivantes:
— Ce qui est unique est-il nécessairement authentique ?
— Éprouve-t-on la même impression devant une copie que devant un original ?
— Pourquoi se sent-on trahi quand on apprend avoir admiré une copie ?
— Pourquoi cette vénération pour l'objet authentique ?

Mercure en bronze, probable copie romaine d'un original grec inconnu
(Naples musée national d'archéologie)

Notre reporter est revenu peu après avec l'historiette que vous venez de lire, prétendant qu'elle répondait à toutes nos interrogations, et ajoutant « la vérité est une construction de l'esprit. Elle n'a besoin que d'être cohérente pour être acceptable ».
La rédaction réfléchit actuellement au libellé du motif de licenciement.