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mardi 15 septembre 2026

Au musée, détendons-nous

Dans les musées nationaux en France l’enfance est cajolée ; surveillée aussi, parce qu’incontrôlable, elle y entre néanmoins sans payer, jusqu’à 18 ans, parfois plus, et nombre d’établissements s’efforcent de mettre à sa disposition des livrets réalisés pour qu’elle s’instruise en se divertissant lors des visites scolaires ou familiales.

Les conseils de création de ces guides pour enfants sont riches de recommandations pratiques et psychologiques, mais n’indiquent pas vraiment comment rédiger la description des œuvres mises en avant dans les parcours ludiques. En l’absence de modèle, chaque auteur(e) détermine ce que l’enfant pourrait ou devrait retenir de sa visite, ce qui suscite parfois des perles pittoresques. 


L’enfant apprendra ainsi, dans le livret de visite simplifié de la copie de la grotte Cosquer, "La Préhistoire, c’était avant qu’on apprenne à écrire. À la Préhistoire il y avait des hommes et des femmes.", ou dans le livret de visite facile du Petit palais, à propos d’une pendule musicale de 1755, "La pendule jouait un air de musique différent pour chaque heure de la journée. Maintenant elle ne joue plus de musique.", ou encore, dans le livret simplifié du Musée gallo-romain de St-Romain-en-Gal, il constatera, dans la légende d’un graphique représentant les niveaux en coupe d’une fouille mettant à jour des restes romains, "La terre et les maisons étaient plus basses mais les Romains voyaient quand même le ciel." 









Dans le livret de visite simplifié du musée du Monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse, les légendes, savoureuses et rafraichissantes, précisent à quoi on peut penser en regardant les tableaux : 



"Cette peinture montre des détails très précis. On dit qu’elle a un style réaliste. C’est vraiment Marguerite sur le tableau" (devant le portrait de Marguerite d’Autriche par Van Orley)

"Dante, l’homme en rouge, va visiter les enfers dans son imagination. Cette peinture fait ressentir des émotions. On dit qu’elle a un style romantique" (devant le Dante et Virgile de Gustave Doré)

"Ici, on a l'impression qu'il y a du vent. On voit les traces du pinceau. C'est un paysage qui semble vivant" (devant mer au soleil couchant de Chintreuil)

"Le noir n’est pas partout pareil. Il est plus foncé en bas. En haut, le noir est plus clair. Devant cette peinture, on peut penser à ce que l’on veut" (devant 3 juin 1964 de Pierre Soulages)

Quoi de plus juste ? À la place de ces longs cartels explicatifs érudits qui nous renseignent sur notre ignorance et sur ce que nous devrions penser, informations qu’on pourrait réserver au Guide des collections, imprimé ou en ligne, pourquoi ne pas afficher seulement ce conseil à l’entrée de chaque salle ou même au fronton du musée :

 "Ici on peut penser à ce que l’on veut"


samedi 20 juin 2009

La vie des cimetières (21)


Faut-il respecter les morts ?

Les moines capucins de Palerme, en Sicile, l'affirment. Et comment les respecter ? En ne les photographiant pas, répondent les moines, par le moyen d'affichettes libellées «Pas de films, pas de photos, les catacombes sont un lieu sacré à respecter».

NO FILM, NO FOTO, Le catacombe luogo sacro da rispettareParce qu'ils les exposent, les morts. Par centaines, grimaçants et difformes, habillés de tenues folkloriques rapiécées ou de sacs de toile, en cage ou dans des niches, le long des galeries des catacombes du monastère qui régurgite par jour des légions de touristes horrifiés, un peu dégoutés, mais rafraichis par l'air ambiant et les plaisanteries égrillardes des pères de famille rassurants.

De tout cela, les morts se contrefichent, naturellement. Ils sont dans le pays de l'immobilité où les cellules, désorganisées, inconscientes, ne produisent plus que de la poussière.

Alors pourquoi leur prodiguer ces égards révérencieux, proches du fétichisme ? Parce que le culte des morts est une immense entreprise d'autosuggestion qui affirme qu'on n'aura pas vécu pour rien, qu'il y a une continuité de l'espèce, un héritage, mais qui admet implicitement que la seule survie de l'individu est dans la mémoire des survivants.

Résumons-nous :
On devra respecter les morts afin qu'ils survivent un peu.
NE CLIQUEZ PAS sur cette image si vous aimez les enfants !Pour cela on les exposera aux visiteurs, sous forme desséchée, comme des grenouilles dans les vitrines poussiéreuses d'un vieux museum d'histoire naturelle, si possible sous une lumière sinistre dans des caveaux glacés.

Et on ne s'étonnera plus alors de découvrir parfois, dans une campagne proprette du sud de Londres, une grand-mère racornie clouée avec tous ses chats, depuis des mois, sur le mur du salon d'un pavillon quelconque. Le petit-fils aura certainement, jeune, visité en famille les momies de Palerme.