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lundi 23 mai 2022

La vie des cimetières (104)


Dans l'actualité, de l’Afghanistan aux États-Unis d’Amérique, les religions se portent bien. Il doit y avoir quelque chose de gratifiant à réussir à maintenir en esclavage une moitié de l’espèce humaine, en invoquant seulement quelques textes primitifs.

En France, moins troublée par ces rancœurs hystériques, la religion, néanmoins consciente que le déclin de son autorité était dû avant tout à une défaillance de sa communication, a choisi de renouveler une iconographie désuète. Elle a commencé par les cimetières.

La statuaire funéraire du 19ème siècle et ses anges disposés parmi les tombes ne faisant plus recette, il fallait secouer les croyances assoupies en revenant à la démesure du temps des cathédrales, mais en se conciliant un style artistique moderne, moins réaliste, plus synthétique.
Et c’est une réelle réussite esthétique, comme ici, dans le cimetière d’Oresmaux, dans le département de la Somme.

À noter : les ailes des anges s’animent parfois, et c’est un enchantement (mais les horaires, assez rares, ne sont pas communiqués à l’avance).


vendredi 25 août 2017

Nuages (41)

Photo C.C. 10.08.2017 (coordonnées : 49.337362, -0.456652)

Le nuage blanc devint sombre ; 
La mort, comme un brouillard, pleuvait sur eux.
Contre Humbaba, le dieu Soleil fit lever de grandes bourrasques
Vent du sud, aquilon, vent d'est, d'ouest, 
Tornade, tourmente, rafales, ouragan, 
Sirocco et typhon, et blizzard, et tempête et cyclone ;
Treize vents se ruent sur lui, Humbaba, son visage s'assombrit ; 
Il ne peut plus avancer, il ne peut plus reculer,
À la portée des armes de Gilgamesh… 

Extrait du combat cosmique de Gilgamesh contre Humbaba, gardien de la forêt des dieux (Épopée de Gilgamesh, légende mésopotamienne, entre 2500 et 1500 avant notre ère, tablette 5)

dimanche 30 juillet 2017

Des dés et de leur destinée

L’histoire se passe aux confins de la terre, où elle ne peut pas aller plus loin et se dissout en milliers d’ilots rocheux façonnés par le vent et la pluie, de telle manière que le promeneur en est émerveillé.
Il y voit des formes inattendues, des lapins, des dragons, des objets quotidiens, des casseroles, des sorcières.

Il y a, à Trégastel en Bretagne, entre la Grève blanche et la plage du Coz-Pors, au sommet d’un vague corps de rochers granitiques rongés par les ans, une tête entre le gris et le rose, hautaine comme celle du Sphinx dans le désert égyptien, qui ressemble aussi à une boite de conserve cabossée rappelant un crâne dessiné par Tim Burton, ou à un vieux poste de télévision design à tube cathodique, selon le point de vue.

L’opinion, et la cartographie, l’ont appelé le Dé, parce qu’il est plus ou moins cubique, sous certains angles de vision. En fait, vu de satellite, c’est un trapèze, mais peu importe, tous les dés ne sont pas cubiques, et c’est plutôt à l’équilibre menaçant de ses 1000 tonnes qu’il doit ce sobriquet.

Et comme cette instabilité s’accentue forcément depuis des siècles ou des millénaires, il y aura bien un jour une tempête exceptionnelle, comme celles de 1999 ou de 2008, qui jettera le dé. On dit de ces intempéries inhabituelles qu’elles le sont de moins en moins.










Il reste à organiser les paris sur la face qui sera alors visible de satellite, après que le dé aura versé. Le poste de télévision, la boite de conserve, la tête de mort ou la mystérieuse face aujourd’hui invisible ?
Il est cependant probable que l’espèce humaine ne sera alors plus là pour constater pertes et gains.