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samedi 16 septembre 2023

φιλαδελφία

Andrew Wyeth, Groundhog day (100cm, 1959) Philadelphia museum of art.

Comment ça, nous n’avions jamais visité le musée d’art de Philadelphie, alors qu’on était récemment tout près, à Hartford ?
C’est un oubli regrettable, une ville qui a failli devenir la capitale des États-Unis. Il est vrai qu’elle a perdu 400 000 habitants depuis les années 1950, mais ça n’est certainement pas à cause de ses collections, qui attirent 800 000 visiteurs par an dit l'Encyclopédie. C’est peut-être parce qu’un quart des habitants y survivent sous le seuil de pauvreté, et que les médias racontent qu’ils hantent par milliers la longue avenue de Kensington, jour et nuit, hésitants comme des zombis, le corps tordu, perdant leurs membres dans les caniveaux. On y compterait 5 morts chaque matin, sous l’effet de la déréliction économique, assistée de drogues tout à fait légales et bon marché promues par des laboratoires renommés et mécènes des plus grands musées internationaux (l’étymologie grecque de Philadelphia est fraternité, ne l’oublions pas).

Justement, le musée, le Philadelphia Museum of Art, parlons-en. Sur son site internet, dans un résumé historique qui fait son possible pour ne rien nous apprendre, il se réjouit d'avoir toujours bénéficié, malgré les crises et les guerres, de donations généreuses, et se considère honoré de posséder la robe de mariage de Grace Kelly avec le prince Rainier 3 de Monaco. On le comprend.

La présentation de la collection de 170 000 pièces (dont 5000 exposées au public) est peu enthousiasmante, mais honorable, dans des reproductions téléchargeables, le plus souvent d’une bonne qualité (3000 à 4000 pixels), aux renseignements laconiques.
Pour une visite agréable il sera préférable, sur la page de recherche, à gauche, de filtrer les 170 000 objets en utilisant les critères de recherche (ordonnés par nombre d’occurrences), par exemple en sélectionnant "peinture" et "européenne", on réduit la balade à 2500 vignettes, classées un peu n’importe comment, il faut le reconnaitre.

Tout cela n’est pas vraiment folichon, mais quand vous aurez jeté un coup d’œil au florilège qui suit, désordonné mais orienté, vous aurez peut-être envie de poursuivre un peu la balade imaginaire, quitte à vous y perdre (d'autant plus qu'une bonne part, peut-être la moitié, des œuvres choisies ici ne sont pas exposées au public).

Peu de musées peuvent se réjouir d’héberger à la fois une des plus minuscules miniatures de Van Eyck (une carte postale) et des panneaux de la main incontestée de Rogier van der Weyden ; Philadelphie expose son monumental diptyque de la crucifixion (près de 4 m²), certainement la plus singulière de ses œuvres, où les personnages de la Passion sont enfermés dans des décors abstraits comme dans les tableaux de Francis Bacon. 

La série d’œuvres d’Andrew Wyeth est remarquable, ce qui n’est pas une surprise, Wyeth est né et mort à Chadds Ford, à moins de 50 kilomètres du musée, et avait fait son atelier d’un vieux moulin voisin. Outre le moulin, on trouvera deux autres tableaux exceptionnels, ces deux seaux au fond d’un couloir de ferme et le célèbre coin de table de Groundhog Day (illustration plus haut. Hélas Wyeth n’est mort qu’en 2009 et ne méritera donc pas de reproductions de haute qualité avant des décennies).

Une série aussi remarquable de Thomas Eakins. Là encore rien de surprenant, Eakins, considéré comme le plus important des peintres réalistes étasuniens est né à Philadelphie, y a enseigné, peint, et y est mort. Oublions son inévitable portrait de l’orgueilleux Docteur Gross et son scalpel (notez tout de même, à gauche, la mère du patient qui ne partage pas la confiance du chirurgien), et admirons les frises de personnages de "Réparant le filet" (ill. détail 4) et "Pêche à Gloucester", ou les étonnants portraits de Mrs. Cushing ou de La cantatrice.

De Jacob van Oost l’ancien, un Portrait de fille, magnifique exemple du portraitiste peut-être le plus subtil du 17ème siècle flamand à Bruges, dont Wikipedia qui n’y connait rien dit que ses portraits sont stéréotypés (on pourrait aisément montrer que c’est une grossière erreur de jugement).

De Turner l’époustouflant "Incendie du parlement" auquel le peintre assistait le 16 octobre 1834. Il peignit un autre point de vue de l’évènement, plus éloigné, aujourd’hui au musée de Cleveland.

Et beaucoup d’autres paysages plutôt originaux, inhabituels, hollandais avec Jacob Ruidsael (ill. détail 3), Van der Heyden, Wijnants, Wouwermans, Dubbels, et d’origines diverses avec Thaulow, Lane, Guardi, Aivasovsky (Aivazovski), Calame, Doughty, Gauffier (ill. détail 2), Monet (ill. détail 1), Pissarro 

Et puis des scènes aussi curieuses, de Duyster (ill. détail 5), DegasWinslow Homer, AH. Maurer, Jan Olis, JF. Millet, Rusinol (Rusiñol), Judith Leyster (ill. détail 6), et des milliers d'autres choses

Détails dans les salles du Philadelphia museum of art, de haut en bas Monet, Gauffier, Ruisdael, Eakins, Duyster, Leyster.

mercredi 20 juillet 2022

Le neveu de Ruysdael

Jacob van Ruisdael - Paysage au crépuscule avec berger et deux chiens, 1648, 68 x 52cm (Vente Christie's 07.07.2022, 4M$), restauration numérique.
 
Les salles de ventes proposent couramment de vieux paysages de campagne, remplis d'arbres, encrassés et illisibles. On y distingue parfois un ou deux personnages qui passent. Les consciencieux commissaires-priseurs trouvent qu’ils ressemblent aux tableaux de Jacob van Ruisdael et s’arrangent pour en glisser le nom dans l’intitulé des tableaux, qui en deviennent hollandais. Mais les véritables Ruisdael, dont chaque centimètre carré respire la liberté du pinceau et la délicatesse de l'inspiration, comme celui qu’on présente ici, sont rares sur le marché. 

Large de 68 centimètres et signé en 1648 (en bas à droite), il représente une simple scène bucolique de crépuscule près de Haarlem. Jacob a alors 20 ans. Son oncle Salomon van Ruysdael (avec un Y) est directeur de la guilde des peintres de Haarlem et vient de l’accueillir parmi ses membres. Il lui a appris, au long des années de formation, cette peinture de paysages nonchalante et sans arrière-pensée qu’il venait d’inventer avec quelques collègues, qui ne durera que trois décennies, et qu’on ne pourrait comparer qu’aux pré-impressionnisme, deux siècles plus tard, quand Corot et ses confrères exploreront la région de Barbizon et la forêt de Fontainebleau, inspirés par le commerce naissant de la peinture en tubes et les joies et surtout désagréments de la pratique en plein air.

Bien que peu vu ce panneau de Ruisdael présente un pédigrée sans histoires. Acheté en 1977 (1M$ d’aujourd’hui), confié à quelques expositions, notamment à Fukushima fin 2015 (!), on pouvait le voir, en prêt, au musée Frans Hals de Haarlem entre 2002 et 2017.

Christie’s vient de le vendre contre l’équivalent de 4 millions de dollars (4M$).
À qui ? un musée, un particulier ? Le prêtera-t-il ?

En attendant la réponse en voici une bonne reproduction, subtilisée sur le site de Christie’s qui a sérieusement régressé en matière de présentation des œuvres et ne permet désormais plus de les télécharger, tout en nous gratifiant d’une interface digne des débuts de l’informatique au siècle dernier.

Deux versions sont disponibles ici, deux fois plus grandes que le panneau original (4 fois en surface). Ci-contre l’état actuel photographié par la maison de ventes, et en haut de page une version numériquement restaurée où la couche uniforme de vernis jaunissant a été atténuée.

mercredi 4 septembre 2019

Longue occultation au Lacma



Le LACMA (Los Angeles County Museum of Art) est un des plus beaux musées d’art au monde. C’est ce que disent les Américains, les Californiens surtout. Et c’est certainement vrai quand on constate, sur le site du musée, les collections qu’il possède, arts asiatique, africain, égyptien, européen, américain, contemporain.

Mais depuis plus d’un an, sur 105 500 œuvres cataloguées, moins de 200 sont exposées (le nombre varie en permanence). Quelques Rodin, deux ou trois Picasso et 20 tasses avec leur soucoupe. Les voyagistes restent discrets sur le sujet.
Les voyageurs se montrent contrariés, voire amers. Car les grands peintres américains et européens d’avant le 20ème siècle, qui font une part notable de la renommée du musée, au moins en Europe, sont invisibles.
Et ils le resteront certainement longtemps, plus de 4 ou 5 ans, si tout va bien et si le musée parvient à financer en totalité son vaste projet de refonte architecturale, ce qui n’est pas certain. Les futures surfaces d’exposition ont déjà été révisées à la baisse après la crise financière de 2008.

Par chance, le LACMA est un musée américain moderne, et comme son proche voisin le musée Getty, il présente l’intégralité de sa collection sur un site internet où chaque œuvre peut être consultée et téléchargée, souvent en haute qualité (1). Naturellement, aucune image des œuvres qui ont moins de 100 ans ne peut être vue en grand format, ni téléchargée. C’est l’Amérique.

Voici, pour mettre en appétit, dans le désordre alphabétique et chronologique, un petit florilège des merveilles des siècles passés qui ne sont plus visibles que dans le nuage électronique.

Pour la peinture américaine (dont un seul tableau est exposé sur 372), le portrait de sa femme par JW. Alexander, Rhode Island shore par MJ. Heade, Boston Harbor de FH. Lane, Alas poor Yorick de WM. Harnett, Cliff dwellers par George Bellows.

Pour la peinture européenne (dont aucun tableau n’est exposé sur 418), escalier et fontaines dans un parc d’Hubert Robert (2), le lac de Genève par Turner, la Madeleine à la flamme fumante de Georges de la Tour, un champ de céréales de Ruisdael, la pourvoïeuse, un trompe-l’œil de Moulinneuf, une vierge priant de l’atelier de Massys, trois musiciennes par le Maitre des demi-figures, un intérieur d'église de nuit par De Lorme et De Jongh, un Christ moqué de Van Honthorst, la plage de Scheveningen par Adriaen van de Velde, sainte Cécile de Saraceni, la résurrection de Lazare de Rembrandt, le souffleur de bulles de savon de Chardin, de Rorbye (Rørbye) l’entrée d’une auberge et une admirable nature morte de Willem Kalf.

***
(1) Pour télécharger les images, cliquez sur « Download image », puis choisissez la qualité JPEG ou TIFF. Attention, les fichiers TIFF pèsent de 15 à 300 mégaoctets pour certains !
(2) Les illustrations de cette chronique sont des détails de certains tableaux cités dans ce florilège européen, dans l’ordre Kalf (en haut), puis ci-dessous Adriaen Van de velde, Jacob Ruisdael, Hubert Robert, Rorbye, De Lorme & de Jongh, le maitre des demi-figures, Georges de la Tour et Rembrandt.

                      

mercredi 5 décembre 2018

Les pantoufles de Caravage

Il y avait, dans un quartier riche de Paris, près de l’Arc de triomphe de l’Étoile, un opulent hôtel particulier qu’un public clairsemé visitait en déambulant paisiblement. On y retrouvait, dans des salons surchargés de meubles, de tapisseries, de bas-reliefs, et de statues, de vieilles connaissances fidèles et silencieuses : le plus beau Rembrandt en France, un Ruisdael délicat, et une vierge sculpturale de Giovanni Bellini, sans oublier Uccello, Botticelli, Tiepolo…

À peine avait-on passé le portail sur le grand boulevard, et gravi les marches de marbre qu’on entrait dans un petit musée de province. On troublait le silence en faisant légèrement craquer le plancher d’où s’exhalait le parfum persistant de la cire.
C’était au siècle dernier. Le musée Jacquemart-André était alors administré avec routine par une fondation créée par les académiciens moribonds de l’Institut de France.

En 1995, l’Institut se débarrassait du musée, comme d’autres institutions publiques, au profit des intérêts privés de l’entreprise Culturespaces, filiale de Gaz de France (aujourd’hui Engie).

Et le musée s’est depuis transmué par magie en un Disneyland de la culture bourgeoise.
Un budget considérable est consacré à la promotion d’expositions anémiques avec un zeste de prestige, comme pratiquait la feue et interlope Pinacothèque de Paris.
Des économies aussi considérables sont faites sur l’accueil, le confort et l’information du visiteur. Aucune consigne de sécurité n’est respectée, pas de surveillance de l’entrée et des vestiaires, pas de fouille visuelle.
Les salles d’exposition sont si petites et le public si nombreux qu’il est impossible de contempler un tableau plus de 30 secondes sans qu’une oppression panique vous saisisse et le besoin de respirer vous précipite vers la sortie.

Par bonheur, la boutique du musée dont la visite est forcée au moyen d’un parcours tortueux unique, abonde en produits culturels, figurines de plastique, maillots imprimés et minuscules reproductions aimantées. On recommandera particulièrement le torchon « Mary Cassatt », 100% coton, qui montre qu’au-delà de certaines revendications un peu radicales, les meilleures peintres américaines savaient soigner leur linge de maison. On dit que les pantoufles de Caravage sont attendues.
Et puis on peut feuilleter les catalogues d’exposition, encombrants et exorbitants, et y voir enfin les tableaux dans leur entier.

Le torchon de Mary Cassatt, peintre impressionniste américaine, est en vente dans la boutique du musée Jacquemart-André. À l’occasion de l'exposition actuelle, on espère la commercialisation des pantoufles de Caravage. 


Allez donc voir l’exposition « Caravage à Rome ». Même si le peintre y est peu représenté, 9 tableaux dont au moins un faux (l’Ecce homo de Gênes), quelques copies, et trois magnifiques (de Milan la Cène à Emmaüs, et de Rome, le Saint Jérôme de la galerie Borghese et la Judith décapitant Holopherne, au palais Barberini), elle bat déjà des records de fréquentation. Vous y battrez sans doute un record personnel de la visite la plus courte, vu le nombre d’œuvres au catalogue et l’impossibilité de les approcher.
Mais vous pourrez, plus tard, toute amertume digérée, affirmer avec fierté « j’ai fait l’exposition Caravage au Jacquemart, en 18 ». La preuve définitive, à défaut d'agrémenter vos souvenirs, sera sur la porte de votre réfrigérateur.

lundi 9 avril 2018

Tableaux singuliers (9)


C’était pendant le siècle d’or néerlandais, le 17ème. Le commerce était si florissant que tout le monde s’était mis à aimer les tulipes et la peinture. On dépensait ses bénéfices en accrochant dans son intérieur propret des tableaux de Rembrandt, Hals, Vermeer, Cuyp, Claesz, Ruisdael. Les peintres n’arrêtaient plus. C’était l’âge d’or.

Par souci de rentabilité, ou peut-être sous l’effet d’une inspiration artistique iconoclaste, naissait autour de la prospère Haarlem, près d’Amsterdam, un courant pictural qui abandonnait les scènes spectaculaires et les paysages soigneusement historiés et inventait le paysage naturaliste, l’instantané en peinture.
Les nouvelles règles étaient simples, les couleurs faites le plus souvent de bistre, de jaune et de gris (on l’appelle parfois peinture « tonale, ou monochrome »), en couches liquides et légères. Deux tiers ou trois quarts du tableau étaient consacrés au ciel, gris, animé, et le reste était du sable, de la terre ou de l’eau.
Pas d’histoire, pas d’anecdote, on ne représentait que ce qu’on avait devant les yeux.
Parfois, d’un pinceau cursif, la silhouette d’un arbre traversait l’image, et des petits personnages éloignés passaient, s’affairaient, discutaient, sans se soucier du peintre. D’ailleurs le peintre ne les figurait que parce qu’ils étaient ici, à cette heure précise.

C’était une peinture sans symboles, sans arrière-pensée, alerte et économique. Une sorte de révolution impressionniste avant l’heure.
Sans chercher à savoir qui fut le premier, les plus appréciés et donc les plus productifs et prospères se nommaient Pieter de Molyn, Jan van Goyen et Salomon van Ruysdael. Et les musées aujourd’hui encore en hébergent quantité, car ils ont beaucoup produit.

Dans la banalité des moments représentés, Salomon van Ruysdael était peut-être le plus « original », comme dans ce Marché en bord de mer du Metropolitan museum de New York, ou dans cette merveille en illustration ci-dessus, de la collection du musée Norton Simon près de Los Angeles.
Ruysdael y donne l’impression de s’être débarrassé de toute intention, pour ne laisser que l’accidentel, comme si l’appareil photo s’était déclenché fortuitement en tombant sur le sol.

La vogue de ces petits paysages animés apparemment insignifiants durera trente ans, de 1620 à 1650, après quoi on ne retrouvera plus vraiment une telle nonchalance désabusée dans la peinture figurative (*).
Très vite les lumières de la peinture spectaculaire éclabousseront toute cette grisaille.
Poussin calculera avec exactitude la position de chaque feuille d’arbre dans ses grands paysages classiques, et le propre neveu de Ruysdael, le « grand Jacob van Ruisdael », comme dit le Larousse des grands peintres dans son article sur Salomon pour marquer qu’ils n’étaient pas du même rang, obtiendra une renommée appréciable pour ses paysages impressionnants qui préfigurent déjà les émois pathétiques d’un romantisme encore lointain.

Salomon lui-même, dans ses 20 dernières années, devenu directeur de la guilde des peintres de Haarlem, se rapprochera résolument du style classique et équilibré de son neveu.

 (*) Peut-être, 3 siècles plus tard, en trouvera-t-on un écho dans les temperas méticuleuses d'Andrew Wyeth.

Salomon van Ruysdael, paysage avec du ciel, du sable et des personnages nonchalants, 1628, détail (Norton Simon museum, Pasadena)

mercredi 16 octobre 2013

Revue de détails au Metropolitan (1/2)

Et encore un petit musée provincial qui, sur son site Internet, ridiculise le plus grand musée de l'Univers, notre Louvre vénéré, et aussi notre Orsay national, en se riant des principes immémoriaux de la République, à savoir qu'il faut présenter les musées et les œuvres par de mesquines vignettes de mauvaise qualité, prétendre que leur reproduction est prohibée, et interdire toute photographie au touriste de passage, histoire de vendre de la carte postale.
Inutile de revenir sur un sujet maintes fois traité dans Ce Glob est Plat.

Le souffle d'air frais vient aujourd'hui de l'immense Metropolitan museum de New York qui pulvérise décidément sur son site Internet les records de respect du bien public.

Toute la collection du musée y est à disposition (1). La recherche (en anglais) est simple. On clique sur une vignette, puis un autre clic et c'est le paradis. Sous un éclairage idéal, le nez sur l'œuvre, on déguste les détails les plus indiscrets.
N'écoutez pas le Grincheux en haut dans son nuage, faites glisser la souris et rouler la molette. Un dicton populaire, qui veut dire tout et rien, prétend que le Diable est dans les détails. Tant mieux. Dans un musée lointain qui regorge de merveilles, le visiteur fébrile est impatient de ne rien manquer, de sorte qu'il ne s'attarde sur rien, ne retient pas grand chose, et néglige tous ces détails qui ont pourtant demandé aux peintres tant d'attentions.

Le site du musée nous les offre sans restriction (2).

Ah, au fait, on dit que le visiteur, sur place à New York, a le droit de photographier tout ce qu'il désire. 

***
(1) Une tendance naturelle et certainement perverse de ce blog nous a fait explorer particulièrement les peintures occidentales, mais le Metropolitan expose de quoi satisfaire toutes les obsessions, antiquités, arts asiatiques, costumes, dessins, instruments de musique, photographies, sculptures...
(2) Dans la fenêtre appelée Fullscreen où vous zoomez sur l'image vous verrez en bas à droite une petite flèche blanche. Elle invite à télécharger une très grande reproduction de l'œuvre (3800 pixels). Par ailleurs un logiciel pour les appareils mobiles Apple offre de consulter et télécharger 1500 œuvres en très haute définition. 
 
 

1.1  Verrocchio et atelier - Madone et enfant 1470
1.2  Sargent - Madame X 1884
1.3  De La Tour Georges - La bonne aventure 1630
2.1  Metsys Quentin - Adoration des mages 1526
2.2  Vermeer - Portrait de jeune femme 1667
2.3  Sharaku - L'acteur Matsumoto Yonesaburo 1794
3.1  Schiele Egon - Portrait de femme 1910
3.2  De Predis - Fille aux cerises 1495
3.3  De La Tour Georges - Madeleine pénitente 1640



1.1  Villers Marie-Denise - Charlotte du Val d'Ognes 1901
1.2  Guardi - Capriccio
1.3  Van der Heyden - Huis ten Bosch à La Haye 1670
2.1  Van Ruisdael Jacob - Champs de blé 1670
2.2  Robert Hubert - Artistes ambulants
2.3  Frère Théodore - Vue de Jérusalem 1881
3.1  Corot - Hagar dans le désert 1835
3.2  Van Ruysdael Salomon - Près de Gorinchem 1646
3.3  Bingham - Deux marchands sur le Missouri 1845



1.1  Van Eyck et atelier - Crucifixion et jugement dernier 1435-40
1.2  Carpaccio - Méditation sur la passion 1490
1.3  Tiepolo Giovanni Domenico - L'enterrement de Punchinello 1800
2.1  Rothko Mark - White, Black, Rust, on Brown 1968
2.2  Ingres - Princesse de Broglie 1853
2.3  Kertész André - Fête foraine 1931
3.1  Eckersberg - Rue avec personnages à Copenhague
3.2  Ingres et atelier - Odalisque en grisaille 1834
3.3  Doré Gustave - Cavalier et cheval mort 

À suivre...

samedi 19 février 2011

Muséographie électronique

La chose n'aura pas échappé aux vrais amateurs d'art, la polémique fait des bulles dans le petit monde des images sur internet.

Et c'est encore à propos de Gougueule, qui vient de s'entendre avec quelques musées avertis pour photographier en ultra haute résolution un tableau de leur choix et le présenter, avec d'autres de moindre qualité, dans une sorte de pinacothèque, de site des musées, nommé Google Art Project. Ça n'est pas nouveau. On se rappellera le Prado. Dessein philanthropique ou besoin mercantile, l'obsession de Gougueule a toujours été de numériser le monde entier en haute définition, et donc le contenu de tous les musées du monde.

Les reproches pleuvent, dont ceux de Wikimedia, ce qui peut surprendre de la part d'un organisme défenseur de la liberté des droits de l'image. Ils allèguent que le site de Gougueule, dont les images ne sont pas copiables, ferait régresser la notion de domaine public car il risque de détourner les musées dans leur démarche de libéralisation de la diffusion de leurs œuvres. En réalité, comme toute image affichée sur un ordinateur, elles sont copiables et feront de splendides fonds d'écran. On en trouve même dans leur format original, immense, sur le site de ceux qui dénigrent le projet, Wikimedia !

Ces arguments légèrement orientés et certainement byzantins n'émouvront pas le quidam utilisateur. La curiosité de l'être humain est aussi vaste que l'univers, mais ses enjambées sont minuscules et son souffle bref. Alors, comme dans un roman d'aventures, il attend qu'on lui apporte sur un coin de table l'air de l'océan, le goût des embruns et le détail ciselé des plus beaux coquillages des endroits où il n'ira jamais.

Et Google Art Project, comme Google Earth ou Panoramio, lui procurera cet émerveillement. On raconte que seulement dix-sept musées ont eu l'intelligence de se lancer dans cette entreprise, et qu'il n'y a que mille œuvres reproduites. C'est peu, décevant même, mais ça représente déjà quelques heures de flânerie et de délectation.


En haut d'article, détail du retour du fils prodigue, de Rembrandt (Saint-Pétersbourg, Hermitage),
copyright Google Art Project ainsi que tous les détails ci-dessus (et ci-dessous).

Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (Florence, Uffizi), Jacob van Ruisdael, Chênes au bord d'un lac et nénuphars (Berlin, Gemaldegalerie), Vassily Verechtchaguine, Apothéose de la guerre (Moscou, galerie Tretyakov), Vermeer, Jeune femme au collier de perles (Berlin, Gemaldegalerie), Rembrandt, La ronde de nuit (Amsterdam, Rijksmuseum), Van Eyck Jan, Madone dans une église (Berlin, Gemaldegalerie), Klinger Max, The walker (Berlin, Alte Nationalgalerie), Botticelli Sandro, Naissance de Vénus (Florence, Uffizi), Van Gogh, Nuit étoilée (New York, MoMA), Oehme Ferdinand, Scharfenberg la nuit (Berlin, Alte Nationalgalerie), Brueghel Peter, Les proverbes (Berlin, Gemaldegalerie), Arnold Böcklin, L'ile des morts (Berlin, Alte Nationalgalerie).


Mise à jour du 14 mars 2014 : Le projet s'enrichit de jour en jour, s'appelle plutôt Google Institut Culturel et se trouve à cette adresse.