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mardi 26 mai 2026

Ce monde est disparu (28)

         

Rien de folichon dans cette suite et fin du marathon des 1000 enchères de Sotheby’s ; peu d’invendus [6%], pas de réelle surprise, des prix très moyens même pour les grands noms, comme ce Picabia monstrueux, rien qui ne dépasse beaucoup l’estimation sauf peut-être un Mondrian non euclidien et un Mary Cassatt très laid. Alors les médias, de dépit, s’extasient sur les prix de consolation et les poncifs, une chaise aux trois pêches de Matisse, peu tentante même pour s’asseoir, à 48M$ et un arlequin de Picasso à 42M$ (oui, encore un, on arrive à plusieurs centaines avec les pierrots et les clowns).


Heureusement quelques œuvres peu remarquées méritaient, plus que le détour, l’illustration dans nos pages :


Illustration d’entête :

Anna Güntner - Błąd (L'erreur, en polonais), 109cm, estimé 60k$, adjugé 115k$. Peintre polonaise surréaliste très tardive (morte en 2013) et très mineure, Güntner a parfois une idée plaisante, et c’était le cas dans cet amusant tableau sans prétention de 1968.  


Illustrations ci-dessous :

Bonnard - Déjeuner gris, 1908, huile sur papier marouflé sur toile, 65cm, estimé 300k$, adjugé 410k$. Le numéro 515 du catalogue raisonné de Bonnard. Même avec peu de couleurs, l’insaisissable charme de Bonnard fonctionne. 

Le Sidaner - Le banc, Gerberoy, 1903, 65cm, estimé 125k$, adjugé 205k$. Une des plus belles images de Le Sidaner, une perfection.

Grant Wood - Village Slums (bidonvilles), 1937, crayon conté et gouache sur papier, 52cm, estimé 125k$, adjugé 282k$. Profitez de cette reproduction, car Grant Wood, mort en 1942, fameux auteur de l’icône de l’Amérique qu’est "American Gothic", est toujours soumis aux interdictions de reproduction des droits d’auteur (sauf pour quelques icônes qui incarnent tant l’Amérique qu’elle ne peuvent pas décemment être affichées au format du timbre-poste).


Achille Laugé - Roses dans un verre d'eau, 1893, 45cm, estimé 250k$, adjugé 141k$. Que dire de plus que ce que nous avions écrit en 2010 sur Laugé, peintre un peu blafard et bien oublié. Le musée d’Orsay s'est tout de même résigné depuis à en exposer un en public, dit son catalogue.


samedi 10 novembre 2018

La refonte de l'Artic

Monet, Matinée brumeuse sur un bras de la Seine à Giverny, 
d'une série de 18 toiles, en 1897
Collection Art Institute of Chicago.

Le voyageur immobile qui frissonne en s’aventurant dans le labyrinthe des sites des grands musées, mais qui y passe tant d’heures que sa vie sociale menace ruine, ne pourra pas nous reprocher la chronique d’aujourd’hui.
Il s’agit pourtant d’un très grand musée, l’Art Institute de Chicago (https://www.artic.edu/), l’un des plus riches des musées américains, qui présente fièrement son site complètement refondu, et se vante de 52 438 images téléchargeables en très bonne qualité et libres de droits, et de son nouvel outil de recherche d’une grande précision, armé de filtres ingénieux.

Voyons cela. Faisons honneur au musée en allant flâner dans les collections d’art américain. Le bouton « Show filters » affiche à gauche les catégories qui filtreront la recherche parmi plus de 100 000 objets catalogués.
Le critère « Départements du musée » semble le plus pertinent. Mais l’appui sur le bouton d’un critère n’affiche pas la liste complète des éléments disponibles mais une zone de recherche où il faut saisir une expression, en anglais.
Soit. Entrons le mot « American », et cochons l’élément « American art » qui apparait alors et réduit la requête à 2604 objets. Une première page de 50 vignettes s’affiche automatiquement après quelques secondes, qui deviendront vite énervantes dans les recherches à plusieurs critères, car au moindre clic sur la page elles empêchent toute autre fonction. Patientons.

Promenons-nous enfin parmi les vignettes de l’art américain. Ici commencent les vrais problèmes d’ergonomie, car le site ne sait pas paginer correctement les résultats d’une recherche. Or notre exploration promet 53 pages de vignettes (2604 divisés par 50). Ainsi pour voir les dernières images de la catégorie « Art américain » on devra appuyer 52 fois sur le bouton « Load more » (en afficher plus), et attendre 5 à 10 secondes entre chaque appui pour afficher, à chaque fois, la page suivante additionnée de toutes les précédentes. La 53ème page, très longue, comprendra donc, si le navigateur n’a pas rendu l’âme entre-temps, l’ensemble des 2604 vignettes. L’opération complète demandera 15 à 20 minutes.

Quatre conseils et informations pour ne pas en arriver à une geste définitif :

• Si pendant une longue requête, une vignette attire votre attention, n’oubliez pas de « l’ouvrir dans un nouvel onglet », sans quoi, en voulant retourner à la page précédente, vous seriez condamné à reprendre le chargement à partir d’une page choisie semble-t-il aléatoirement.

• Ne demandez pas le classement des résultats de recherche par nom d’artiste, c'est inutile. Les tris par artiste se font à l’absurde façon anglo-saxonne, dans l’ordre alphabétique des prénoms !

• Si vous utilisez la fonction de recherche globale sans l’emploi des filtres, et souhaitez par exemple savoir si le musée héberge des œuvres d’Henri Taurel, le site vous proposera, parmi d'autres objets approximatifs, tous ceux qui figurent des tortues. Parce que Tortue en anglais s’écrit Turtle et que l’Art Institute considère qu’emporté par l’émotion et ébloui par la sublimité de son ergonomie vous avez raté la moitié des touches de votre clavier en entrant votre requête. Alors il vous a obligeamment corrigé, ce qui ravira peut-être un dadaïste dilettante ou un oulipien à la retraite.

• Enfin ne vous attendez pas à trouver là de bonnes reproductions des œuvres dont l’auteur n’est pas entièrement décomposé. Une conception extensive du droit d’auteur y est résolument respectée. Grant Wood par exemple, qui est dans le domaine public en Europe depuis 2013, ne l’est pas aux États-Unis. Toutes ses gravures sont reproduites au format d’une carte postale, et seul le fameux tableau « American Gothic » peut être agrandi et détaillé (mais pas téléchargé). C’est parce qu’il est devenu, comme « Le monde de Christina » d’Andrew Wyeth, une icône de l’Amérique courageuse et prospère, et qu’il eut été humiliant de présenter l’une des « Joconde » du musée aux dimensions d’un timbre poste.

On l’aura compris, le site de l’Art Institute de Chicago n’est pas fait pour le badaud ingénu qui pense qu’internet lui fera découvrir le monde mieux que le journal télévisé. Il est fait pour un homo sapiens moderne, instruit et efficace. On le visite quand on sait très précisément ce que l’on cherche. Et si possible en anglais. Sans quoi l'exploration s’embourbe inéluctablement, comme dans l’escalade d’une dune de mélasse dont le sommet s’éloignerait à chaque pas.

***
Il y a pourtant de belles choses dans cette collection. Ci-dessous quelques détails de portraits par Berthe Morisot, Velazquez, Jean Hey, Thomas Sully, de paysages par Carl Blechen, P.J. Volaire, Magritte, M.J. Heade, et de diverses choses par Thomas Fearnley, Fussli, Dalí, et J.J. Lefebvre.
Vous y verrez aussi, sans aucun ordre évidemment, Hopper, Caillebotte, Sanchez Cotan, Homer, Turner, Van Ruisdael, Fantin-Latour, Cambiaso, Boudin, Aert de Gelder, Goya, Canaletto, Rembrandt, Sargent, Utamaro, Dalí encore

Pour le reste, bon courage !


dimanche 6 octobre 2013

Pauvre Gaston...

Pauvre Gaston pauvre Mamard
Cent ans passés à corriger
Leur orthographe et imprimer
Les auteurs du siècle passé
Puis l'auteur meurt
Pauvre Gaston il a perdu Apollibeurre

Mais l'auteur froid
La famille et Gaston encore
Bénéficient pendant cent ans (pour simplifier) des droits d'auteurs
Un bas de laine
Pauvre Gaston il a perdu Apollitaine

On a beau faire
Cent ans de droits de reproduction
Font un empire de l'édition
Mais depuis peu c'est l'hécatombe
Pauvre Gaston il a perdu Apollitombe

Ça commençait au Canada
En 2010 Albert Camus libre de droits
Et puis Saint-Ex et Boris Vian toujours là-bas
C'est des dizaines de millions de ventes par an
En 2012 Céline aussi mais pas en France avant 20 ans
Qu'importe on les trouve aisément
Sur Internet
Pauvre Gaston il a perdu Apollinette

En 2011 le petit Proust est dans le domaine public
Lors en France on peut le copier l'éditer en faire du fric
Sans être jeté en prison
Et aujourd'hui c'est le pompon
Venu rejoindre le p'tit Marcel
Le poète du Pont Mirabelle
Pauvre Gaston l'est sur les nerfs
Il vient de perdre Apollinaire


Grant Wood, La chevauchée de minuit de Paul Revere, peinture exposée au Metropolitan museum de New York. L'œuvre de Grant Wood est dans le domaine public depuis le 01.01.2013 en Europe, mais pas au États-Unis où cette image est illégale.