Affichage des articles dont le libellé est Fresque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Fresque. Afficher tous les articles

mardi 21 avril 2026

La vie des cimetières (120)

Présentée avec Niklaus Manuel Deutsch dans la chronique précédente publiée simultanément (La vie des cimetières 119), voici l’intégrale de la fameuse Danse macabre qu’il avait peinte sur le mur du cimetière du monastère des dominicains de Berne autour de 1520, dans un montage en 6 panneaux des copies à l’aquarelle du musée historique de Berne, réalisées par Albrecht Kauw en 1649.


Les liens renvoient vers chaque scène de la Danse macabre dans le Catalogue raisonné des œuvres de Manuel Deutsch, où elle est accompagnée d’une analyse détaillée et des quatrains associés, le tout en langue allemande (souffrez d’éventuels contresens, la traduction automatique de l’allemand par les navigateurs n’est pas parfaite).


La vie des cimetières (119)


Peintre, Niklaus Manuel Deutsch - "Deutsch" était la traduction du nom de son père "Allemann" qu’il s’attribuait en signant NMD - est de nos jours moins connu que ses confrères suisses et allemands des débuts de la réforme protestante des années 1520, les Dürer, Holbein, Altdorfer, Grunewald, Cranach, Baldung, Graf… Moins talentueux peut-être, mais surtout moins productif, car une bonne partie de sa vie fut consacrée au mercenariat au service de la confédération des cantons suisses dans les guerres d’Italie, à la politique cantonale au parlement, à l’administration municipale de Berne, et à la composition de poésies et pièces pour la promotion de la Réforme. 
On conserve tout de même de lui quelques tableaux inventifs et réjouissants, comme cette Tentation de saint Antoine ou cette Décapitation de Jean-Baptiste, au musée de Berne.  

Entre 1517 et 1522 - les dates sont très incertaines - il réalisait une monumentale et fantastique Danse des morts, images et textes, sur le mur sud du cimetière du monastère des dominicains de Berne, aujourd'hui disparu. 

Les danses macabres, longues fresques où la mort sous la forme de squelettes plus ou moins décomposés taquine toutes les classes sociales, sont nées au milieu du 14ème siècle, après les grandes pestes, quand avait disparu la moitié de la population en Europe. Elles étaient censées faire croire à l’égalité de tous devant une mort inévitable, et incidemment pour les indigents la fin tant espérée de leurs souffrances et pour les riches la vanité de leur fortune qu’il serait bienvenu de confier au clergé. Les premières danses des morts inventoriées furent peintes en 1424 sous les arcades du mur sud de clôture du défunt cimetière des Innocents (une copie subsiste dans l’église de La Ferté-Loupière), et sur le mur du cimetière du couvent des dominicains à Bâle vers 1440.
La littérature sur le sujet est immense, la page de Wikipedia est riche, et le premier site à visiter en introduction peut être La mort dans l’art de P. Pollefeys, petite encyclopédie illustrée de la danse macabre, prévoyez quelques heures de visite et copiez-y ce que vous pouvez car il a déjà perdu des liens vitaux et ce genre de site personnel est mortel également.

Il faut imaginer la fresque de Deutsch, ses 47 squelettes décharnés grandeur nature (env. 160 cm) jouant de la musique et dansant sur 80 mètres le long du mur d’enceinte du cimetière - on ne sait pas si elle était peinte à l’intérieur ou sur la rue Zeughausgasse - ridiculisant d’abord le Christ, cas unique dans les danses macabres (ill. plus haut), puis la papauté, les prélats, tous les représentants du clergé catholique, ce qui n’était pas nouveau mais prenait une valeur particulière au moment et dans les lieux mêmes de la grande révolte protestante contre la corruption de l'institution par le système des indulgences, enfin les empereurs, rois, reines, la noblesse, l’aristocratie, et tous les métiers, genres, statuts sociaux, âges, religions, pour finir par le peintre lui-même qui s'est représenté terminant un personnage de sa propre fresque, la mort tentant de retenir son pinceau, sous la figuration de son blason "NMD" (ill. plus bas).  

En effet au dessus des arcades peintes qui encadrent la danse macabre, Deutsch avait représenté les blasons, armoiries et initiales de la cinquantaine de grands bourgeois de la ville, probablement tous convertis à la Réforme, qui avaient financé la réalisation de l’œuvre. On pense que certains commanditaires morts récents ou même vivants étaient également portraiturés parmi les personnages moqués, à l’instar du peintre lui-même.
Sous les scènes étaient inscrits des quatrains, le plus souvent dialogues entre le personnage et la mort, écrits par Deutsch, parfois virulents à l’égard des religieux, par exemple quand l’abbé est emporté (scène 5) : "Seigneur Abbé, vous êtes grand et fort, Venez avec moi dans le cercle, Comme vous transpirez, l’abbé, quelle sueur froide ! Plouf, plouf, l’abbé lâche une énorme merde."
 
Le monastère des dominicains a disparu depuis, avec son cimetière, sous les prétentions de l’urbanisme ; il n’en reste au cœur de Berne que l’Église française réformée. Entre 1650 et 1660, la ville avait besoin d’une grande avenue. Le mur du cimetière fut détruit. La fresque était alors certainement en très mauvais état. Elle avait été restaurée au moins partiellement en 1554, puis 1583, et reproduite sur commande par Albrecht Kauw en 1649 en une série de 24 peintures de 50 centimètres à l’aquarelle et la gouache, d’après les restes de la fresque originale et des dessins de 1638 de Conrad Meyer. Elles sont présumées relativement fidèles malgré quelques adaptations au gout du 17ème siècle. L’ensemble est conservé au musée d'histoire de Berne.

Vous trouverez dans la chronique suivante à paraitre simultanément (La vie des cimetières 120) les reproductions de bonne qualité, en 6 panneaux montés dans l’ordre original, de l’intégralité des 24 scènes, avec un index descriptif enrichi des liens vers des commentaires savants détaillés et les quatrains-dialogues, dans le catalogue raisonné des œuvres de Manuel Deutsch (en allemand).

À Berne aujourd'hui, si on a oublié l’histoire de Manuel Deutsch, chacun passant sur la Place fédérale devant la banque cantonale, levant les yeux, peut saluer son effigie géante de 3 mètres, la 2ème à gauche parmi 8 personnalités oubliées de la ville, sculpture remplacée en 1924 par une copie.


samedi 29 février 2020

La vie des cimetières (92)

Luca Signorelli, Fresques de l’Apocalypse, détail de la résurrection de la chair, vers 1500, cathédrale d’Orvieto, Ombrie.


CHRONIQUE FUNÉRAIRE DU 29 FÉVRIER
 
Pour tâcher de ne pas oublier leurs ancêtres disparus, les sociétés humaines ont imaginé des commémorations variées, monuments, statues, lieux sacrés, rituels, jours fériés dédiés aux célébrations. Il arrive que les jours fériés soient chômés, ce qui est bien agréable au travailleur et propice à une saine décroissance de l’économie.

La religion aujourd’hui dominante en France honore théoriquement ses morts le 2 novembre, mais elle les fête en pratique le jour de tous les saints, le 1er novembre, qui est chômé.
Et elle a créé vers le 2ème siècle un jour des ressuscités, le dimanche de Pâques, qui était suivi d’une semaine de festivités. Il n’en reste que le lundi de Pâques, chômé également.

Mais ce jour a deux défauts : on n’y fête qu’un seul ressuscité, fameux il est vrai, alors qu’il y en aurait des milliers à célébrer, et en nombre croissant, selon les témoignages de MM. Romero, Fulci et Fleisher, et surtout, cette première résurrection est nettement moins bien documentée que les plus récentes abondamment filmées, si bien que personne n’en connait la date avec précision, ce qui n’est pas commode quand on doit fixer à l’avance un rendez-vous familial pour « le lundi suivant le premier dimanche suivant la pleine lune suivant l’équinoxe de printemps », sachant que l'équinoxe en question n'est pas celui du calendrier astronomique mais un équinoxe fluctuant calculé selon la « méthode ecclésiastique ».

Toutefois, pour éviter de répéter une telle erreur, les sectes modernes ont mis en place des systèmes sophistiqués de surveillance horodatée de la résurrection de leur prophète.

Andy Warhol, prophète du Pop-art, qui avait révélé au monde le pouvoir du markéting promotionnel en reproduisant en série des photographies de Marilyn Monroe ou de boites d’une soupe très populaire, est enterré depuis 1987 auprès de sa famille à Bethel Park, près de Pittsburgh en Pennsylvanie.
Depuis le 6 aout 2013, pour que les médias ne perdent pas une seconde de son éventuel retour, sa tombe est filmée et diffusée sur internet en permanence, avec le son, des mouvements de zoom avant ou arrière réguliers, et de nuit un éclairage avec effet noir et blanc comme dans un film de George A. Romero. On peut rejouer les dernières 24 heures (par un menu surgissant en bas de l'image).

Alt Et comme il ne s’y passe jusqu’à présent pas grand chose, un service à distance d’ornement de la tombe par une boite de soupe ou des tournesols en plastique est proposé pour la distraction du fidèle qui s’ennuie (l’heure de dépôt est précisée au moment du paiement en ligne).
Hier, par exemple, une tempête de neige cinglait les boites rouges dans un spectacle du plus bel effet, et la caméra tressaillant sous le vent donnait l’impression que quelque chose était sur le point de se produire.

Une surveillance identique a été mise en place en décembre 2019 dans le cimetière de Highgate à Londres, avec un système de caméras fixées sur les arbres autour de la tombe de Karl Marx. Attraction principale du cimetière, elle voit passer 100 000 fidèles par an. Régulièrement dégradée, elle l’avait encore été à deux reprises en 2019.
L’entrée du cimetière étant payante, il ne serait pas étonnant que les vidéos de la tombe soient un jour rendues publiques moyennant un abonnement minime (on espère que l’entreprise qui a installé dans l'urgence les caméras sur les arbres en hiver a été informée du retour régulier des saisons, notamment du feuillage au printemps.)

Alors dans l’attente du spectacle grandiose de ces revenants célèbres, il serait particulièrement œcuménique de consacrer un jour férié et chômé à la célébration de tous les ressuscités de toutes les religions. Et quel autre jour des revenants conviendrait mieux qu’aujourd’hui 29 février, qui revient tous les 4 ans, parfois 8 ? (*)
Ce serait l’occasion d’un acte de justice sociale particulièrement écologique puisque le 29 février, quand il est travaillé, est offert malgré eux, par tous les salariés mensualisés, à la croissance débridée de l’économie nationale.
_______

(*) À propos du retour quadriennal (sauf exception) du 29 février, on apprend d’une chroniqueuse de la radio France-Inter et d’un chroniqueur du Journal du dimanche, qui le regrettent en chœur, que le mot « quadrisannuel » n’existe pas dans la langue française et qu’il n’y aurait donc pas de mot pour exprimer cette fréquence de 4 ans. Signalons-leur que le prix d’un dictionnaire est sans doute à la portée de la rédaction d’une radio ou d'un journal nationaux et modernes.

vendredi 15 juin 2018

La mort, restaurée et triomphante


Après avoir, vers 1350, exterminé près de la moitié de la population de l’Europe, la Mort était à Palerme, en Sicile au début des années 1400. On le sait parce qu’un peintre anonyme l’a représentée triomphante sur un mur du palais Sclafani. La fresque a été depuis transférée dans le musée du palazzo Abatellis, tout proche.
Certains spécialistes supposent que Pieter Brueghel le vieux l’aurait vue au début des années 1550, lors de son voyage en Italie du sud, car il peignait 10 ans plus tard son propre « Triomphe de la mort ».


Mais l’hypothèse est superflue, car ce thème de l’égalité de tous devant la mort, baliverne destinée à calmer les revendications des pauvres et rançonner les riches, était alors un cliché rebattu et son iconographie explorée en tous sens sur les fresques et les enluminures du Moyen-Âge. Et s’il y a une influence à trouver sur le panneau de Brueghel, elle vient plutôt de sa fréquentation assidue des délires hallucinés de Hieronymus Bosch, mais dépouillés de leur fantaisie irréelle.
La mort fourmille et s’y déploie à une échelle industrielle en milliers de squelettes systématiquement malintentionnés, sur un panneau de bois d'une largeur d’un mètre et 62 centimètres.



Le tableau a toujours appartenu à des collections directement liées à la couronne d'Espagne, et depuis 1827 au musée du Prado à Madrid (non loin des plus beaux Bosch), où son vernis jaunissait irrémédiablement, et la mort s'encrassait avec lui.

Soucieux de ne pas la voir dépérir, le musée du Prado vient de la décrotter méticuleusement, remplacer son vernis, consolider son support de bois, et l’expose à nouveau depuis peu, dans un état de fraicheur remarquable, histoire de prolonger son triomphe durant quelques décennies encore.



Toutes les illustrations sont des détails du Triomphe de la mort de Pieter Brueghel (ou Bruegel) le vieux, récemment restauré.

vendredi 31 août 2012

Améliorons les chefs-d'œuvre (3)

Décidément, le mot d'ordre libertaire de Ce Glob est Plat, « Améliorons les chefs-d'œuvre », a fait en quelques mois beaucoup d'émules. Pour preuve cette mésaventure qui fait actuellement scandale à Borja près de Saragosse, dans le nord de l'Espagne, et dans le monde entier.

Vous connaissez certainement l'histoire. Accoutumée aux petits travaux que nécessite régulièrement l'église du Sanctuaire de Notre-Dame de la Miséricorde dans les faubourgs de Borja, une très vieille femme dévote avait décidé de sauver le Christ d'une dégradation déjà bien avancée. C'était un portrait médiocre peint à la fresque par Elias Garcia Martinez, obscur décorateur et professeur à Saragosse, mort en 1934. La vieille dame avait déjà repeint la tunique pourpre du Christ en faisant au passage une grossière erreur de perspective, avec la bénédiction du prêtre de la paroisse.

Forte de cette approbation, elle s'est donc attaquée au visage qui se décomposait. Emportée par une indéfectible foi chrétienne et des limites techniques incontestables, elle transforma la mauvaise croute en un étrange pâté, dans le style d'un Georges Rouault ou Modigliani terminé au chiffon par Francis Bacon.
Plus de 20 000 internautes déjà ont néanmoins trouvé du charme à ce Christ zombi au point de signer une pétition pour sa préservation.


Soyons modestes, Ce Glob est Plat n'est pas l'inventeur de ce concept prometteur d'amélioration des chefs-d'œuvre du passé. L'archétype, le modèle indépassable, c'est le Spéléo-Club albigeois qui le 5 mars 1992, aidé d'un groupe d'Éclaireurs de France adolescents et filmé par la télévision régionale, effaçait soigneusement, à la lessive et la brosse dure, deux bisons maladroitement dessinés par un peintre inconnu il y a au moins 20 000 ans dans la grotte de Mayrière à Bruniquel.
C'était une méprise, l'intention était bonne, la grotte était aussi couverte de graffitis récents. Ils en obtinrent le prix igNobel d'archéologie en 1992.
Ironie, la peinture rupestre avait été découverte par le même club de spéléologie 40 ans plus tôt. Ce qui prouve bien qu'en matière d'art le progrès n'existe pas.

Mise à jour du 20.09.2012 : la suite devient lamentable, naturellement. La Fondation propriétaire de l'église prélève un euro par visiteur. La vieille dame va demander à la Justice sa part des milliers d'euros, en droits d'auteur. 

dimanche 28 novembre 2010

9084

Le dessin est maladroit, les yeux et la bouche désaxés comme par un peintre cubiste, les mains épaisses. Tous la nomment Sappho parce qu'elle tient des tablettes de cire et un stylet.
Le musée national d'archéologie de Naples l'appelle 9084.

On l'aurait découverte vers 1760, quand les fouilles étaient alors de la flibuste plutôt qu'une science. Détachée d'un mur, vers la région 6, ilot 17 (insula occidentalis, ancienne Masseria Cuomo, peut-être ici ou ), le long de la via Consolare, qui conduit à la via des sépulcres, et à la villa des mystères, mais on ne savait pas encore qu'on pillait alors l'antique Pompéi.

Elle évoque un de ces visages surpris sur les murs d'une villa ensevelie, lors de la percée du métro de Rome, cette scène inoubliable du film « Fellini Roma », quand l'air extérieur vient ronger en quelques minutes les fresques millénaires, et les efface.

vendredi 13 novembre 2009

Nuages (19)

Un peu de tourisme.

Jadis florissante, fondée probablement par les grecs, habitée par les romains, byzantine et fortifiée au moyen-âge, un peu sarrasine, normande pendant quelques siècles, puis longtemps aragonaise, épisodiquement française et finalement italienne en 1861, la petite ville de Gerace (prononcez djératché), en calabre, ne voit plus passer, depuis, que deux ou trois touristes, en été, et quelques nuages, parfois.

Le site de Gerace. Au fond, la ville sur sa falaise.


L'église San Martino, délaissée, et l'intérieur de la cathédrale normande.


Dans un coin de la cathédrale, un dieu agonisant au fond d'un aquarium. L'effet liquide est une illusion d'optique.

Au cœur de la cathédrale, les restes d'une fresque pieusement conservés. On ne sait pas précisément ce qu'ils représentent. un jeu de bataille navale ?




Un des nombreux belvédères aménagés par la municipalité.

samedi 24 mai 2008

La Terre en vraies couleurs

Le philosophe grec Démocrite est souvent représenté dans le long débat fait d'exils, d'autodafés, voire de bûchers (et dans lequel par stricte rigueur journalistique nous ne prendrons pas parti) qui oppose depuis 2500 ans les adeptes d'une Terre plate aux apôtres de sa sphéricité.

La tradition picturale le figure avec un sourire moqueur montrant du doigt le
globe terrestre, comme l'ont peint Bramante ci-dessus (vers 1480, à la pinacothèque Brera de Milan), Velazquez ci-dessous (vers 1630, au musée des beaux arts de Rouen), et Ter Brugghen (en 1628, au Rijksmuseum d'Amsterdam). Ce dernier l'a affublé d'un globe céleste, et a octroyé le globe terrestre à son symétrique, le portrait d'Héraclite, auquel Démocrite est fréquemment associé dans l'iconographie.
On a appris depuis que cette tradition sur la personnalité de Démocrite, reprise des auteurs romains, était assez fausse. Mais au moins a-t-elle permis pendant ces siècles obscurs d'afficher des idées alors réprimées et de s'en innocenter en les attribuant à une sorte de savant fou, prédicateur d'un matérialisme absolu et d'un déterminisme inéluctable. Rien dans les fragments qu'il reste de Démocrite ne présente cette vision de la Terre ni ne confirme son cynisme. Mais sa vision prophétique d'une pluralité des mondes, dans des états et des âges différents, et parmi lesquels le nôtre n'a rien de particulier *, est finalement bien illustrée ainsi. Il désigne le globe terrestre avec l'air de nous dire «c'est notre monde, on n'aura que lui, et il faudra faire avec».

On trouve sur Internet des reproductions acceptables des Démocrite de Velazquez et de Ter Brugghen, mais la fresque de Bramante fait l'objet d'une sorte de malédiction. Déjà inexplicablement absente des catalogues et autres guides de la pinacothèque Brera de Milan, on en trouve une seule reproduction passable en ligne, pillée et répétée par tous, dont la source est l'inépuisable base de la Web Gallery of Art. Elle est hélas atteinte d'une sorte de monochromie maladive comme d'un excès de carotène. Dans le cadre de sa série de chroniques «Aime la vie, peins la en rose», Ce Glob Est Plat, défenseur de tous les globes de la Terre, se sentait tenu de corriger la situation, et proposer aujourd'hui au monde ébahi les vraies couleurs naïves et acidulées de la fresque de Bramante. Aparté technique : cette fresque de Bramante aux «vraies» couleurs ci-dessus est un montage, très imparfait. Le dessin, les lignes et détails proviennent de la version Web Gallery of Art, les couleurs sont issues d'une photo dérobée sur place à Milan, mal cadrée et floue, prise subrepticement sans regarder dans le viseur. Les photographies y sont interdites, on s'en sera douté, mais jusqu'où n'irions nous pas pour honorer notre devise «La vérité sinon rien!».
***
* Dans la fable Démocrite et les abdéritains, La Fontaine le fait parler ainsi:
Aucun nombre, dit-il, les mondes ne limite :
Peut-être même ils sont remplis
De Démocrites infinis.


Mise à jour du 10.04.2019 : on raconte que Bramante s'est peint à droite en Démocrite, et qu'il a représenté Léonard de Vinci en Héraclite, à gauche. À l'époque ils travaillaient ensemble sur des projets d'architecture à Milan pour Sforza. On reconnaitrait Léonard à ses vêtements roses et au livre devant lui qui serait écrit de la droite vers la gauche.

samedi 13 octobre 2007

Nuages (5)

En 1523, le peintre Pontormo (Jacopo Carucci) fuyait Florence envahie par la peste pour se réfugier dans la chartreuse de Galluzzo, 5 kilomètres au sud. Il y peignit alors 5 fresques représentant des scènes de la vie du Christ (ici devant Pilate) qu'il termina en 1525.

  Elles s'y trouvent encore aujourd'hui. Très abîmées, elles ont été fixées sur des panneaux de bois et semblent flotter sur les murs, fantomatiques, dans l'ombre fraîche de la pinacothèque du monastère.