lundi 31 octobre 2011

La vie des cimetières (39)



C'était l'époque où Émile Zola faisait sangloter la ménagère et s'indigner l'adolescent. Les grands cimetières italiens se peuplaient de géants de pierre qui prenaient des postures d'ouvrier. C'était le temps où les gestes s'amplifiaient, la douleur se faisait palpable, les muscles exagérément saillants, la fesse charnue et le mollet girond. On appelait ça le Naturalisme ou le Vérisme. Il fallut même quelquefois, juste avant la cérémonie funèbre, rhabiller un peu l'œuvre du sculpteur qui s'était laissé emporter par le lyrisme ambiant.
La civilisation s’emballait, propulsée par les pistons de l’industrie.

C'était l'époque où Giulio Monteverde était le plus recherché des statuaires funéraires italiens. Il plaisait pour ses compositions
réalistes (Christophe Colomb enfant songeant sur un quai de Gênes, Edward Jenner vaccinant son propre fils contre la variole) et allégoriques (Idéalisme et Matérialisme, où une plantureuse nymphe à gros seins chevauche, tout en regardant vers le passé, une sorte de brute simiesque qui court emportée par une roue métaphorique). Et il a répandu nombre d'anges sensuels aux poses inattendues dans les plus grands cimetières, de Gênes à Madrid, de Rome à Buenos Aires.

Sa création la plus illustre
est certainement l'ange du jugement de 1882, l'ange à la trompette qui veille le tombeau de la famille Oneto au cimetière Staglieno de Gênes. Ici l'ange ne console plus, ne désigne plus la voie vers un au-delà rassurant. Il demeure, énigmatique, comme une sphinge provocante qui n'apportera pas de réponse, troublant jusqu'à l'obsession. Trezoe l'a filmé en 2009, et s'y est laissé prendre. D'abord respectueusement, puis très vite il approche son objectif, frôle ses formes lascives, s'attarde, insiste fébrilement... Peut-être essaie-t-il de déchiffrer son expression. Mais l'ange regarde le vide, fixement.
Impudique, Trezoe a déposé ces caresses sur Youtube (L'angelo ambiguo).




dimanche 23 octobre 2011

Cafardez ce blog...

Dessin extrait de Palepoli (1996), manga d'Usamaru FURUYA, hétéroclite, obscur et plein d'idées fulgurantes.
















Vous êtes certainement las des pitreries du blog que vous avez sous les yeux, de ses remarques péremptoires sur des artistes démodés, de sa philosophie de comptoir, de ses incessants blasphèmes.

Alors ne perdez pas de temps, rendez-vous sur le site Point de Contact, de l'AFA, l'Association des fournisseurs d'accès, et signalez un contenu odieux ou des propos suspects.
Point de contact est le site qu'il vous faut. Pour dénoncer une infraction attentatoire à la dignité humaine, allez sur cette page et laissez-vous guider par les instructions. On ne vous obligera pas à fournir votre identité, ni évidemment à prouver l'infraction. Vous y trouverez également des liens vers les organismes officiels de délation.
Et avec un peu de chance l'AFA se jugera compétente et interdira tout accès au blog.

Laissez-vous aller...


dimanche 9 octobre 2011

Zoologie, la fin d'un mythe


On dit la raie manta pacifique et débonnaire. C'est une erreur. Comme on peut le voir ici dans le hall des cabinets de consultation d'un hôpital renommé, elle guette la sortie des malades dont elle sélectionne les plus faibles pour s'en empiffrer sans retenue. Sa perfidie et son ingéniosité adaptative confondent l'innocent qui ne sait différencier l'avant de l'arrière et croit que le monstre lui présente sa queue, alors qu'il s'agit de sa mâchoire carnassière.

On comprend que le commun l'appelle le
diable des mers. S'il fallait s'en convaincre, un regard scrutateur sur ce document scientifique révèlerait sans ambigüité son œil sournois et ses intentions malfaisantes. Méfiez-vous donc des raies manta, surtout de celles qui infestent les couloirs des bâtiments publics.

mardi 4 octobre 2011

Le solvant, le journaliste et la particule

L'économie mondiale s'effondre lentement, mais l'information va de plus en plus vite. Pas vraiment dans le cerveau du journaliste et du blogueur, où elle s'enlise à la vitesse des signaux électriques neuronaux (disons quelques mètres à la seconde), mais dans les expériences des physiciens où le neutrino vient de dépasser le photon (la vitesse de la lumière) d'une courte tête. Nous y reviendrons.

De la vitesse du solvant

Pantxika de Paepe, conservatrice du musée de Colmar, et ainsi grande prêtresse de l'illustre retable d'Issenheim peint par Mathias Grünewald vers 1516, le trouvait un peu sombre et le voulait plus gai et pimpant. Le Christ mort, les corps déformés par la souffrance, les paysages fantastiques étaient, dit-elle, enténébrés par l'effet des années sur le vernis qui les recouvre. Aussi en confia-t-elle la restauration à Carole Juillet qui connait bien les panneaux du retable mais avoue manquer d'étude sérieuse sur les couches de vernis. Alors, guidée comme elle le dit par sa sensibilité, elle expédia en une semaine le nettoyage d'un panneau et demi, à l'aide d'une collègue experte et de grand gestes furtifs qui inquiétèrent les observateurs habitués aux milliers de Coton-Tige et aux longs mois méticuleux que prend traditionnellement ce genre d'opération.



Sur le panneau de la tentation de saint Antoine, avant restauration, un cartouche accuse
« Où étais-tu Jésus, que n'étais-tu présent pour guérir mes blessures. »


Alerté, le ministre a ordonné la suspension du lessivage. Pantxika dit avoir respecté les procédures administratives et justifie la précipitation par la nécessité d'éviter que le solvant n'atteigne la couche de peinture sous le vernis. Explication déconcertante, parmi d'autres contradictions. Il s'agissait donc de prendre le solvant de vitesse !

De la vitesse de pensée du journaliste de télévision

Pendant ce temps, à l'occasion d'une exposition sur les œuvres postérieures à 1900 du peintre norvégien Edward Munch, son tableau Le Cri, icône de la peinture scandinave, est accroché à Paris, au Centre Pompidou. Enfin, c'est ce qu'affirme pendant une minute et 50 secondes un reportage sur le sujet diffusé sur France2, chaine d'État. Il débute par une scène effroyable où des centaines de visiteurs armés de leur téléphone se battent pour photographier le chef d'œuvre. Et le journaliste d'affirmer « Pour l'apercevoir, il va falloir jouer des coudes et bousculer son voisin ». Alors par quel absurde revirement le même commentateur vient-il démentir son affirmation, à 10 secondes de la fin du reportage, en précisant que le célèbre tableau n'est pas présent à l'exposition ?

On ne le saura probablement jamais, la science n'a pas réussi à calculer la vitesse de la pensée dans le cerveau du journaliste de France2. Les capteurs ne sont pas assez sensibles. Le Cri est resté à Oslo.



De la vitesse du neutrino

En attendant, la nature essaie de contrarier nos plus grands savants. Aucune particule qui transporte de l'énergie ou de l'information ne peut dépasser la vitesse du photon dans le vide. C'est la règle, établie par Albert Einstein lui-même. C'est dire le respect qu'on lui doit. Depuis 1905, malgré de sournoises tentatives, personne n'a réussi à la prendre en défaut. C'est pourquoi les physiciens de l'expérience OPERA ont refait mille fois leurs calculs, jusqu'à mettre des piles neuves dans leur calculette, mais trouvent toujours le même résultat extravagant : quelques perfides particules, des neutrinos, seraient allées légèrement plus vite sous terre que la lumière dans le vide. Déconcertés, les pauvres scientifiques incrédules demandent publiquement l'aide de leurs confrères.
C'est l'information du mois. Le sujet passionne. Théories excentriques et avis farfelus fleurissent les commentaires et les forums. Les plus chimériques déterrent les sempiternels paradoxes temporels, les plus sérieux supposent que le photon aurait finalement une masse, les circonspects soupçonnent l'erreur de calcul et les enthousiastes proclament la découverte la plus importante de la physique du 21ème siècle. N'exagérons pas. La véritable découverte sera, s'il est confirmé, d'expliquer le phénomène. Et ça prendra des années, des décennies, peut-être des siècles.

Finalement, l'intérêt de cet épisode est de mettre en lumière le seul moyen satisfaisant de comprendre le monde, la confrontation collective des points de vue et de l'expérimentation. Le moteur de la science est le doute, la remise en cause permanente des théories. Le philosophe américain John Dewey disait que la pensée ne commence qu'à la survenance d'un problème à résoudre. Avant, tout n'est qu'habitudes, idées reçues et conventions.

dimanche 18 septembre 2011

Note de sévices

Ce billet est destiné exclusivement aux auteurs de blogs qui utilisent les services de Blogger, l'outil fourni par Google. Que les autres détournent leur chemin, au risque de se trouver engloutis dans un maelstrom de désespérance. Car hier ou avant-hier, quand tout le monde dormait, Gougueule a modifié unilatéralement le comportement des images des millions de blogs qu'Elle héberge.

Auparavant, cliquer sur une image l'affichait en une pleine page où il était possible de zoomer. Mais c'était trop simple !
Dorénavant, la même action affiche un écran noir affublé d'un petit train de vignettes en bas de page. Il faut attendre que toutes les images du billet soient chargées en mémoire pour voir enfin l'image souhaitée, réduite aux dimensions de la fenêtre, sauf si le billet est d'avant 2010, auquel cas l'écran reste noir. Dans tous les cas il n'est pas possible de voir plus de détails, sauf en cliquant sur un petit lien cabalistique qui traine vers le bas de page. Alors l'image se comporte comme on l'attendait quelques minutes plus tôt. Attention, pour quitter et revenir au texte du billet, à ne pas appuyer sur la flèche normale de retour. Elle envoie quelque part dans le passé, sur un lien égaré dans la mémoire du navigateur. Il faut d'abord fermer l'onglet ou la fenêtre puis cliquer sur une croix blanche pas toujours visible en haut à droite de la fenêtre noire, ou cliquer sur une zone sans image.
Le lecteur même attentif et bienveillant sera déjà perdu et aura depuis longtemps quitté le blog pour d'autres horizons.

Dans le but d'inventer les ergonomies les plus inattendues, les ingénieurs de chez Google observent discrétement, pour ne pas le perturber, le comportement des utilisateurs (allégorie).




Depuis, c'est l'effervescence dans les forums d'entraide. Les auteurs qui voient leur fréquentation et leur chiffre d'affaires s'effondrer se rallient sous des slogans sibyllins tels «FUCK BLOGSPOT».
Déjà, la résistance propose un contournement efficace. Il est disponible dans une sombre officine de Sheffield entièrement en anglais. Il s'agit de faire vite avant que la réaction s'organise. Pour cela, voici la liste des actions de rébellion :1. Créer un «gadget HTML», sans titre, sur la page de conception des éléments du blog,2. Y coller la phrase magique subtilisée dans ladite officine,3. Et c'est tout.

Mise à jour du 20.09.2011 : le nautonier Vasco signale que l'administrateur de l'officine susdite héberge maintenant une seconde solution, due à Bonjour Tristesse, nécessitant de modifier le code HTML du modèle du blog, remède un peu plus risqué mais nettement plus élégant.
Mise à jour du 13.10.2011 : la déesse Gougueule qui ne se trompe jamais a écouté son peuple qui se plaint toujours. Elle laisse la fonction de présentation des images bestialement mise en place en septembre, mais la fait optionnelle dans les paramètres du blog. Elle affirme également avoir corrigé les anomalies de cette nouvelle fonction. Ce dernier point reste à vérifier.

mardi 13 septembre 2011

Il faut raison (d'État) garder

On s'en souvient, l'accident nucléaire de Tchernobyl, en avril 1986, n'a jamais atteint la France. Le bras armé du gouvernement dans la bataille contre les éléments était alors l'éminent et zélé professeur Pellerin. À la tête du Service de Protection Contre les Rayonnements Ionisants, il avait, comme tout fonctionnaire du nucléaire, prêté le serment du silence sur la pollution radioactive. Et il respectait sa parole. Tandis que les craintifs pays limitrophes exorcisaient leurs frayeurs en distribuant de l'iode et déconseillaient la consommation de certains produits frais, le bon professeur faisait le nécessaire pour que le nuage radioactif se détourne de notre territoire sacré.

Et depuis 25 ans, tel le mélancolique vengeur masqué de nos lectures d'enfant, il n'en avait jamais été vraiment remercié. Il était même poursuivi en justice pour tromperie aggravée par des malades vindicatifs qui lui reprochaient son silence sur la réalité des risques et lui attribuaient leurs cancers. 
Le 7 septembre dernier vient de marquer la fin de son calvaire. La cour d'appel de Paris a prononcé un non-lieu général sur toute l'affaire. Toute contradiction relève désormais de la diffamation. C'est le risque qu'encourt le malheureux A. Le P. par son triste témoignage du 8 septembre 2011 à 22h42 sur le site du Figaro.

Les couleurs chatoyantes de la centrale nucléaire de Dampierre, sur la Loire, à 50km d'Orléans. 
 
Voilà. La vérité est qu'il n'y a pas de lien entre la forte augmentation (admise) des cancers de la thyroïde dans l'est de la France et le célèbre nuage prétendument radioactif. La vérité est que les milliers d'êtres humains qui vivent encore dans la zone présumée irradiée de Fukushima ne doivent pas s'inquiéter, leur anxiété injustifiée n'est qu'une phobie que la psychiatrie apaisera. 

La vérité est que l'accident mortel d'hier sur le site nucléaire de Marcoule dans le Gard (l'explosion d'un four de traitement de déchets radioactifs), est en fin de compte un accident normal sans conséquence catastrophique, qui prouve que la gestion du nucléaire français est sous haute surveillance. C'est ce qu'affirment les organismes officiels et la presse unanimes

Au lent empoisonnement des corps s'ajoute l'intoxication des esprits. Comme dit un proverbe congolais « Quand éclate la vérité, mieux vaut ne pas se trouver sur sa trajectoire. »

lundi 5 septembre 2011

C'est beau, la nature


Le morpho, papillon bleu iridescent qui batifole imprudemment dans les forêts d'Amérique du sud n'a décidément pas de chance. La nature l'a doté, dans sa dernière métamorphose, de couleurs si précieuses, comme un métal enchanté dans un film de Walt Disney, que collectionneurs et naturalistes n'ont jamais pu se retenir d'en décorer à profusion vitrines et musées.
Et tandis qu'un brave papillon commun flanqué de couleurs vulgaires prend tous les matins le chemin du bureau, vit paisiblement ses quelques mois d'existence, butine au passage et se reproduit comme tout le monde en dizaines de petits papillons également communs, l'éblouissant morpho quant à lui finit généralement jeune, épinglé dans une boite poussiéreuse, au dessus d'une étiquette qui précise, d'une écriture cursive et appliquée, le petit nom de l'animal et le paradis où il a été chassé, agrémentés d'un commentaire affligé sur la disparition de l'espèce.

Moralité : il n'y en a pas.



samedi 27 août 2011

Virgil Finlay encore












Il existe des illustrateurs qui n'ont pas vraiment besoin des textes qu'ils ont enluminés. Le blog MonsterBrains
le démontre encore aujourd'hui en présentant isolées, sans références ni commentaires, 111 illustrations en bonne qualité de l'immensurable Virgil Finlay.
L'admirateur qui souhaiterait faire de l'ensemble une copie de sauvegarde ou des fonds d'écran aura tout intérêt à télécharger l'extension DownThemAll pour le navigateur Firefox, avec lequel il récoltera le tout en quelques secondes et trois clics.

samedi 20 août 2011

Ufficio Problemi Economici, Sociali...


On imagine l'administré désemparé, quand il se rend à la mairie pour tenter d'obtenir le bénéfice d'une aide ou la reconnaissance d'un droit, errant dans des
enfilades de bureaux impersonnels peints d'un vert tilleul délavé, pour finalement réaliser qu'il lui manque un document indispensable à sa démarche. Mais c'est une vision qui se souvient trop des portraits ironiques de Kafka ou de Courteline.

En fait, si le citoyen revient fréquemment bredouille de ces expéditions, c'est parce que les mairies sont, comme les églises, faites pour impressionner l'individu. Intimidé par la magnificence des lieux, la puissance de la République (sans laquelle il ne serait qu'un demeuré préhistorique), il perd ses moyens, hésite, bafouille, oublie le motif de sa visite et repart émerveillé.

La Mairie de Gênes, en Italie du nord, est un modèle de ces architectures qui hébergent dans un décor majestueux et solennel des services municipaux.




vendredi 5 août 2011

Nuages (26)

D'un geste paresseux, l'ouvrier effleura la toile bleu uni du ciel avec une large brosse gorgée de blanc pur. Personne ne se doutait alors qu'il inventait simultanément la calligraphie arabe, la peinture chinoise à l'encre, et l'abstraction lyrique.

samedi 30 juillet 2011

La vie des cimetières (38)

Dans la série « Célébrons les libérateurs de l'humanité souffrante », nous saluerons aujourd'hui un prophète méconnu, Samuel Hahnemann, fondateur de l'homéopathie.
Parmi les croyances populaires en de fausses sciences, celle qu'il ensemença est une des plus tenaces, et elle est promise, comme l'astrologie ou la prévision météorologique, à un avenir rayonnant dans les siècles des siècles.
Le principe est simple, c'est la justice primitive du talion appliquée à la médecine « traiter les malades par des remèdes produisant des symptômes semblables à leurs maladies ». Pas trop fort, de manière infiniment diluée, sinon ils tomberaient encore plus malades. Disons-le tout de suite aux crédules, cette pénétrante innovation scientifique n'est pas applicable à toutes les affections, surtout si le patient souffre d'un membre arraché ou d'un éventrement intempestif. Mais on raconte que le procédé fonctionne quelquefois, sur des fidèles et dans les limites de l'effet placebo.

S'il ne soigna pas plus de malades que le mythomane « docteur » Freud, que les eaux douteuses des piscines sanctifiées de Lourdes, ou que la concierge du 23 rue de l'adjudant Siegfried Jambon, Hahnemann est toutefois devenu de nos jours un des plus fructueux bienfaiteurs de l'industrie pharmaceutique française. Quand on pense qu'il fut un temps persécuté par les pharmaciens dont il aurait alors mis le commerce en péril !

Le tombeau d'Hahnemann, quelque part dans le cimetière du Père-Lachaise.

En 1843 Hahnemann, pourtant prospère et reconnu, était enterré discrètement au cimetière Montmartre. En 1898, à la fin imminente de la concession et devant l'état d'abandon de la sépulture et le risque d'expulsion sans ménagement vers la fosse commune, les homéopathes internationaux organisèrent une souscription et le transfert de leur bienfaiteur vers le cimetière du Père-Lachaise, jugé plus chic.
Le récit de l'exhumation est délicieux. Dans le cercueil, conséquence des infiltrations d'eau, ne restait pour tête qu'une vague éponge dans laquelle ce qu'avait peut-être été jadis le docteur Samuel Hahnemann était dilué à dose tellement homéopathique qu'il en était méconnaissable. On le reconnut à quelques objets près de lui.
En 1900 était inauguré au Père-Lachaise le pesant monument actuel, surmonté d'un buste du prophète sculpté en son temps par l'excellent et onéreux David d'Angers, portraitiste des célébrités. On peut lire, sous le buste « Non inutilis vixi - je n'ai pas vécu en vain ». Et ce ne sont pas les laboratoires Boiron qui le démentiront.
Le tombeau fait depuis l'objet de soins attentionnés.

lundi 25 juillet 2011

Des photos en pagaille

Une belle photo est limpide. Les formes, l'organisation des lignes et la distribution des volumes en rendent la lecture aisée, l'intention évidente. Une belle photo en dit un peu plus que la réalité qu'elle représente. Pas trop, comme un glacis de vernis translucide donne de la profondeur à une peinture. Une belle photo est imprévue, pas farfelue. Elle peut avoir été prise par le voisin de palier. Une belle photo semble authentique, plausible, on apprendra peut-être un jour qu'elle avait fait l'objet d'une mise en scène, mais trop tard. Elle aura marqué l'imaginaire.

Photo aimablement prêtée par un voisin de palier (2005, © JFP)

Qui a le temps de respecter ces critères, de passer ses journées à ne rien faire d'autre qu'épier l'évènement, l'observer du dehors, le décortiquer sans le vivre, à se faire expulser de lieux interlopes ou de cimetières de province parce qu'on le prend pour un profanateur pervers, à demander au quidam qui vient d'accomplir l'exploit de sa vie de le refaire sous un angle plus avantageux ?
Personne, excepté quatre ou cinq grands photographes qui ont pour nom Kertesz, Erwitt, Cartier-Bresson, Doisneau, Koudelka.
Et de ces photographes, on ne trouve pas aisément sur internet des reproductions plus grandes qu'un timbre et en nombre suffisant, sinon sur une espèce de blog en forme de capharnaüm impérialiste nommé Onlinebrowsing.

Le propriétaire du blog n'a peur de rien. Une monographie lui plait, il en scanne toutes les reproductions et les jette à la queue leu-leu, sans référence pour chaque photo, si bien qu'il n'est pas rare de trouver, au milieu des œuvres de l'un, des photographies d'un autre qui l'a influencé, sans en être crédité par un quelconque commentaire. Le propriétaire ne s'embarrasse pas non plus de l'ordre alphabétique pour classer sa liste de mots clef, ainsi les photographes sont triés dans l'ordre de leurs prénoms. Il faudra penser à chercher Kertesz dans les A. Enfin, ses pages surchargées de reproductions (jusqu'à 200) mettent tant de temps à s'afficher qu'il est conseillé, une fois la page chargée, de regarder les photos en détails dans un autre onglet ou une nouvelle fenêtre (1).

Mais ce blog est un mine d'or. Beaucoup de photos d'Elliott Erwitt, de Joseph Koudelka, d'André Kertesz, encore plus d'Henri Cartier-Bresson, et des florilèges des grands journaux et magazines, un siècle de photos du New York Times, 70 ans du magazine Life, une anthologie du magazine National Geographic.
Alors récupérez sans tarder vos images préférées avant que le blog ne soit foudroyé par le dieu vengeur des droits d'auteur.

***
1. En fonction du navigateur que vous utilisez, il vous faudra appuyer sur la touche Commande, Contrôle, ou Majuscule tout en cliquant sur l'image. Ou cliquer au même endroit avec le bouton de droite de la souris et choisir dans le menu contextuel.

jeudi 14 juillet 2011

Commémorons l'hiver

Rappelant la fête nationale française, Guy Sorman vient d'écrire aujourd'hui un court billet (14 juillet, Fête de l'amnésie) excellent, comme souvent. Il n'y a pas grand chose à y ajouter, sinon l'illustrer d'images qui n'ont surtout rien à voir avec un sujet aussi faisandé.


dimanche 10 juillet 2011

Fable de synthèse (scène 1)

Le générique et le préambule sont en fin de page.

Voir la scène 2.

Générique (complété à chaque publication)

Les animaux, végétaux et cailloux sont dressés par Noggin (les rats), PiSong Design (le vautour), MallenLane (l'arbre), Sequestrian & autres (le zombie).
Les décors et les costumes sont maintenus par Dartanbeck (les étoiles), Faveral (le bistro, l'église), Lisa Buckalew et LaurieS (le cimetière), Powerage (l'immeuble), The AntFarm (la citerne et les toits), Jack Tomalin (la gare).
La lumière, la mer, les nuées, et toutes les grandes choses de la création sont calculées par Carrara 8 Pro.

Toute ressemblance avec des personnalités ou des situations existantes ne peut être que purement intentionnelle.

***
Préambule
Le dessin en trois dimensions calculé par ordinateur (3D, images de synthèse) progresse avec la puissance des machines. Ce monde de maquettes et de poupées a depuis quelques années envahi celui du cinéma. Dorénavant, sur l'écran on ne distinguera plus la réalité filmée de sa copie virtuelle recalculée.
Quantités de modèles 3D sont disponibles (gratuitement ou non) qui évitent à l'amateur de passer des centaines d'heures à modeler chaque brin d'herbe de ses décors et chaque plume de ses personnages. Il fait son marché dans cet universel bric-à-brac. Il devra un peu modifier, sculpter, déformer, habiller, décorer, animer ses emplettes, mais le plus gros du travail est fourni. Il lui reste à fignoler le récit, la mise en scène, l'éclairage et se prendre alors pour Fellini, Kubrick, Hitchcock, Tati, voire Max Ophüls, changer la couleur de la poussière qui ne convient pas, pour finalement revenir sur la couleur précédente, satisfaire tous ses caprices. Les personnages ne se plaignent jamais et les décors ne vieillissent pas. Il faut les dégrader intentionnellement.

Ce Glob est Plat présente aujourd'hui une expérience. Une bande dessinée réalisée en images de synthèse, avec des moyens d'amateur. Les textures seront parfois approximatives, les décors un peu creux, et on veillera à ne pas trop faire pivoter la caméra virtuelle pour ne pas révéler l'immense vide qui entoure la scène. L'histoire sera un peu improvisée et le rythme de publication probablement irrégulier.
C'est une expérience. Elle n'a pas de titre pour l'instant.


Mise à jour du 10.11.12 : la bande dessinée est momentanément suspendue pour des raisons d'incompatibilité du logiciel de dessin 3D avec le nouveau système d'exploitation sur lequel il devrait tourner.


dimanche 3 juillet 2011

Culture et élevage

L'arrivée du soleil inspire régulièrement au salarié un appétit irraisonné de dépaysement, qu'il n'a souvent pas le temps d'organiser. Il s'adresse alors à l'agence de voyage, qui profite de cette imprévoyance pour abuser de sa confiance.
Et la tromperie tient à peu de choses. Une seule lettre substituée dans un dépliant et le brave touriste qui pensait s'extasier aux pieds de l'immémorial temple du Parthénon, sur l'Acropole d'Athènes, se retrouve à l'Agropole d'Asciano, exploitation agroalimentaire dans la campagne toscane.
On dit que nombreux ne voient pas la supercherie.

Extrait du dépliant touristique de l'agence Un grand plaisir dans la culture :
« L'Agropole est l'un des sites les plus renommés de l'histoire de l'humanité. C'est un plateau rocheux naturel sur lequel les grecs antiques construisirent, voici 2400 ans sur les conseils du grand Platon, les plus immenses hangars à céréales et fourrage de l'antiquité. Édifiés sur une hauteur presque inaccessible, ils étaient protégés contre la rapacité des barbares qui s'impatientaient aux frontières de la glorieuse cité. Hélas la défense du site et l'approvisionnement des habitants étaient rendus très difficiles pour les mêmes raisons. Les barbares n'eurent aucune difficulté à brûler l'ensemble à l'aide de flèches enflammées et quasiment tous les grecs moururent de la famine. On demanda à Platon de ne plus s'occuper que de philosophie. Ce fut la fin de la grande époque classique. »

dimanche 26 juin 2011

La vie des cimetières (37)

L'abbé Robert, alias Étienne-Gaspard Robertson, fut un homme de spectacle, à Paris vers 1800-1830. Un de ces aventuriers fabuleux et sans scrupules qui combinaient balbutiements de l'électricité et procédés chimiques et optiques dans des attractions illusionnistes appelées alors fantasmagories. Derrière un galimatias philosophico-religieux et sous des prétextes hautement scientifiques, il faisait apparaitre fantômes ambulants, sorcières frénétiques et morts célèbres sur un écran de fumée. Il ressuscitait même, à la demande, les familiers de spectateurs téméraires.
On lira un survol de sa vie d'aérostier sur une page de la Biographie universelle ancienne et moderne, de Michaud en 1842. Son autobiographie «Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiques d'un physicien-aéronaute» peut encore être dénichée chez quelques antiquaires.




De nos jours il n'y a plus que des spectres de pierre autour de son tombeau, avenue Casimir Périer au cimetière du Père-Lachaise, et quelques touristes intrigués par ce grandiose mausolée historié sur lequel est gravé le nom d'un inconnu.

mardi 21 juin 2011

Guide pratique de l'ascension

Église collégiale Saint Liphard, Meung-sur-Loire

On se doutait bien qu'il y avait un truc. On ne monte pas au ciel comme ça, simplement en y pensant très fort.

vendredi 17 juin 2011

Tout augmente

Au ministère des accidents de la circulation routière :

- Avez-vous remarqué, Monsieur le Ministre, cette soudaine flambée des accidents mortels depuis le début de l'année, et surtout en avril ?

- Oui, c'est l'occasion idéale. voilà 40 ans que le nombre d'accidents chute inexorablement, il est devenu de plus en plus difficile de trouver un prétexte pour gonfler les recettes. Alors ces chiffres sont inespérés. Nous avons d'urgence décidé, avec nos actionnaires et mon collègue du budget, de supprimer toute information publique sur l'emplacement des radars de contrôle de vitesse.

- Mais les usagers verront bien qu'il n'y a pas de lien entre les contrôles de vitesse et l'augmentation soudaine des accidents !

- Ne vous en faites pas, ils seront tellement affolés qu'ils perdront tout sens critique. Et puis vous savez bien qu'il n'y a jamais eu de lien direct probant entre nos mesures répressives et la baisse des accidents. La raison vraisemblable de cette hausse a été la météo du printemps propice aux départs en weekend, mais on ne va quand même pas se remettre à falsifier les bulletins météorologiques ?

Le modèle 3D des vautours est de Ken Gilliland.

mercredi 8 juin 2011

Écriteaux et écrivains

Un panneau ne se trompe jamais. Pendant que les plus grands philosophes ergotent sur l'origine de l'Univers, on sait depuis des lustres dans l'Administration de l'Équipement et de la Voirie qu'un lieu n'existe pas tant qu'il n'est pas nommé sur une plaque d'aluminium convenablement galvanisé et laqué (voire électro-zingué).
Y, Yz, Fa, Bû, Eu, Oö, Py, Ur, improbables villages français, existeraient-ils si le touriste égaré n'y était guidé par une route d'asphalte et reçu par un glorieux panneau indicateur ? Et on ne dira jamais assez le rôle bienfaiteur pour la littérature de ces panneaux de signalisation routière. Qui lirait encore Marcel Proust si le décor de son enfance, le village d'Illiers, devenu en hommage Illiers-Combray en 1971, ne lui faisait une publicité permanente ? (voir l'illustration ci-dessous)


Mais il y a une douloureuse contrepartie. Serait-il génial, un artiste restera méconnu si les cartes et les guides l'ignorent. Et c'est le sort d'Alexandre Vialatte. Le panneau d'entrée de Magnac-Laval, son village natal (voir l'illustration plus bas), est muet sur celui qui fut le plus jubilatoire des écrivains de son siècle (1).
Est-ce afin de palier les lacunes de la signalétique et de la cartographie, et peut-être de rentabiliser un placement, que le quotidien La Montagne, dans lequel Vialatte avait publié une grande part de son œuvre de 1952 à 1971 (900 chroniques sur 1128), a décidé de faire de 2011 l'année Vialatte et d'y employer quelques moyens ?
Ainsi, 110 ans après sa naissance et 40 après sa mort, le créateur du sinistre Monsieur Panado et de la plupart des proverbes bantous se trouve affublé localement d'une année Vialatte, d'un Prix littéraire Alexandre Vialatte annuel, et d'un site internet temporaire farci d'hommages insipides, de quelques rares chroniques en version intégrale, et de courtes citations mal documentées (3).
Et pour couronner l'ensemble, alors que la discrète Association des Amis d'Alexandre Vialatte vient de publier son 36ème cahier annuel (2), se créé le très médiatique Club des Vialattiens, garni de petits fours et de gens célèbres et bruyants.

Le véritable amateur de mots choisis et rangés dans un ordre agréable et significatif voit ces débordements d'un œil amusé. Il imagine ce que Vialatte en aurait dit.


***
1. Avec Vladimir Nabokov, peut-être.
2. 230 pages d'articles de Vialatte journaliste parus dans Le Petit Dauphinois de 1932 à 1944.
3. Par exemple celle où Alain Rey (le dictionnaire Le Robert, c'est lui), amoureux de Vialatte, est cité dans une citation qu'il fait de Vialatte dans son «Dictionnaire des amoureux des dictionnaires» (c'est clair ?). La citation manque de précision : deux lignes de Vialatte, suivies des mots «Alexandre Vialatte, chronique à La Montagne». C'est un peu court. Quelle chronique parmi les 900 ?
Alors faisons un peu de taxinomie chronique. Ladite chronique s'intitule « Des mots et des choses » et se trouve être la 70ème de Vialatte, publiée originellement dans La Montagne du 22 décembre 1953, reprise en recueil par Julliard en 1979 dans «Et c'est ainsi qu'Allah est grand», et rééditée en 2000 chez Laffont dans la collection Bouquins, numérotée 54.
Et citons-en quelques extraits moins parcimonieux :

«L'actualité nous écrase d'écrits. Je recommanderai plus spécialement les dictionnaires. Les dictionnaires sont de bien belles choses. Ils contiennent tout. C'est l'univers en pièces détachées. Dieu lui-même, qu'est-ce, au fond, qu'un Larousse plus complet ?
(...)
C'est ainsi que Jules Vallès faisait du dictionnaire. Comme c'est une chose très peu payée, il faut aller très vite pour s'y retrouver un peu. On n'a pas le temps d'aller chercher des références dans les sous-sols de lointaines bibliothèques qui ruinent leur homme en autobus. Ce martyr du vocabulaire signait donc Aristote ou même Napoléon des exemples adroitement choisis pour expliquer l'emploi des mots : «Il pleut», ou «Les raisins sont mûrs». Généralement, Vallès signait de Marmontel des exemples forgés tant que le fer était chaud qui autorisaient les opinions les plus hardies. Cet homme obscur lui permettait de trancher plus vite. Son éditeur en était enchanté. «Ce que j'aime surtout avec vous, disait-il, c'est la richesse de vos échantillons, la pertinence, l'érudition de vos références. On ne lit plus assez les classiques. On devrait relire ce Marmontel.»
«Il contient tout». répondait Vallès modestement.
(...)
On est effrayé du désordre qui régnerait dans la nature sans les planches en couleurs du Larousse illustré et le Catalogue de la Manufacture d'armes et cycles de Saint-Etienne à couverture de faux marbre ornée de chiens. Elle s'abandonnerait à elle-même. Elle se répandrait au hasard.
(...)
Relisons donc les dictionnaires qui endiguent les fureurs brutales de la nature et ses illogiques luxuriances pour la ranger, au grand complet, dans leur écrin comme un service de petites cuillères. Et ne demandons pas aux choses de ressembler servilement à leur portrait.
Il y a les mots, il y a les choses.»
Alexandre Vialatte, 1953.

dimanche 29 mai 2011

L'expert et le dindon (farce)

Avertissement au lecteur : ce récit, véridique, ressemble tant à une caricature que les noms des personnes réelles ont été masqués afin de n'offenser personne et de ne pas, à l'ânerie, ajouter l'humiliation.

Roger-Jean S-M. est politicien et philanthrope. Un sombre jour de 2007, par testament, il lègue tous ses biens à des organismes bienfaiteurs, à l'exception d'un tableau daté et signé de Lyonel F., illustrateur et peintre du début du 20ème siècle, qu'il souhaite offrir au renommé Centre P. de Paris, la plus grande collection d'art moderne et contemporain en Europe (sic). Mais le Centre P. consulte Achim M., seul expert de Lyonel F. sur Terre, qui affirme que le tableau n'est pas de la main du peintre. Le Centre P. refuse alors le legs.
Quelques mois passent.

Aujourd'hui 29 mai 2011 vers 20 heures le tableau refusé jadis par le Centre P. sera mis en vente dans une grande salle des Champs-Élysées à Paris. Attribué à Lyonel F., estimé entre un et deux millions d'euros, il sera garni d'un authentique certificat d'authenticité signé de la main même du célèbre Achim M.
Certains prétendent que cette fois, s'agissant d'une vente, et non d'un don, l'expert peut revendiquer un pourcentage de la vente. Ce sont sans doute d'épouvantables envieux.

Moralité, lorsqu'un plombier vous propose un devis pour des travaux importants, demandez une contre-expertise à votre dentiste, c'est-à-dire à quelqu'un qui n'a aucun intérêt financier à vous mentir en matière de plomberie. Bien sûr, vous vous serez auparavant renseignés sur une éventuelle collusion entre les deux commerçants. Et Vous aurez obtenu ce renseignement auprès d'un tiers dont vous avez vérifié la neutralité, bien entendu.

Mise à jour du 30.05.2011 : Les estimations ont été pulvérisées. La dernière enchère était à cinq millions d'euros.

dimanche 22 mai 2011

Quelques globes


Le parvis couvert du théâtre Carlo Felice, l'opéra de Gênes, en Italie du nord. Au fond, la place De Ferrari et la statue équestre de Garibaldi.

Pendant ce temps-là, tout va bien de l'autre côté du globe. La centrale nucléaire de Fukushima tient ses promesses (1). Elle fuit comme un pneu fatigué. Le corium se répand. On envisage la solution extrême, l'ensevelissement des réacteurs sous un gigantesque sarcophage, ruineux comme à Tchernobyl, pour une éternité d'environ 50 ans, après quoi il sera nécessaire de le remplacer. Et ainsi de suite, pendant des millénaires.

1. Voir Marianne, Courrier International, Sciences et Avenir.

mardi 17 mai 2011

Caffi, biographie

Caffi Ippolito, védutiste tardif.

16 octobre 1809, Belluno, nord-est de l'Italie,
20 juillet 1866, près de Lissa (Vis) en Croatie.

Un tableau d'Ippolito Caffi est toujours une surprise. Comme pour Hubert Robert dans les musées français, on ne visite pas un musée italien pour voir un Caffi. On ne sait même pas qu'il y en a un. On le découvre au bout d'un couloir, dans une pièce silencieuse, entouré de paysages italiens un peu sombres. C'est un petit panorama urbain peint avec précision et de délicates lumières vivement colorées, comme avec de la gouache. Une ville qu'on croit reconnaitre, avec des ruines, des monuments et des petites silhouettes humaines. Un Canaletto en miniature.

En haut et en bas, Venise, au centre Constantinople et Rome. Tous sont dans des collections privées, sauf Constantinople (à Brescia) et la fête nocturne en bas à gauche (au musée de Belluno).

Caffi aura trop aimé Venise. Sous la neige, les hautes eaux, le brouillard, les feux d'artifices, il l'a représentée mille fois.

Il y étudiera 4 ans, avant de partir pour Rome en 1832 où il rencontrera Corot, et le succès. Il voyagera beaucoup, en Europe et au Moyen-Orient (1843), mais reviendra à Venise en 1847 pour soutenir l'insurrection de la ville, menée par Daniele Manin, contre l'occupant (la Vénétie était alors province autrichienne, cédée par Bonaparte en 1797).
Prisonnier quelques mois, évadé, victorieux pendant la courte période de la république de Saint-Marc, propagandiste exilé quand l'Autriche reprendra Venise en 1848, acquitté en 1859, on le retrouvera dans la lutte pour la libération et l'unification de l'Italie, prisonnier politique, puis illustrateur de l'armée de Garibaldi à Naples en 1860, enfin à nouveau vénitien sous surveillance policière en 1862.

1848, Pie 9 bénit, place du Quirinal à Rome (musée de Trévise).

En 1866, Venise (comme Rome) ne fait pas encore partie du Royaume d'Italie. Les alliés prussiens sont sur le point d'y déloger les autrichiens. Alors les italiens fraichement unifiés, en surnombre et mieux armés, penseront s'assurer un avantage diplomatique par une bataille navale facile en chassant les autrichiens de l'ile de Lissa (aujourd'hui Vis) sur les côtes de la Dalmatie. Ippolito Caffi embarquera sur le Re d'Italia, puissante frégate cuirassée. Mais les forces italiennes sont mal organisées, c'est un fiasco. Vers midi, le Re d'Italia est éperonné par le Ferdinand Max et coule en quelques minutes.

Caffi ne verra jamais Venise dans le Royaume d'Italie. Il demeure peut-être parmi les petites silhouettes humaines qui se noient, peintes avec précision par Carl Frederik Sorensen, sur le tableau de la bataille de Lissa, exposé dans le musée d'histoire militaire de Vienne, en Autriche.


jeudi 5 mai 2011

Un pape est mort

Dieu est mort mais la croyance se porte bien. C'est qu'elle n'a pas besoin de support, ou si peu. Il suffit de croire pour croire. Et puis comme avec toutes les affections humaines, amour ou haine, la croyance peut se fixer sur n'importe quoi. Le principe est d'accepter les choses les plus invraisemblables pour échapper au réel. Le besoin de merveilleux est universel, et c'est une maladie contagieuse, voyez comme elle se propage.

Prenez un fait inexpliqué par la science (la mode est plutôt aux guérisons inespérées, qui marquent les esprits, sont faciles à falsifier, et adviennent même parfois). La pauvre sœur Marie Simon-Pierre, religieuse, tremblait de tout son corps, atteinte de la maladie de Parkinson. Elle fut soudain guérie, deux mois seulement après la mort, par le même mal, du pape Jean-Paul 2.
Un aréopage de savants croyants (oui ça existe, c'est un oxymore, une erreur de la nature), décréta que l'évènement était un miracle. Puis, en scientifiques sincères, ils en attribuèrent la paternité à Jean-Paul 2, qui se décomposait tranquillement, à Rome, au fond de sa crypte. Or un pape mort qui fait un miracle a droit à une promotion, la Béatification. Pour deux miracles il aurait obtenu la Sanctification. Mais être béat (ou bienheureux), c'est déjà bien.

Et cela occasionna une pompeuse cérémonie, qui se déroula le dimanche 1er mai.

Elle a fait venir à Rome un million de fanatiques, et quantités de politiques dont le Gouvernement de la France, bien connue pour sa laïcité. Passons pudiquement sur l'aubaine financière (1) de ces festivités. On vous remonte de votre caveau humide. On vous présente la brave religieuse que vous avez miraculée (vous la recevez assez froidement). Elle brandit alors un flacon conservé de votre sang à la foule qui crie de vous sanctifier sur place. Puis un million d'adorateurs défilent devant votre cadavre.
Vous serez désormais fêté le 22 octobre sur les calendriers de la poste.

Au même moment le président des États-Unis annonce au monde la suppression définitive, quelque part en pleine mer, du diable en personne, le terroriste Usama Bin Laden, pape obscur d'une autre religion.

Le vieux pape, au fond de son tombeau, apprend qu'il sera béatifié. Le fauteuil est signé LaurieS. Le chapeau n'est pas très catholique, mais on ne contredit pas les dernières volontés d'un pape.

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1. Pour participer à la prospérité pontificale, cliquez sur le drapeau français, puis sur le bouton à gauche «Dons pour la cause».