lundi 30 janvier 2012

Andrew Wyeth

« Lorsqu'ils me rencontrent pour la première fois, les gens me disent généralement - Je ne savais pas que vous étiez encore vivant. » Andrew Wyeth interviewé par la NBC en 2006.
Mosaïque de détails de tableaux d'A. Wyeth

Mise à jour du 13.08.2024 : À la vitesse de la disparition des liens sur internet - un lien meurt en moyenne au bout de 2 à 3 ans - la plupart des reproductions de cette chronique ne sont plus disponibles et le renouvellement des liens est presque impossible car les bonnes reproductions des œuvres de Wyeth sont rares sur internet et le seront encore longtemps. Mort en 2009, la législation sur les droits d’auteurs évoluant constamment, il ne sera dans le domaine public, s’il y arrive un jour, que vers 2085, voire 2110. Il y aura probablement bien longtemps que la civilisation se sera effondrée. En attendant, tout le contenu des liens de cette page (illustrations, vidéos, textes) est sauvegardé et disponible à la demande en laissant un commentaire en bas de page.
________


Novembre 1966. Un tableau de Van Gogh disparait dans l'incendie de la niche du chien Snoopy. Charles Schulz, créateur de Peanuts, Charlie Brown et Snoopy, le remplace bientôt par un tableau d'Andrew Wyeth. Schulz était alors milliardaire, ses bandes dessinées publiées dans 2500 journaux du monde et lues par centaines de millions. Il déclarait pourtant qu'il n'était pas un artiste, comparé à Andrew Wyeth, qu'il admirait.

Andrew Wyeth (prononcez aine-drou ouaille-œuf) était le fils du plus célèbre des illustrateurs américains de livres d'aventure, N.C. Wyeth. Célèbre au point que les cinéastes américains en quête de crédibilité auprès du public s'obligèrent longtemps à reproduire à la lettre ses superbes illustrations, tant elles avaient, malgré leur vraisemblance très relative, impressionné l'imaginaire populaire.
Andrew réalisa l'exploit d'être encore plus renommé que son père, alors qu'il vécut en ermite durant 91 années, à peindre (1) des paysages désolés, de vastes étendues hivernales ponctuées de maisons et d'objets abandonnés à la poussière, traversées quelquefois par une silhouette fantomatique

Son tableau « Le monde de Christina », peint en 1948, était dès 1949 acheté par le MoMA de New York, Wyeth avait 32 ans. L'Amérique s'identifia alors à cette image. Elle devint une icône. Elle décrit pourtant une scène lugubre. Christina Olson, voisine des Wyeth dans le Maine, revient du petit cimetière d'Hathorne Point où reposent ses parents, au dessus de la crique de Maple Juice, près de Cushing. Handicapée, elle rampe lentement dans le champ vers sa maison en haut du coteau. 
Cette maison Olson est depuis 2011 un monument national américain. On la visite. Elle abrite le Farnsworth Art Museum consacré aux Wyeth, avec 25 œuvres d'Andrew. 

Andrew Wyeth vivait à notre époque sans être vraiment un peintre contemporain, sans suivre les courants artistiques ni copiner dans les cénacles qui font l'opinion. Solitaire, il ne s'intéressait qu'à représenter les quelques hectares qui entouraient la propriété familiale de Chadds Ford en Pennsylvanie, et la résidence d'été de Cushing dans le Maine. 
Aussi était-il systématiquement insulté, à chaque exposition, par les critiques américains qui brassent les grands concepts, ceux qui font l'Art Moderne (2). Jugements complaisamment répétés par la presse française. Le 16 janvier 2009, le journal Le Figaro annonçait la mort de Wyeth en le nommant maitre du réalisme magique. Pour Le Monde, c'était un peintre réaliste régionaliste américain. En d'autres termes, un campagnard sentimental et folklorique (3)
C'est pourquoi on ne l'avait jamais vu en France, excepté une jolie exposition de la Galerie Claude Bernard, voilà plus de 30 ans. C'est aussi pourquoi l'extraordinaire exposition de la fondation Mona Bismarck du 10 novembre 2011 au 13 février 2012 n'a fait l'objet que de furtives affichettes et d'entrefilets réservés. Andrew Wyeth y est représenté par 29 œuvres, en sandwich entre une quinzaine de toiles assez mineures de son talentueux père, N.C. Wyeth, et une trentaine de réalisations quelconques (à l'exception du portrait d'Andrew) de son fantasque fils, Jamie Wyeth, peintre des célébrités mondaines, des mouettes et des citrouilles
Le fétichiste y retrouvera également, dans une vitrine, le costume à plumes qu'Andrew porta à Paris le jour de son intronisation à l'Académie des Beaux-Arts en 1976 (son seul voyage hors du nord-est américain, dit-on). 

Admirer autant de merveilles dans une seule pièce à Paris est si exceptionnel qu'on pardonnera à la fondation Mona Bismarck d'enterrer un peu plus Andrew en ne le présentant que comme un des membres d'une dynastie de peintres, renforçant ainsi cette impression factice de couleur locale, de régionalisme. 
Peu importe. Un jour, quand l'écume des vogues actuelles aura été emportée par le temps, quand les époques seront confondues et qu'on ne se rappellera plus très bien dans quel siècle vivait Andrew Wyeth, reviendront ses images obsédantes d'un monde indifférent où les choses ont autant de présence que les êtres, comme dans les tableaux de Vermeer ou de Rembrandt. Andrew Wyeth sera devenu un grand peintre
Le pèlerin qui se rendra alors au minuscule cimetière d'Hathorne Point dans le Maine, déchiffrera peut-être encore, non loin de la tombe de Christina Olson inhumée en janvier 1968, sur l'inscription d'une modeste pierre tombale qui fait face à la maison Olson, le nom et les dates d'Andrew Wyeth (4).
« Quand vous commencez à observer réellement une chose, un simple objet, et si vous réalisez le sens profond de cette chose jusqu'à en ressentir une émotion, c'est sans fin » Andrew Wyeth.
*** 
(1) Exclusivement à la tempera au jaune d'œuf ou à l'aquarelle presque sèche. 
(2) Ce dédain de l'élite n'empêcha pas le succès. Un prix Einstein en 1967, une exceptionnelle rétrospective au Metropolitan Museum de New York en 1976, prix, honneurs et médailles à la pelle, membre élu de nombreuses Académies des Beaux-Arts, un grande exposition à Philadelphie en 2006, avec 175000 visiteurs. Vous trouverez, en anglais, une nécrologie - biographie de 4 pages par le New York Times en janvier 2009, et une étude biographique passionnante de 6 pages par le Smithsonian Magazine en 2006. 
(3) Andrew se considérait comme un peintre presque abstrait. Ces grandes surfaces d'herbe monochrome ou de terre blanche, qui envahissent l'espace du tableau, comme des formes pures à peine ponctuées d'objets ou de personnages placés là comme par hasard, à la limite de l'équilibre, atteignent en effet un certain degré d'abstraction. Vous trouverez ici un florilège de 140 œuvres de Wyeth (principalement), certaines utilisées dans la mosaïque qui illustre cette chronique. les reproductions sont grandes mais de très moyenne qualité. Cliquez sur chaque image pour afficher la suivante.
(4) Andrew n'est pas enterré près de sa famille à Chadds Ford en Pennsylvanie, où il est né et mort. Il a voulu être enseveli ici à Hathorne Point.

jeudi 19 janvier 2012

Alerte !


Les alertes n'ont pas sonné. Les journaux n'en ont pas parlé. Et s'il n'est pas déjà trop tard, tout amateur d'art devrait aller exactement ici, à Paris près du Trocadéro, avant le 13 février 2012, sauf les lundis et mardis.
29 œuvres, et parmi les plus beaux tableaux, du plus grand peintre américain vivant (enfin, il est mort en 2009, mais en France personne ne s'en est rendu compte), d'un peintre qu'on n'a pas vu depuis 30 ans (depuis la galerie Claude Bernard en 1980), entouré de tableaux de son père et de son fils. Imaginez, comme si la famille Brueghel exposait aujourd'hui des œuvres récentes.
L'exposition de la décennie !
C'est dans de telles occasions, quand on veut montrer la profondeur d'une œuvre, qu'on réalise la pauvreté des mots, mais aussi la chance qu'existent les autobus et les restaurants japonais, car ils acceptent d'exposer ces affichettes publicitaires qui nous informent sur l'existence d'une exposition. Parfois trop tard.

Pourquoi les alertes n'ont-elles pas sonné ?
Nous en reparlerons bientôt.

mercredi 18 janvier 2012

La vie des cimetières (41)

Vues pittoresques de cimetières italiens, Venise San Michele, Gênes Staglieno, Milan Monumentale, et Milan encore.






samedi 14 janvier 2012

Nuages (28)


Au large des côtes italiennes de Calabre et de Sicile, le Stromboli est le volcan le plus régulier d'Europe. Depuis au moins 2500 ans (les premiers témoignages écrits) il émet consciencieusement des fontaines de lave et de cendres à quelques dizaines, voire centaines de mètres, en moyenne toutes les trente minutes. C'est un spectacle nocturne que les touristes embarqués applaudissent avec enthousiasme, et plus timidement ceux qui ont gravi le flanc du volcan. Quelquefois il éternue un peu plus fort. Les visites sont alors interdites.
À 1600 mètres au nord-est, les reliques d'une cheminée depuis longtemps éteinte forment un ilot rocheux, le Strombolicchio, équipé d'un phare automatique.

samedi 7 janvier 2012

HEY! ou l'art ironique

De loin ça ressemble, perçant l'obscurité, à un grand vaisseau fait de mécanismes compliqués, de tuyauteries, de poulies, d'échelles et de roues, d'une matière pierreuse, et d'où émergent, en gloire comme sur un monument aux morts (1), une statuaire de squelettes, de formes humaines et d'animaux chimériques. Puis en approchant le regard, la scène grouille de personnages minuscules, souvent difformes, mutilés, fondus, comme sur les panneaux peints par Jérôme Bosch, et qui arborent des poses héroïques dans cet immense pandémonium.
Kris Kuksi amasse les jouets minuscules et les personnages miniatures, généralement de plastique. Il les découpe, les déforme, les peint et les assemble. Comme il les récupère dans le commerce ou dans des greniers, on y trouve toutes les figures de nos mythologies modernes, des soldats de toutes les époques, des naïades, des moines, des cosmonautes, des papes, des déesses antiques, et encore des soldats. Et c'est ce qui fait de chaque sculpture une mise en scène infernale et méticuleuse des vanités humaines (2).

Plus loin, soigneusement empaquetées en boites vitrines, sont exposées des poupées Barbie un peu dévoyées, avec organes génitaux externes apparents. Celle-ci est vêtue de latex, celle-là urine dans sa boite. Carmen Gomez les a nommées Barbitch. Elles avoisinent les PsychoToys explicites et turgescents de Misha Good, que la rigueur morale de ce blog empêche de décrire.
Ailleurs, deux vitrines alignent une série de vingt petites porcelaines, gracieuses figures en robes de marquise, alanguies ou dansantes. De près, on remarque que chacune a essuyé un léger accident anatomique qui empourpre la céramique. Sur une des plus divertissantes, la figurine se rafraichit d'un souple mouvement d'éventail. La tranche de l'instrument est rouge et la gorge de la marquise béante comme un sourire sincère. Jessica Harrison appelle cette série «mise en pièces».

Mais l'exposition n'est pas réservée à la sculpture. On y présente nombre de graphistes et de peintres. Chris Mars et ses personnages entassés, burlesques, fossilisés vivants, peints d'une chair onctueuse et mordorée (3).
Turf One (Jean Labourdette), peut-être le plus iconoclaste, respectueux à l'excès de la technique méticuleuse, du style raffiné et de l'iconographie religieuse des peintres flamands du siècle de Van Eyck, mais qui remplace les personnages sacrés par des portraits caricaturaux et populaires, ou par des singes et des chiens. Un Van Eyck façon Louis-Ferdinand Céline ou Michel Audiard.

Et puis Erró l'islandais, et l'inénarrable, truculent, libidinal et libertaire Clovis Trouille, qu'on voit si rarement (4).

En tout, 64 créateurs singuliers, monomaniaques, qui pratiquent la transgression sans retenue. C'est à Paris, à Montmartre, dans la Halle saint Pierre. C'est organisé par les très éclectiques créateurs de la revue HEY!, luxueuse publication trimestrielle consacrée aux arts alternatifs, bruts, décalés, insolites
, marginaux, populaires ou underground (rayez les mentions inutiles).

Cascabel, de Vincent Glowinski, exposition HEY!
Musée de la Halle saint Pierre, Paris, 2011-2012

Vous hésitiez encore entre la lumineuse exposition consacrée par le musée Jacquemart à Fra Angelico et son temps (apothéose des Bisounours mais avec quelques décapitations tout de même), et la réalité contemporaine, sombre et fantasque de l'exposition HEY!. C'est inutile, il est déjà trop tard pour le radieux prêtre florentin, alors que l'exhibition HEY! ne ferme que le 4 mars 2012. Allez la voir tant que vous êtes encore vivants.
Après quoi vous aurez la sensation, errant dans le quartier de Montmartre, au milieu des rues étroites pullulant d'escrocs au bonneteau, de trafiquants divers, de commerçants moroses et de touristes ébahis, de poursuivre la visite de l'exposition. Vous pensiez sortir d'un monde imaginaire. C'était une représentation fidèle de la réalité.

***
(1) Il est possible que ce lien ne fonctionne pas sur certains systèmes. Dans ce cas copiez l'adresse du lien http://artboom.info/wp-content/uploads/2011/07/Kris-Kuksi-The-Art-of-The-Macabre-6.jpg et ouvrez-le dans un nouvel onglet.
(2) Le site de Kris Kuksi est sidérant. Près de 80 sculptures photographiées en vues d'ensemble et en détails. Prévoyez des heures de contemplation. N'oubliez pas de zoomer avec la molette de la souris.
(3) Chris Mars présente sur son site une grande partie de son œuvre. Sélectionnez Paintings, puis choisissez une année et naviguez.
(4) Sont exposés Mon enterrement, Mon tombeau, Le bateau ivre et Le Magicien.

mercredi 28 décembre 2011

Nuages (27)



« Au commencement, la réalité créa les cieux et la terre,
Ce qui fut fut, et ce qui ne fut pas ne fut pas,
L'obscurité enveloppa ce que la lumière n'enveloppa pas,

Et ce qui ne fut ni lumière ni obscurité fut Elle, la Licorne Rose...»

L'époque du solstice et ses nuits interminables a toujours été propice aux rêveries et aux croyances les plus irréfléchies. Rappelons qu'il ne nous reste maintenant plus qu'un solstice à vivre puisqu'au suivant nous mourrons, le vendredi 21 décembre 2012, à 11 heures 11 minutes et 37 secondes TU, exactement.

Pendant ce temps la Licorne Rose Invisible respecte ce qu'elle n'a jamais promis. Elle n'apparait pas dans les buissons d'aubépines ou au fond des grottes humides, ni sur les noyaux de pêche.

Elle se devine à peine dans la couleur des nuages.



lundi 19 décembre 2011

Platon est un con

Tragédie grecque inspirée d'une remarque sur Platon (1) d'André Brahic (qui n'est pas la moitié d'un astrophysicien) proférée à la 17ème minute d'une conférence échevelée pour l'Université de Tous Les Savoirs.


La scène se passe à l'agora d'Athènes

Platon : Le monde sensible, celui qui est perçu par nos sens, est changeant selon les témoins et les opinions. Il n'est que l'ombre du monde parfait des idées, qui est la seule réalité.

Le chœur : Platon est un con !

Platon : Si le monde sensible n'est qu'un simulacre du vrai monde des idées, c'est parce que nos sens nous trompent, et non parce que les idées seraient fausses.

Le chœur : Quel con ce Platon !

Platon : Les idées, les formes ne peuvent être fausses puisqu'elles ne proviennent pas de nos sens. Ce sont des modèles indépendants de toute pensée, et donc les seules réalités susceptibles d'une étude objective. Le monde sensible, subjectif, ne peut pas faire l'objet de connaissances.

Le chœur : Ce Platon, quelle tache !

Platon : Avant d'être prisonnière d'un corps, notre âme immortelle faisait partie du même monde que les idées. C'est pourquoi les idées nous arrivent par réminiscence, et par une laborieuse gymnastique philosophique.

Le chœur : Platon est vraiment très con !

Platon : Seul le philosophe, capable de se défaire des idées reçues et des apparences, sait manipuler les idées vraies pures et éternelles et peut ainsi diriger la cité.

Le chœur : Sacré Platon, il ne pense qu'avec ses pieds !

Le coryphée : Et les conceptions de Platon, l'existence de deux mondes, un monde corrompu, physique, opposé au monde pur des idées et des formes, guideront l'humanité, ses pensées, ses croyances, pendant des millénaires.

Platon : Eh, j'avais pas trop le choix, mon avenir, avec mon physique, c'était lutteur de foire ou phare de l'Humanité, vous auriez fait quoi à ma place ?

Le chœur : Platon est un con !



Sculptures romaines, copies de caricatures grecques. On reconnait sur l'image de gauche le grand Platon écervelé, et à droite le Platon qui ne pense qu'avec les pieds (Naples, musée national d'archéologie).

***

(1) Extrait de L'observation de l'univers a-t-elle encore un sens aujourd'hui : «Platon disait que la pensée pure était la vérité, et c'est la source de tous les massacres de l'humanité, l'inquisition des chrétiens, le fondamentalisme musulman, les camps nazis, les camps sibériens, des gens ont une idée, ils ne la confrontent pas à la réalité et massacrent leurs semblables sous prétexte de les rendre plus heureux.»


samedi 10 décembre 2011

Le jeu des 7 erreurs

Des méfaits dus à l'âge. 

Pour ne pas lui causer d'embarras appelons-le Robert. C'est un petit américain désœuvré. Dans les années 1960, il écrit quelques chansonnettes qu'il marmonne d'une voix plaintive en grattouillant sa guitare. Par chance, les deux décennies qui suivent seront contestataires. Et toute génération révoltée a besoin de porte-paroles, d'hymnes, de slogans, de rengaines rudimentaires. Les textes protestataires de Robert, volontairement sibyllins façon Arthur Rimbaud, se prêtent aux plus vastes ralliements.
Sa musique également a toutes les qualités requises. Sans originalité et tellement inspirée des folklores américains, avec ses trois sempiternels accords, on la connait avant de l'avoir entendue. Robert devient alors pour quelques temps le guide spirituel d'une génération.

Mais tout s'émousse. Dans les années 1980 il tente un renouveau biblique, avec prophéties apocalyptiques et relents de bondieuserie. Sans succès.

Et récemment, à 70 ans, c'est le dérapage, la régression infantile. Sous d'amicales pressions il consent à exposer ses coloriages. Il faut dire que Robert est atteint d'un trouble compulsif. Il récupère des photos dans des archives d'images sur internet (parfois de photographes connus comme Cartier-Bresson) et il les décalque avec application et les colorie du mieux qu'il peut, sur de grandes toiles qu'il signe «Bob Dylan». 
Eh bien on peut désormais voir ces jolis coloriages au Musée national de Copenhague ou sur les murs de la célèbre galerie Gagosian à New York. Ne les ratez pas. Le gentil Robert aura beau tenter un peu naïvement d'effacer l'ombre de l'auteur de la photo originale (voir la 2ème image du diaporama), il pourrait hélas être rattrapé par le vilain spectre du droit d'auteur. 

Sources : Le Guardian (en anglais), Artinfo (en anglais mais avec un instructif diaporama comparatif), Arrêt sur images (en français et très illustré).


Si tu trouves les 7 erreurs commises par Robert (en bas) en recopiant une photo trouvée sur internet (en haut) tu gagneras une splendide compilation de ses plus belles chansons réunies sur une mini-K7 et rehaussées par l'accordéon d'Yvette Horner.

dimanche 4 décembre 2011

La persistance du gris (fin)

Qui mieux qu'un ministre de l'Information, fonction souvent cumulée à la Communication et la Culture sous la 5ème République, peut célébrer l'image en couleurs ? Citons encore, par gourmandise, quelques extraits de l'allocution du poète visionnaire Georges Gorse, ministre de l'Information du président Pompidou et auteur de l'historique « Et voici la couleur ! » du 1er octobre 1967.

- L'image la plus chatoyante, l'image en couleurs, est la plus vraie et la plus proche de la vie (qui est en couleurs), symbole encourageant pour un ministre de l'information et pour un gouvernement.

- Comme le disait Léonard de Vinci, l’œil se trompe moins que l'esprit.

- La couleur ça n'est pas le noir et blanc colorié, c'est quelque chose de différent.

Qu'ajouter ? Tout est dit.

Meung-sur-Loire, juin 2011

mardi 29 novembre 2011

La persistance du gris (suite)

Meung-sur-Loire, juin 2011

L'encyclopédie populaire Wikipedia affirme qu'en orient le gris représente la fumée d'encens, la prière, le sacré, et en occident la poussière, le désarroi et la solitude. Admettons. Ça permet de ranger tout cela dans des tiroirs et de le resservir en cas de besoin quand on veut exprimer sans effort l'idée ou le sentiment indiqués sur l'étiquette. Tout le monde s'y retrouve. Et puis, la sensation douloureuse d'abandon et le besoin d'inventer un monde d'illusions sont des comportements finalement très voisins.

samedi 26 novembre 2011

La persistance du gris

Au commencement, le monde était en couleurs.

Il y avait bien des grisailles, des dessins au crayon, mais c'étaient des brouillons ou des pastiches. L'œuvre finale était nécessairement colorée, puisque la vie l'était. On pardonnait sa monochromie à la gravure, on s'était faits à son univers simplifié, caricatural, elle illustrait surtout la littérature populaire, la fiction, et on se doutait qu'elle se laisserait un jour séduire par la couleur.

Puis vint le génial Nicéphore Niépce. Et pendant le long siècle qui suivit l'invention de la photographie, de 1830 à 1960, la réalité, jusqu'alors subtile et bigarrée, se changea en une morne chose sans couleur habitée de pâles ectoplasmes. Le monde des autres, le monde lointain qu'on découvrait dans les journaux et les magazines, était grisé. On nous avait fait miroiter des eldorados ruisselants d'oranges et de jaunes mais les pyramides d'Égypte étaient exsangues, la muraille de Chine blafarde, et le grand canyon du Colorado, gris. Niépce n'y était pour rien. Le monde était noir et blanc par les insuffisances de la technique photographique.
L'invention du cinéma et plus tard de la télévision n'y fit rien.

Du temps passa. Nos ancêtres finirent par se persuader, s'habituèrent. Quelques dandies gothiques et anticonformistes en firent une esthétique. À leurs yeux, l'absence de couleur n'était plus une infirmité, elle simplifiait les formes et renforçait le sens. La photographie devenait une allusion, une métaphore.

Gennevilliers, aout 2011

Doucement, la couleur s'installa, dans les années 1960. D'abord imperceptiblement, comme la première émission en couleurs de l'ORTF, en octobre 1967. Mémorable instant, où l'on se frotte les yeux quand le ministre de l'Information annonce fièrement « Et voici la couleur ! », parce qu'on ne perçoit alors pas vraiment de différence. À voir la contenance solennelle des importants personnages présents, on assiste plus à une veillée funèbre, à l'enterrement du noir et blanc, qu'à la naissance des couleurs.

Et aujourd'hui encore, près de 45 ans plus tard, le gris a tant envahi archives et livres d'histoire que son deuil est loin d'être consommé, et même pour qui n'a connu que la couleur, le noir et blanc reste la tonalité du rêve, des souvenirs d'enfance, des choses révolues.
Un jour, en 2050, en 2100, lorsque personne ne saura plus qui étaient Orson Welles ou Greta Garbo, sera commercialisé et popularisé un procédé d'image holographique animée. La photographie en couleurs deviendra alors ce qu'est aujourd'hui le noir et blanc, un objet de musée, une réminiscence, une épure.

dimanche 13 novembre 2011

Histoire sans paroles (3)

Sous-sols du palais du CNIT, La Défense, novembre 2008.

dimanche 6 novembre 2011

La vie des cimetières (40)


On doit respecter, choyer, bichonner les morts. Soit ! Mais voilà, malgré les efforts méritoires de la médecine et des assurances sociales, il y en a de plus en plus.
Le temps de lire cette chronique et, au rythme actuel, 600 bienheureux se seront éteints. Et ça ne s'arrangera pas, même si, mus par une sorte d'illusion philanthropique, vous refermiez la page que vous lisez actuellement, imaginant qu'ainsi l'hécatombe cesserait. Les plus curieux trouveront d'ailleurs en suivant ce lien de vivantes statistiques sur les causes des décès (laissez mijoter trois minutes pour voir apparaitre au moins un cancer du pancréas).

Face à cette extermination méthodique, l'Homme ne lutte plus. Les morts s'amoncellent et leurs dernières demeures sont négligées.
La ville de Gênes qui diffuse pourtant force plans illustrés et fascicules pour inciter le touriste à visiter le célèbre cimetière monumental de Staglieno, attraction de la ville, n'a pas vraiment les moyens de l'entretenir et en laisse une grande part à l'abandon. C'est le sort de tant d'autres cimetières historiques. C'est aussi probablement leur charme.




lundi 31 octobre 2011

La vie des cimetières (39)



C'était l'époque où Émile Zola faisait sangloter la ménagère et s'indigner l'adolescent. Les grands cimetières italiens se peuplaient de géants de pierre qui prenaient des postures d'ouvrier. C'était le temps où les gestes s'amplifiaient, la douleur se faisait palpable, les muscles exagérément saillants, la fesse charnue et le mollet girond. On appelait ça le Naturalisme ou le Vérisme. Il fallut même quelquefois, juste avant la cérémonie funèbre, rhabiller un peu l'œuvre du sculpteur qui s'était laissé emporter par le lyrisme ambiant.
La civilisation s’emballait, propulsée par les pistons de l’industrie.

C'était l'époque où Giulio Monteverde était le plus recherché des statuaires funéraires italiens. Il plaisait pour ses compositions
réalistes (Christophe Colomb enfant songeant sur un quai de Gênes, Edward Jenner vaccinant son propre fils contre la variole) et allégoriques (Idéalisme et Matérialisme, où une plantureuse nymphe à gros seins chevauche, tout en regardant vers le passé, une sorte de brute simiesque qui court emportée par une roue métaphorique). Et il a répandu nombre d'anges sensuels aux poses inattendues dans les plus grands cimetières, de Gênes à Madrid, de Rome à Buenos Aires.

Sa création la plus illustre
est certainement l'ange du jugement de 1882, l'ange à la trompette qui veille le tombeau de la famille Oneto au cimetière Staglieno de Gênes. Ici l'ange ne console plus, ne désigne plus la voie vers un au-delà rassurant. Il demeure, énigmatique, comme une sphinge provocante qui n'apportera pas de réponse, troublant jusqu'à l'obsession. Trezoe l'a filmé en 2009, et s'y est laissé prendre. D'abord respectueusement, puis très vite il approche son objectif, frôle ses formes lascives, s'attarde, insiste fébrilement... Peut-être essaie-t-il de déchiffrer son expression. Mais l'ange regarde le vide, fixement.
Impudique, Trezoe a déposé ces caresses sur Youtube (L'angelo ambiguo).




dimanche 23 octobre 2011

Cafardez ce blog...

Dessin extrait de Palepoli (1996), manga d'Usamaru FURUYA, hétéroclite, obscur et plein d'idées fulgurantes.
















Vous êtes certainement las des pitreries du blog que vous avez sous les yeux, de ses remarques péremptoires sur des artistes démodés, de sa philosophie de comptoir, de ses incessants blasphèmes.

Alors ne perdez pas de temps, rendez-vous sur le site Point de Contact, de l'AFA, l'Association des fournisseurs d'accès, et signalez un contenu odieux ou des propos suspects.
Point de contact est le site qu'il vous faut. Pour dénoncer une infraction attentatoire à la dignité humaine, allez sur cette page et laissez-vous guider par les instructions. On ne vous obligera pas à fournir votre identité, ni évidemment à prouver l'infraction. Vous y trouverez également des liens vers les organismes officiels de délation.
Et avec un peu de chance l'AFA se jugera compétente et interdira tout accès au blog.

Laissez-vous aller...


dimanche 9 octobre 2011

Zoologie, la fin d'un mythe


On dit la raie manta pacifique et débonnaire. C'est une erreur. Comme on peut le voir ici dans le hall des cabinets de consultation d'un hôpital renommé, elle guette la sortie des malades dont elle sélectionne les plus faibles pour s'en empiffrer sans retenue. Sa perfidie et son ingéniosité adaptative confondent l'innocent qui ne sait différencier l'avant de l'arrière et croit que le monstre lui présente sa queue, alors qu'il s'agit de sa mâchoire carnassière.

On comprend que le commun l'appelle le
diable des mers. S'il fallait s'en convaincre, un regard scrutateur sur ce document scientifique révèlerait sans ambigüité son œil sournois et ses intentions malfaisantes. Méfiez-vous donc des raies manta, surtout de celles qui infestent les couloirs des bâtiments publics.

mardi 4 octobre 2011

Le solvant, le journaliste et la particule

L'économie mondiale s'effondre lentement, mais l'information va de plus en plus vite. Pas vraiment dans le cerveau du journaliste et du blogueur, où elle s'enlise à la vitesse des signaux électriques neuronaux (disons quelques mètres à la seconde), mais dans les expériences des physiciens où le neutrino vient de dépasser le photon (la vitesse de la lumière) d'une courte tête. Nous y reviendrons.

De la vitesse du solvant

Pantxika de Paepe, conservatrice du musée de Colmar, et ainsi grande prêtresse de l'illustre retable d'Issenheim peint par Mathias Grünewald vers 1516, le trouvait un peu sombre et le voulait plus gai et pimpant. Le Christ mort, les corps déformés par la souffrance, les paysages fantastiques étaient, dit-elle, enténébrés par l'effet des années sur le vernis qui les recouvre. Aussi en confia-t-elle la restauration à Carole Juillet qui connait bien les panneaux du retable mais avoue manquer d'étude sérieuse sur les couches de vernis. Alors, guidée comme elle le dit par sa sensibilité, elle expédia en une semaine le nettoyage d'un panneau et demi, à l'aide d'une collègue experte et de grand gestes furtifs qui inquiétèrent les observateurs habitués aux milliers de Coton-Tige et aux longs mois méticuleux que prend traditionnellement ce genre d'opération.



Sur le panneau de la tentation de saint Antoine, avant restauration, un cartouche accuse
« Où étais-tu Jésus, que n'étais-tu présent pour guérir mes blessures. »


Alerté, le ministre a ordonné la suspension du lessivage. Pantxika dit avoir respecté les procédures administratives et justifie la précipitation par la nécessité d'éviter que le solvant n'atteigne la couche de peinture sous le vernis. Explication déconcertante, parmi d'autres contradictions. Il s'agissait donc de prendre le solvant de vitesse !

De la vitesse de pensée du journaliste de télévision

Pendant ce temps, à l'occasion d'une exposition sur les œuvres postérieures à 1900 du peintre norvégien Edward Munch, son tableau Le Cri, icône de la peinture scandinave, est accroché à Paris, au Centre Pompidou. Enfin, c'est ce qu'affirme pendant une minute et 50 secondes un reportage sur le sujet diffusé sur France2, chaine d'État. Il débute par une scène effroyable où des centaines de visiteurs armés de leur téléphone se battent pour photographier le chef d'œuvre. Et le journaliste d'affirmer « Pour l'apercevoir, il va falloir jouer des coudes et bousculer son voisin ». Alors par quel absurde revirement le même commentateur vient-il démentir son affirmation, à 10 secondes de la fin du reportage, en précisant que le célèbre tableau n'est pas présent à l'exposition ?

On ne le saura probablement jamais, la science n'a pas réussi à calculer la vitesse de la pensée dans le cerveau du journaliste de France2. Les capteurs ne sont pas assez sensibles. Le Cri est resté à Oslo.



De la vitesse du neutrino

En attendant, la nature essaie de contrarier nos plus grands savants. Aucune particule qui transporte de l'énergie ou de l'information ne peut dépasser la vitesse du photon dans le vide. C'est la règle, établie par Albert Einstein lui-même. C'est dire le respect qu'on lui doit. Depuis 1905, malgré de sournoises tentatives, personne n'a réussi à la prendre en défaut. C'est pourquoi les physiciens de l'expérience OPERA ont refait mille fois leurs calculs, jusqu'à mettre des piles neuves dans leur calculette, mais trouvent toujours le même résultat extravagant : quelques perfides particules, des neutrinos, seraient allées légèrement plus vite sous terre que la lumière dans le vide. Déconcertés, les pauvres scientifiques incrédules demandent publiquement l'aide de leurs confrères.
C'est l'information du mois. Le sujet passionne. Théories excentriques et avis farfelus fleurissent les commentaires et les forums. Les plus chimériques déterrent les sempiternels paradoxes temporels, les plus sérieux supposent que le photon aurait finalement une masse, les circonspects soupçonnent l'erreur de calcul et les enthousiastes proclament la découverte la plus importante de la physique du 21ème siècle. N'exagérons pas. La véritable découverte sera, s'il est confirmé, d'expliquer le phénomène. Et ça prendra des années, des décennies, peut-être des siècles.

Finalement, l'intérêt de cet épisode est de mettre en lumière le seul moyen satisfaisant de comprendre le monde, la confrontation collective des points de vue et de l'expérimentation. Le moteur de la science est le doute, la remise en cause permanente des théories. Le philosophe américain John Dewey disait que la pensée ne commence qu'à la survenance d'un problème à résoudre. Avant, tout n'est qu'habitudes, idées reçues et conventions.

dimanche 18 septembre 2011

Note de sévices

Ce billet est destiné exclusivement aux auteurs de blogs qui utilisent les services de Blogger, l'outil fourni par Google. Que les autres détournent leur chemin, au risque de se trouver engloutis dans un maelstrom de désespérance. Car hier ou avant-hier, quand tout le monde dormait, Gougueule a modifié unilatéralement le comportement des images des millions de blogs qu'Elle héberge.

Auparavant, cliquer sur une image l'affichait en une pleine page où il était possible de zoomer. Mais c'était trop simple !
Dorénavant, la même action affiche un écran noir affublé d'un petit train de vignettes en bas de page. Il faut attendre que toutes les images du billet soient chargées en mémoire pour voir enfin l'image souhaitée, réduite aux dimensions de la fenêtre, sauf si le billet est d'avant 2010, auquel cas l'écran reste noir. Dans tous les cas il n'est pas possible de voir plus de détails, sauf en cliquant sur un petit lien cabalistique qui traine vers le bas de page. Alors l'image se comporte comme on l'attendait quelques minutes plus tôt. Attention, pour quitter et revenir au texte du billet, à ne pas appuyer sur la flèche normale de retour. Elle envoie quelque part dans le passé, sur un lien égaré dans la mémoire du navigateur. Il faut d'abord fermer l'onglet ou la fenêtre puis cliquer sur une croix blanche pas toujours visible en haut à droite de la fenêtre noire, ou cliquer sur une zone sans image.
Le lecteur même attentif et bienveillant sera déjà perdu et aura depuis longtemps quitté le blog pour d'autres horizons.

Dans le but d'inventer les ergonomies les plus inattendues, les ingénieurs de chez Google observent discrétement, pour ne pas le perturber, le comportement des utilisateurs (allégorie).




Depuis, c'est l'effervescence dans les forums d'entraide. Les auteurs qui voient leur fréquentation et leur chiffre d'affaires s'effondrer se rallient sous des slogans sibyllins tels «FUCK BLOGSPOT».
Déjà, la résistance propose un contournement efficace. Il est disponible dans une sombre officine de Sheffield entièrement en anglais. Il s'agit de faire vite avant que la réaction s'organise. Pour cela, voici la liste des actions de rébellion :1. Créer un «gadget HTML», sans titre, sur la page de conception des éléments du blog,2. Y coller la phrase magique subtilisée dans ladite officine,3. Et c'est tout.

Mise à jour du 20.09.2011 : le nautonier Vasco signale que l'administrateur de l'officine susdite héberge maintenant une seconde solution, due à Bonjour Tristesse, nécessitant de modifier le code HTML du modèle du blog, remède un peu plus risqué mais nettement plus élégant.
Mise à jour du 13.10.2011 : la déesse Gougueule qui ne se trompe jamais a écouté son peuple qui se plaint toujours. Elle laisse la fonction de présentation des images bestialement mise en place en septembre, mais la fait optionnelle dans les paramètres du blog. Elle affirme également avoir corrigé les anomalies de cette nouvelle fonction. Ce dernier point reste à vérifier.

mardi 13 septembre 2011

Il faut raison (d'État) garder

On s'en souvient, l'accident nucléaire de Tchernobyl, en avril 1986, n'a jamais atteint la France. Le bras armé du gouvernement dans la bataille contre les éléments était alors l'éminent et zélé professeur Pellerin. À la tête du Service de Protection Contre les Rayonnements Ionisants, il avait, comme tout fonctionnaire du nucléaire, prêté le serment du silence sur la pollution radioactive. Et il respectait sa parole. Tandis que les craintifs pays limitrophes exorcisaient leurs frayeurs en distribuant de l'iode et déconseillaient la consommation de certains produits frais, le bon professeur faisait le nécessaire pour que le nuage radioactif se détourne de notre territoire sacré.

Et depuis 25 ans, tel le mélancolique vengeur masqué de nos lectures d'enfant, il n'en avait jamais été vraiment remercié. Il était même poursuivi en justice pour tromperie aggravée par des malades vindicatifs qui lui reprochaient son silence sur la réalité des risques et lui attribuaient leurs cancers. 
Le 7 septembre dernier vient de marquer la fin de son calvaire. La cour d'appel de Paris a prononcé un non-lieu général sur toute l'affaire. Toute contradiction relève désormais de la diffamation. C'est le risque qu'encourt le malheureux A. Le P. par son triste témoignage du 8 septembre 2011 à 22h42 sur le site du Figaro.

Les couleurs chatoyantes de la centrale nucléaire de Dampierre, sur la Loire, à 50km d'Orléans. 
 
Voilà. La vérité est qu'il n'y a pas de lien entre la forte augmentation (admise) des cancers de la thyroïde dans l'est de la France et le célèbre nuage prétendument radioactif. La vérité est que les milliers d'êtres humains qui vivent encore dans la zone présumée irradiée de Fukushima ne doivent pas s'inquiéter, leur anxiété injustifiée n'est qu'une phobie que la psychiatrie apaisera. 

La vérité est que l'accident mortel d'hier sur le site nucléaire de Marcoule dans le Gard (l'explosion d'un four de traitement de déchets radioactifs), est en fin de compte un accident normal sans conséquence catastrophique, qui prouve que la gestion du nucléaire français est sous haute surveillance. C'est ce qu'affirment les organismes officiels et la presse unanimes

Au lent empoisonnement des corps s'ajoute l'intoxication des esprits. Comme dit un proverbe congolais « Quand éclate la vérité, mieux vaut ne pas se trouver sur sa trajectoire. »

lundi 5 septembre 2011

C'est beau, la nature


Le morpho, papillon bleu iridescent qui batifole imprudemment dans les forêts d'Amérique du sud n'a décidément pas de chance. La nature l'a doté, dans sa dernière métamorphose, de couleurs si précieuses, comme un métal enchanté dans un film de Walt Disney, que collectionneurs et naturalistes n'ont jamais pu se retenir d'en décorer à profusion vitrines et musées.
Et tandis qu'un brave papillon commun flanqué de couleurs vulgaires prend tous les matins le chemin du bureau, vit paisiblement ses quelques mois d'existence, butine au passage et se reproduit comme tout le monde en dizaines de petits papillons également communs, l'éblouissant morpho quant à lui finit généralement jeune, épinglé dans une boite poussiéreuse, au dessus d'une étiquette qui précise, d'une écriture cursive et appliquée, le petit nom de l'animal et le paradis où il a été chassé, agrémentés d'un commentaire affligé sur la disparition de l'espèce.

Moralité : il n'y en a pas.



samedi 27 août 2011

Virgil Finlay encore












Il existe des illustrateurs qui n'ont pas vraiment besoin des textes qu'ils ont enluminés. Le blog MonsterBrains
le démontre encore aujourd'hui en présentant isolées, sans références ni commentaires, 111 illustrations en bonne qualité de l'immensurable Virgil Finlay.
L'admirateur qui souhaiterait faire de l'ensemble une copie de sauvegarde ou des fonds d'écran aura tout intérêt à télécharger l'extension DownThemAll pour le navigateur Firefox, avec lequel il récoltera le tout en quelques secondes et trois clics.

samedi 20 août 2011

Ufficio Problemi Economici, Sociali...


On imagine l'administré désemparé, quand il se rend à la mairie pour tenter d'obtenir le bénéfice d'une aide ou la reconnaissance d'un droit, errant dans des
enfilades de bureaux impersonnels peints d'un vert tilleul délavé, pour finalement réaliser qu'il lui manque un document indispensable à sa démarche. Mais c'est une vision qui se souvient trop des portraits ironiques de Kafka ou de Courteline.

En fait, si le citoyen revient fréquemment bredouille de ces expéditions, c'est parce que les mairies sont, comme les églises, faites pour impressionner l'individu. Intimidé par la magnificence des lieux, la puissance de la République (sans laquelle il ne serait qu'un demeuré préhistorique), il perd ses moyens, hésite, bafouille, oublie le motif de sa visite et repart émerveillé.

La Mairie de Gênes, en Italie du nord, est un modèle de ces architectures qui hébergent dans un décor majestueux et solennel des services municipaux.




vendredi 5 août 2011

Nuages (26)

D'un geste paresseux, l'ouvrier effleura la toile bleu uni du ciel avec une large brosse gorgée de blanc pur. Personne ne se doutait alors qu'il inventait simultanément la calligraphie arabe, la peinture chinoise à l'encre, et l'abstraction lyrique.