dimanche 5 octobre 2014

Les spectres du musée d'Istanbul

Peu à peu la religion est de retour au sein des institutions turques. Les mésaventures judiciaires du pianiste Fazil Say n'en finissent pas. La basilique Sainte-Sophie va sans doute redevenir une mosquée.
Les fantômes de la Grèce antique hantent le musée d’archéologie d’Istanbul.






dimanche 28 septembre 2014

Orsay, une visite dans le passé

Carpeaux, La danse 1865-1869 (détail), Paris musée d’Orsay 2014.

Le gigantisme du panneau-réclame sur la façade de la gare d’Orsay promettait une exposition grandiose. La publicité sur le site du musée disait « Première rétrospective depuis 1975 consacrée à Carpeaux ».

Alléché, l’amateur qui hantait déjà les musées parisiens riches en Carpeaux, s’attendait à la découverte de bustes rares dénichés dans des musées ou des collections des antipodes.
Mais il n’en fut rien. D’ailleurs l’amateur aurait dû se douter, puisqu’il n’y avait pas de billet d’entrée spécifique à l’exposition, qu’il n’y trouverait que du déjà vu. Car une fois sur deux désormais, à Paris comme à Londres, les musées vendent comme des évènements incontournables et avec force publicités le simple dépoussiérage de quelques dessins, esquisses ou ébauches exhumés de leur réserve, qu’ils saupoudrent autour des œuvres exposées habituellement.
Ici pour étoffer le contenu le musée d’Orsay avait demandé au Petit Palais (situé à 1300 mètres) de lui prêter ses plus beaux Carpeaux, au Louvre également (situé à 900 mètres) ainsi qu’au musée de Valenciennes (situé il est vrai un peu plus loin).
Les dictionnaires définissent « rétrospective » comme la présentation récapitulative et chronologique de l’œuvre d’un artiste. Faut-il en déduire que tous les Carpeaux importants sur Terre se trouvent réunis dans ces quatre musées voisins ?
Admettons.

La visite de Carpeaux expédiée en dix minutes (la foule grouillant autour des sculptures n’autorisant pas vraiment l'indolence contemplative), l’amateur crispé pouvait alors aller se détendre dans la visite de salles qu’il avait un peu oubliées.
Car depuis quatre ans qu’il s’était promis de ne plus mettre les pieds et le reste dans ce musée tant que ne serait pas levée la brutale interdiction d’y prendre des photos, la débauche de cartes postales et de catalogues supplémentaires vendus grâce à cet oukase avait certainement permis l’enrichissement des collections.
Et la promesse pouvait être enfin effacée, la charte « Tous photographes ! » autorisant depuis le 7 juillet dernier la photographie dans tous les musées de France (suivie peu après par la National Gallery à Londres).

Hélas encore, un directeur désigné par le pouvoir ne renonce pas sans résister à ses privilèges féodaux, et le musée interdit donc toujours la photographie et réprimande promptement les contrevenants.
La première raison opposée au visiteur protestataire est l’argument d’autorité « malgré la charte la décision reste à la discrétion du directeur de l’établissement », ce qui est un mensonge.
En insistant un peu vient l’argument sentimental « je risque de perdre mon emploi si je laisse faire les coupables sans rien dire ».

Enfin le calme relatif de la fin d’après-midi inclinant le gardien déprimé à la conversation, on apprend que la photo est maintenant tolérée dans certaines salles non précisées (néanmoins les panneaux d’interdiction fleurissent partout sans exception dans le musée). Et si elle reste prohibée par endroits c’est au sempiternel et hypocrite motif de la fluidité du visiteur.
Car s’arrêter plus de dix secondes devant un tableau, c’est se poser en obstacle au milieu du torrent des visiteurs qui doit les emporter continument et sans heurt de l’achat du ticket d’entrée jusqu'au magasin de souvenirs.
Bien entendu, n’est pas condamnable le brave touriste qui s’arrête plusieurs minutes devant une œuvre pour en écouter la description prête à penser délivrée par un appareil fourni contre supplément par le musée. Mais il y a quelque chose d’immoral à prendre une poignée de secondes pour ne pas regarder docilement l’objet mais le photographier et en emporter l’image avec soi.
Ce comportement asocial ne mérite que l’opprobre. C’est en tout cas le point de vue absolument désintéressé imposé dans tout l’établissement, au mépris des consignes ministérielles, par le baron d’Orsay.


Carpeaux, Buste d’Amélie de Montfort (Madame Carpeaux), 1869, Paris Petit palais. À Orsay le buste exposé dans un cube de verre émergeait à peine des reflets de l’éclairage. Que la photo soit interdite importait peu puisqu’elle était irréalisable. La présente photo a été prise dans le calme du musée du Petit palais en 2005.

dimanche 21 septembre 2014

Histoire sans paroles (13)


L'ingéniosité de l’espèce humaine n’a d’égal que sa cruauté. 
C’est dans un endroit secret éloigné de tout, où les fenêtres sont bannies, et sous les projecteurs d’une vigie permanente que sont perpétrées les expériences biologiques les plus extrêmes.
Quels monstres sont engendrés dans ce vestibule de l’enfer ?

mercredi 17 septembre 2014

Un peu d'éthologie


Qui a vu un jour un être proche emporté par l’exaltation, la déception ou la douleur devant un match de football, qui a entendu ses exclamations injurieuses, ses réflexions primaires, qui a observé sa ferveur idolâtre excitée par le fanatisme patriotique est fatalement pris de compassion devant cette affection qui défigure le visage et réduit le jugement.

Il se prend à chercher l'origine de ce mal étrange, mais le problème n'est pas simple, car il constate vite que les critères à peu près objectifs, comme le talent des joueurs ou la qualité des combinaisons de jeu y sont de peu de valeur. Sans quoi tous vénèreraient les mêmes équipes, ce qui n'est pas le cas, chacun admirant généralement les porteurs des couleurs de son pays, de sa ville, de son clocher.

Il faut fouiller plus loin dans les profondeurs de l’esprit humain.
Étienne de la Boétie écrivait déjà au milieu du 16ème siècle « la nature de l’homme est d’être libre et de vouloir l’être, mais il prend facilement un autre pli lorsque l’éducation le lui donne ». Car c'est pendant la longue période d’éducation de l’humain que sont implantées les règles d'appartenance au groupe. L'enfant comprend qu'il ne serait rien sans les autres, qu'il leur doit d'être vivant, et qu'il devra manifester sa gratitude en respectant leurs conventions et reproduisant leur comportement. Lentement la soumission au groupe se dépose par couches dans son subconscient, et devient un réflexe au point qu’on la croit instinctive.

Et le réflexe profite alors de la moindre faiblesse pour ressurgir. Dès que pointe pour l’humain l'envie de reposer un peu sa conscience raisonnante, le groupe est là qui l’aide à résister contre le flot sans fin de la réalité, comme il lui a jadis permis de survivre.
Lors des manifestations populaires, cette réaction d’abandon est soutenue et amplifiée par la présence immédiate des autres.

C'est certainement la solution de facilité, le refuge infantile, mais cet effacement des responsabilités individuelles recèle peut-être des vertus constructives, on entend parfois dire qu’une société est plus que l’ensemble de ses composants.
Les avis sont partagés. D’autres pensent qu’elle est nécessairement moins, qu’elle est son plus petit dénominateur commun, comme Jacques A. Bertrand, fin connaisseur, le dit dans Les autres c’est rien que des sales types « Le Groupe échappe à la plupart des lois mathématiques et biologiques courantes, ainsi qu'au bon sens le plus commun. En effet, dans le Groupe, les neurones ne s'ajoutent pas, ils se retranchent. Le quotient intellectuel du Groupe est inférieur à celui du plus bête des éléments qui le composent. Constitué de trouillards, le Groupe n'a pas peur. Le groupe fait des choses que pratiquement aucun de ses membres n'aurait songé à faire tout seul. »

C’est qu’en fait le groupe n’est ni plus ni moins que ses composants. Il n’est rien qu’un nombre. Pâte malléable et sans cervelle il se laisse entrainer par le premier courant venu. Que sa cause soit juste ou non n’importe pas. Il peut même arriver qu’il fasse le bien.

Sait-on combien il faut fondre d’individus pour former un groupe ?

Et puis à l’extérieur il y a les autres, les rétifs, ceux qui, par on ne sait quelle inconséquence de la nature, refusent de suivre le groupe. Ils voudraient bannir les drapeaux des compétitions sportives, éliminer les hymnes, peut-être les compétitions elles-mêmes, les frontières, les pays et puis quoi encore, les guerres sans doute ? Pauvres malades.

dimanche 7 septembre 2014

Le détroit


Quand il atteint l’extrémité du continent européen à Gibraltar, le touriste émerveillé découvre face à lui, sur l’impétueuse surface marine, une ile vaste et montagneuse ; c'est l'Afrique.
15 kilomètres de courants marins séparent ici les deux continents, du rocher de Gibraltar à la montagne Musa (djebel Moussa).

Depuis 2001, au pied de cette montagne, dans une grotte et un abri appelés Cabililla, près de la petite ville de Benzu (dans l'enclave espagnole de Ceuta revendiquée par le Maroc), une équipe d'archéologues de Cadix gratte, fouille et inventorie. Des ancêtres des lointaines époques paléolithiques et néolithiques y auraient laissé trainer, voilà 10 000 à 200 000 ans, des milliers d'outils variés et des déchets domestiques. Les outils seraient de style moustérien et similaires aux vestiges découverts en face, dans les grottes de Gibraltar et de l’Andalousie.

Alors les archéologues de Cadix en déduisent que le détroit aurait été franchi, longtemps avant les Phéniciens et les carthaginois, dès la préhistoire. La presse marocaine s'emporte et, dans un splendide raccourci chronologique, s’exclame « l’homme de Neandertal a peuplé l’Espagne en partant du Maroc ».
Pourquoi pas ? L'idée n'est pas choquante. Il y a 50 000 et jusqu'à 20 000 ans, les glaces avaient envahi le continent européen, le niveau des mers était plus bas de 100 à 150 mètres et de nombreuses iles parsemaient le détroit (en Asie l’Homme aurait même profité de ce rafraichissement pour aller embêter le kangourou jusqu'en Australie).
Et les saisons étaient tellement glaciales que c'est peut-être plutôt l'andalou moustérien qui le premier a choisi de passer ses vacances au Maroc.

Cependant les manuels officiels disent aujourd'hui qu'au lieu de tendre le bras pour gouter les oranges qu'il voyait presque de son balcon, sa fibre aventurière l’aurait plutôt incité à faire le tour de la Méditerranée en passant par les pays du Levant, ce qui lui aurait encore pris quelques dizaines de millénaires.

Notre connaissance de la préhistoire est encore si capricieuse…

Au pied du rocher de Gibraltar, une mosquée éclatante regarde l'horizon africain depuis 1997.

mercredi 27 août 2014

Nuages (33)

Église et cimetière de Saint-Marcel en Savoie.

« Et aujourd'hui encore si, dans une grande ville de province ou dans un quartier de Paris que je connais mal, un passant qui m'a « mis dans mon chemin » me montre au loin, comme un point de repère, tel beffroi d'hôpital, tel clocher de couvent levant la pointe de son bonnet ecclésiastique au coin d'une rue que je dois prendre, pour peu que ma mémoire puisse obscurément lui trouver quelque trait de ressemblance avec la figure chère et disparue [du clocher de Combray dans l’enfance du Narrateur], le passant, s'il se retourne pour s'assurer que je ne m'égare pas, peut, à son étonnement, m'apercevoir qui, oublieux de la promenade entreprise ou de la course obligée, reste là, devant le clocher, pendant des heures, immobile, essayant de me souvenir, sentant au fond de moi des terres reconquises sur l'oubli qui s'assèchent et se rebâtissent ; et sans doute alors, et plus anxieusement que tout à l'heure quand je lui demandais de me renseigner, je cherche encore mon chemin, je tourne une rue... mais... c'est dans mon cœur... »

Marcel Proust, Du côté de chez Swan - Combray.
   

dimanche 24 août 2014

Louvre en soldes

On a beaucoup fustigé, dans ce blog même, le musée du Louvre et sa politique déplorable en matière de reproduction et diffusion des images de sa collection sur Internet, à l'opposé de nombre de grands musées mondiaux. On nous objectera des exceptions notables, comme les musées de Florence, Saint-Pétersbourg ou Vienne dont les sites officiels sont également indigents, mais au moins ceux-ci n'ont-ils pas la fatuité de se prendre pour les plus grands musées du monde, et certains renvoient même l'internaute déçu vers un florilège de leur collection hébergé sur d'autres sites.

Ainsi ne trouve-ton quasiment jamais sur Internet de reproductions en bonne définition des tableaux du Louvre, ce genre de reproductions d'une précision et d'une qualité telles qu'elles invitent aux déambulations rêveuses d’ordinaire inaccessibles dans les couloirs surpeuplés et mal éclairés du musée.
Le voyageur immobile doit se contenter des éternels petits clichés pisseux, enténébrés et illisibles qui hantent les blogs et les réseaux d’images depuis que l'Internet existe.

Mais ce temps est peut-être passé.

La prolifération des moyens numériques de personnaliser l'information, ordinateurs, tablettes, a entrainé avec elle une profusion d'applications qui se vantent de nous donner accès en haute définition aux collections des musées. Elles ne tiennent généralement pas leurs promesses. L'application officielle du musée du Louvre pousse la munificence jusqu'à nous autoriser à zoomer sur 150 œuvres incontournables, dit-elle !

Mais d’autres éditeurs commencent à donner accès à des bases d’images du Louvre nettement plus généreuses.
C’est le cas d’Evolution games LLP, éditeur mystérieux dont les applications consacrées à la peinture des grands musées semblent faites à la diable, traduites au jugé du russe au français en passant par un anglais approximatif. Le classement des peintres y est fait à la stupide manière anglo-saxonne, par ordre alphabétique des prénoms, la fonction de recherche y est globalement déficiente voire aléatoire, et les commentaires sont souvent incomplets ou incertains.
Mais après tout, on cherche avant tout une longue promenade contemplative, même erratique, parmi des milliers de tableaux. Et là, l’éditeur tient parole. 2300 tableaux du Louvre sont effectivement téléchargeables pour la plupart en haute définition (3 à 4000 pixels, prévoir de l’espace mémoire disponible).

Même familiers du musée réel, vous irez pendant des heures de surprise en émerveillement, et pour le prix d’une seule carte postale. Ainsi vous pourrez abandonner, peut-être définitivement, les visites exténuantes et couteuses de ce temple officiel de la vanité.

Petit jeu de reconnaissance de tableaux du Louvre à l’intention des bons observateurs.

mercredi 13 août 2014

L'éternité avec plein de zéros


Le cadavre d’un artiste admiré des plus importants spécialistes de l’art a été retrouvé le 12 juin 2014 dans un verger près de Suncheon, décomposé, méconnaissable parmi les prunes. Près de lui étaient disposés des indices qui permettaient de l’identifier.

Henri Loyrette, ex-président à vie du musée du Louvre en retraite dorée au Conseil d’État, expert en rien de particulier, avait dit de lui « Il y a des moments dans la vie ou l’exceptionnel survient … Il [l’artiste] nous invite à voir l’extraordinaire dans l’apparemment ordinaire ». C’était en mars 2012, dans la préface du catalogue d’une exposition du photographe coréen Ahae, organisée par le musée du Louvre au jardin des Tuileries.
Ahae y présentait sur d’immenses tirages photographiques des scènes bucoliques et atmosphériques, plates et insipides comme on les voit pousser par millions dans les réseaux sociaux de partage d’images, à l’heure des retours de weekend ou de congés payés.
Ce qui n’empêcha pas l'omnipotente madame Pégard, présidente du château de Versailles, d'y partager l’émotion artistique de M. Loyrette au point d’inviter l’artiste à exposer durant l’été 2013 dans la prestigieuse Orangerie du château de Versailles. D'enthousiasme elle parlait de la « magie de l’instant qui se mêle à l’éternité ».
Il faut dire que depuis quelques années le monde de Florence à Londres, de Prague à Paris convoitait les exhibitions de photos du dénommé Ahae, sans avoir jamais vu l’artiste, qui se faisait toujours représenter par son fils.

Curieux de démasquer cet homme énigmatique qui parvenait à rallier les personnalités les plus influentes autour de ses médiocres clichés, Bernard Hasquenoph, animateur du site LouvrePourTous, enquêta et dévoila en aout 2013 la véritable identité d’Ahae.
Il s’appelait en réalité monsieur Yoo, milliardaire coréen du sud, homme d’affaires et aventurier, inventeur d’une poire à lavements, prédicateur biblique mêlé à des affaires de suicide collectif et de détournements de fonds, et condamné à 4 ans de prison.
Il avait en outre la faiblesse de se trouver du talent, soudoyait à coups de millions des décideurs du monde culturel et finançait ainsi des événements médiatiques exceptionnels autour de ses photos de vacances.
Enfin, impliqué dans le naufrage en 2014 d’un bateau coréen noyant 300 passagers il était recherché depuis au titre d’un mandat d’arrêt international assorti d'une forte récompense.

Ainsi on comprend, quand M. Loyrette parlait de l’exceptionnel, ou Mme Pégard de magie, qu’ils considéraient surtout les donations monumentales que M. Yoo avait prodiguées au bénéfice du musée du Louvre et du château de Versailles. Car comment rester sourd à l’appel de l’extraordinaire et de l’éternité, quand il est garni de tant de zéros (6 ou 7 dit-on) ?

Aujourd’hui le pseudonyme de M. Yoo est gravé en lettres dorées sur un mur de la rotonde de Mars, au cœur du Louvre, en tant que donateur exceptionnel d’un montant sans affectation. On dit que la donation pour Versailles n’a pas été réalisée, et ne le sera probablement pas, vu l’état du mécène, et de sa famille en partie écrouée. Enfin Monsieur le conseiller d’État est devenu président d’une sorte de groupe d’influence qui grenouille dans le mécénat d’entreprises.

Dans l’inutile charte éthique du musée du Louvre est toujours écrit « le Louvre s’efforcera de rechercher toute information susceptible de l’éclairer quant à la nature exacte des activités du donateur potentiel »

Mise à jour du 27 octobre 2014 : une lettre très informée (signalée par LouvrePourTous) écrite en juin dernier à la ministre de la Culture par la Communauté alternative des Coréens résume parfaitement le contenu de cette affaire, et montre que, malgré le scandale, l'argent de la corruption continue à profiter en France, notamment à Versailles.

Style de cliché agreste et poético-météorologique qu'exposait le grand artiste.
Quelquefois passaient une biche ou une volée de canards.

dimanche 27 juillet 2014

Un revenant

Il y a, aux musées des beaux-arts de Rennes et de Nantes, les deux plus beaux tableaux du monde (surtout à Nantes). Ce sont des choses qui ne se discutent pas. Ils sont ce que l'être humain a créé de plus sublime, de plus parfait, comme le Taj Mahal en architecture, le Clavier Bien Tempéré en musique, ou les Coquillettes aux Cèpes.

Celui de Rennes, fruit d'une saisie révolutionnaire des biens du clergé en 1794, représente deux femmes. L'une, de face, un nouveau-né sur les genoux, l'autre de profil, à gauche, cache de sa main la flamme d'une bougie.
Celui de Nantes a été acheté par la ville en 1810, avec la collection de François Cacault, riche diplomate. Il figure de profil un vieillard endormi à la lecture d'un livre, et face à lui, sur la gauche, un enfant richement vêtu lui adresse un signe des mains. Son bras cache la flamme d’une bougie qui éclaire faiblement la scène.

Georges de La Tour - Le songe de saint Joseph, c. 1640
Musée des beaux-arts, Nantes.

Unanimement admirés, quelquefois vénérés, ils seront durant plus d'un siècle attribués aux plus grands noms, de Schalcken, Honthorst, Valentin, à Le Nain, Zurbaran, Velázquez, parfois Rembrandt ou Vermeer !

Le tableau de Nantes arborait pourtant, en haut à droite, une signature lisible, « Gs De La Tour F... », comme un autre tableau de la même collection, d'un style nocturne semblable, représentant six personnages dont quatre soldats jouant aux dés (Le reniement de Pierre), signé et daté de 1650 en bas à droite « G. De La Tour inv. et fec. /MDCL ». On ne saurait être plus explicite.
Mais personne n'avait entendu parler d'un G. De La Tour, peintre au milieu du 17ème siècle.

Disons presque personne. Car Augustin Calmet, moine bénédictin, abbé de Sénones, savant notamment dans le domaine des esprits, vampires et autres revenants, fouilleur d’archives, écrivait à Nancy en 1751, dans une compilation intitulée Bibliothèque lorraine ou histoire des hommes illustres qui ont fleuri en Lorraine : « Tour (Claude du Ménil de la) natif de Lunéville, excellait dans les peintures des nuits. Il présenta au roi Louis 13 un tableau de sa façon, qui représentait un Saint Sébastien dans une nuit ; cette pièce était d'un goût si parfait que le Roi dit ôter de sa chambre tous les autres tableaux, pour n'y laisser que celui-là. La Tour en avait déjà présenté un pareil au Duc Charles 4. Ce tableau est aujourd'hui dans le château de Houdement, près de Nancy. »
Ainsi un siècle après sa disparition, on se souvenait d’un certain La Tour, d’une anecdote sur sa notoriété de peintre, et de la localisation d’une œuvre de sa main.
Puis le silence des archives l’ensevelit à nouveau pour un autre siècle.

En 1863, Alexandre Joly, bibliothécaire et conservateur du musée de Lunéville écrivait dans le journal de la Société d'archéologie lorraine tome 12, p. 90-96, un article sur « Du Mesnil-La-Tour, peintre ». La notice de Calmet avait stimulé sa curiosité, et une exploration minutieuse avait ramené à la surface un nombre suffisant de documents d’archives pour dessiner en ombre chinoise une silhouette biographique.
Ces sept pages sont émouvantes (cliquer sur le numéro de la page 90 dans l’index à gauche). Joly corrige les erreurs de Calmet et retrace quelques évènements de la vie d’un peintre dont le prénom est en réalité Georges, né à Vic-sur-Seille. Il cite le titre de quelques tableaux, mais il n’en situe aucun.
Il termine son article par cette phrase « Un jour ou l'autre on découvrira peut-être, sur les parois de quelque église de campagne, une toile délabrée de cet artiste, qui suffira, je l'espère, pour combler cette lacune. [...] Attendons. »

Georges de La Tour - Signature en haut à droite du Songe de Joseph.

En 1900, Louis Gonse, historien de l’art, membre éminent d’organes très officiels, pressentait, dans « Les chef-d'œuvres des musées de France, la peinture » un lien formel entre le tableau de Rennes (le Nouveau-né, alors attribué à un Le Nain et dont il disait « Cette œuvre me hante ! ») et un tableau du musée d’Épinal qui figure un vieil homme nu assis humblement et sermonné par une femme debout imposante et qui tient une bougie (Job et sa femme en prison). Il écrivait « j'approche, malgré moi, le tableau d'Épinal de l'admirable Nativité de Rennes. Je signale l'analogie, sans aller plus loin. »

Les pièces du puzzle se rapprochaient lentement.

La révélation vint alors d’un jeune allemand historien d'art, fouineur érudit et qui avait voyagé en Bretagne en 1912, Herman Voss. Il connaissait les textes de Calmet (sa biographie laconique avait été reproduite en Allemagne en 1803 et 1849) et de Joly.
Voss publia dans une revue allemande (Archiv für Kunstgeschichte) un court article d’une page dans lequel il réunissait les deux tableaux signés de Nantes et le Nouveau-né de Rennes, en les attribuant au La Tour de Lunéville dévoilé par Calmet et Joly. Mais c’était en 1915, les échanges entre l’Allemagne et l’Europe étaient alors exclusivement consacrés à la fourniture de chair à canons.
Il faudra attendre un article de 1922, et peu à peu des tableaux poussiéreux sortiront des réserves de musées, des d'églises, des collections, et des documents d’archives complèteront un peu la vie et l’œuvre de Georges de La Tour.

Voss deviendra plus tard, un peu malgré lui, directeur du musée du Führer de Linz qui prévoyait de rassembler les pillages artistiques des nazis.
Il mourra en 1969 sans assister à l’accomplissement de son intuition de 1915, la grande rétrospective Georges de La tour de 1972 qui transformera ce revenant obscur en un des plus grands peintres de tous les temps et déplacera 350 000 visiteurs à l’Orangerie des Tuileries de Paris.

Hulton E.C., le musée de Rennes vers 1900 (détail).
Le Nouveau-né, à droite, était alors attribué à un des frères Le Nain.

Les trois tableaux de cette renaissance ont été parfois réunis. En 1934, pour l’exposition « les peintres de la réalité » au musée de l’Orangerie, en 2006 pour la reprise de la même exposition, et lors des deux grandes rétrospectives du peintre en 1972 à l’Orangerie et en 1997 au Grand palais, toujours à Paris mais jamais en Bretagne.
Aujourd’hui c’est chose faite, et jusqu’au 17 aout au Musée des beaux-arts de Rennes où ils illustrent ensemble une petite exposition attachante sur le thème de la redécouverte du peintre « Trois nuits pour une renaissance ».

Signalons qu’on trouvera quasiment l’intégrale des documents et articles citant La Tour dans un livre de poche très illustré, « Georges de La Tour, histoire d'une redécouverte », de Cuzin et Salmon, dans la collection Découvertes de Gallimard, édité en 1997 à l'occasion de la rétrospective.
Peut-être est-il encore disponible.

samedi 19 juillet 2014

Mitraillez !

C'est certain, le chômage redouble, les avions s'écrasent encore et encore, les centrales nucléaires fuient de partout. Mais on s'y fait, par peur de perdre quelque chose, car il faudrait tout détruire et tout reprendre à zéro.

Et pourtant la révolution est en marche. La nouvelle est tombée très discrètement le lundi 7 juillet 2014. Le gouvernement français faisait paraitre sur le site du ministère de la Culture une page frileusement audacieuse intitulée « Tous photographes ! La charte des bonnes pratiques dans les établissements patrimoniaux ». Il s'agit d'une charte de cinq articles applicable dans tous les musées et monuments nationaux.

Article 1. Le photographe doit désactiver le flash de son appareil. Qui ne le fait pas, au moins pour éviter les reflets désagréables ?
Article 2. Il n'abime pas ce qu'il photographie. Sans rire.
Article 3. L'article le plus important et néanmoins le plus sibyllin, ou le moins précis. Le visiteur peut partager ses photos comme il le désire, mais dans le cadre de la législation en vigueur. En bas de page, des liens renvoient vers les textes en vigueur. Rappelons, pour simplifier, que dans ces lieux publics, même la photo des œuvres encore protégées par des droits d'auteur ne peut pas être interdite, c'est leur utilisation en dehors d'un cercle privé qui l'est.
Article 4. Le photographe demande son accord avant de photographier le personnel comme sujet principal. Comme il le ferait pour tout autre personne.
Article 5. Il demande une autorisation spécifique s'il veut utiliser du matériel supplémentaire. L'article vise probablement les pieds photographiques, ou des éclairages complémentaires.

Il n'est écrit nulle part explicitement que le visiteur peut toujours photographier tout ce qu'il veut dans les musées et monuments du patrimoine, mais comme on précise ce qu'il ne doit pas faire, on supposera que tout le reste lui est permis, implicitement.
Et il y aura certainement des établissements récalcitrants qui useront d'arguties juridiques, car c'est par exemple un réel camouflet pour le baron du musée d'Orsay qui avait obtenu récemment le soutien d'un ministre congédié depuis de la Culture pour interdire toute photographie dans l'enceinte du musée.

Finalement elle n'a peut-être l'air de rien, ou d'une gélatine informe, mais si cette charte est appliquée et devient un droit, c'est une part d'arbitraire et d'abus de pouvoir qui échappera aux marchands de cartes postales et aux voleurs de souvenirs.

Alors mitraillez, mitraillez tout ! C'est désormais autorisé.


Si la photographie n'avait pas été permise dans le musée de Rennes, comment aurait-on appris la lâche agression du pape Jean-Paul 2 par une météorite non identifiée, durant sa visite de l'établissement ? (Maurizio Cattelan, La Nona Ora, sculpture 1999).

dimanche 6 juillet 2014

Coorte l'immobile

Coorte Adriaen, Nèfles au bord d'une table et papillon
(Collection particulière Hollande)

Adriaen S. Coorte était un peintre discret. On ne sait ni quand il est né, ni quand il est mort.
De 1683 à 1707 on trouve des traces de sa présence à Middleburg, ville côtière du sud-ouest hollandais, et un peu à Delft.

Vers 1950, Bol, un érudit qui le sortit de l'oubli, dénombrait 80 tableaux de sa main, généralement signés, parfois datés, peints sur papier et ensuite collés sur des petits panneaux de bois.

Alors que ses collègues de l'époque peignaient les natures mortes, métaphores des vanités de l'existence, à grand renfort de vaisselles luxueuses, de fleurs éclatantes et de restes de copieuses agapes, Adriaen Coorte n'a représenté, sur ces 80 petits tableaux, qu'un modeste et unique coin de table ou de cheminée, un rebord de pierre à peine éclairé de la gauche par un rayon de lumière.
Comme si, paralysé, il n'avait jamais vu du monde que les rayonnantes grappes de groseilles, les humbles nèfles, les asperges et les coquillages que quelqu'un déposait devant ses yeux, dans ce recoin de l'espace.

Y a-t-il vraiment autre chose à voir ?

Coorte Adriaen, Groseilles à maquereau sur un coin de table,
1701 (Cleveland Museum of Art)

Coorte Adriaen, Botte d'asperges et groseilles, détail
(Washington National Gallery of Art)

dimanche 15 juin 2014

Le retour du refoulé

Pour fuir l'intolérable pudibonderie des grands réseaux sociaux et la censure aveugle des moteurs de recherche nous éviterons de nommer directement l'objet de cette chronique par ses noms les plus usuels. Georges Brassens l'appelait jadis « Le Blason ». De nos jours, le dernier cri est de le nommer « L'Origine du monde », ce qui est tout de même très approximatif sur le plan scientifique, et de l'exposer fièrement sur les cimaises des musées les plus en vogue.

Qui ignore encore ce tableau, illustrissime depuis peu, de Gustave Courbet, peintre provocateur du milieu du 19ème siècle qui peignait à grand renfort de couleurs au bitume et au blanc de plomb des tableaux naturalistes devenus aujourd'hui très sombres ?
L'œuvre figure un corps féminin réaliste sans jambes ni bras ni tête, comme une nature morte posée sur un étal, avec au milieu un organe velu. Depuis qu'il est exhibé en permanence, depuis 1995, la pensée parisienne s'enthousiasme sur ce puissant symbole d'on ne sait trop quoi, au point qu'il est presque devenu l'emblème du musée qui l'héberge et le fleuron des ventes de cartes postales.

Le 29 mai 2014, une jeune femme en robe dorée (filmée par un complice) s'approchait calmement du tableau de Courbet, s'asseyait sur le sol en lui tournant le dos, écartait généreusement les cuisses et s'aidant des mains présentait alors au public épars du musée une vue plus explicite encore que celle du tableau qui lui servait de modèle.
On a pu lire que son geste était dicté par un concept consistant et impérieux, ce que ne confirme pas réellement le poème puéril récité pendant l'exhibition sur les notes de l'inévitable rengaine de l'Ave Maria de Schubert. On peut également mesurer la profondeur vertigineuse du verbiage de la dame dans cette vidéo.
Disons simplement que pour faire plus provocateur que le tableau de Courbet, il fallait bien exposer la réalité plutôt que sa représentation. C'est le fondement de tout exhibitionnisme.
Notons cependant que Courbet, qui aimait pourtant faire scandale, n'avait pas peint ce tableau pour choquer, mais pour le cabinet privé d'un riche diplomate turc et obsédé.

Robert Crumb, dessin original pour la couverture du numéro 13 de la revue Weirdo représentant 20 modèles de psychopathes sexuels. Le 21ème est le dessinateur.

Le plus amusant dans cette historiette libidinale est certainement l'illustration éclatante de la schizophrénie d'une société qui peut, sur la même image, afficher sans vergogne un blason triomphal, et flouter ou masquer la même chose quand elle constitue une intrusion de la réalité dans son confortable univers imaginaire. On le constatera sur les photos de la scène reproduites dans la presse.

lundi 9 juin 2014

La vie des cimetières (55)

Street View (vue de la rue) est une fonction de l'application Google Maps devenue indispensable au voyageur. Elle ajoute à la vision plongeante d'un lieu (par satellite) la faculté de longer les rues grâce à des vues à 360 degrés et à l'intégration des photographies de Panoramio. Google lui a récemment ajouté la dimension temporelle (lorsque ses véhicules de prise de vue sont passés plusieurs fois dans un même lieu). C'est un phénoménal outil de repérage pour préparer un voyage, mais également de découverte d'endroits de la planète où nous n'irons jamais.

Commençons aujourd'hui une tournée des cimetières remarquables d'Angleterre et d'Écosse « vus de la rue ».









À suivre.

dimanche 1 juin 2014

Le Sidaner et les roses

Au soir, un jardin aux verts éteints et un peu grisâtres, peut-être une terrasse, fleurie. On devine à la lampe qui luit sur la nappe blanche que la table vient d'être abandonnée. Au fond une fenêtre est illuminée d'un jaune orangé vif. Tout est calme.
L'amateur de bien-être et de nature apprivoisée aura reconnu un des sujets favoris d'Henri Le Sidaner, peintre plus ou moins impressionniste né en 1862 et mort en 1939, renommé en son temps.

En 1901, Le Sidaner cherche autour de Beauvais une maison avec un jardin et déniche dans un coin vallonné de Picardie un village presque abandonné sur une petite colline, Gerberoy. Des rois y avaient séjourné et combattu au moyen-âge mais il ne restait pas même des ruines de ce passé.
Au fil des années, Le Sidaner transforma la maison et ses jardins en oasis domestique. Il fit pousser et grimper des rosiers partout, invita des amis célèbres et s'investit dans la renaissance du village qui devint alors (et reste de nos jours) l'attraction fleurie de la région.
Il n'y a rien d'historique à visiter à Gerberoy, rien qui encombrerait l'esprit. Il faut simplement flâner, s'asseoir parfois et ne rien faire.

C'est là que le peintre réalisa ses tableaux les plus prisés (encore aujourd'hui), qui disent la douceur crépusculaire des instants qui viennent d'être vécus, avec un peu de géométrie, quelques lignes de fuites, quelques courbes. Des tableaux à la française.

Gerberoy le soir, la place de La Hire et Xaintrailles vue de la rue Le Sidaner.

L'arrière-petit-fils du peintre vient de le faire revivre dans un beau livre, « Henri Le Sidaner, paysages intimes » aux éditions Monelle Hayot, au moyen de centaines de photographies d'époque, de centaines de reproductions de ses tableaux et d'une biographie naturellement très documentée.
Le livre accompagne opportunément quatre expositions thématiques simultanées du peintre à Amiens, Cambrai, Dunkerque et Étaples.

Il est toujours décevant de visiter une exposition de Le Sidaner. Ses tableaux sont de plus en plus gris, peints trop vite, sans gras, comme la plupart des tableaux impressionnistes de l'époque. Et ils sont rarement bien éclairés, alors que les reproductions dans les catalogues sont souvent éclaircies et ravivées. Il suffit de comparer la carte postale (intérieur à la nappe rouge) distribuée à l'entrée de l'exposition du musée de Cambrai au tableau original exposé à l'étage, mal éclairé, décoloré et terne.

Alors on s'installe dans un fauteuil, dans la pénombre de la salle d'exposition, entouré de tableaux et de dessins originaux du peintre, et on s'abime pendant une demi-heure dans la contemplation d'un écran qui montre un film de 2011 du même arrière-petit-fils « Henri Le Sidaner, la renaissance de Gerberoy ». Tout y est à la gloire du jardin, on y voit des tableaux aux couleurs lumineuses, des photos d'époque des mêmes lieux, et des images animées, fantomatiques, où le peintre passe comme un spectre débonnaire entre les bosquets fleuris de sa création.
On n'en trouve sur Internet qu'une version hollandaise (hélas, car les commentaires de l'auteur sont précis, retenus et souvent touchants) mais les quelques propos de la belle-fille du peintre, émouvants, sont restés en français.
Et le film finit ainsi, la vieille dame, assise au cœur du jardin de Gerberoy en 1991, se remémore ces heures bienheureuses « Le matin on le voyait arroser ses fleurs, il sortait arroser ses hortensias et ses hydrangéas... C'est très joli les hydrangéas, c'est plus joli que les hortensias, c'est plus léger. Il y en avait beaucoup ici... Tout ça est parti. »

Aujourd'hui à Gerberoy, grimpant le long des façades des maisons, les rosiers regorgent de fleurs éclatantes et leurs couleurs revivront encore à chaque floraison, de mai à novembre.

mercredi 21 mai 2014

Zoom sur Washington

Bierstadt Albert, le lac de Lucerne à Brunnen 1858 (détail) NGA Washington.

Quel plaisir de flâner des heures durant au cœur des paysages peints par Bellotto, Bierstadt, Calame, Canaletto, Cuyp, Doughty, Eckersberg, Gifford, Haseltine, Inness, Lane, Rembrandt, Turner, Vernet, Wright of Derby et tant d'autres.

La National Gallery of Art de Washington, capitale des États-Unis, abrite une des plus riches collections d'art de la planète, et comme les plus grands musées maintenant (à part le Louvre évidemment) elle a mis en ligne des images d'une grande partie de son catalogue.
Et les images sont zoomables, et téléchargeables en très haute qualité si on s'inscrit, gratuitement.

Le musée réel, à Washington, est un énorme bloc de béton et de marbre, sans aucune fenêtre. Afin d'éclairer les œuvres par la lumière du jour, zénithale, le toit est une immense verrière de 10 000 mètres carrés.

L'entrée du musée est également gratuite.